Clarification au sujet de la science

Introduction

Étant donné l’importance que je compte accorder à la science et aux preuves scientifiques dans ce blog, il est essentiel de préciser ce que j’entends par ces termes.

Le mot « science » fait référence à tout un univers, à un ensemble complexe de pratiques, de personnages et de découvertes. Chaque personne s’est construit une représentation personnelle de la science en fonction de ses expériences, de son éducation et de ses convictions personnelles. Votre représentation de la science est unique, et elle est inévitablement différente de la mienne. C’est pour cette raison qu’une clarification est nécessaire. Cet article sera aussi court que possible, car l’épistémologie n’est pas le sujet de ce blog.

L’objectif est double :

  • Nous mettre d’accord sur le sens qu’aura le mot « science » sur ce blog
  • Prévenir un ensemble de remarques habituellement retrouvées lorsque la place de la science est évoquée dans une conversation

Qu’est-ce que la science ?

On peut distinguer 5 sens différents au sein du mot « science ».  Je me réfère ici à l’analyse faite par Nicolas Pinsault et Richard Monvoisin dans leur livre Tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur les thérapies manuelles (voir le dernier paragraphe En savoir plus).

  • La science en tant que démarche

La démarche scientifique propose un ensemble d’outils et de principes qui permettent de dire des choses moins fausses que d’autres sur le monde qui nous entoure. Cette méthode permet de décrire de manière objective et rationnelle les évènements que nous lui soumettons.

  • La science en tant que connaissance 

    Il est possible de considérer la science comme l’ensemble des connaissances dont on dispose sur un sujet donné, ou du moins dont on admet la véracité (en effet, certaines croyances se sont infiltrées dans le corpus scientifique et s’y sont profondément enracinées).

  • La science en tant que nid à lobbies

La recherche n’est pas exempte de conflits d’intérêt, de magouilles et autres procédés obscurs, loin de là. Il est probable que le scandale du Mediator vienne à l’esprit de certains d’entre vous.

Cette facette de la science ternit souvent son image dans l’esprit du grand public.

  • La science en tant que communauté

Qu’est-ce qui fait qu’un scientifique est reconnu par ses pairs ? Comment communique-t-il avec eux ? Les relations entre les scientifiques sont régies par un arsenal de mœurs, de rites et de codes, plus ou moins spécifiques au domaine étudié.

  • La science en tant que symbolique

Il s’agit là de toutes les images que l’on associe à la science dans notre imagination : savants fous aux cheveux ébouriffés, chercheurs philanthropes agissant pour le bien de l’humanité, laboratoires, cabinets médicaux, et bien d’autres.

Le premier sens, celui de méthode scientifique, sera adopté par défaut sur Comprendre Son Dos.

Pourquoi utiliser la méthode scientifique ?

La méthode scientifique n’est pas la seule façon d’observer le monde. Pourquoi la choisir ? Par souci de clarté, nous retiendrons deux raisons principales :

  • La méthode scientifique est la seule qui cherche à décrire la réalité de manière objective. En écartant les différents biais cognitifs auxquels nous sommes soumis, elle vise à créer des informations indépendantes de tout point de vue personnel.

 

  • La méthode scientifique est la seule méthode auto-correctrice. La « vérité » n’est pas une valeur absolue en science. Les moyens de recherche évoluent au fil de l’Histoire, résultant en un enrichissement permanent des connaissances et des pratiques. L’un des principes de base de la science est de remettre constamment en question ses principes, et même de chercher à les infirmer. Certaines théories sont abandonnées, d’autres sont retouchées pour correspondre à la réalité, et d’autres encore sont inventées de toute pièce pour expliquer un nouveau phénomène.

Maintenant que le décor est planté, intéressons-nous brièvement à quelques reproches habituellement adressés à la science.

L’expérience du praticien ne suffit-elle pas ?

ou « Comment la science peut-elle juger un praticien qui a développé ses techniques pendant toute sa carrière ? »

Tout d’abord, la science ne renie pas l’importance de l’expérience et de l’observation : elle en est née ! L’expérience a permis se développer de nouvelles thérapies, validées ou non scientifiquement par la suite. Elle permet bien entendu aux praticiens de s’adapter au quotidien à chaque patient.

Cependant, il s’agit d’une arme à double tranchant ! Pourquoi ?

Il existe de nombreux biais cognitifs (c’est-à-dire des erreurs de raisonnement) dont nous sommes naturellement victimes lorsque nous analysons des évènements. Nous avons une forte tendance à surestimer notre capacité à comprendre les liens entre les choses. Par exemple, notre cerveau est très mauvais pour établir des liens de causalité (qu’est-ce qui a provoqué quoi).  Un thérapeute qui remarque qu’un patient est soulagé après l’utilisation d’une technique pensera très probablement que le soulagement est du à la technique utilisée. Cela est possible, mais il est incorrect d’établir ce lien simplement parce que l’un est arrivé juste après l’autre.

L’intérêt de la méthode scientifique est de ne pas tomber dans ces failles, afin de décrire la réalité de la manière la plus juste possible. Bien sûr, peu d’études sont exemptes de défauts, loin de là (et les scientifiques seront le premiers à vous le dire).

Aucune méthode n’est parfaite. Toutefois, il s’agit de la meilleure méthode connue à ce jour. Nous l’utiliserons donc autant que possible pour répondre aux questions liées au mal de dos.

Mon expérience personnelle ne suffit-elle pas ?

La réponse à la question précédente est globalement transposable à celle-ci.

Un exemple de causalité abusive pour le grand public pourrait être celui-ci. Une personne qui voit disparaître son rhume après avoir suivi un conseil attribuera volontiers sa guérison au conseil suivi. Le fait que l’application du conseil et la guérison du rhume coïncident dans le temps ne permet pas de dire que l’un a provoqué l’autre. Par exemple, le rhume serait peut-être disparu tout seul (ce qui est probable). D’autres conseils/remèdes auraient peut-être été associés à une guérison identique, plus courte ou plus longue… Comment le savoir ? En faisant des études scientifiques, pardi !

«  La science ne sait pas tout ! »

En effet. Et elle ne saura jamais « tout ». Il n’existe pas une quantité finie de connaissances à acquérir, dont nous nous approcherions progressivement. D’une part, comme dit précédemment, la science remet constamment en question ses résultats et ses principes. D’autre part, plus on en sait dans un domaine, plus on se rend compte que nos connaissances sont ridicules par rapport à la complexité du monde.

Doit-on pour autant considérer que tout se vaut ? Faut-il mettre au même niveau toutes les théories parce que nous ne savons pas tout sur tout ? Bien sûr que non. La science fournit à la fois de nombreuses connaissances et un mode de raisonnement logique qui permet d’appréhender de manière acceptable ce dont on n’est pas sûrs. Cette critique montre donc une incompréhension du mode de pensée scientifique, et limite la science à son deuxième sens (voir plus haut).

Évolution de l’article

Cet article est, comme tous les autres, voué à évoluer en fonction de vos réactions. À l’image de la méthode qu’il décrit, il sera corrigé en cas d’erreur et complété en cas de lacune. À vos commentaires !

En savoir plus

Je vous recommande chaudement l’ouvrage très complet de Nicolas Pinsault et Richard Monvoisin : Tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur la thérapie manuelle.

Ce livre traite examine les principales thérapies manuelles (ostéopathie, chiropraxie, étiopathie, et bien d’autres) dans le but d’analyser leurs fondements, leurs principes et leur niveau de preuve. Il donne tous les outils nécessaires à la réflexion et à l’esprit critique appliqué à la santé. Une véritable mine d’or pour le grand public comme pour les professionnels.