Une approche moderne de la douleur : pour qui, pourquoi et comment ?

Bienvenue dans cet article d’introduction à la catégorie « L’origine de la douleur ».

Je dois avouer que cette section sera probablement celle qui me tiendra le plus à cœur. En effet, je me spécialise au quotidien à la gestion de la douleur, et j’ai créé ce blog en particulier pour tenter de vous aider à reprendre le contrôle sur celle-ci.

Les deux approches en médecine

Pour replacer les choses dans leur contexte, il existe grosso modo deux types d’approches en médecine : l’approche biomédicale, et l’approche biopsychosociale (ou globale).

Jean-François d’Ivernois et Rémi Gagnayre, deux professeurs de Sciences de l’Éducation, fers de lance de l’Éducation Thérapeutique du Patient, les décrivent ainsi :

Le premier, appelé modèle biomédical, infère que la maladie provient principalement d’un problème organique. Il véhicule l’idée selon laquelle toute maladie a une cause qui peut être guérie.

Autrement dit, si on applique ce modèle à la douleur, cela correspond à : « Votre douleur est nécessairement due à un problème physique (blessure, blocage, etc) qui a besoin d’être réglé pour que vous n’ayez plus mal  »

Le second modèle, appelé couramment modèle global, tente de montrer que la maladie résulte d’un ensemble complexe de facteurs organiques, psychosociaux et environnementaux.

Les preuves s’accumulent en faveur de ce second modèle, et il s’agit par conséquent du modèle que nous suivrons ici.

La transition du modèle biomédical vers le modèle global se réalise lentement mais sûrement. Aujourd’hui, l’approche biomédicale est encore omniprésente. Combien de fois avez-vous entendu à propos de vous ou d’une connaissance : « Vous avez mal au dos parce que vos disques sont abîmés » ? Ou encore : « Votre bassin/hanche/dos/épaule/etc est bloqué(e)/déplacé(e)/mal aligné(e), c’est pour cela que vous avez mal » ?

Le fardeau de la douleur chronique

Une prévalence grandissante

On estime à 25% la proportion de la population des pays développés qui vivent au quotidien avec une douleur chronique. Faites-vous partie de ces 25% ?

La recherche d’explication à votre souffrance vous a peut-être conduit à consulter plusieurs thérapeutes. Chacun de ces thérapeutes vous a probablement gratifié d’une explication différente, et proposé un remède en conséquence. Enfin, si vous lisez cet article, il est certain que vous n’êtes pas encore libéré du mal de dos.

Dans ces conditions, il est facile de perdre espoir, de se penser « incurable » et de s’imaginer passer le restant de sa vie handicapé par la douleur.

Une lueur d’espoir

Des avancées gigantesques ont été faites dans la compréhension de la douleur. Pourtant, les croyances à propos de celle-ci évoluent très lentement. Nous sommes tous responsables de la lenteur de cette évolution, pour plusieurs raisons.

Le cerveau humain déteste le changement et préfère amplement rester dans sa zone de confort. Chaque nouvelle idée est jugée plus durement que celles qui s’y sont déjà nichées (et plus cela fait longtemps qu’elle y est, plus il est dur de l’en déloger..).  Changer d’avis est parfois une mission périlleuse, notamment lorsqu’il s’agit d’opinions ou de croyances chères à la personne, responsables de choix et d’engagements dans la vie de celle-ci.

Après ce constat quelque peu pessimiste, abordons le côté positif ! Quelque soit la difficulté, le cerveau est capable de modifier son fonctionnement, ses circuits et ses connexions de manière extraordinaire, afin de faire face à de nouvelles situations.

Le corps humain est également en mesure de s’adapter afin de répondre à des demandes fonctionnelles colossales (pour le constater, il suffira d’admirer les exploits des sportifs de niveau olympique, les fantastiques compensations développées par les sportifs paralympiques, ou encore cette grand-mère de 91 ans qui vous met la misère en gymnastique ).

La douleur est une expérience individuelle

Comment faire pour sortir de la spirale infernale de la douleur chronique ?  Qu’est-ce qui fait que pour une même blessure, une personne récupèrera sans problème et retrouvera une vie normale au bout de quelques semaines, tandis que l’autre verra au contraire la douleur et le handicap grandir au fil du temps, rempli d’un sentiment d’impuissance ?

Une phrase que l’on m’a dite plusieurs fois au cabinet est restée gravée dans mon esprit. Au détour d’une question innocente, ou même de manière spontanée, voici ce que certains patients m’ont déclaré :

« Ah mais de toute façon.. je sais que la douleur ne disparaitra pas. »

C’est-à-dire :  peu importe ce que je ferais ou ce que vous ferez, j’aurai toujours mal. Au delà du fait que cette phrase est révélatrice d’un profond découragement, il est maintenant prouvé que les pensées négatives qu’une personne possède à propos de sa douleur figurent parmi les plus grands facteurs de chronicisation qui existent.

Autrement dit : si vous pensez que vous n’allez pas vous en sortir, vous continuez à avoir mal. C’est aussi simple que cela. Ne serait-il pas génial de pouvoir changer d’état d’esprit, et ainsi de reprendre le dessus sur sa douleur ?

Ce que je vous propose

Parmi les moyens modernes proposés pour sortir de ce cercle vicieux se trouve l’Éducation Thérapeutique aux Neurosciences (ETN). Derrière ce nom (pompeux) se cache un objectif : améliorer votre compréhension du phénomène douloureux, afin de favoriser une reprise de contrôle, et une participation plus éclairée votre prise en charge.

Concrètement, à quoi ressembleront ces articles ? Afin de garder les articles les plus clairs et concis possible, chaque article traitera d’un ou deux points maximum. Il y aura éventuellement un questionnaire à la fin de chaque article. Les notions seront abordées dans un ordre croissant de complexité, pour être sûr que vous disposez des pré-requis nécessaires à la compréhension de certains points.

La meilleure manière de bénéficier de ces conseils est de prendre le temps de les assimiler et de les appliquer à soi-même au quotidien.

Avertissement

Ces changements prennent du temps, et s’inscrivent dans une transformation profonde du style de vie. Il ne s’agit PAS d’une méthode miracle. Je le répète, la simple lecture de ce genre d’article (ou de n’importe quel autre article) ne règlera probablement pas votre problème de douleur chronique.

Soit-dit en passant, toute personne qui met en avant une technique unique pour régler un problème complexe tel qu’une douleur chronique devrait éveiller vos soupçons.

Ceci étant dit, je m’engage à vous donner autant de conseils que possible pour maitriser la douleur et accomplir vos projets de vie.

Les sources

Pour les curieux, et pour les quelques professionnels qui passeraient par ici, je me base essentiellement sur les travaux de Lorimer Moseley, Adriaan Louw, Emilio Puentedura, Greg Lehman et Peter O’Sullivan, qui me passionnent et m’inspirent au quotidien.

Discussion

Cette section devra être la plus pédagogique possible, ce qui représente un défi de taille pour moi. J’aurai comme toujours besoin de vos commentaires et de vos questions pour la faire évoluer.

À bientôt !