La douleur, c’est dans la tête ?

​Nous cherchons tous à comprendre pourquoi nous ressentons de la douleur. ​Les explications que l'on trouve à propos de la cause de la douleur sont variées, et l'on distingue deux positions extrêmes.

La première est de considérer que toute douleur est due à une lésion physique. Autrement dit : si vous avez mal, c'est qu'il y a forcément quelque chose qui ne tourne pas rond là où vous avez mal.

La seconde est de considérer que la douleur, c'est dans la tête. Cela n'existerait pas réellement, et il suffirait de volonté et de self-control pour s'en débarrasser. On entend aussi parler de douleur "psychologique".

Sommes-nous réduits à ces deux points de vue diamétralement opposés ?

​Ces propositions ne sont ni satisfaisantes, ni en phase avec les connaissances scientifiques actuelles.

Aujourd'hui nous déconstruisons une idée reçue néfaste et périmée : la douleur, ce n'est pas "dans la tête" !

Messages-clés (pour les pressés)

  • La douleur est toujours réelle, car vous la ressentez. Personne ne peut affirmer le contraire.
  • La douleur est créée par le cerveau dans 100% des cas, néanmoins cela ne signifie pas du tout que c'est "dans la tête" comme on l'entend habituellement.
  • L'apparition et l'intensité de la douleur sont modulées par ​de nombreux facteurs tels que le contexte, vos pensées, vos croyances, vos expériences, etc... ce qui explique pourquoi une même "blessure" peut être vécue très différemment d'une personne à une autre.
  • Ces facteurs sont modifiables et peuvent vous permettre d'avoir moins mal.
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    Travailler uniquement sur ses croyances et ses représentations ne permet pas de régler un problème de douleur chronique, mais c'est un outil pertinent et efficace au sein d'un plan d'action global dont vous êtes l'acteur.

​Est-ce que la douleur peut-être psychologique ?

​Pour répondre à cette question, ​le plus simple me semble de passer par plusieurs questions intermédiaires.​

D'où vient la douleur ?

La douleur est produite par le cerveau dans 100% des cas. Cela ne signifie pas que c'est imaginaire !

​À quoi sert la douleur ?

​C'est une réaction de protection de l'organisme. La douleur est très utile dans la vie de tous les jours, bien que parfois elle dysfonctionne.

​Comment le cerveau prend-il la décision de créer ou non de la douleur ?

​Votre cerveau reçoit en permanence de nombreuses informations et il les interprète en fonction de ce qu'il sait déjà. Les informations qui remontent du corps sont évidemment ​importantes, mais elles sont analysées par votre cerveau à la lumière du contexte, de l'environnement, de vos pensées, de vos expériences passées,... S'il décide que vous êtes en danger et qu'il faut vous protéger, il enclenchera divers mécanismes de protection dont la douleur.

​Pourquoi je n'aime pas le terme de "douleur psychologique"

Les pensées, les peurs et les croyances ont toujours une influence sur le fonctionnement de l'organisme, car elles sont elles-mêmes sous-tendues par des réactions biochimiques.​ La douleur est toujours plus ou moins influencée par des informations autres que celles qui remontent du corps.

Vous vous souvenez probablement de situations dans lesquelles l'intensité de la douleur ne correspondait pas à la menace réelle qui pesait sur vous.  Par exemple, avez-vous déjà retiré vivement la main de l'eau ou du robinet en pensant qu'il/elle était brûlant(e), alors que c'était froid ?

​Les facteurs psychologiques "négatifs" (stress, peur de se faire mal, informations médicales anxiogènes,...) vont favoriser la mise en place de réactions de protection, qui vont entre autres rendre plus sensible à la douleur, et ainsi former un cercle vicieux.​​​​

​Les facteurs psychologiques "positifs" (gestion de l'anxiété, soutien affectif, dédramatisation, incitation à bouger,...) vous aident à être actif et vous permettent d'exploiter au maximum votre potentiel de récupération​.


Il est important de noter que ce ne sont pas des choix conscients ! La plupart de ces interactions entre le corps et la cognition se déroulent sous le seuil de notre conscience. Il ne s'agit pas de "faire semblant" ou " d'exagérer " sa douleur. Tous les systèmes du corps humain sont à l’œuvre lors de la réponse à un stimulus, que vous soyez lombalgique chronique ou non, que vous soyez parfaitement équilibré(e) ou non.

La douleur est une expérience éminemment subjective. Personne n'est en mesure de ressentir ce que vous ressentez, et encore moins d'affirmer que vous inventez vos sensations. Nous répondons tous différemment à une même situation.​

Enfin, je trouve l'adage "La douleur est dans votre tête" assez condescendant et empreint de jugement.

La douleur est toujours réelle, quelques soient les différents facteurs biologiques, psychologiques et sociaux qui ont mené à son apparition.

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L'exemple de Monsieur K

Monsieur K est un homme de 50 ans, vivant avec sa femme et ses deux adolescents dans une jolie maison de plein pied (achetée grâce à Stéphane Plaza, mais nous nous égarons). Son travail n'est pas particulièrement physique, et il aime faire du vélo avec son fils le week-end. Il s'occupe également des travaux dans la maison.

Un jour, alors qu'il retourne la terre dans le jardin, il ressent une violente douleur dans le bas du dos, un éclair qui le paralyse sur place et qui lui arrache un cri de douleur. Il arrête immédiatement son activité et marche légèrement courbé le reste de la journée, en croisant les doigts pour que la douleur s'estompe.

Ce n'est pas la première fois qu'il se fait mal au dos, comme tout le monde, et il pense que cela va disparaitre. Les jours suivants, il se ménage et fait attention à son dos pour ne pas se blesser davantage. Toutefois, au bout d'une semaine, la douleur est quasiment toujours autant intense... Il s'arrange pour obtenir un rendez-vous chez le médecin dès le lendemain.

​À partir de maintenant, nous allons plier l'espace et le temps (oui oui) pour imaginer deux scénarios différents à partir de ce moment de l'histoire. Ils seront volontairement caricaturaux (bien que certaines personnes vivent réellement le scénario n°1), afin de mettre en évidence l'influence des facteurs psychologiques sur l'évolution de la douleur, chez une personne lambda.

Scénario n°1

Lors de la consultation, le médecin examine M. K puis lui donne son avis sur la situation : " Vous vous êtes probablement fait une petite hernie. Faites attention pendant les prochains jours !". En complément, le médecin lui prescrit des antalgiques, des anti-inflammatoires, et des décontractants musculaires.   En ressortant de la consultation, M. K se dit "Si je dois faire attention, c'est qu'il y a un risque que j'aggrave mon problème !".

Dans les deux semaines qui suivent, M. K s'efforce de "faire attention", sans savoir réellement ce que cela signifie. Il évite toute activité physique contraignante pour ne pas abîmer son dos. Pourtant, force est de constater que la douleur est toujours aussi présente. Parfois même, il lui semble qu'elle commence à irradier vers le bas de la fesse droite... M. K s'inquiète. Il a pourtant bien suivi les conseils et la prescription médicale. Au bout d'un mois, il reprend rendez-vous chez le médecin.

Lors de cette seconde consultation, le médecin a l'air plus inquiet. Il prescrit une IRM pour "voir ce qu'il se passe là-dedans", et écrit une lettre de recommandation pour un rhumatologue.  La dernière fois que M. K a entendu parler d'un rhumatologue, c'était pour une connaissance atteinte d'une maladie grave... Il part faire son IRM la boule au ventre.

M. K est assis devant le bureau du rhumatologue, et patiente pendant que celui-ci lit le compte-rendu de l'IRM.

Son regard s'attarde sur un empilement de vertèbres et de disques en résine. Un disque a l'air sacrément amoché, et un autre est carrément posé à côté de la maquette comme s'il avait été éjecté.

​Avez-vous déjà vu ceci ?

​Le verdict tombe : "Vous avez deux disques dégénérés, une hernie et de l'arthrose au niveau des vertèbres... Vous devriez vous arrêter de travailler quelques jours pour vous reposer. Je vous fait également une prescription de kiné si cela ne s'arrange pas dans les semaines qui viennent".

M. K repart de la consultation complètement découragé et épuisé. Il se voit déjà handicapé pour le reste de sa vie, voire en fauteuil roulant. Comment pourrait-il reprendre ses activités alors que son dos est dans un état pareil ?

En arrêt de travail, M.K ne fait pas grand chose pour ne pas abîmer davantage son dos. Il tente de s'occuper des tâches ménagères dans la maison, mais il se fait mal, se décourage et abandonne. Cela créé des tensions au sein de son couple.

​Après chaque dispute conjugale, il sent la douleur s'intensifier et descendre vers sa cuisse.  Cette situation est très dure moralement pour lui.

Il se sent complètement handicapé par la douleur, son couple et sa relation avec ses enfants en pâtissent... De plus, son patron risque de se débarrasser de lui s'il continue à prolonger son arrêt de travail ! Tout ce stress et cette anxiété parasitent son sommeil, ce qui a pour conséquence de le rendre encore plus fatigué, découragé et démuni face à la douleur...

Je pourrais continuer encore et encore, mais je pense que vous avez une bonne idée de la spirale infernale que représente le scénario n°1.

Scénario n°2

Lors de la consultation, le médecin examine M. K et lui donne son avis: "Je ne pense pas que cela soit grave. Il est normal que vous ayez mal temporairement si vous avez fait une activité trop intense. La grande majorité des lombalgies comme la votre se résolvent en moins d'un mois. ". Il lui conseille de reprendre autant que possible ses activités, et lui prescrit un antalgique pour faciliter sa reprise de l'activité physique.  M. K a toujours mal en ressortant du cabinet médical, mais il ne s'en inquiète pas.

Au cours des deux semaines suivantes, la douleur est toujours présente. M. K continue, comme conseillé, à travailler et à faire ses activités autant que possible.

Il va quand même faire du vélo avec son fils, même s'ils partent moins longtemps que d'habitude. M. K a l'impression que sa douleur l'handicape de moins en moins et qu'il réussit quasiment à faire toutes ses activités.  Sa femme et ses enfants le soutiennent et l'encouragent dans ses efforts.  Au fil des semaines, la douleur s'efface progressivement, pour laisser placer à une gêne de plus en plus faible. Un mois plus tard, cet épisode n'est plus qu'un mauvais souvenir pour M. K.

Le scénario est nécessairement plus court, vu que M. K récupère beaucoup plus vite.

M. K est-il fou ?

Dans le scénario 1, la douleur de M. K est visiblement influencée (négativement) par des facteurs psychologiques.

Que doit-on en conclure ?

Sa douleur est-elle "psychologique" ? Dans sa tête ?

Est-il fou, instable émotionnellement, faible, ou dépressif ?

NON ! (et pourtant ce sont des étiquettes qui pourraient lui être collées si on le retrouvait six mois plus tard).

​Est-ce également vrai pour les douleurs chroniques et inflammatoires ?

​Si vous souffrez de douleurs chroniques et/ou inflammatoires, vous menez probablement un combat quotidien pour avoir une vie normale. Les pathologies telles que la spondylarthrite, la fibromyalgie, ou encore les conséquences d'un coup du lapin modifient profondément le style de vie.

Les situations comme celles-ci sont très complexes, et le sujet de cet article est certainement sensible pour vous, étant donné les choses qu'on a pu vous dire auparavant.

On pourrait penser que l'exemple précédent ne concerne que les problèmes ponctuels, aussi appelés "aigus".

Est-ce vraiment le cas ?

​Qu'est-ce qui change en cas de douleur chronique ?

Au niveau du système nerveux

​​Si vous avez une douleur importante depuis des mois ou des années, alors votre système nerveux a évolué et génère beaucoup plus facilement cette douleur.  Il est sensibilisé à plusieurs endroits. ​Cela signifie qu'il envoie des messages de danger au cerveau pour des stimulations beaucoup plus basses que la normale.

Ces messages sont également accentués, comme s'il y avait un amplificateur entre la partie de votre corps dans laquelle vous ressentez la douleur et votre cerveau​. Les messages que votre cerveau reçoit et analyse ne correspondent donc pas forcément à ce qu'il se passe en réalité dans votre corps

Si vous êtes atteint(e) de pathologie rhumatismale inflammatoire, alors l'inflammation systémique présente dans votre organisme participe à augmenter à la sensibilité du système nerveux.

Au niveau des autres systèmes

​De nombreux changements s'opèrent dans les différents systèmes de votre corps. Comprenez bien que toutes les modifications dont je parle ici sont utiles en cas de danger, mais qu'elles deviennent inadaptées et néfastes lorsqu'elles se prolongent dans le temps !

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    Globalement, votre système nerveux sympathique augmente son activité et prend le pas sur son collègue, le système nerveux parasympathique. Cela fait passer votre corps en mode "alerte" et il se prépare alors à faire face à des menaces qui n'existent pas forcément.
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    Votre système endocrinien modifie son activité, et se met à sécréter plus de cortisol (participant au stress) et de molécules pro-inflammatoires.
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    ​Votre respiration se modifie subtilement, ce qui peut avoir des conséquences sur l'oxygénation de vos tissus.
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    ​Votre système digestif ne fonctionne plus de manière optimale et cela peut entraîner quelques troubles fonctionnels sur lesquels certains posent l'étiquette de " syndrome du colon irritable".
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    Le fonctionnement cérébral peut également être influencé par tout cela : anxiété, modifications de l'humeur, difficultés à se concentrer,...

Dans tous les cas, les principes de base restent les mêmes.

La douleur est toujours une réaction de protection générée par le cerveau en réponse à une menace réelle ou perçue.

Les mécanismes, toutefois, évoluent, et la situation s'enrichit de nouveaux symptômes et se complexifie​. 

​Que peut-on y faire ?

Si vous êtes dans une situation similaire à M. K, sachez qu'il existe des moyens d'améliorer ce genre de situation. Même si vous avez commencé à emprunter le scénario n°1, cela ne signifie absolument pas que c'est "trop tard", ou qu'il n'y a plus rien à faire.

C'est un cercle vicieux, mais il est possible d'en sortir ! Votre organisme reste capable d'adaptation et de changement, même si vous ressentez quelque chose depuis plusieurs années.

La douleur est multifactorielle, et on ne règle pas ce genre de souci uniquement par la pensée, en changeant ses croyances et ses représentations. Ce n'est PAS une solution miracle, mais un outil faisant partie d'une prise en charge globale.

Travailler seul, ou avec un professionnel de santé formé, peut vous permettre d'identifier les facteurs qui vous freinent ou qui au contraire vous aident. Tout l'enjeu est ensuite de favoriser les facteurs positifs et d'éliminer autant de facteurs négatifs que possible.

​N'hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous, et à partager cet article s'il vous a plu ! 

Pour découvrir d'autres idées reçues sur le mal de dos,  je vous invite à lire l'article 5 idées reçues sur la lombalgie chronique .

À bientôt

Eric

  • Super article!
    Au vue de l’approche psychologique en carton de certains médecins je pense aussi qu’on penche plus souvent sur le 1er cas mais en espérant qu’en lisant cela certains arrivent à se poser les bonnes questions et à faire pencher la balance vers le 2nd cas…
    À bientôt
    Fx (infirmier)

  • Bonjour,
    Je pense être dans le cas numéro 1. J’ai était opéré 2 fois du dos .mon medecin de lepoque ma dit d’apprendre a vivre avec la douleur. après j’ai eu un problème de pancréas qui n’est pas fini et depuis notre couples faiblit, j’ai était obligé d’enlever toute mes dents sauf 4..maladie. En plus je suis atteinte d’épilepsie. .Mais toujours et il que j’ai toujours mal du matin au soir même sous morphine. .On m’a parlé de se problème un psychologue. Que c’était peut être dans la.tête. .On verra bientôt le rendez vous. .Le morale bas on a bien envie que sa aille mieux. .Mais c’est dur à gérer

    • Bonjour,
      Merci de partager votre expérience. La situation devient en effet plus compliquée lorsqu’on est atteint de plusieurs maladies (chroniques). J’espère que la lecture de cet article vous aura apporté des informations intéressantes sur la question  » Est-ce que ma douleur est dans ma tête ? ». Le rdv chez le psychologue peut tout à fait vous aider, mais pas parce que c’est une douleur « imaginaire ». Toute douleur est réelle. Tout ce qui peut diminuer votre anxiété et votre stress aura un impact positif sur vos douleurs. De la même manière, essayez de lister les activités qui vous font plaisir et de les reprendre graduellement (D’autres articles vont sortir très prochainement sur ce sujet, je vais les publier un par un).
      En espérant que mon blog vous aidera,
      Eric

  • Woha
    j ai régulièrement mal au dos depuis mes années lycée,j ai 55 ans et ai vu des tas de professionnels de santé……..

    Je suis sans mots pour vous exprimer ,mon état après toutes ces lectures,pertubantes ……Je me dois de les digérer……..et en tirer tous les bénéfices .
    Je vous remercie vivement de m’avoir donné l’accès à votre blog.

  • Bonjour,

    Oui, votre analyse me parle.

    A 40 ans, je souffrais de sciatique à cause d’une petite hernie discale L5-S1 (non migré), les rhumatologues me prescrivaient des séances de kiné et me disait « je ne peux rien pour vous ». Un an plus tard, la douleur n’avait pas disparu. Puis j’ai rencontré un ostéopathe qui m’a dit: « je ne m’inquiète pas pour vous » et a attiré mon attention l’aspect viscéral de mon mal être. 3 mois plus tard, je marchais sans pb. Depuis je fais des rando en montagne, de la gym douce et je n’oublie pas de nager dès que possible en surveillant mon poids…