Faut-il arrêter les activités qui vous font mal au dos ?

​Avant tout chose, j'ai écrit cet article en considérant que les causes de douleur nécessitant un traitement spécifique ont été écartées (voir cet article si cela ne vous rappelle rien).

​Introduction

​Vous êtes en train de faire quelque chose (du sport, une tâche ménagère, des travaux, etc..) et vous ressentez progressivement une douleur dans le dos.

Autre situation : vous avez mal au dos depuis un certain temps, et la douleur est présente lorsque vous faites une activité en particulier.

Devez-vous arrêter cette activité ? Avez-vous peur d'aggraver quelque chose si vous persistez ? Vous a-t-on dit qu'il valait mieux se reposer lorsqu'on se fait mal, le temps que la douleur disparaisse ? Ou au contraire, choisissez-vous d'ignorer la douleur coûte que coûte ?

Quelle stratégie vous apportera le plus de bénéfices ?

​L'éventail des explications : un flou artistique

Les conseils diffusés par les professionnels et par le grand public sont extrêmement variés et parfois totalement contradictoires. Si l'on jette un coup d’œil aux deux extrémités de ce spectre, voilà ce qu'on y trouve :

  • Toute activité qui provoque une douleur doit être arrêtée, et il faut se reposer le temps que la douleur cesse. Ce mode de pensée est fréquemment associé à une vision très structurale de la douleur : la douleur proviendrait d'un tissu (muscle, tendon, ligament, nerf...) abîmé, et il faudrait attendre que ce dernier se répare avant de le réutiliser (..ce qui est faux).
  • Il ne faut pas tenir compte de la douleur, peu importe son intensité. De toute façon, la douleur c'est dans la tête, n'est-ce pas ?  Comme diraient certains, NO PAIN NO GAIN !

Comment se fait-il que deux professionnels de santé puissent prodiguer des conseils si radicalement opposés ?

Que dit la science sur le sujet ?

Une fois n'est pas coutume, la vérité se trouve quelque part entre ces deux positions.

​Les effets dévastateurs du repos complet

Se reposer et arrêter une activité pour que la douleur disparaisse paraît intuitif et logique. Peut-être avez-vous été interloqués par le titre de cette sous-partie. Pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, nous savons aujourd'hui que le repos excessif a de nombreux effets délétères sur le corps humain.

Être trop inactif est tout aussi nocif que de trop en faire. En réalité, ce principe est connu depuis longtemps, mais la notion de repos excessif est évidemment subjective. Excessif par rapport à quoi ? Comment doser le repos ?

​Mise à jour : Lorsque je parle de repos, je parle de repos POUR une activité donnée. Vous pouvez arrêter le sport et continuer le reste de vos activités quotidiennes, par exemple.

​Progressivement, le repos recommandé est de plus en plus court et relatif, au fur et à mesure que notre compréhension des mécanismes physiopathologiques s'améliore. Ce que j'appellerai ici repos excessif ou prolongé est l'arrêt de certaines activités alors que les données scientifiques suggèrent de reprendre ces activités pour favoriser la guérison.

​Dommage !

​Ce qui est sûr, c'est que quasiment aucune pathologie ne nécessite un repos absolu. 

​Que se passe-t-il au niveau physiologique ?

​​Le corps humain s'adapte aux contraintes que vous lui imposez. Le principe de tout entraînement physique est d'augmenter progressivement les contraintes pour demander au corps de s'adapter.

L'inverse est également vrai : moins vous en demandez à votre corps, plus ses capacités diminuent.  Use it or lose it disent les anglais ("Utilisez-le ou perdez-le" pour les non-anglophones).

Quelles sont les conséquences d'un repos prolongé ?

  • Perte de force musculaire, d'endurance et de souplesse
  • Moindre adaptation cardiaque et pulmonaire à l'effort -> essoufflement précoce
  • Plus grand risque de se blesser

​Tous ces changements appartiennent à une entité appelée le déconditionnement.  Nous venons d'en aborder l'aspect le plus évident, l'aspect physiologique. Cependant, de nombreuses modifications ont également lieu au niveau psychologique.

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​Que se passe-t-il au niveau psychologique ?

Lorsque vous arrêtez une activité parce qu'elle est douloureuse, que ce soit votre propre décision ou le conseil d'un professionnel de santé, un cercle vicieux s'engage :

  • Votre cerveau considère l'activité en question comme dangereuse (pour plusieurs raisons, y compris la douleur que vous ressentez)
  • Par conséquent, il génèrera plus facilement de la douleur à chaque fois que vous allez ré-essayer cette activité, afin de vous protéger.
  • Cela créé un renforcement négatif : chaque fois que cela se produit, la douleur apparaît encore plus facilement, ce qui vous conforte dans l'idée que l'activité en question est dangereuse pour vous.
  • En parallèle, vous portez de plus en plus d'attention à la douleur et guettez son apparition beaucoup plus qu'avant. Vous développez une peur de la douleur.
  • Cette peur de la douleur s'accompagne progressivement d'une peur de bouger.

​Vous visualisez maintenant le cercle vicieux qui se déploie chez de nombreuses personnes douloureuses chroniques.

Quelles en sont les conséquences ?

  • De la colère et de la frustration : Vous ne comprenez pas pourquoi vous avez toujours mal alors que vous suivez les conseils qu'on vous donne et que vous vous reposez. Vous en avez marre de vivre "handicapé", de ne pas pouvoir faire votre activité ou votre sport favori. Vous vous sentez cassé et vous avez l'impression d'avoir pris 20 ans à cause de cette fichue douleur.
  • L'anxiété et la dépression : Vous avez peur d'avoir un problème sérieux, et de finir handicapé pour le reste de votre vie. Vous ruminez à propos de votre douleur de plus en plus, et n'appréciez plus les bonnes choses de la vie comme avant. Vous ne voyez pas comment votre situation peut s'arranger et vous vous en inquiétez.

Une remarque anodine d'un proche ou d'un médecin ("Vous devriez éviter de faire cela tant que vous avez mal", ou "Soyez prudent pour ne pas abîmer vos dos") peut donc entraîner une cascade de changements physiologiques et psychologiques négatifs qui risquent fortement de chroniciser (rendre chronique) la douleur.

Il ne faut donc pas arrêter totalement une activité douloureuse, mais l'adapter (ce que nous verrons dans la troisième partie).