30 questions/réponses sur la sciatique et la cruralgie

​Au programme

​1) Qu'est-ce que la sciatique ?

2) Qu'est-ce que la cruralgie ?

3) Qu'est-ce qui peut provoquer ces symptômes ?

4) Dois-je me faire opérer ?

​5) Dois-je passer une radio ou un IRM ?

6) Je me suis déjà fait opérer et j'ai toujours ces douleurs , pourquoi ?

7) Combien de temps cela peut-il prendre pour disparaitre ?

​8) Pourquoi la douleur descend-elle plus ou moins bas en fonction des jours ?

9) Pourquoi la douleur irradie-t-elle dans des nouveaux endroits ?

10) Quels mouvements dois-je éviter ?

11) Quelle activité physique puis-je faire ?

12) Que puis-je faire pour diminuer la sensibilité du nerf ?

13) J'ai mal depuis longtemps et de plus en plus : ma colonne vertébrale s'abime-t-elle de plus en plus ?

14) Est-ce que ma sciatique/cruralgie dépend du stress ?

15) Devrais-je essayer des thérapies alternatives ?

​16) Que peut faire mon kinésithérapeute ?

​17) Dois-je prendre des médicaments ?

​18) Faut-il faire craquer mon dos ?

19) Dans quelle position dormir ?

20) Pourquoi est-ce que je ressens des fourmillements/picotements/décharges même sans bouger ?

​21) Dois-je me tenir droit pour avoir moins mal ?

​22) Est-ce que la marche est utile pour diminuer la douleur ?

​23) Dois-je mettre du chaud ou du froid ?

​24) Est-ce que cela peut être grave ?

25) Est-ce que les infiltrations sont efficaces ?

26) Peut-on avoir une sciatique des deux côtés ?

27) Est-ce que j'ai une sciatique/cruralgie a cause de mon hyperlordose/scoliose ?

28) ​Est-ce qu'aller à la piscine est utile pour avoir moins mal ?

29) Est-ce que le nerf sciatique ou crural peut se coincer ?

30) Est-ce qu'un surpoids participe au problème ?

​1) Qu'est-ce que la sciatique ?

Le terme de "sciatique" n'est pas un terme médical, et il est utilisé à tort et à travers. Sciatique est le nom d'un nerf, rien de plus.

Ce que l'on désigne habituellement par "sciatique" est une douleur provoquée par une sensibilisation du nerf sciatique. Ce nerf est issu des racines nerveuses L4, L5, S1 et S2.

Le terme correct est "sciatalgie".  Elle peut suivre différents trajets qui ont en commun de descendre plutôt derrière la fesse et le long de la jambe, parfois jusqu'au pied. Vous pouvez également n'avoir mal que sur une partie de ce fameux trajet (on parle alors de sciatique tronquée).

Il existe une autre entité qui s'abrite parfois sous ce terme parapluie : la radiculopathie. Lorsque le nerf sciatique est comprimé, la transmission des influx nerveux peut être altérée, et la fonction du nerf est dégradée. Il en résulte dans un premier temps une perte de sensibilité cutanée dans les zones innervées par ce nerf . Dans un second temps, on observe une perte de force musculaire au niveau de certains muscles : les muscles releveurs du pied lorsque l'atteinte porte sur les fibres nerveuses issues de l'étage L4-L5 (d'où le "pied tombant"), ou le muscle triceps sural alias le mollet, lorsqu'il s'agit de S1 (impossible alors de monter sur la pointe du pied).

La radiculopathie est différente de la sciatalgie, même si les deux peuvent coexister !

2) Qu'est-ce que la cruralgie ?

​La cruralgie est une douleur provoquée par une sensibilisation du nerf fémoral (anciennement appelé nerf crural, d'où le nom). Le nerf fémoral naît des racines nerveuses L2, L3 et L4.

Cette fois-ci, le trajet de la douleur se dirige en avant de la hanche pour descendre le long de la face antérieure de la cuisse, ​parfois légèrement vers l'intérieur de la cuisse. La douleur ne descend pas plus bas que le genou dans la grande majorité des cas.

Il existe également la radiculopathie L2, L3 ou L4, qui provoque des déficits sensitifs et moteurs.

3) Qu'est-ce qui peut provoquer ces symptômes ?

​Dans la plupart des articles, il est fait un lien direct entre ces douleurs et une compression nerveuse par une hernie discale au niveau de la colonne vertébrale. Sachez que cette compression nerveuse n'est ​qu'un facteur parmi d'autres.

​Une compression de la racine nerveuse par une hernie discale peut participer à la douleur, SURTOUT s'il y  a inflammation.  Sans inflammation, la compression peut être asymptomatique.

​En cas d'arthrose, des ostéophytes (sortes d'excroissances osseuses que le corps développe pour mieux répartir les contraintes) peuvent également irriter les racines nerveuses.

Des mouvements répétitifs peuvent ​générer des contraintes de manière répétée sur le système nerveux, ce qui peut également le rendre plus sensible. Par exemple, des flexions de hanche répétée de grande amplitude peuvent sensibiliser le nerf sciatique qui est mis en tension à chaque fois, surtout s'il n'en a pas l'habitude.

​Les nerfs ont des rapports assez étroits avec certains muscles. Des contractions intenses et/ou répétées de certains muscles peuvent donc​ participer à la sensibilisation. Le lien le plus connu et cité est évidemment la proximité entre le nerf sciatique et le muscle piriforme, au milieu de la fesse. 

D'autres causes en pagaille : piqûre dans la fesse qui touche le nerf sciatique, compression par la tête du foetus lors de la grossesse, tumeur du plancher pelvien (très très rare, je ne fais que le citer).

​Dans tous les cas, n'oubliez pas que ce ne sont que des facteurs parmi d'autres, et qu'il est possible de ne plus avoir mal même s'il y a toujours un contact entre une structure et le système nerveux !

4) Dois-je me faire opérer ?

​​​​La chirurgie en cas de sciatalgie/cruralgie est la dernière option, quand tous les traitements pertinents ont été essayés et se sont soldés par un échec au bout de plusieurs mois.

Il n'y a normalement que deux indications à la chirurgie :  

- Perte de force musculaire importante et/ou progressive : cela témoigne d'une compression sévère et évolutive du système nerveux, dans ce cas pas de temps à perdre.

- Syndrome de la queue de cheval : cela témoigne également d'une compression sévère, cette fois-ci des racines nerveuses descendant dans le canal vertébral (au centre des vertèbres puis du sacrum). Les signes sont évocateurs : anesthésie de la région génitale, incontinence ou au contraire difficulté à uriner/déféquer, perte de force importante,... L'une des rares urgences chirurgicales.

​La troisième indication, discutée et à ne pas prendre à la légère, est donc l'échec des autres traitements au bout de plusieurs mois de prise en charge adaptée.

5) Dois-je passer une radio ou un IRM ?

​Je vous invite à lire l'article sur le sujet pour avoir la réponse détaillée. 

En résumé, il est probable que vous n'ayez pas besoin de radio ou d'IRM.

Les examens complémentaires devraient être utilisés quand:

- vous présentez des signes de compression sévère du système nerveux (cités dans la réponse précédente).

- vous présentez des signes pouvant évoquer une pathologie nécessitant un traitement spécifique (fracture, infection, cancer,..).

Cela parait contre-intuitif, mais le fait de faire des examens complémentaires de façon injustifiée peut avoir des effets néfastes, à cause de l'effet nocebo induit par les résultats.

6) Je me suis déjà fait opérer et j'ai toujours ces douleurs , pourquoi ?

​L'opération permet d'enlever la compression de la racine nerveuse, mais comme dit précédemment ce n'est qu'un facteur parmi tant d'autres. Le nerf sciatique ou le nerf fémoral peuvent rester sensibilisés par d'autres facteurs tels que ceux cités dans la question 4, le stress, l'anxiété, la sédentarité,...

Il faut savoir que si la douleur est présente depuis longtemps (plusieurs mois/années), alors elle ne disparait pas du jour au lendemain. C'est probablement le cas si vous vous êtes fait opéré.

Votre système nerveux est devenu de plus en plus fort pour créer cette même douleur, et maintenant il lui faut du temps pour dés-apprendre tout cela.  Cela reste POSSIBLE, vous n'avez pas à vous coltiner cela toute votre vie.

7) Combien de temps cela peut-il prendre pour disparaitre ?

​Cette durée est différente pour chaque personne, car elle dépend de l'ensemble des facteurs qui contribuent à votre douleur.

S'il s'agit d'une douleur aigüe (quelques semaines tout au plus), alors les études suggèrent qu'elle disparaitra rapidement dans la majorité des cas ! Bonne nouvelle !

​En cas de douleur chronique (plus de trois mois), le système nerveux s'est adapté et cela prend un peu plus de temps pour qu'il revienne à son état antérieur. Globalement, plus la douleur est ancienne, plus elle mettra du temps à partir.

Le plus important à retenir est que votre corps reste capable de s'adapter et de se modifier même si vous avez mal depuis des années : c'est la bioplasticité.

 Une progression lente n'est pas un signe d'échec ! Pour ce genre de souci, il n'existe malheureusement pas de solution miracle.  Plusieurs mois, un an, deux ans,... sont parfois nécessaires pour se débarrasser d'uns sciatalgie/cruralgie tenace.

8) Pourquoi la douleur descend-elle plus ou moins bas en fonction des jours ?

​Vous avez peut-être remarqué que la douleur descend plus ou moins bas dans la jambe certains jours. Peut-être même en fonction des mouvements (c'est l'un des critères d'évaluation de la méthode McKenzie).

Nous savons maintenant que plus la douleur descend bas, plus le nerf est irrité.  A contrario, moins le nerf est irrité, plus la douleur se rapproche de la colonne (on dit qu'elle se centralise).  Ce phénomène peut être assez déroutant car il dépend de nombreux facteurs, pas uniquement de la compression.

Si vous passez une sale journée, pleine d'anxiété et de stress, vous remarquerez peut-être que la douleur s'aventure plus loin que d'habitude. Rien n'aura changé au niveau de la compression du tissu nerveux.

9) Pourquoi la douleur irradie dans de nouveaux endroits ?

​Un autre phénomène très déroutant, dont peu de monde parle dans les articles.

Lorsqu'une douleur telle qu'une sciatalgie ou une cruralgie persiste dans le temps, il est possible que la douleur s'étende à des territoires qui n'appartiennent pourtant pas au nerf irrité. Il est tentant de se dire : "J'ai aggravé mon cas, je me suis fait une autre blessure, etc", pourtant ce n'est probablement pas le cas. 

​Les messages qui transitent par les nerfs sciatiques et fémoraux pénètrent la moelle épinière avant de remonter vers le cerveau. Lors de cette entrée dans la moelle épinière, ils côtoient d'autres neurones qui sont responsables d'une autre partie de la jambe, et qui n'ont rien demandé !

L'excitation constante d'un groupe de neurones peut finir par sensibiliser les neurones adjacents. De plus, votre cerveau finit par s'intéresser de plus près à ce qu'il se passe en bas, et décide de réveiller toute cette section de la moelle épinière.  

Vous pouvez alors ressentir des symptômes dans une partie de la jambe qui ne correspond pas au nerf initialement irrité.

10) Quels mouvements dois-je éviter ?

​En soi, très peu de mouvements sont mauvais pour la colonne vertébrale. Un ​geste ne devient néfaste que lorsque son intensité, son amplitude, ou sa fréquence excède ce que vous pouvez supporter à un instant t.

Néanmoins, si vous souffrez de sciatalgie ou de cruralgie, force est de constater que votre système nerveux vous rappelle à l'ordre dès que vous tentez de bouger librement. Je distingue deux stratégies principales :

- La première est celle de l'exposition graduelle. Vous ne supportez plus tel ou tel mouvement, alors vous vous y ré-exposez très progressivement, pour permettre à votre corps de mieux le supporter.

De la même manière que l'on traite une allergie par exposition graduelle à l'élément allergène, il est possible d'améliorer la tolérance du corps à un mouvement en le ré-introduisant suffisamment progressivement.

- La deuxième est d'éviter temporairement les mouvements et les positions douloureuses. Parfois, il est préférable de faire un pas en arrière, pour mieux pouvoir avancer ensuite. L'idée est retourner ensuite à la première stratégie.

​Une prise en charge avec un professionnel de santé spécialisé (un kinésithérapeute formé) vous permet de faire les bons choix et de mettre toutes les chances de votre côté.

11) Quelle activité physique puis-je faire ?

​L'activité physique possède une myriade d'effets bénéfiques pour le corps qu'aucun médicament ne peut apporter.

La durée et la fréquence importent beaucoup plus que le type d'activité physique. L'idéal est de pouvoir réaliser une activité physique qui vous plaît, car vous aurez beaucoup plus de motivation pour la pratiquer ! Ce n'est malheureusement pas toujours possible, alors voilà quelques propositions en fonction des positions que vous supportez:

- Si vous préférez la flexion (avoir le bas du dos arrondi), le vélo est une possibilité intéressante.

-Si vous préférez l'extension (avoir le bas du dos bien droit), vous pouvez essayer la marche, la natation ou encore le vélo elliptique.

Là encore, un professionnel de santé sera plus à même de vous conseiller de manière personnelle. Vous avez peut-être un sport ou une activité favorite qui n'est ni la marche, le vélo ou la natation, et vous voulez savoir si vous pouvez continuer à le/la pratiquer. Vous avez tout à fait raison ! Demandez conseil à un professionnel de santé formé à ce sujet.


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