Les moyens du kinésithérapeute dans la lombalgie chronique

​​La kinésithérapie n'est ni une technique, ni un ensemble de techniques. La plupart des moyens utilisés (exercice, manipulations, utilisation d'outils, etc) ne sont pas spécifiques au kiné, et sont utilisés par d'autres professionnels (de manière plus ou moins justifiée, voire carrément illégale).

Ce qui fait la différence, c'est que les kinésithérapeutes utilisent un raisonnement clinique sérieux, reposant sur des bases solides et sur une expertise qui recouvre de très nombreux champs de la médecine. Nous avons une formation initiale universitaire, dense et exigeante, nous permettant de comprendre en profondeur la globalité de chaque individu. De très nombreux kinés font l'effort de se tenir à jour de la littérature scientifique​ et de maintenir un esprit critique vif pour tenir les patients à l'écart des pseudo-médecines qui pullulent aujourd'hui.

​Du mouvement sous toutes ses formes

​​Avec une partie du corps aussi complexe, centrale et sollicitée que le dos, les possibilités de mouvement sont tout simplement illimitées. Voilà une liste non-exhaustive de ce que le kinésithérapeute peut utiliser avec vous :

Des mouvements "actifs" (c'est-à-dire que c'est vous qui les réalisez) du dos.  
Ces mouvements peuvent ​être très simples (se pencher en avant, en arrière, sur les côtés, se tourner, en sont les exemples les plus basiques), ou être de plus en plus complexes (reproduction d'un geste sportif ou professionnel, contrôler différentes parties du corps dans différents plans).  

​Quelque chose de simple 😉


Chaque mouvement peut lui-même être décliné en​ plusieurs variations, en fonction de la position, de la vitesse, de la durée, de l'amplitude,de la précision, etc. C'est la beauté de la variabilité humaine ! 😉

C'est une première étape vers les mouvements actifs. Les manipulations, celles qui vont vite et qui provoquent souvent un "craquement", ont le même objectif : offrir un soulagement temporaire, permettant de recommencer à bouger un peu plus (et de profiter des effets plus durables de l'activité physique).

Des mobilisations "passives" et des manipulations.

Cette fois-ci c'est le thérapeute qui bosse, profitez-en.  Cela peut être un bon moyen d'apprendre à se relâcher pendant le mouvement, avant de le faire soi-même.

​ Cela reste un traitement de seconde intention car ce n'est pas le plus efficace en cas de lombalgie chronique.

Dans certains cas, le mouvement est trop douloureux pour être fait dans un premier temps. Des techniques d'imagerie motrice sont parfois utilisées pour activer le cerveau de la même manière que si vous étiez réellement en train de faire le mouvement.

L'imagerie motrice est un ensemble de techniques, peut-être en avez-vous déjà fait sans le savoir. L'une d'entre elles, par exemple, consiste à imaginer un mouvement, en se focalisant sur différentes sensations et avec le guidage du kinésithérapeute.

À l'inverse, lorsque la situation le permet, des exercices plus intenses tels que du renforcement peuvent être utilisés. Le kinésithérapeute adapte la progression des exercices en fonction de vos capacités, de vos objectifs et d'autres caractéristiques personnelles. Cela peut être un moyen d'aider votre corps à mieux tolérer les activités quotidiennes, une position en particulier, ou encore un sport.

​Une prise de conscience du corps

​Grâce à tous ces mouvements, le kinésithérapeute aide chaque personne à ressentir différemment son corps. Beaucoup de personnes (lombalgiques ou non) semblent déconnectées de leur corps. Travailler sur la prise de conscience corporelle est l'un des plus grands outils du kinésithérapeute. En voilà quelques aspects.

​Le feedback

C'est le fait d'obtenir des informations sur ce que l'on vient de faire, ce qui nous permet d'ajuster notre action si besoin. Le simple fait de regarder ce que l'on fait est un feedback visuel : si vous voyez que vous versez du café à côté de votre tasse, vous corrigez cela (​enfin j'espère).

Plusieurs types de feedback peuvent être utilisés en kinésithérapie, tels que :

Le guidage manuel : le kinésithérapeute peut utiliser ses mains pour guider vos mouvements, et vous aider à mieux les ressentir. Le cas qui me vient en tête est le guidage lors des mouvements de bassin (vidéo n°1 pour les abonnés au blog).  Le kinésithérapeute utilise également le toucher pour ressentir votre état de contraction, et éventuellement vous asséner le fameux "Relâchez-vous" ;).

​Si votre kiné vous dit que vous êtes tendu(e)...

Une surface plane : c'est le mot savant que j'ai trouvé pour désigner une table ou un mur. Lorsque vous êtes allongé sur le dos, les points d'appui de votre corps sur la table sont de bons points de départ pour se concentrer sur vos sensations.

 Le kinésithérapeute peut guider cette introspection, et vous proposer différents mouvements subtils pour faire varier ces points d'appui. Cela permet de rafraichir la représentation de votre dos dans votre cerveau. Le contact avec une table, un tapis ou un mur aide également à reproduire certains mouvements du dos et du bassin.

​Cela marche aussi sur l'herbe, sur le sable.. Tous les prétextes sont bons pour se concentrer sur ses sensations !

Des outils plus ou moins élaborés : du manche à balai à la plateforme multi-fonction dernier cri, la panoplie technique du kinésithérapeute est vaste. Je pense qu'il n'y a pas de bon ou de mauvais outil : chacun d'entre eux permet de découvrir différents mouvements !

Le feedback visuel est plus compliqué pour le dos (vu que.. c'est dans votre dos), mais pas impossible. Un jeu de miroir peut faire l'affaire, et peut vous permettre de réaliser plusieurs mouvements avec une vue directe sur votre dos.

Le feedback verbal : certains exercices sur la sensibilité tactile consiste à reconnaître des chiffres ou des lettres tracées sur la peau, pour mettre à l'épreuve les sensations que la personne possède dans cette zone. Le kiné peut donc dans un premier temps dire quelle lettre/chiffre il trace, puis procéder à l'exercice, en donnant la bonne réponse si la personne se trompe.

​La respiration

​Difficile de faire rentrer la respiration dans une case, tant elle influence beaucoup de paramètres. Voilà quelques liens entre respiration, mal de dos et kinésithérapie.

​En cas de lombalgie chronique, la respiration est souvent altérée. D'une part, les douleurs tendent à rendre la respiration plus courte, plus superficielle et plus rapide. D'autre part, certains mouvements se font avec plus de contractions musculaires au niveau des abdominaux, ce qui gène également la respiration. 

​Le kinésithérapeute vous aide à adopter différents types de respiration, au travers d'une prise de conscience des différents niveaux de ventilation (thoracique haut et bas et abdominal notamment).

Il peut vous proposer des exercices afin de vous apprendre à utiliser la respiration pour vous détendre et soulager la douleur ainsi que le stress. Il vous aide aussi à associer la respiration aux différents mouvements.

Lorsque c'est nécessaire, différents exercices, étirements, mobilisations ou autres peuvent être utilisés pour améliorer la ventilation.

​Proposer des changements dans le style de vie

​Comme je l'ai dit dans la partie sur les objectifs, les 23h30 passées hors de la séance comptent plus que les 30 minutes de séance (du moins c'est mon opinion). 

Le style de vie, c'est-à-dire l'activité physique, l'alimentation, le sommeil, les activités sociales, le stress et l'anxiété (et probablement d'autres encore), a une influence considérable sur l'apparition ou non de douleurs.

​Le kinésithérapeute, à partir des éléments que vous lui fournissez, peut vous proposer des pistes de changement sur ces différents éléments. Si besoin, il pourra vous conseiller de consulter un autre professionnel plus spécialisé dans l'un de ces domaines.

​Donner du sens à la douleur

​Les kinésithérapeutes se forment de plus en plus à la prise en charge de la douleur, pour offrir les meilleures explications possibles aux patients souffrant de lombalgie chronique.


Afin d'aider chaque personne à comprendre les mécanismes et les facteurs en jeu, le kiné propose une explication claire et adaptée à l'histoire du patient.

Ensemble, ils réfléchissent pour trouver les différents éléments dans la vie du patient qui favorisent l'apparition de la douleur, et ils trouvent des moyens à mettre en place pour changer certains d'entre eux.

​Encourager le retour aux activités favorites

​Le kinésithérapeute vous accompagne tout au long du retour aux activités favorites (si vous aviez arrêté de faire certaines choses à cause du mal de dos). Plusieurs idées en vrac sur le sujet :

​Il construit avec vous un programme d'exercices en autonomie pour que vous puissiez continuer de faire certains exercices entre les séances. Certains exercices ne se font souvent qu'une seule fois par jour, comme les exercices au sol ou allongé sur le lit, et certains peuvent être faits plusieurs fois dans la journée, comme les mouvements de bassin en position assise. Cela permet de rendre ces exercices bien plus efficaces, et de vous rapprocher de vos objectifs.

​Il vous aide à planifier le retour à certaines activités jusqu'à présent douloureuses. Par exemple, vous souhaitez reprendre le footing, le vélo (ou un autre sport), mais vos tentatives échouent car la douleur reprend le dessus à chaque fois ?​

Le kinésithérapeute est là pour vous apprendre à doser votre effort, et à identifier certains points à améliorer si besoin (force, souplesse, etc).  Il est également le mieux placé pour découvrir avec vous plusieurs manières de diminuer la douleur avant, pendant ou après l'activité.

 Vous pouvez ensuite utiliser ces astuces pour pratiquer votre activité physique de façon plus sereine.

​Engager et maintenir une relation de qualité avec vous

​Une relation thérapeutique solide est un outil indispensable pour le kinésithérapeute. Voici quelques piliers de cette relation : l'écoute, la confiance, le partage d'expertise (le kiné est un expert du corps humain et du mouvement, vous êtes un expert de vous-même) et l'individualisation du traitement.

​Il y a beaucoup à dire sur cette partie, mais ce n'est probablement pas la partie qui vous intéresse le plus. C'est ouvert à la discussion, si vous le souhaitez. 🙂

​Le kinésithérapeute possède donc de très nombreux moyens pour aider les personnes souffrant de lombalgie chronique (exercices, mobilisations, massage, étirements, éducation à la douleur, programmes d'auto-prise en charge, conseils sur le style de vie, techniques de modifications des symptômes, et bien d'autres). La prise en charge est globale et personnalisée, pour vous permettre d'améliorer votre qualité de vie, de réussir vos objectifs et d'en ressortir plus autonome.