30 questions/réponses sur la hernie discale lombaire non opérée

​Au programme

​1) Quelle différence entre hernie discale, discopathie, etc ?

2) Quels sont les symptômes et les signes d'une hernie ?

3) ​Qu'est-ce qui fait si mal ?

4) ​Dois-je me faire opérer ?

​5) ​Pourquoi les médecins attendent-ils "le dernier moment" pour opérer ?

6)​ Comment évolue une hernie discale au fil du temps ?

7) ​Est-ce que la taille de la hernie et le contact avec le nerf sont importants ?

​8) Est-ce que la hernie ressort encore plus quand j'ai plus de douleur ?

9) ​​Peut-on guérir d'une hernie ?

10) Quels ​sont les mouvements à éviter ?

11) ​Qu'est-ce qui provoque les hernies discales ?

12) Dois-je arrêter le sport ?

13) Est-ce que les infiltrations sont efficaces ?

14) Est-ce que j'ai une hernie parce que je ne suis pas assez musclé du dos ?

15)​ Dois-je me muscler le dos pour régler le problème ?

​16) ​L'acupuncture est-elle efficace ?

​17)​ Quels sont les médicaments efficaces ?

​18) ​Est-ce que je peux finir en fauteuil roulant à cause de cela ?

19) ​Faut-il arrêter de courir ?

20) ​Dois-je perdre du poids pour aller mieux ?

​21) ​L'hydrotomie percutanée peut-elle m'aider ?

​22) ​Est-ce qu'une manipulation peut faire re-rentrer la hernie ?

​23) ​Dois-je repasser une IRM pour voir l'évolution ?

​24) ​Faut-il porter une ceinture lombaire ?

25) ​Comment faire pour mieux supporter la position assise ?

26) ​Existe-t-il une position idéale pour dormir ?

27) ​Quel est le métier idéal pour ne pas avoir de hernie discale ?

28) ​​Peut-on rester paralysé définitivement après une hernie discale ?

29) ​Puis-je avoir des rapports sexuels avec une hernie discale ?

30) Que puis-je faire pour ne pas aggraver la hernie ?

​1) Quelle différence entre hernie discale, discopathie, protrusion, bombement, etc ?

​La lecture d'un compte-rendu d'examen médical peut vite donner mal à la tête à un lecteur non-averti. Difficile de s'y retrouver parmi tous ces termes compliqués ! Faisons le point dès maintenant.

Discopathie

Une discopathie signifie simplement qu'il y a une anomalie au niveau d'un disque intervertébral. C'est un terme générique qui couvre toutes les "anomalies" possibles à cet endroit.

On parle souvent de discopathie dégénérative, qui constituent la grande majorité des discopathies. Le terme "dégénératif" est impressionnant, mais il désigne la plupart du temps les changements liés au vieillissement naturel.

​Bombement

Un bombement signifie que le disque est plus large à un endroit et qu'il prend un peu de place dans le canal vertébral (l'endroit par lequel passe la moelle épinière puis les racines nerveuses).

​Cela peut être dû à une perte de hauteur du disque, ou encore à une version moins marquée de la hernie discale (le noyau étant plus présent derrière la paroi fibreuse du disque sans pour autant la traverser).

​Hernie discale et protrusion

La hernie discale à proprement parler désigne l'expansion du noyau pulpeux du disque en dehors de son anneau fibreux. Le noyau profite d'une brèche pour absorber encore plus d'eau et s'expandre à travers cette brèche.

Le noyau pulpeux est toujours présent à l'intérieur du disque, mais il présente désormais une "extension" en dehors de celui ci. Cette extension fait saillie dans le canal vertébral, d'où le terme de protrusion.

Parfois, le fragment de noyau se sépare du disque et est donc libre dans le canal vertébral. On parle alors de hernie "exclue" ou encore "séquestrée". Bien que cela puisse être très douloureux, cela rend le fragment beaucoup plus vulnérable aux attaques de votre système immunitaire, et ce type de hernie est celui qui se résout le plus souvent naturellement.

​2) Quels sont les symptômes et les signes d'une hernie ?

​La première chose à souligner est qu'une hernie discale ne crée pas forcément de symptôme ou de signe. De nombreuses personnes sans douleur ont une hernie discale sans le savoir, et sans avoir de problème par la suite.

Les hernies discales symptomatiques peuvent générer de nombreux symptômes & signes. Deux personnes qui présentent la même hernie peuvent vivre deux expériences complètement différentes.

La douleur peut être présente sur tout ou partie d'un trajet qui part du bas du dos pour aller dans une jambe.

​​Ce trajet est typiquement représenté sur un schéma en fonction de la racine nerveuse atteinte (voir ​l'image).

Cependant, la précision de ces trajets est aujourd'hui remise en question car ils ne permettent pas de situer l'atteinte de manière fiable.

​D'autres sensations étranges peuvent être ressenties : décharges d'électricité, sensation de chaud ou de froid douloureux, fourmillements, sensation d'eau froide qui coule sur la peau, etc.

​Lorsque le nerf est plus atteint, une perte de sensibilité est observée, ceci pouvant aller jusqu'à l'anesthésie complète. Plus tardivement, on note une perte de la commande motrice, plus ou moins importante également.

Tous ces signes ne sont pas spécifiques à la hernie : d'autres pathologies peuvent les provoquer. Un examen clinique par un professionnel de santé est nécessaire pour poser un diagnostic fiable.

​3) Qu'est-ce qui fait si mal ?

​Derrière cette question simple se cache une réponse complexe. Je vais tenter de la simplifier au maximum en faisant une liste. PS : Tous les points ne s'appliquent pas à chacun d'entre vous.

  • ​Lorsque l'état du disque évolue, cela peut s'accompagner d'une sécrétion de molécules pro-inflammatoires. L'inflammation rend les nerfs présents dans cette zone beaucoup plus actifs et faciles à exciter. Des mouvements, des positions ou des efforts normalement indolores deviennent douloureux car votre organisme les considère alors comme dangereux.
  • ​Lorsque la hernie discale est en contact avec une racine nerveuse, cela contribue à envoyer des messages de danger au cerveau, NOTAMMENT s'il y a de l'inflammation au niveau de cette racine.
  • La douleur s'accompagne d'autres réactions de protection comme des contractions musculaires exagérées. Cela modifie votre façon de bouger, et cela peut participer à la douleur.
  • ​​Tout ce que l'on vous dit, ce que vous entendez, ce que vous pensez,... peut avoir un impact positif ou négatif sur la douleur. Une personne qui pense avoir sérieusement abîmé son dos, à qui l'on conseille de ne pas bouger et à qui l'on annonce un diagnostic effrayant, aura probablement plus de douleurs qu'une personne n'ayant pas été exposée à ces facteurs.
  • Enfin, une notion essentielle est la sensibilisation du système nerveux. Il s'agit du phénomène par lequel les neurones qui transmettent les informations (de votre corps vers votre cerveau) deviennent hyper-excitables. Hyperactifs, en quelque sorte. Ils vont envoyer plus de messages, plus rapidement, pour une même stimulation. Le message reçu par le cerveau est donc bien différent de ce qu'il s'est réellement passé en périphérie, et cela a une influence sur la douleur ressentie.

​4) ​Dois-je me faire opérer ?

​Il existe deux situations dans lesquelles l'opération est une nécessité.

La première est une perte de force évolutive au niveau des jambes. Évolutive signifie que cette perte de force s'aggrave au fil du temps. Cela témoigne d'une atteinte importante d'une ou plusieurs racines nerveuses.

La seconde est le syndrome de la queue de cheval. Cela survient lorsque les dernières racines nerveuses sont fortement comprimées au sein du canal vertébral.

Les principaux symptômes et signes caractéristiques sont une paralysie plus ou moins importante des jambes, une incontinence, une dysfonction sexuelle et une perte de sensibilité dans la zone ano-génitale.

Ces deux cas de figure nécessitent une opération très rapide pour éviter les séquelles.

Cela ne vous aura pas échappé, beaucoup de personnes se font également opérer même lorsque ces signes ne sont pas présents.

Une troisième indication à la chirurgie est apparue : la persistance d'une douleur très intense après 6 à 8 semaines de traitement non chirurgical.

En effet, beaucoup optent pour l'opération lorsque la douleur persiste trop longtemps, et que les traitements dits "conservateurs" n'ont pas été efficaces. C'est tout à fait compréhensible​, tant les douleurs et le handicap associé peuvent ​bouleverser une vie.

Néanmoins, cela ne devrait pas être encouragé, et un traitement non chirurgical sérieux et bien mené doit toujours être réalisé en premier. 

​Lorsqu'on sort des deux premières situations, le taux de succès de la chirurgie est très incertain, et beaucoup de personnes ne vont pas mieux après l'opération. Étant donné les risques associés à la chirurgie, on ne peut malheureusement pas se permettre d'essayer "juste pour voir".

​5) Pourquoi les médecins attendent-ils "le dernier moment" pour opérer ?

​Les décisions du corps médical paraissent parfois étranges, car elles peuvent sembler contre-intuitives.

Voilà deux raisons pour lesquelles les médecins et chirurgiens laissent souvent un délai de quelques mois entre le diagnostic et la chirurgie.

Numéro 1 : Les hernies discales ont une évolution naturelle favorable dans la majorité des cas. Cela signifie que beaucoup de hernies discales vont se résorber d'elles-même, tout comme la douleur.

Bien entendu, il existe aussi des cas qui évoluent mal (vous en connaissez peut-être), mais environ deux hernies sur trois régressent spontanément.

Le médecin préfère alors attendre, pour laisser une chance au problème de se solutionner tout seul sans avoir recours à une procédure agressive. 

Numéro 2 : La chirurgie représente souvent la dernière option. Et pour cause : il s'agit de l'option la plus invasive (potentiellement délétère pour l'organisme).

Le taux de succès, comme pour beaucoup de traitements, n'est pas à 100%, ce qui invite les médecins à sélectionner avec soin les candidats à la chirurgie.

​Un médecin qui retarde l'opération n'est donc pas un médecin qui ignore votre douleur ou qui ne vous prend pas au sérieux.

6) ​Comment évolue une hernie discale au fil du temps ?

L’évolution naturelle des hernies discales est très variable.

En regardant un résultat d’IRM, on ne peut pas affirmer avec certitude : « Celle-ci va se résorber, celle-là non,… ».

Cependant, voilà ce que l’on sait :

​Plusieurs études récentes ont montré que la taille des hernies peuvent évoluer pendant plusieurs années, et que 66% des hernies discales non opérées régressent (Kaer 2016, Zhong 2017).

​Les hernies les plus sévères sont celles qui disparaissent le plus facilement (Chiu 2015). Cela peut paraître contre intuitif, mais c’est pourtant le cas.

Lorsque la hernie ressort davantage du disque, voire lorsqu’un fragment se détache, elle est beaucoup plus vulnérable aux attaques de votre système immunitaire !

 C’est pour cette raison que les médecins préfèrent attendre dans certains cas, même quand il y a une réelle compression du système nerveux : l’histoire naturelle est souvent favorable.

​​7) Est-ce que la taille de la hernie et le contact avec le nerf sont importants ?

La compression du nerf n’est pas le facteur le plus déterminant !

Est-ce que vous trouvez cela étonnant ?

En ​réalité, en cas de hernie compressive, c’est surtout l’inflammation qui ​contribue à la douleur ! 

Concrètement, lorsqu’il n’y a pas d’inflammation, un nerf peut subir un certain niveau de compression sans que la personne ne ressente de douleur.

A contrario, les premiers stades de hernie discale peuvent parfois déclencher une inflammation puissante et participer énormément à la douleur.

Diminuer l'inflammation semble donc un objectif plus pertinent que de se focaliser sur le conflit disco-radiculaire (le contact entre le disque et la racine nerveuse).

​8) Est-ce que la hernie ressort encore plus quand j'ai plus de douleur ?

Vous avez probablement remarqué que la douleur fluctue au fil des jours. Il y a de bons jours et de mauvais jours.

On pourrait penser  que la hernie est plus ou moins présente, mais il est beaucoup plus probable que ce soit d'autres facteurs qui changent : le contexte, la sensibilité du système nerveux, ce qu'il se passe dans votre journée, etc.

En définitive, avoir plus mal à un moment donné ne signifie pas que la hernie est plus prononcée.

​9) Peut-on guérir d'une hernie ?

Oui, on peut guérir d'une hernie. ​Beaucoup de hernies évoluent favorablement et régressent au fil du temps.

Toutefois, il faut savoir quelque chose d'autre.

​Plusieurs études montrent que les personnes qui n'ont pas mal au dos ont également beaucoup d'anomalies au niveau de la colonne vertébrale.

Par exemple, un tiers des personnes de 40 ans qui n'ont pas mal au dos ont pourtant une hernie discale (Brinjikji 2015). 

Est-ce que cela les prédispose à avoir mal plus tard ? Il semble que non. (Jarvik 2005)

Qu'est-ce que cela signifie ?

Cela veut dire que votre hernie discale n'a pas besoin de disparaître pour que les douleurs cessent. Il est possible de ne pas avoir mal en ayant une hernie discale. Même si elle peut participer à la douleur, il ne s'agit que d'une pièce d'un grand puzzle. De nombreux facteurs entrent en jeu,  alors autant se focaliser sur ceux que l'on peut modifier.

​10) Quels sont les mouvements à éviter ?

​Il est fréquemment conseillé d'éviter les mouvements de flexion et de rotation. L'explication fournie est que ces mouvements aggraveraient la hernie discale et contribueraient à fragiliser davantage le disque.

En réalité, ce n'est pas aussi simple que cela (et c'est tant mieux). Votre disque n'est pas un beignet fourré à la confiture, et la "confiture" ne sort pas à chaque fois que la pression augmente sur le disque. Cette image ne correspond pas à la réalité.

​Aucun mouvement n'est mauvais en soi pour le rachis. Votre dos est fait pour bouger dans les trois dimensions, et il est parfaitement capable de tolérer ces mouvements.

Certains mouvements peuvent être douloureux, bien entendu. Si vous vous rendez compte que bouger dans un sens vous soulage, alors que bouger dans l'autre augmente la douleur, il peut être intéressant de bouger davantage dans le sens qui soulage, et moins dans l'autre. Attention, il ne s'agit que d'un changement temporaire !

Un dosage différent des mouvements pour permettre au corps de se désensibiliser. En aucun cas il ne s'agit d'éviter un mouvement parce qu'il abîmerait le corps.

Vous pouvez progressivement réhabituer votre corps à faire certains mouvements (Voir : Comment faire pour ne plus se bloquer le dos ? )

Le kinésithérapeute est votre interlocuteur privilégié pour faire des choix pertinents.

Recevez gratuitement près d'une heure de vidéo pour reprendre le contrôle sur le mal de dos

​​Vous y découvrirez plusieurs ​exercices faciles à faire au quotidien​​, ainsi que leurs explications. Ma priorité est d'augmenter considérablement votre compréhension du mal de dos pour vous permettre de vous en libérer.

  • ​L'accès aux 30 questions/réponses sur la sciatique et la cruralgie
  • ​L'accès au bonus pour comprendre les bases de la douleur

​11) Qu'est-ce qui provoque les hernies discales ?

Une étude publiée en 2009 dans The Spine Journal s'est intéressée aux facteurs qui influencent la dégénérescence des disques intervertébraux. Pour cela, ils ont recruté de nombreux jumeaux (partageant donc des gènes similaires à la naissance) et les ont suivi au fil des années.

La croyance communément admise à ce sujet est que les contraintes mécaniques du quotidien (notamment se pencher en avant, ramasser quelque chose,...) sont les principales causes de la dégradation de l'état des disques.


Quels sont les résultats de cette étude ?

Les contraintes et les efforts du quotidien (en rouge sur le graphique) n'expliqueraient qu'un faible pourcentage de la dégradation des disques.


Le facteur le plus important est l'influence génétique (représentée en vert).

L'âge influence également significativement la dégénérescence discale.

Le tabagisme semble avoir un léger effet délétère.


​Enfin, un pourcentage non négligeable est attribué à des facteurs encore inconnus, notamment au niveau L4-L5-S1.

12) ​Dois-je arrêter le sport ?

​Il est conseillé de poursuivre ses activités autant que possible. 

Ne pas faire de sport pendant quelques jours n'est pas un drame, mais ne pas en faire pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois devient problématique.

Bien entendu, cela peut être difficile lorsque les douleurs sont présentes. Dans ce cas, modifier temporairement l'activité peut permettre de la continuer.

Le changement peut avoir lieu au niveau de l'intensité, de la durée, du rythme, du contexte, etc. Vous pouvez également utiliser des techniques de modulation de la douleur, ou modifier votre technique (spécifique au sport).

​Il reste ensuite la question suivante : "Quel sport puis-je faire ?". Il ne devrait pas y avoir de sport interdit. Je vous réponds avec une autre question : "Quel(s) sport(s) aimeriez-vous faire ?".  

Certains seront plus accessibles, certains demanderont plus de temps et de travail, mais dans l'absolu je vous encourage à progresser vers vos sports préférés.

Si vous avez des douleurs intenses, il est important de reprendre avec une activité peu intense et régulière, pour permettre à votre corps de s'y habituer.

​13) Est-ce que les infiltrations sont efficaces ?

​L'efficacité des infiltrations en cas de hernie discale étant controversée, je mettrai la référence des études citées entre parenthèses.

​Actuellement, il existe autant d'études qui mettent en évidence un bénéfice avec des infiltrations, que d'études qui montrent une absence de bénéfice.

Les infiltrations semblent apporter une amélioration modeste à court et moyen terme, uniquement en cas de sciatique/cruralgie associée, et chez environ une personne sur deux (Staal 2009).  Au long terme, il ne semble plus y avoir de bénéfice (Choi 2013).

​L'efficacité est donc incertaine. En cas de hernie discale sans sciatique, de discopathie dégénérative ou encore de canal lombaire étroit, les infiltrations semblent inefficaces et sont déconseillées (Carreon 2018).

​Lorsqu'elles sont réalisées dans les règles de l'art, les infiltrations entraînent très peu de complications majeures. Les complications mineures surviennent dans 11.5% des cas, la plus fréquente étant simplement un malaise vagal (Karaman 2011).

​14) Est-ce que j'ai une hernie parce que je ne suis pas assez musclé du dos ?

​À l'heure actuelle, nous n'avons pas de raison de penser qu'une hernie discale survient à cause d'un déficit musculaire. 

​On retrouve des hernies parmi des personnes sédentaires, mais également chez des sportifs de haut niveau qui n'ont aucun "déficit" au niveau musculaire.

Comme dit précédemment, la grande majorité des hernies discales ne semble pas liée à l'activité physique.

Le mal de dos, lui, est corrélé dans plusieurs études à un style de vie sédentaire, mais n'oubliez pas que hernie et mal de dos sont mal corrélés.

​15) Dois-je me muscler le dos pour régler le problème ?

​Oui, car faire des exercices de renforcement musculaire vous permet de:

  • ​bouger
  • ​habituer progressivement votre corps à tolérer différents efforts
  • ​être en meilleure santé grâce aux bénéfices du renforcement musculaire

​Non, si vous le faites pour les mauvaises raisons.

Je m'explique : beaucoup de personnes vous diront qu'il faut renforcer son dos pour le "stabiliser", pour le rendre moins "fragile".

Ce n'est pas vrai. Votre dos est déjà stable et solide, même si vous n'êtes pas musclés, et même si vous avez une hernie discale.

​L'activité physique et les exercices comptent parmi les meilleurs traitements disponibles aujourd'hui contre le mal de dos. Seulement, lorsque ces exercices sont associés à des croyances négatives sur le corps ("Mon dos est fragile", "Mon dos doit être protégé"), le bénéfice peut être réduit à néant.

​16) L'acupuncture est-elle efficace ?

​Cette question mériterait un article à elle seule.

Globalement, les études montrent un léger bénéfice de l'acupuncture par rapport à l'absence de traitement. Lorsque l'on compare l'acupuncture à une "fausse acupuncture" (pour simuler un placebo), la différence est déjà beaucoup plus mince. Par ailleurs, plus les études sont rigoureuses, plus ce bénéfice est faible et incertain.

Il est probable que les effets observés après une séance d'acupuncture soient dus à un mélange d'effets contextuels et d'effets physiologiques non spécifiques.

Les effets contextuels sont globalement liés aux attentes de la personne qui consulte, au fait de recevoir un traitement que l'on pense efficace, à l'originalité et à l'exotisme de la technique, etc.

Les effets physiologiques mettent probablement en jeu des mécanismes de diminution de la douleur présents dans le système nerveux, mais ils sont non spécifiques car il existe beaucoup d'autres manières de les utiliser.

Actuellement, l'acupuncture est déconseillée par les recommandations internationales (NICE Guidelines 2016).

​17) Quels sont les médicaments efficaces ?

Voilà ce qui ressort des études sur l'efficacité des principaux médicaments pour les lombalgiques aiguës et chroniques.

Le paracétamol ne semble pas plus efficace qu'un placebo pour les lombalgies aiguës. Peu de données sont disponibles pour les lombalgies chroniques.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent apporter un bénéfice, surtout au court terme. Les effets secondaires sont importants et rendent difficile la prise de ces médicaments au long terme.

Les antalgiques opioïdes (Tramadol®, Lamaline® et autres dérivés morphiniques) peuvent apporter un bénéfice, surtout au court terme. Les effets secondaires sont encore plus problématiques, notamment au niveau digestif et au niveau de la fatigue.

Plusieurs études ont également montré que les dérivés morphiniques pris au long terme pouvaient aggraver la douleur plutôt que de la soulager.

​Le consensus actuel est que les médicaments devraient être utilisés avec modération, pendant une période limitée, afin de permettre à la personne de poursuivre ses activités et d'accéder à d'autres traitements non médicamenteux plus efficaces au long terme.

Il existe en effet plusieurs moyens de soulager sa douleur sans médicament !

​18) Est-ce que je peux finir en fauteuil roulant à cause de cela ?

​Les personnes qui se voient forcées d'utiliser un fauteuil roulant à cause d'une hernie discale constituent un pourcentage infime de la population.

 Ces cas existent, et la situation de ces personnes est dramatique.

 Toutefois, de la même manière qu'il n'y a pas de raison d'avoir peur d'une tumeur ou d'une infection sans signe particulier, il n'y a pas de raison de s'inquiéter outre mesure à propos de cette éventualité.

Il est rare que les déficits moteurs continuent à s'aggraver à distance de leur apparition (Grundnes 2017), et les professionnels de santé peuvent détecter ce genre de problème.

19) Faut-il arrêter de courir ?

​La course est souvent décriée car elle provoquerait trop d'impacts sur la colonne vertébrale. Les à-coups seraient mauvais pour les disques, et on entend même dire que cela aggraverait les hernies discales.

Aucune étude sur les coureurs n'a montré que leurs disques étaient en plus​​​​ mauvais état. Ah, attendez.. on me dit dans l'oreillette que cela pourrait être le contraire !

Une étude récente (Belavý 2017) montre que les coureurs réguliers ont des disques intervertébraux en meilleur état : plus solides, plus épais, mieux hydratés !

Comment est-ce possible ?

Il semble nécessaire de changer de paradigme. Habituellement, le raisonnement est le suivant : utiliser une partie du corps risque de l'user jusqu'à la casse.

Nous nous rendons de plus en plus compte que c'est faux. Vous n'êtes pas une voiture avec des pièces qui se détériorent jusqu'à l'usure complète. Vous êtes un organisme vivant capable d'adaptation et d'auto-réparation. Dans des conditions adaptées, utiliser son corps LE RENFORCE !

​20) Dois-je perdre du poids pour aller mieux ?

Être en surpoids semble favoriser l'apparition du mal de dos, mais le lien est beaucoup complexe que l'on ne le pense. 

Le poids rajouté sur la colonne ne semble pas expliquer ce lien, bien qu'il s'agisse de l'explication la plus répandue (car la plus intuitive).

​Toutefois, cela ne signifie pas que perte du poids est inutile ! Si vous avez actuellement quelques kilos en trop, cela peut vous permettre de :

  • bénéficier des nombreux avantages qu'offre l'activité physique (et qu'aucun médicament ne peut offrir).
  • diminuer la graisse abdominale qui participe à l'inflammation systémique et qui rend plus sensibles vos nerfs.
  • vous donner l'occasion de vous dépasser et d'accomplir quelque chose pour vous.
  • check
    vous engager dans de nouvelles activités, de nouvelles interactions sociales et d'apprendre de nouvelles choses.

​Un article complet sur le sujet est disponible ici : Comment le surpoids influence-t-il votre mal de dos ?

Recevez gratuitement près d'une heure de vidéo pour reprendre le contrôle sur le mal de dos

​​Vous y découvrirez plusieurs ​exercices faciles à faire au quotidien​​, ainsi que leurs explications. Ma priorité est d'augmenter considérablement votre compréhension du mal de dos pour vous permettre de vous en libérer.

  • ​L'accès aux 30 questions/réponses sur la sciatique et la cruralgie
  • ​L'accès au bonus pour comprendre les bases de la douleur

​21) L'hydrotomie percutanée peut-elle m'aider ?

​Un article entier est dédié à cette thérapie alternative : Hydrotomie percutanée et lombalgie chronique : ce que vous devriez savoir .

​L'hydrotomie percutanée, par ses principes et par son absence de validité scientifique, me parait incompatible avec une prise en charge moderne de la douleur chronique. Aucune étude sérieuse n'est réalisée ni sur l'efficacité ni sur la sécurité.

Je la déconseille donc personnellement.

​22) Est-ce qu'une manipulation peut faire re-rentrer la hernie ?

​Il existe beaucoup de thérapeutes manuels, qu'ils soient professionnels de santé (kiné) ou thérapeutes alternatifs (chiro, étiopathes,etc). 

Les manipulations réalisées par certains d'entre eux donnent parfois l'impression d'une action mécanique, notamment grâce au craquement qui retentit lors de la manœuvre.

Nous savons aujourd'hui que cette action n'est pas une "remise en place" au sens où on l'entend habituellement.

De la même manière qu'il est impossible de replacer ou remettre une vertèbre, il est impossible de "corriger" la hernie discale avec une manipulation.  Soyez dubitatifs si jamais quelqu'un vous affirme en être capable.

Si une manipulation soulage temporairement quelqu'un, cela ne s'explique pas par une modification au niveau de la hernie, mais plutôt par des effets physiologiques au niveau du système nerveux central.

​Petite mention concernant la traction lombaire

Les machines de traction lombaires fleurissent sur le marché (je pense notamment au succès commercial du Nubax). Il n'existe aucune preuve que ces appareils ait une action au niveau de la hernie. 

L'idée d'une décompression entre deux vertèbres qui permet à la hernie d'être ré-absorbée est trèèès séduisante, mais sans aucun fondement scientifique. Un article plus détaillé sur le sujet sera peut-être écrit, si cela vous intéresse.

​23) Dois-je repasser une IRM pour voir l'évolution ?

​Une IRM de contrôle devrait respecter les mêmes indications qu'une IRM tout court. Ces indications sont décrites plus longuement dans cet article : Quand faut-il passer une IRM pour le dos ?

​Ces indications sont soit un déficit neurologique sévère et/ou évolutif, soit la suspicion d'une pathologie grave.

​Dans le cas d'une douleur intense sans déficit neurologique et sans suspicion de pathologie grave, il est recommandé d'éviter de passer une IRM.

Cela peut être frustrant pour celui ou celle qui veut désespérément savoir d'où vient cette satanée douleur, je suis d'accord.  Cependant, une IRM non indiquée peut faire plus de mal que de bien (voir l'article cité ci-dessus).

​24) Faut-il porter une ceinture lombaire ? 

​Les ceintures lombaires sont très souvent utilisées par les personnes ayant mal au dos. Le principe est le suivant : la ceinture lombaire est censée stabiliser davantage le dos en limitant les mouvements et en assistant les muscles.

Le résultat donne une impression de "protection" du dos, ce qui contribue très probablement au bénéfice observé à court terme.

Bien que cela puisse apporter un bénéfice au court terme, aucune preuve solide ne supporte l'utilisation d'une ceinture lombaire au moyen et au long terme. En réalité, il y a même des raisons de déconseiller cela. Pourquoi ?

  • ​La ceinture lombaire vous empêche de bouger normalement.
  • ​Cela renforce en vous l'idée que votre dos a besoin d'être protégé, car il serait "abîmé" et "fragile".  
  • ​Ces croyances négatives sont très néfastes et contribuent à alimenter la douleur et l'incapacité qui en découle
  • Cela favorise une peur de bouger, et vous êtes inquiet à l'idée d'arrêter de porter cette ceinture lombaire : il se crée une forme de dépendance.

​Mon avis est que la ceinture lombaire ne devrait être utilisée qu'à très court terme (quelques jours grand maximum) UNIQUEMENT si elle vous soulage et vous permet de poursuivre vos activités.

​25) Comment faire pour mieux supporter la position assise ?

​La position assise n'est pas mauvaise en soi, mais plusieurs choses peuvent la rendre difficile à supporter.

D'une part, la position assise implique souvent une flexion lombaire, et il s'agit peut-être d'une position qui génère de la douleur chez vous.

D'autre part, il s'agit souvent d'une position prolongée. Vous finissez par ressentir le manque de mouvement au niveau du bas du dos, et ce d'autant plus rapidement que le système nerveux est sensibilisé (par l'inflammation et d'autres facteurs).

Que pouvez-vous faire ?

Trouver des mouvements faciles à faire en position assise semble pertinent.

Je propose très régulièrement aux patients d'apprendre à mobiliser leur bassin dans différentes positions. Cela permet de faire des mouvements sans avoir à changer de position, et sans avoir à arrêter ce qu'on est en train de faire (difficile d'arrêter le travail pour faire des étirements au sol au bureau 😉 ).

Découvrez également la fiche pratique Comment supporter un long trajet en position assise ?

Si vous le souhaitez, vous pouvez découvrir ces mouvements dans la première vidéo que je propose aux inscrits. Vous pouvez vous inscrire rapidement et gratuitement sur la page d'accueil .

​26) Existe-t-il une position idéale pour dormir ?

La position idéale pour dormir est celle dans laquelle vous vous sentez bien. Tout simplement.

La position allongé(e) sur le dos avec les jambes tendues peut être assez désagréable, surtout si vous supportez mal le creux au niveau du bas du dos.

Plusieurs modifications peuvent être apportées à cette position :

  • Placer un coussin sous les genoux crée une petite flexion de hanche et peut améliorer le confort au niveau des lombaires.
  • Plier légèrement la jambe et la laisser retomber sur le côté. Le fait d'avoir la jambe légèrement écartée et tournée vers l'extérieur permet de détendre le nerf sciatique et le muscle piriforme, ce qui est intéressant en cas de sciatique associée.
  • Placer un coussin sous le bas du dos pour épouser et supporter la lordose lombaire.

La position allongé(e) sur le côté avec les jambes repliées est adoptée spontanément par nombre d'entre vous. Ce qui peut être modifié :

  • Faire varier le degré de flexion des jambes : plus vous repliez les jambes, plus vous êtes en position de flexion lombaire, ce qui peut soulager certains d'entre vous. Si vous gardez les jambes dans le prolongement de votre tronc, vous détendez certaines structures et vous restez en position neutre au niveau lombaire.
  • Lorsque vos jambes sont pliées, essayez de placer un coussin entre vos genoux. Plus le coussin est gros, plus votre jambe côté plafond est écartée. Cela permet de détendre le piriforme et le nerf sciatique, ce qui peut vous soulager.

​La position allongé(e) sur le ventre peut également faire l'affaire, si vous en avez l'habitude. Vous pouvez aussi tenter de replier légèrement une jambe sur le côté, un peu à la manière d'une grenouille ;).

​Choisissez la position que vous préférez, peu importe si elle vous paraît conventionnelle ou non. Si vous dormez mieux en étant un peu tordu et que cela ne vous pose pas de problème, amen !

Sachez également qu'il existe beaucoup d'astuces et de techniques à utiliser pour améliorer son sommeil (Voir : Comment bien dormir quand on a mal au dos ? )

​27) Quel est le métier idéal pour ne pas avoir de hernie discale ?

​Nous avons vu précédemment que les hernies discales sont majoritairement dus à d'autres facteurs que l'activité physique et le métier d'une personne. La question serait donc plutôt : Quel est le métier idéal pour ne pas avoir mal au dos ?

Malheureusement, aucun métier n'est connu pour épargner du mal de dos. Les travailleurs avec un poste "sédentaire", les ouvriers sur un chantier, les sportifs, tout le monde est concerné par le mal de dos.

Les études sur le sujet ont du mal à se mettre d'accord sur les facteurs qui prédisposent au mal de dos. Il me semble que deux notions-clés ressortent :

  • ​Le métier doit "correspondre" à la personne qui le pratique. Prenons pour exemple un métier qui comprend de la manutention et des efforts physiques. Soulever et déplacer des objets ne sont pas des activités problématiques en soi, mais elles peuvent le devenir si la personne n'est pas préparée à le faire. Lorsque le corps est habitué à être sollicité et éprouvé, il supporte mieux les contraintes que s'il n'y est pas habitué du tout.
  • ​Apprécier son métier et s'y épanouir semble également important. Cela peut sembler bateau, mais l'insatisfaction au travail et le stress sont deux facteurs liés au mal de dos (et à la douleur en général).

​28) Peut-on rester définitivement paralysé après une hernie discale ?

​Une paralysie plus ou moins importante peut s'installer lorsqu'un nerf est atteint. Cependant, lorsque la cause de l'atteinte du nerf est supprimée à temps, le nerf peut de nouveau retrouver ses différentes fonctions : principalement la sensibilité et la motricité.

​​Lorsque l'atteinte du nerf est importante, les neurones qui le constituent se dégradent, et ils doivent se renouveler pour pouvoir de nouveau transmettre efficacement les informations.

Ce renouvellement se fait du centre vers la périphérie à un rythme assez lent, ce qui explique les longues durées de guérison. La temps de récupération peut se compter en années dans les cas les plus sévères.

Votre corps est capable d'adaptation et d'évolution même après des atteintes importantes. Il semble hélas que les déficits moteurs sévères récupèrent mal (Grundnes 2017).

Les cas de paralysie sans aucune évolution sont rares, et font plutôt suite à une prise en charge tardive d'une urgence chirurgicale (telle que le syndrome de la queue de cheval).

​29) Puis-je avoir des rapports sexuels avec une hernie discale ?

​Il n'y a aucune contre-indication à avoir des rapports sexuels en cas de hernie discale. Cela a même des effets anti-douleurs très intéressants grâce à la sécrétion d'endorphines !  

Les points qui peuvent poser problème sont notamment la position, les mouvements,ainsi que le maintien et la gestion de l'excitation lors des moments douloureux.

Un article dédié est en cours d'écriture.

​30) Que puis-je faire pour ne pas aggraver la hernie ?

​J'aimerais organiser cette réponse en deux parties.

​D'une part, il est important de se souvenir que la santé de nos disques ne dépend pas beaucoup de ce qu'on fait. En tout cas, c'est loin d'être le facteur le plus important, par rapport à l'aspect génétique. Comme dit précédemment, s'interdire certains mouvements a souvent plus d'effets négatifs que positifs.

D'autre part, il semble néanmoins que les disques puissent être ​renforcés par les mouvements et les efforts que nous faisons.

Appliquer des contraintes répétées, bien dosées et progressives semble pouvoir améliorer la qualité et les capacités de vos disques, de la même manière que l'on applique des contraintes sur le reste du corps pour améliorer ses capacités.

En définitive, la question serait plutôt "Que puis-je faire pour me sentir mieux ?". J'espère avoir été clair sur le fait que la présence d'une hernie n'est pas forcément associée à de la douleur, et que l'évolution de la hernie est indépendante de l'évolution de la douleur.

​Il existe de très nombreuses choses que vous pouvez faire pour vous sentir mieux. La plupart n'ont pourtant pas d'action directe sur la hernie.

Vous pouvez jeter un oeil à cet article pour avoir quelques idées : 10 choses que vous avez peut-être besoin de changer pour avoir moins mal au dos .

J'espère que le reste des articles/vidéos de Comprendre Son Dos vous aideront à reprendre le contrôle. Chacun d'entre vous a la capacité d'évoluer et de progresser vers la guérison.

​N'hésitez pas à poser des questions et à discuter du contenu de l'article.

​Prenez soin de vous et n'oubliez pas de vous faire plaisir !

Eric