Choisir une position pour faire l’amour quand on a mal au dos

La vie sexuelle a un impact non négligeable sur la qualité de vie. L'OMS reconnaît même l'activité sexuelle comme un critère de qualité de vie à part entière !

Pourtant, nous savons que la prévalence des troubles sexuels est importante chez les personnes lombalgiques chroniques. Hommes et femmes reportent une diminution de la fréquence et de la qualité des rapports, notamment à cause de la douleur.

​Deux chercheurs canadiens ont publié les résultats de leurs études sur les positions sexuelles en 2014. Ces résultats ont déjà fait l'objet d'articles de blog, mais avec plusieurs erreurs et approximations. J'ai donc décidé de vous en parler aujourd'hui. Prenez soin de lire l'article jusqu'au bout pour pouvoir appliquer au mieux les conseils.

​​Cet article ne prend pas en compte les spécificités liées au post-opératoire. Dans ce cas, quelques précautions supplémentaires sont à prendre le temps de la cicatrisation et/ou de la consolidation.

Je ne suis pas sexologue. Les conseils proposés dans les derniers paragraphes sont ceux qui me paraissent les plus pertinents, mais vous devriez bien entendu consulter un spécialiste si certains soucis venaient à persister.

Aucun mouvement n'est dangereux et ne devrait être évité en permanence. Les conseils sont donnés ici pour vous permettre de passer un (très) bon moment, pas pour vous interdire certains mouvements.

Quelques explications pour comprendre la suite de l'article

​Ce que je vous propose aujourd'hui, c'est de comparer les positions les plus connues en fonction du type de mouvement qu'elles impliquent.​ Il faut d'abord savoir quel type de mouvement vous tolérez le mieux, pour savoir quelles positions sont les plus accessibles.

​Savoir dans quelle catégorie se placer

Les catégories qui vont suivre sont volontairement simplifiées : il est possible que vous ne rentriez pas parfaitement dans l'une d'entre elles. Choisissez celle qui semble correspondre le plus à votre situation en ce moment.

Catégorie 1 : le mouvement qui déclenche le plus de douleurs est celui de se pencher en avant, de rester assis, d'aller toucher ses orteils, de ramener les genoux contre le torse, ou encore d'être accroupi(e).

Catégorie 2 : le mouvement qui déclenche le plus de douleurs est celui de se pencher en arrière, de s'étirer en tendant les bras vers le plafond, de rester debout ou allongé(e) jambes tendues.

Catégorie 3 : les deux directions (avant et arrière) déclenchent autant de douleurs, tous les mouvements augmentent la douleur ressentie.

​Liste des positions étudiées

​Les études que j'utilise comme support ont évalué 5 positions. Les images sont tirées des articles cités en bas de page. Les variantes des positions sont désignées avec des numéros (ce n'est pas très sexy, j'en conviens, mais c'est plus simple).

​Position Cuillère

Les deux partenaires sont sur le côté, et peuvent avoir les jambes tendues ou repliées.

​Position Missionnaire 1

​L'homme prend appui sur ses avant-bras. La femme replie davantage ses jambes.​​​

​Position Missionnaire 2

L'homme prend appui sur ses mains. La femme ne replie pas ses jambes.

​Position Quadrupédie 1

La femme est à quatre pattes, en appui sur ses mains. L'homme est à genoux derrière elle.

​Position Quadrupédie 2

​Cette fois-ci, la femme prend appui sur ses avant-bras. La position de l'homme ne change pas.

​Pour Monsieur

​Catégorie 1 (vous supportez mal la flexion)

​Les deux positions qui semblent les plus adaptées sont le Missionnaire 2 et la Quadrupédie 2, car ce sont celles qui impliquent le moins de flexion dans les mouvements que vous ferez. 

La position Quadrupédie 1 est également adaptée à votre situation.

Les positions Missionnaire 1 et Cuillère peuvent être plus douloureuses pour vous car elles nécessitent des mouvements assez prononcés en flexion.

​Catégorie 2 (vous supportez mal l'extension)

​Les positions Missionnaire 1 et Cuillère devraient vous convenir, car les mouvements sont en flexion, c'est-à-dire dans la direction que vous tolérez le mieux.

​Les positions qui demanderont peut-être plus de temps sont le Missionnaire 1 et les deux positions Quadrupédie. Il serait intéressant de privilégier d'abord la position Quadrupédie 2, puis la Quadrupédie 1 et le Missionnaire 1.

​Catégorie 3 (vous ​supportez mal le mouvement)

​La position qui demande le moins de mouvement d'après les mesures est la Quadrupédie 1, suivie de près par les positions Quadrupédie 2 et Missionnaire 2. Ce sont donc celles à privilégier en premier.

Les positions Cuillère et Missionnaire 1, en revanche, impliquent des mouvements plus amples, qui pourraient être mal tolérés dans votre situation actuelle.

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​Pour Madame

​Catégorie 1 (vous supportez mal la flexion)

​La position Quadrupédie 1 est la plus adaptée, car l'intégralité de vos mouvements se font en extension, et pas en flexion.

​Ensuite, les positions Cuillère et Quadrupédie 2 sont également adaptées car elles n'entrainent que peu de mouvements en flexion (à condition que les jambes ne soient pas repliées dans la position Cuillère).

Les deux variantes du missionnaire impliquent plus de flexion, ce qui peut être plus douloureux pour vous.  Une adaptation possible pour le Missionnaire 2 serait de placer un coussin dans le bas de votre dos pour maintenir le creux au niveau des lombaires.

​Catégorie 2 (vous supportez mal l'extension)

​La position Missionnaire 1 est la plus adaptée car l'intégralité des mouvements est en flexion. Il est possible de replier encore plus les jambes pour que les pieds quittent le sol, et être maintenues par votre partenaire.

Les deux autres positions adaptées sont la position Missionnaire 2, et la position Cuillère (à condition que les jambes soient bien plus repliées que sur le dessin, de manière à rapprocher les genoux de la poitrine).

Autrement, les positions Quadrupédie 2 et Cuillère (jambes tendues) semblent moins adaptées pour vous en ce moment.

La position Quadrupédie 1 sera votre "boss final" car ses mouvements sont uniquement en extension ;).

​Catégorie 3 (vous supportez mal le mouvement)

​La position qui engendre le moins de mouvement pendant l'acte semble clairement être le Missionnaire 1.

​Dans l'ordre du moins "mouvementé" au plus mouvementé : Missionnaire 1, Missionnaire 2, Cuillère, Quadrupédie 1, et enfin Quadrupédie 2.  

​Il est possible de s'entrainer à bouger à partir des hanches, en gardant la même position au niveau du bas du dos. Cela n'est pas facile à décrire par écrit, mais sachez qu'il existe différentes façons de bouger et qu'alterner entre différents mouvements est une option très intéressante.

Un kinésithérapeute peut vous aider à élargir votre palette de mouvements.

​Quelques conseils supplémentaires

​Utiliser la respiration

​La douleur et la peur de déclencher la douleur vont favoriser l'activité de votre système nerveux sympathique. Le même système qui fait tout capoter (..) lorsque l'un des partenaires est trop stressé !

Or, c'est exactement ce que l'on veut éviter pendant l'acte. Il est important de trouver des astuces qui vous permettront de gérer le stress provoqué par la douleur (ainsi que la peur de la douleur).

La respiration est un bon moyen de moduler l'activité du système sympathique.

Janet Orzechowski

​Respirez plus lentement et plus profondément, en prolongeant l'expiration à travers la bouche, en serrant légèrement les lèvres.

​Vous pouvez même essayer, si vous le souhaitez, de réaliser 5 minutes de cohérence cardiaque avant de passer à l'action. Néanmoins, cela n'est pas forcément "naturel" et il faut à mon avis éviter autant que possible de ritualiser ce moment...

​Déplacer son attention

​Lorsque l'on a peur de se faire mal en bougeant, il est normal que l'attention se dirige d'elle-même vers la zone que l'on souhaite protéger. Cela est parfois utile, mais c'est très contre-productif lorsque l'on veut passer un moment d'intimité vers son partenaire.

Une notion qui me semble intéressante est la défocalisation. Il s'agit d'une pratique proche de ce que l'on retrouve dans la méditation de pleine conscience. Vous pouvez vous y entraîner à tout moment !

Commencez par ressentir la zone qui vous pose problème habituellement, puis progressivement déplacez votre attention aux zones adjacentes. Vous pouvez ressentir votre ventre, vos hanches, vos jambes, etc. Rien ne vous empêche de retourner de temps en temps au niveau de la zone douloureuse.

Cet entraînement, s'il est réalisé régulièrement, devrait vous aider à déplacer votre attention hors de la zone endolorie en pleine action.

Cela ne signifie pas que la douleur va disparaître comme par magie, bien entendu. Il est probable que vous ressentiez encore la douleur, mais vous lui donnerez beaucoup moins d'importance et de place si vous êtes capable d'ouvrir votre conscience à toutes les autres sensations qui vous traversent à ce moment.

​Favoriser la détente

La détente est un terme assez flou. Je pense notamment à deux aspects.

La détente musculaire : il s'agit de ne pas se contracter plus que nécessaire. ​Le maintien des positions et les mouvements de bassin nécessitent évidemment un minimum d'activité musculaire, mais il serait mal avisé de contracter exagérément ses muscles (abdos, dos, etc) pour essayer de "bloquer la douleur". 

Au lieu de stabiliser davantage votre dos (qui est déjà stable et solide), cela rajoute davantage de contraintes sur la zone sensibilisée. 

La détente globale : il s'agit tout simplement de ne pas se mettre la pression. Ceci n'est pas une intervention militaire, c'est un moment privilégié d'intimité et de laisser aller.

Beaucoup de choses peuvent favoriser la détente, et ce sont des choses personnelles, propres à chacun. Jouez sur le contexte, l'environnement, amusez-vous et riez. Tous ces conseils, sans surprise, sont valables pour beaucoup d'autres activités.

​Respecter une progression logique

​Dans cet article, j'essaie de vous proposer des options adaptées à votre situation et à votre état actuel. Ce ne sont pas des solutions définitives, auxquelles vous devrez vous cantonner ad vitam eternam.

Comme pour d'autres activités (marche, sport, etc), vous pouvez progresser en suivant les mêmes principes, et​ ainsi améliorer vos capacités.

​Respecter une progression semble être une bonne idée. Si vous avez identifié un facteur qui déclenche votre douleur, vous pouvez l'utiliser pour aller des positions les plus accessibles aux positions les moins accessibles.

Il s'agit du principe d'exposition graduelle (développé plus longuement dans Comment reprendre son activité préférée ? ) : s'exposer très progressivement aux mouvements douloureux pour laisser le corps s'y adapter, et diminuer la menace associée à ces mouvements.

Une forme plutôt agréable d'exposition graduelle, qui plus est ! 😉

​Conclusion

​Plusieurs notions évoquées précédemment ne sont pas spécifiques au mal de dos.

Le mal de dos pendant les rapports fait partie des nombreuses difficultés que l'on peut rencontrer au lit. Toutefois, beaucoup de personnes parviennent à les surmonter et à retrouver une sexualité épanouie. Vous en êtes également capable.

​Pour finir, la communication avec le partenaire est probablement l'élément le plus important. Il me semble très difficile de régler ce genre de problème sans une communication efficace. Cela semble basique, mais nous avons très facilement tendance à l'oublier lorsque le problème nous concerne personnellement. Il est fréquent d'essayer de régler le problème "par nous-même", parce que l'on n'a pas envie d'embêter l'autre avec ceci. Cela semble un très bon moyen pour finir encore plus frustré au final. 

Alors, communiquez, bougez, et faites-vous plaisir !

​Sources