Je fais partie des professionnels sollicités lors de la création du hors-série Mal de dos : les remèdes efficaces. Je regrette que la plupart des articles du hors-série ne soient pas en phase avec les connaissances scientifiques actuelles. Un certain nombre d’affirmations ne possèdent pas de fondement scientifique solide, et posent problème quant à leurs conséquences possibles sur l’opinion publique.  

Mon nom étant cité dans le hors-série, j'ai souhaité utiliser mon droit de réponse avec le texte présent ci-dessous. Malheureusement, ma demande a été refusée car elle ne respectait pas les modalités légales du droit de réponse. J'en suis fort déçu, mais je peux au moins vous partager ce texte.


Le mal de dos est un phénomène complexe qui dépend de nombreux facteurs, allant bien au-delà des explications anatomiques et mécaniques proposées dans le hors-série. L’approche biomédicale ne permet pas de percevoir les capacités étonnantes d’adaptation et de plasticité de l'être humain.

Une hernie discale, une atteinte musculaire, la posture, etc peuvent parfois participer aux symptômes, mais elles ne sont ni nécessaires ni suffisantes pour créer de la douleur. Si vous souffrez du dos, il y a de fortes chances pour que l’état de votre dos ne vous condamne pas à avoir mal.

 Je regrette également la présence de mythes comme celui du nerf coincé (p19) et de la vertèbre déplacée (p72). 

L’activité physique est essentielle, mais l’amélioration de l’état des personnes après un programme d’exercices ne semble pas dû à une amélioration des capacités musculaires (Steiger 2012). L’insuffisance musculaire évoquée à maintes reprises (p11, 22, 25, 66, 74) n’a pas été prouvée comme étant une cause de mal de dos. Le dos est déjà, dans bien des cas, solide et stable.

Il semble plutôt que l’exercice favorise l’activation de mécanismes anti-douleurs au sein du système nerveux central, et agisse également au niveau endocrinien et immunitaire. 

Par ailleurs, la promotion de l’activité physique dans le hors-série est brouillée par certains messages. De nombreux sports, activités ou simples positions sont désignés comme dangereux, avec un pic astronomique aux pages 24-26. Des règles sont édictées pour tous les mouvements du quotidien.

La majeure partie de ces affirmations ne sont pas soutenues par des preuves scientifiques, et ne semblent pas améliorer la progression des personnes souffrant de lombalgie chronique. Au contraire, ils peuvent générer de l’anxiété et de l’hypervigilance lors d’évènements banals. 

 Une personne lombalgique chronique risque de se retrouver dans une impasse : “Si je suis inactif, mon état se dégrade. Si je veux être actif, voilà la longue liste de tout ce qui peut me blesser”.  

Enfin, les facteurs psychosociaux tels que le stress sont présentés uniquement comme des facteurs aggravant une douleur déjà présente (p27). Les sciences de la douleur montrent au contraire depuis une vingtaine d’années que ces facteurs psychosociaux jouent un rôle primordial dans l’apparition des douleurs lombaires (Jarvik 2005, Carragee 2005). Par ailleurs, le fait que des douleurs persistent ou non dans le temps semble dépendre majoritairement de facteurs psychosociaux, et non mécaniques, lésionnels ou encore posturaux (Chen 2018, Foster 2008, Shaw 2013).  

Ironie du sort, des explications présentant le dos comme fragile et ayant besoin d’être réparé/renforcé favorisent justement de l’anxiété, des comportements d’évitement, de l’hypervigilance et de la kinésiophobie (peur de bouger). Il est temps de recentrer la problématique sur le patient, et non plus sur la pathologie. 


Même si ce magazine fut une immense déception, je reste plein d'espoir pour les futurs magazines qui traiteront de ce sujet. Le dossier paru dans Science & Avenir en février 2020 était déjà beaucoup plus encourageant. Il se pourrait même qu'un prochain magazine comporte un dossier mal de dos avec de vrais morceaux de Comprendre Son Dos à l'intérieur ....

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