Dans mes articles, je rappelle souvent que les "anomalies" trouvées à l'IRM ne sont pas forcément pas la cause de la douleur, et que beaucoup de personnes en ont sans avoir mal. Que dire de la situation opposée ? Vous avez mal au dos, et pourtant les résultats d'IRM reviennent normaux. Votre médecin vous dit : "Vous n'avez rien, ne vous inquiétez pas". Et pourtant, vous avez toujours bel et bien mal au dos.

Dans cette situation, il est tentant de se raccrocher à d'autres explications : tensions musculaires, déséquilibre postural, énergies perturbées, fasciae, organes, j'en passe et des meilleures. La plupart de ces explications s'écroule lamentablement lorsque l'on les observe de plus près. 

Voilà les choses que j'aimerais que chacun d'entre sachiez au sujet du mal de dos avec un IRM normal.

Vous n'êtes pas seuls dans cette situation

Beaucoup de personnes ont mal au dos, alors qu'aucune cause pertinente n'est trouvée à l'imagerie.

Un résultat d'IRM dit "normal" ne signifie pas qu'il n'y a absolument rien au niveau du dos. Bien souvent, des modifications sont observées au niveau du dos (comme une discopathie, une déviation de la colonne, etc), mais ces résultats font partie de la normale., et ne sont pas problématiques.

Votre médecin ou kinésithérapeute ne cherche pas à minimiser votre douleur s'il vous dit que votre IRM est normal alors que la conclusion n'est pas "Examen normal". Il interprète ces résultats en fonction de votre situation.

Une étude américaine (réf) sur 189 patients retrouve 23% de résultats d'IRM "normaux" chez des patients à qui on avait prescrit une IRM suite à un accident. Je suis en désaccord avec leurs conclusions, mais il est intéressant de constater que près d'une personne sur quatre ayant mal au dos suite à un accident (personnel ou professionnel), et à qui le médecin a jugé bon de faire passer une IRM, présente des résultats d'IRM normaux.

En réalité, on estime à environ 90% la proportion de maux de dos pour lesquels on ne retrouve pas de cause précise à l'imagerie. Ce n'est donc pas une situation rare.

L'IRM a-t-elle été inutile ?

L'objectif principal d'une imagerie par résonance magnétique dans le cadre d'une lombalgie est d'écarter les pathologies les plus inquiétantes. L'examen complémentaire que vous avez passé n'a donc pas été inutile.

Votre médecin a probablement respecté les recommandations internationales à ce sujet (voir l'article Quand faut-il passer une IRM pour le dos ?).

Bien entendu, il est tout à fait compréhensible que ce résultat ne soit pas satisfaisant pour vous. Nous en reparlons un peu plus bas dans l'article.

Et si jamais ils passent à côté de mon problème ?

Lorsque les résultats se révèlent être normaux, et que les professionnels de santé haussent les épaules lorsque vous leur demandez pourquoi vous avez mal, il y a de quoi être frustré !

Vous pourriez vous dire : "Je le sens bien moi, qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans mon dos !". Est-il possible que l'IRM passe à côté de quelque chose ?

Cette question est suffisamment importante pour qu'elle figure dans cet article, bien que je ne dispose pas de réponse définitive.

L'IRM n'évalue pas tous les éléments du corps humain, mais il reste l'un des examens les plus précis et les plus performants dont nous disposons.

Mon avis est que l'expertise clinique des professionnels de santé est la clé du problème. Que ce soit pour l'IRM ou pour d'autres examens, c'est bien l'expertise des professionnels de santé qui permet de décider de faire tel ou tel examen.

Si un autre examen est plus adapté que l'IRM, votre médecin/spécialiste vous le proposera. Néanmoins, je comprends votre inquiétude et votre incompréhension face à cette apparente absence d'explication.

Je vous conseille d'échanger directement à ce sujet avec votre professionnel de santé, pour qu'il puisse connaître vos questions et que vous vous sentiez inclus(e) dans la prise de décision.

Mais alors, qu'est-ce qui fait mal?

Le fonctionnement de la douleur fait l'objet d'études depuis des décennies. Notre compréhension de ce phénomène a grandement évolué, mais il reste encore des zones d'ombres. Je vais tâcher d'être aussi synthétique et clair que possible.

La douleur est une réaction de protection de l'organisme en réponse à une menace perçue. Votre corps perçoit un danger potentiel, et décide de vous faire réagir, pour votre bien. En effet, la douleur nous amène à adapter notre comportement pour préserver notre santé (retirer la main de l'eau brûlante, aller voir le médecin, ne pas marcher sur une jambe cassée, etc).

D'après vous, qui dans votre corps prend cette décision ? Évidemment, il ne s'agit pas de votre main ou de votre jambe, mais bien de votre système nerveux central, et en particulier de votre cerveau.

Il s'agit de l'endroit qui reçoit toutes les informations en provenance du corps, ainsi que nos pensées, nos expériences passées, les informations sur le contexte et l'environnement, etc.

Votre système nerveux observe et interprète toutes ces informations d'une façon phénoménale ! À chaque instant, il se pose la question :"À quel point est-ce dangereux ?", et décide s'il faut oui ou non protéger la partie du corps concernée.

Ainsi, la douleur dépend de très nombreux facteurs, notamment quand elle est présente depuis plusieurs mois ou années. Ce qui se passe dans le dos peut avoir de l'importance, mais ce n'est ni le seul facteur ni le plus important dans la majorité des cas.

Derrière une douleur au dos se cachent souvent plusieurs facteurs qui interagissent entre eux. Voilà un exemple concret :

M. K fait de gros horaires dernièrement, depuis qu'il occupe un nouveau poste très prenant dans son entreprise. Cela lui laisse peu de temps pour son couple et ses enfants, ce qui occasionne des disputes et des nuits plus courtes. Un de ses parents est récemment tombé malade, et il s'inquiète régulièrement à ce sujet. Un week-end, il décide d'aller faire du sport de façon intense pour se rafraîchir les idées. Il ressent alors une douleur aiguë dans le bas du dos. 

Deux ans plus tôt, il avait également eu mal au dos en faisant du sport, et quelqu'un lui avait dit de bien se tenir droit pour protéger son dos. M. K s'efforce de suivre ce conseil, mais cela l'amène à se contracter davantage et ressentir plus de douleur.

Les éléments qui participent à la douleur de M. K semblent nombreux ! Voilà une liste non exhaustive de facteurs qui peuvent participer à une lombalgie :

  • Être fatigué et/ou ne pas dormir suffisamment
  • Le stress
  • Une précédente douleur au dos qui nous a bien embêté à l'époque
  • Une contraction de protection trop importante des muscles dans le dos 
  • Des messages alarmants entendus ici et là : "Attention à ton dos ! Ne te penche pas en avant, tu vas abîmer ton dos, le dos ne guérit pas, tiens toi droit, tu as une posture horrible, etc"
  • Une sensation d'effort ou d'étirement inhabituelle
  • Augmenter la charge de travail donnée au corps trop rapidement
  • Ou au contraire : ne pas solliciter suffisamment son corps.
  • Une alimentation malsaine
  • Des problèmes d'ordre professionnel ou personnel
  • Focaliser son attention sur son dos

D'accord, mais si mon cerveau veut me protéger, c'est qu'il doit bien y avoir quelque chose, non ? 

Parfois, il a raison, et nous sommes bien contents de posséder un système de protection quand on pose la main sur une plaque chauffante, ou en cas d'appendicite, par exemple.

Cependant, l'interprétation de notre système nerveux ne correspond pas toujours exactement à ce qu'il se passe dans notre corps.

En fonction des différents facteurs évoqués dans la section précédente (fatigue, stress, sensation inhabituelle, problèmes personnels, etc), votre corps peut décider de vous protéger avec une douleur parfois intense, comme si quelque chose était abîmé.

Ce que vous voyez ci-dessous s'appelle l'échiquier d'Adelson. 

De quelle couleur est la case A ? Et la case B ? 

Ici, nous percevons l'ombre du cylindre et nous en déduisons que la case B est assombrie par rapport à sa couleur d'origine. Nous pensons alors que la case B est plus claire que la case A. 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les cases A et B ont strictement la même couleur (voir ci-dessous) !  Pourtant, vous êtes convaincu que non, n'est-ce pas ?

Quel est le rapport avec mes douleurs ?

Cette illusion d'optique peut paraître bien éloignée de ce qui vous amène ici aujourd'hui. Restez avec moi, tout ceci a bien du sens !

Pour faire un lien concret et clair avec ce que vous vivez, j'ai besoin de vous montrer deux vidéos.

Le côté humoristique de ces vidéos ne signifie pas que je ne prends pas au sérieux les douleurs que vous pouvez ressentir, bien au contraire. Ce n'est qu'un moyen de rendre cet article plus facile à lire et moins ennuyeux.

Dans ces deux vidéos, posez-vous la question suivantes: 

Quels sont les éléments qui participent à la douleur que ressentent les personnes dans ces vidéos ?

Vidéo n°1

  • Le contexte : une expérience dans laquelle on leur annonce qu'ils vont être brûlés par une allumette, les yeux bandés
  • Les cinq sens : le son et l'odeur de l'allumette, le froid intense du glaçon
  • Les connaissances et/ou expériences passées : le feu blesse et fait sacrément mal !

Vidéo n°2

  • Le contexte : l'apiculteur, les boîtes étiquetées "Abeilles tueuses" qui tombent par terre
  • Les cinq sens : le bruit d'un essaim d'abeilles, la vue et le contact des confettis, les avertissements de l'acteur, le contact de la pointe utilisée par l'acteur
  • Les connaissances et/ou expériences passées : les abeilles peuvent piquer, et ça fait mal !

Le lien avec le mal de dos

Le façon dont notre corps interprète toutes les informations qu'il reçoit dépend de nombreuses choses. Nous pouvons essayer de les classer comme pour les vidéos précédentes :

  • Le contexte : un style de vie sédentaire et "non sain" tend à sensibiliser le système nerveux et à faciliter la création de douleur. Le stress produit le même effet. Le manque de sommeil également !
  • Les cinq sens :  un mouvement inhabituel ou inattendu peut être perçu comme une menace par notre corps. L'absence de mouvement peut produire le même effet. Par ailleurs, quand on a mal, on a tendance à plus se contracter au niveau du dos, ce qui peut participer à la douleur. Ce phénomène peut s'accentuer quand on nous a ordonné de garder le dos droit !
  • Les connaissances et/ou expériences passées : une activité qui a été douloureuse autrefois peut rester menaçante pour nous, consciemment ou inconsciemment. Des messages alarmants peuvent focaliser notre attention sur notre dos, et nous faire interpréter plus négativement les messages venant du corps.

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Non, cela ne signifie pas que c'est "dans la tête" !

À ce point-là de l'article, vous pensez peut-être : "Il est en train de me raconter que tout est dans ma tête". Pas du tout !

" La douleur, c'est dans la tête" est probablement l'une des pires choses que quelqu'un puisse dire à une personne qui souffre. C'est une énorme bêtise.

Le message de cet article, c'est que la douleur dépend de nombreux facteurs, y compris ce qui se passe dans notre tête et dans notre vie.

Nier l'influence de tous ces facteurs sur vos douleurs risque de vous enfermer dans un cercle vicieux.

Un cercle vicieux dans lequel vous chercherez toujours à corriger un défaut physique ou mécanique qui n'existe pas forcément.

Ce sujet fait l'objet d'un article entier, que je vous conseille fortement, et d'une vidéo (si vous préférez la vidéo à l'écrit).

Que puis-je faire pour aller mieux ?

C'est une grande question, et l'entièreté du blog y est dédiée. D'une façon générale, le mouvement et l'activité physique font souvent partie de la solution. Les effets bénéfiques de l'activité physique sont innombrables.

L'exercice participe à désensibiliser votre système nerveux (celui qui décide si cela fait mal ou non), et vous réhabituer aux activités de la vie quotidienne. Souvent, le défi est de trouver quels exercices vous conviennent, et à quel dosage.

Voilà une image extraite d'une infographie réalisée début 2020 pour y répondre de façon globale.

Qui peut m'aider ?

Il existe tellement de professionnels différents qu'il est facile de s'y perdre. 

Les médecins constituent la première étape de votre parcours. Si vous connaissez le résultat de vos examens complémentaires, vous en avez déjà consulté au moins un.

Les kinésithérapeutes sont vos interlocuteurs de choix pour comprendre et traiter le mal de dos. Je vous conseille de trouver un kinésithérapeute qui a l'habitude de s'occuper des douleurs lombaires et qui s'est particulièrement intéressé à la prise en charge de la douleur.

Il existe différentes approches, parfois très différentes, et un échec avec un kiné ne devrait pas vous éloigner de la kinésithérapie.

D'autres professionnels de santé, comme un psychologue, peuvent également vous aider, en fonction de certaines paramètres: situation, ancienneté de la douleur, autres soucis personnels, etc. Vous pouvez évoquer le sujet avec vos professionnels de santé actuels.

D'une façon générale, je le répète toujours : travaillez avec des professionnels qui vous donnent des outils pour mieux gérer la situation par vous-même

Les massages et les manipulations peuvent être agréables, mais ces techniques n'apportent qu'un soulagement au court terme. Vous risqueriez d'être déçu, frustré et même inquiet à cause de l'évolution.

Combien de temps cela peut-il prendre ?

Dans 90% des cas, la lombalgie commune évolue favorablement en moins de 4 à 6 semaines. (HAS)

Néanmoins, cela ne signifie pas que vous aurez toujours mal si vous avez dépassé ce seuil. Cela peut signifier que vous avez besoin d'un coup de pouce pour sortir de cet épisode de mal de dos.

Je n'ai malheureusement pas de réponse satisfaisante à apporter à cette question : chaque personne est unique, et les facteurs qui participent à la douleur peuvent être complètement différents d'une personne à l'autre. 

Pour certaines personnes, le voyage est très rapide. Pour d'autres, c'est un chemin plus long et plus sinueux.  Une chose est sûre : il existe des approches qui peuvent vous aider.

Je vous propose ci-dessous quelques articles complémentaires, pour aller plus loin.

À bientôt

Éric

Pour aller plus loin

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