Partie 4

​​De la douleur alors qu'il n'y a pas (ou peu) de lésion ??



Votre réaction

​Pensez à la dernière fois où vous vous êtes cogné le petit orteil contre un meuble. Sommes-nous d'accord que c'est un moment horrible ? On a la sensation que notre pauvre orteil est réduit en bouillie, et pourtant dans l'immense majorité des cas, aucune lésion ne s'est faite. Vingt minutes plus tard vous gambadez à nouveau tel Matterazzi en 2006 (un autre exemple de douleur sans blessure 😉 ). Certains puristes préféreront peut-être l'exemple du Lego sur lequel on pose le pied par inadvertance...

​Un supplice parfaitement bio

Est-ce que vous vous êtes déjà coupé le doigt avec une feuille de papier ? La coupure est parfois minuscule, et pourtant quelle douleur vive ! Que se passerait-il maintenant si vous versiez du jus de citron sur la coupure ? Encore plus de douleur, et la blessure n'est pas plus grave.

Doc toujours présent pour illustrer mes articles

Des chercheurs ont réalisés une expérience pour mieux comprendre les facteurs qui influencent la douleur. Ils ont placé un casque sur la tête des participants, et ils leur ont expliqué que le casque allait délivrer un courant électrique lorsqu'un autre chercheur allait tourner un bouton sur une machine (dans leur champ visuel).  Les participants devaient informer les chercheurs de la douleur ressentie au fil de l'expérience. Lorsque le chercheur se mit à tourner le bouton,  43% des participants ont signalé des douleurs au niveau de la tête !  Et pourtant ... le casque était en réalité factice et ne délivrait strictement aucun courant électrique !  Le fait de voir le chercheur "activer" le casque en tournant le bouton a véhiculé des informations de danger au cerveau des participants.

Vous avez fait la grimace ? Perdu !

Voici une étude de cas célèbre dans le domaine de l'étude de la douleur. Sur un chantier, un ouvrier saute de son échelle et atterrit sur un clou. Celui-ci transperce de part en part son pied et fait carrément saillie hors de la chaussure. L'ouvrier est à l'agonie. On l'emmène aux urgences, on lui administre les plus puissants sédatifs et la douleur est encore présente. Lorsque les urgentistes retirent la chaussure, ils font une découverte stupéfiante. Le clou avait glissé entre les orteils et le pied était intact !

Pas de douleur alors qu'il y a une blessure ??

​Les fameuses ronces

Êtes-vous déjà partis en randonnée en pleine végétation ? Parfois, au cours d'une telle randonnée, nous nous apercevons d'une égratignure sur la jambe que nous n'avions pas remarquée jusqu'ici. La lésion tissulaire était présente sans générer de douleur. Vous êtes-vous déjà aperçu(e) d'une petite blessure seulement après avoir fini une activité ?

Quel est le motif de consultation d'après vous ?

Jetez un oeil à cette radiographie. Dans quel état se trouve cet homme selon​ vous ? Mort ? Loin de là ! Il est allé consulter son médecin pour un mal de tête, et ce dernier a du faire une drôle de tête en voyant le résultat de sa radio. Lorsque le médecin lui demanda quand avait pu se produire une telle chose, l'homme déclara que cela s'était peut-être produit 4 ans plus tôt ! Comment cela est-il possible ? Peut-être était-il en train de travailler sur un chantier très bruyant et agité, et, très concentré sur sa tâche, il ne s'en serait pas rendu compte ?  Avez-vous entendu parler de sportifs qui continuent leur performance malgré une blessure, ou bien des soldats qui ne se rendent compte d'une blessure par balle uniquement après un moment d'action intense ?

​Marcher pieds nus sur des braises

Si vous n'avez pas remarqué, quelqu'un se tient debout sur lui...

​Certaines performances réalisées aux quatre coins du monde mettent en évidence la complexité de la douleur et l'importance du contexte.

Parmi les plus ​connues dans la  culture populaire : certains fakirs s'allongent sur une planche de clous  et parviennent à maitriser leur douleur alors que les clous créent de  réelles lésions cutanées.  D'autres marchent sur des braises, d'autres  encore prennent un bain d'huile bouillante en restant impassibles. J'ai  sélectionné des images et une vidéo assez soft, mais pour les plus  aventureux d'entre vous il y a bien pire sur ​Google Images.​​​

https://www.google.fr/search?q=fakir&safe=off&client=firefox-b&dcr=0&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwiLw-DhzMXYAhVM1RQKHRnyAqwQ_AUICigB&biw=1708&bih=794

L'aspect rituel et culturel a également son importance. Le saut du Gol au Vanuatu, par exemple, est un rituel de passage à l'âge adulte très particulier. La tradition consiste à sauter, attachés par de grosses lianes au niveau des chevilles, du haut d’une tour de bois (le Gol), qui mesure jusqu'à 20 à 30 mètres de hauteur. La liane est à peine plus courte que la hauteur de la tour, de sorte que le plongeur frôle le sol en atterrissant. L'atterrissage est souvent tout juste amorti et assez brutal, pourtant la joie d'avoir passé le rituel et d'être alors considéré comme un homme diminue fortement la douleur ressentie.

​Se prendre un coup de jus ça ne fait pas du bien, surtout quand on ne s'y attend pas !

Un électricien qui a l'habitude de recevoir des petits coup de jus régulièrement ne s'en inquiète pas plus que cela. La remarque est valable pour un boulanger qui aurait l'habitude de se faire des petites brûlures. Ni l'un ni l'autre ne s'en préoccupent car ils comprennent ce qu'il se passe et ils y sont habitués.

Probablement après une victoire !

Le même constat se fait dans certains sports de contacts comme le rugby ou le football américain. De nombreux impacts ne sont plus douloureux par habituation du système nerveux et par la force du contexte. Les enfants qui ont joué à des sports de contacts pendant leur enfance tendent à avoir moins de douleur dans la vie : ils apprennent que toute douleur n'est pas nécessairement mauvaise. Parfois même certaines "blessures" sont vues comme des signes d'appartenance à un groupe et ont donc une connotation positive ! "Eh mec, mate un peu ce bleu que je me suis fait sur un plaquage en début de mi-temps !"

Une étude intéressante s'est tournée vers les douleurs cervicales ressenties par les compétiteurs de derby de démolition. Chaque pilote interrogé participait à environ 30 courses dans l'année, chacune d'entre elles provoquant environ 52 collisions (parfois mesurées à 70 km/h !). Vous l'avez compris, cela représente un nombre impressionnant de traumatismes potentiels au niveau cervical.

Welcome to America..

​Et avec des camions pour encore plus de testostérone

On s'attend alors à ce que ces sportifs ressentent plus de douleurs que la moyenne, et pourtant moins de 10% d'entre eux se plaignaient de cervicalgies chroniques ! Dans la population générale, une personne sur trois développe des douleurs persistantes après un accident de voiture. Il semblerait que les contraintes subies par le rachis cervical des pilotes surviennent dans un environnement beaucoup moins anxieux : les pilotes savent à quoi s'attendre, remettent leur douleur en perspective et se préparent à la prochaine compétition.

La conclusion à tirer de cette partie est que l'intensité de la douleur ne correspond pas à la gravité des lésions corporelles.

​Votre progression