Partie 5

Pourquoi ​ce si mauvais lien entre blessure et douleur ?

A quel point avez-vous été surpris(e) jusqu'ici ?

​C'est en effet très étonnant au premier abord, et on aurait facilement tendance à refuser ces exemples pour ne pas avoir à ré-évaluer nos propres croyances et représentations. C'est pourtant le reflet du fonctionnement du cerveau.

 Il s'agit selon moi de la partie la plus importante de ce bonus. Alors, comment expliquer ce lien si mauvais entre blessure et douleur ?

​Trois notions IN-DIS-PEN-SABLES ! ​​​​​​

1) La douleur est une alarme  !

​"Une alarme est un signal avertissant d'un danger. À ce titre, l'alarme est une information émise afin de provoquer une réaction. L'alarme nécessite une connaissance préalable du danger. En effet, il n'y a pas d'alarme tant que le danger n'est pas connu." dixit notre ami Wikipedia.

Une alarme peut se déclencher même lorsque la situation n'est pas dangereuse. L'anecdote est triviale, mais lorsque je fais cuire de la viande sans ouvrir les fenêtres chez moi, je suis sûr que l'alarme incendie va se déclencher. Pourtant je sais qu'il n'y a pas d'incendie et que je ne suis pas en danger.

Pour un exemple plus sérieux (ou pas), pensez à un airbag réglé sur "ultra-sensible"...

Une tape sur le toit de la voiture, et bam ! L'airbag se déclenche alors que l'intégrité de la voiture n'est clairement pas menacée.

Enfin, il peut exister un danger réel, mais sur un objet qui ne fait pas partie de votre corps. L'alarme peut se déclencher dans ce cas aussi ! Regardez plutôt cette vidéo.

Ici, la douleur n'est même pas provoquée par un stimulus sur le corps, mais sur une structure externe que le cerveau interprète comme faisant partie du corps. Surprenant !

Au contraire,  l'alarme peut ne pas se déclencher dans un certain contexte, alors qu'elle se serait allégrement déclenchée en temps normal. Souvenez-vous : la douleur est une mécanisme de protection d'une partie du corps pour vous faire changer de comportement. Parfois, la protection de cette partie du corps n'est pas la priorité... Voilà un exemple pour mieux comprendre :

Si vous vous tordez la cheville, est-ce que vous avez mal ? Bien sûr que oui.  Maintenant, que se passe-t-il si vous vous foulez la cheville en traversant la route ? Au moment où cela se produit, vous voyez du coin de l'oeil un bus arrivant à toute vitesse sur vous ! Auriez-vous toujours mal à la cheville ?  Il y a fort à parier que non. Dans cette situation, la plus grande menace est le bus, et le cerveau ignorera sans doute toutes les informations qui ne sont pas utiles à votre survie en cet instant. En revanche, la douleur de cheville devrait arriver très ponctuellement une fois que vous aurez atteint le trottoir d'en face.  Cet exemple montre que la douleur est réellement une prise de décision du cerveau, qui varie donc en fonction du contexte.

Comment le cerveau arrive-t-il à bloquer certaines informations qui proviennent du corps ?

David Butler, un expert sur le sujet, devrait réussir à vous éclairer.

2) La douleur dépend de la menace perçue ...

​Or, notre perception est facilement influencée et trompée. Une perception ne reflète pas forcément la réalité ! Pour comprendre, rien de tel que de l'expérimenter sur soi.

Que voyez-vous dans les images suivantes ?

Quelle ligne est la plus grande ?

Les lignes paraissent de longueur différente, et pourtant elles sont identiques. Le cerveau est trompé par la direction des flèches à leurs extrémités.

​Les lignes grises sont-elles parallèles ?

​Ici, les lignes grises paraissent obliques à cause du décalage entre chaque case noire, et pourtant elles sont absolument toutes parallèles.

​Quelle case es​​​​​t la plus foncée ? A ou B ?

​Enfin, voilà une autre illusion très connue, l'échiquier d'Adelson. Le cerveau analyse tout ce qui lui parvient, et il est amené à faire des déductions pour donner du sens aux informations qu'il reçoit. Ici, nous percevons l'ombre du cylindre et nous en déduisons que la case B est assombrie par rapport à sa couleur d'origine. Nous pensons alors que la case B est plus claire que la case A. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les cases A et B ont strictement la même couleur !  Notre cerveau peut se tromper, même en ayant un raisonnement logique !

​Le même genre d'erreur peut se produire lorsque votre cerveau interprète le danger auquel vous êtes exposé. Il semble maintenant beaucoup plus plausible que nous ressentions des choses qui ne correspondent pas précisément à la réalité, n'est-ce pas ?

3) La douleur est une construction consciente du cerveau

​Au même titre que la colère, la peur, la joie et d'autres émotions,  la douleur est une construction consciente (mais non volontaire, bien entendu) du cerveau.

Est-ce que la colère vient de votre poing ?

Est-ce que l'amour vient du coeur ?

​Est-ce que la douleur vient de votre dos ? 

La réponse à ces trois questions est "non" : ces trois phénomènes nécessitent une analyse et une prise de décision. Souvenez-vous que le big boss est toujours votre cerveau, c'est lui qui a le dernier mot. Bien sûr il tient compte des informations qui remontent de votre dos, mais ​c'est loin d'être son unique source d'informations.

​De la même manière, nous pouvons faire une analogie entre la douleur et le rire, du fait que ces deux phénomènes dépendent de nombreux facteurs, dont le contexte. Une blague peut être perçue comme très drôle lorsqu'un ami nous en parle. Or, si vous racontez la même blague à votre tour, elle risque de ne pas être aussi drôle, hélas ! Une même blague racontée avec un ton différent, un rythme différent à une personne différente ne produira pas le même éclat de rire. Un même mouvement effectué dans un contexte différent, avec une humeur différente, dans un lieu différent ne produira pas la même douleur.

​Pas sûr que tout le monde réagisse de la même manière que ces joyeux lurons, et c'est normal !

​Si quelqu'un vous fait une blague, vous pouvez en rire ou vous énerver en fonction de la personne qui vous la fait, de l'endroit où vous vous trouvez, de votre humeur, etc...

D'ailleurs, est-ce que vous avez des récepteurs au rire ? Non ? Moi non plus. Vous recevez des informations diverses et variées, auxquelles votre cerveau donne du sens en les comparant avec ce qu'il sait déjà, ce qui peut déclencher votre hilarité. C'est la même chose avec la douleur.

​Les très jeunes enfants n'ont pas forcément un cadre de référence assez solide pour décider si ce qui leur arrive est dangereux ou non. Parfois, quand un enfant tombe, avant de pleurer ou non, la première chose qu'il fait est de se retourner vers ses parents, pour observer leur réaction et comprendre la signification de ce qu'il vient de lui arriver.

Félicitations

​Vous êtes venus à bout de la partie la plus compliquée de ce bonus 🙂 .  Ce n'est pas encore fini, mais cette section-là est pour moi la plus dense et longue à digérer.

​Votre progression