30 questions/réponses sur la sciatique et la cruralgie

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Au programme

​1) Qu'est-ce que la sciatique ?

2) Qu'est-ce que la cruralgie ?

3) Qu'est-ce qui peut provoquer ces symptômes ?

4) Dois-je me faire opérer ?

​5) Dois-je passer une radio ou un IRM ?

6) Je me suis déjà fait opérer et j'ai toujours ces douleurs , pourquoi ?

7) Combien de temps cela peut-il prendre pour disparaitre ?

​8) Pourquoi la douleur descend-elle plus ou moins bas en fonction des jours ?

9) Pourquoi la douleur irradie-t-elle dans des nouveaux endroits ?

10) Quels mouvements dois-je éviter ?

11) Quelle activité physique puis-je faire ?

12) Que puis-je faire pour diminuer la sensibilité du nerf ?

13) J'ai mal depuis longtemps et de plus en plus : ma colonne vertébrale s'abime-t-elle de plus en plus ?

14) Est-ce que ma sciatique/cruralgie dépend du stress ?

15) Devrais-je essayer des thérapies alternatives ?

​16) Que peut faire mon kinésithérapeute ?

​17) Dois-je prendre des médicaments ?

​18) Faut-il faire craquer mon dos ?

19) Dans quelle position dormir ?

20) Pourquoi est-ce que je ressens des fourmillements/picotements/décharges même sans bouger ?

​21) Dois-je me tenir droit pour avoir moins mal ?

​22) Est-ce que la marche est utile pour diminuer la douleur ?

​23) Dois-je mettre du chaud ou du froid ?

​24) Est-ce que cela peut être grave ?

25) Est-ce que les infiltrations sont efficaces ?

26) Peut-on avoir une sciatique des deux côtés ?

27) Est-ce que j'ai une sciatique/cruralgie a cause de mon hyperlordose/scoliose ?

28) ​Est-ce qu'aller à la piscine est utile pour avoir moins mal ?

29) Est-ce que le nerf sciatique ou crural peut se coincer ?

30) Est-ce qu'un surpoids participe au problème ?

​1) Qu'est-ce que la sciatique ?

Le terme de "sciatique" n'est pas un terme médical, et il est utilisé à tort et à travers. Sciatique est le nom d'un nerf, rien de plus.

Ce que l'on désigne habituellement par "sciatique" est une douleur provoquée par une sensibilisation du nerf sciatique. Ce nerf est issu des racines nerveuses L4, L5, S1 et S2.

Le terme correct est "sciatalgie".  Elle peut suivre différents trajets qui ont en commun de descendre plutôt derrière la fesse et le long de la jambe, parfois jusqu'au pied. Vous pouvez également n'avoir mal que sur une partie de ce fameux trajet (on parle alors de sciatique tronquée).

Il existe une autre entité qui s'abrite parfois sous ce terme parapluie : la radiculopathie. Lorsque le nerf sciatique est comprimé, la transmission des influx nerveux peut être altérée, et la fonction du nerf est dégradée. Il en résulte dans un premier temps une perte de sensibilité cutanée dans les zones innervées par ce nerf . Dans un second temps, on observe une perte de force musculaire au niveau de certains muscles : les muscles releveurs du pied lorsque l'atteinte porte sur les fibres nerveuses issues de l'étage L4-L5 (d'où le "pied tombant"), ou le muscle triceps sural alias le mollet, lorsqu'il s'agit de S1 (impossible alors de monter sur la pointe du pied).

La radiculopathie est différente de la sciatalgie, même si les deux peuvent coexister !

2) Qu'est-ce que la cruralgie ?

​La cruralgie est une douleur provoquée par une sensibilisation du nerf fémoral (anciennement appelé nerf crural, d'où le nom). Le nerf fémoral naît des racines nerveuses L2, L3 et L4.

Cette fois-ci, le trajet de la douleur se dirige en avant de la hanche pour descendre le long de la face antérieure de la cuisse, ​parfois légèrement vers l'intérieur de la cuisse. La douleur ne descend pas plus bas que le genou dans la grande majorité des cas.

Il existe également la radiculopathie L2, L3 ou L4, qui provoque des déficits sensitifs et moteurs.

3) Qu'est-ce qui peut provoquer ces symptômes ?

​Dans la plupart des articles, il est fait un lien direct entre ces douleurs et une compression nerveuse par une hernie discale au niveau de la colonne vertébrale. Sachez que cette compression nerveuse n'est ​qu'un facteur parmi d'autres.

​Une compression de la racine nerveuse par une hernie discale peut participer à la douleur, SURTOUT s'il y  a inflammation.  Sans inflammation, la compression peut être asymptomatique.

​En cas d'arthrose, des ostéophytes (sortes d'excroissances osseuses que le corps développe pour mieux répartir les contraintes) peuvent également irriter les racines nerveuses.

Des mouvements répétitifs peuvent ​générer des contraintes de manière répétée sur le système nerveux, ce qui peut également le rendre plus sensible. Par exemple, des flexions de hanche répétée de grande amplitude peuvent sensibiliser le nerf sciatique qui est mis en tension à chaque fois, surtout s'il n'en a pas l'habitude.

​Les nerfs ont des rapports assez étroits avec certains muscles. Des contractions intenses et/ou répétées de certains muscles peuvent donc​ participer à la sensibilisation. Le lien le plus connu et cité est évidemment la proximité entre le nerf sciatique et le muscle piriforme, au milieu de la fesse. 

D'autres causes en pagaille : piqûre dans la fesse qui touche le nerf sciatique, compression par la tête du foetus lors de la grossesse, tumeur du plancher pelvien (très très rare, je ne fais que le citer).

​Dans tous les cas, n'oubliez pas que ce ne sont que des facteurs parmi d'autres, et qu'il est possible de ne plus avoir mal même s'il y a toujours un contact entre une structure et le système nerveux !

4) Dois-je me faire opérer ?

​​​​La chirurgie en cas de sciatalgie/cruralgie est la dernière option, quand tous les traitements pertinents ont été essayés et se sont soldés par un échec au bout de plusieurs mois.

Il n'y a normalement que deux indications à la chirurgie :  

- Perte de force musculaire importante et/ou progressive : cela témoigne d'une compression sévère et évolutive du système nerveux, dans ce cas pas de temps à perdre.

- Syndrome de la queue de cheval : cela témoigne également d'une compression sévère, cette fois-ci des racines nerveuses descendant dans le canal vertébral (au centre des vertèbres puis du sacrum). Les signes sont évocateurs : anesthésie de la région génitale, incontinence ou au contraire difficulté à uriner/déféquer, perte de force importante,... L'une des rares urgences chirurgicales.

​La troisième indication, discutée et à ne pas prendre à la légère, est donc l'échec des autres traitements au bout de plusieurs mois de prise en charge adaptée.

5) Dois-je passer une radio ou un IRM ?

​Je vous invite à lire l'article sur le sujet pour avoir la réponse détaillée. 

En résumé, il est probable que vous n'ayez pas besoin de radio ou d'IRM.

Les examens complémentaires devraient être utilisés quand:

- vous présentez des signes de compression sévère du système nerveux (cités dans la réponse précédente).

- vous présentez des signes pouvant évoquer une pathologie nécessitant un traitement spécifique (fracture, infection, cancer,..).

Cela parait contre-intuitif, mais le fait de faire des examens complémentaires de façon injustifiée peut avoir des effets néfastes, à cause de l'effet nocebo induit par les résultats.

6) Je me suis déjà fait opérer et j'ai toujours ces douleurs , pourquoi ?

​L'opération permet d'enlever la compression de la racine nerveuse, mais comme dit précédemment ce n'est qu'un facteur parmi tant d'autres. Le nerf sciatique ou le nerf fémoral peuvent rester sensibilisés par d'autres facteurs tels que ceux cités dans la question 4, le stress, l'anxiété, la sédentarité,...

Il faut savoir que si la douleur est présente depuis longtemps (plusieurs mois/années), alors elle ne disparait pas du jour au lendemain. C'est probablement le cas si vous vous êtes fait opéré.

Votre système nerveux est devenu de plus en plus fort pour créer cette même douleur, et maintenant il lui faut du temps pour dés-apprendre tout cela.  Cela reste POSSIBLE, vous n'avez pas à vous coltiner cela toute votre vie.

7) Combien de temps cela peut-il prendre pour disparaitre ?

​Cette durée est différente pour chaque personne, car elle dépend de l'ensemble des facteurs qui contribuent à votre douleur.

S'il s'agit d'une douleur aigüe (quelques semaines tout au plus), alors les études suggèrent qu'elle disparaitra rapidement dans la majorité des cas ! Bonne nouvelle !

​En cas de douleur chronique (plus de trois mois), le système nerveux s'est adapté et cela prend un peu plus de temps pour qu'il revienne à son état antérieur. Globalement, plus la douleur est ancienne, plus elle mettra du temps à partir.

Le plus important à retenir est que votre corps reste capable de s'adapter et de se modifier même si vous avez mal depuis des années : c'est la bioplasticité.

 Une progression lente n'est pas un signe d'échec ! Pour ce genre de souci, il n'existe malheureusement pas de solution miracle.  Plusieurs mois, un an, deux ans,... sont parfois nécessaires pour se débarrasser d'uns sciatalgie/cruralgie tenace.

8) Pourquoi la douleur descend-elle plus ou moins bas en fonction des jours ?

​Vous avez peut-être remarqué que la douleur descend plus ou moins bas dans la jambe certains jours. Peut-être même en fonction des mouvements (c'est l'un des critères d'évaluation de la méthode McKenzie).

Nous savons maintenant que plus la douleur descend bas, plus le nerf est irrité.  A contrario, moins le nerf est irrité, plus la douleur se rapproche de la colonne (on dit qu'elle se centralise).  Ce phénomène peut être assez déroutant car il dépend de nombreux facteurs, pas uniquement de la compression.

Si vous passez une sale journée, pleine d'anxiété et de stress, vous remarquerez peut-être que la douleur s'aventure plus loin que d'habitude. Rien n'aura changé au niveau de la compression du tissu nerveux.

9) Pourquoi la douleur irradie dans des nouveaux endroits ?

​Un autre phénomène très déroutant, dont peu de monde parle dans les articles.

Lorsqu'une douleur telle qu'une sciatalgie ou une cruralgie persiste dans le temps, il est possible que la douleur s'étende à des territoires qui n'appartiennent pourtant pas au nerf irrité. Il est tentant de se dire : "J'ai aggravé mon cas, je me suis fait une autre blessure, etc", pourtant ce n'est probablement pas le cas. 

​Les messages qui transitent par les nerfs sciatiques et fémoraux pénètrent la moelle épinière avant de remonter vers le cerveau. Lors de cette entrée dans la moelle épinière, ils côtoient d'autres neurones qui sont responsables d'une autre partie de la jambe, et qui n'ont rien demandé !

L'excitation constante d'un groupe de neurones peut finir par sensibiliser les neurones adjacents. De plus, votre cerveau finit par s'intéresser de plus près à ce qu'il se passe en bas, et décide de réveiller toute cette section de la moelle épinière.  

Vous pouvez alors ressentir des symptômes dans une partie de la jambe qui ne correspond pas au nerf initialement irrité.

10) Quels mouvements dois-je éviter ?

​En soi, très peu de mouvements sont mauvais pour la colonne vertébrale. Un ​geste ne devient néfaste que lorsque son intensité, son amplitude, ou sa fréquence excède ce que vous pouvez supporter à un instant t.

Néanmoins, si vous souffrez de sciatalgie ou de cruralgie, force est de constater que votre système nerveux vous rappelle à l'ordre dès que vous tentez de bouger librement. Je distingue deux stratégies principales :

- La première est celle de l'exposition graduelle. Vous ne supportez plus tel ou tel mouvement, alors vous vous y ré-exposez très progressivement, pour permettre à votre corps de mieux le supporter.

De la même manière que l'on traite une allergie par exposition graduelle à l'élément allergène, il est possible d'améliorer la tolérance du corps à un mouvement en le ré-introduisant suffisamment progressivement.

- La deuxième est d'éviter temporairement les mouvements et les positions douloureuses. Parfois, il est préférable de faire un pas en arrière, pour mieux pouvoir avancer ensuite. L'idée est retourner ensuite à la première stratégie.

​Une prise en charge avec un professionnel de santé spécialisé (un kinésithérapeute formé) vous permet de faire les bons choix et de mettre toutes les chances de votre côté.

11) Quelle activité physique puis-je faire ?

​L'activité physique possède une myriade d'effets bénéfiques pour le corps qu'aucun médicament ne peut apporter.

La durée et la fréquence importent beaucoup plus que le type d'activité physique. L'idéal est de pouvoir réaliser une activité physique qui vous plaît, car vous aurez beaucoup plus de motivation pour la pratiquer ! Ce n'est malheureusement pas toujours possible, alors voilà quelques propositions en fonction des positions que vous supportez:

- Si vous préférez la flexion (avoir le bas du dos arrondi), le vélo est une possibilité intéressante.

-Si vous préférez l'extension (avoir le bas du dos bien droit), vous pouvez essayer la marche, la natation ou encore le vélo elliptique.

Là encore, un professionnel de santé sera plus à même de vous conseiller de manière personnelle. Vous avez peut-être un sport ou une activité favorite qui n'est ni la marche, le vélo ou la natation, et vous voulez savoir si vous pouvez continuer à le/la pratiquer. Vous avez tout à fait raison ! Demandez conseil à un professionnel de santé formé à ce sujet.

12) Que puis-je faire pour diminuer la sensibilité du nerf ?

​N'oubliez pas que la douleur est une alarme servant à protéger une partie du corps.

Lorsque vous apprenez pourquoi vos nerfs sont sensibilisés, vous êtes déjà sur le chemin de la récupération. Si vous gardez à l'esprit que votre douleur est plus due à des nerfs sensibilisés qu'à une blessure,  vous éprouvez moins de peur et d'anxiété, ce qui contribue à calmer cette alarme.

​Vos nerfs ont également besoin de suffisamment d'apport sanguin et d'oxygène, et pour cela l'activité physique est un choix en or ! Pas besoin de courir un marathon ou d'escalader le Mont Blanc ! Une marche rapide, un peu de natation ou un tour en vélo permettent de bien oxygéner votre corps.

Votre cerveau reste, dans tous les cas, le PDG de votre corps. Il est capable de produire ​sa propre morphine (les molécules "endorphines"), ce qui permet à certaines personnes de subir des blessures importantes en ne ressentant que très peu de douleur.

​Le cerveau est en temps normal "imbibé" de ces substances saines et il est prêt à les libérer pour vous aider à faire face à la douleur. Cependant, nous savons maintenant que les personnes souffrant de douleurs chroniques ont un cerveau plus "sec", ce qui rend les réactions de protection moins contrôlées. L'activité physique et les émotions positives aident le cerveau à redevenir "imbibé"

Des médicaments peuvent aussi permettre de calmer la sensibilité du système nerveux, en stabilisant la membrane des neurones (ce qui les empêche d'envoyer des messages sans arrêt). Certains de ces médicaments sont des anti-dépresseurs. Si votre médecin vous en prescrit, cela ne signifie donc pas qu'il pense que c'est "dans votre tête" !

13) J'ai mal depuis longtemps et de plus en plus : ma colonne vertébrale s'abîme de plus en plus ?

​Il est normal de s'inquiéter lorsque la douleur ne disparait pas, et encore plus lorsqu'elle empire au fil du temps. Souvenez-vous que l'intensité de la douleur est mal corrélée à la sévérité d'une éventuelle lésion dans le corps. Beaucoup d'informations sont prises en compte par votre cerveau lorsqu'il décide ou non de protéger la zone en question.

À force de transmettre les mêmes messages, le nerf sciatique/fémoral et le système nerveux central le font de manière plus efficace et plus rapide. Vous pouvez avoir l'impression que le nerf est de plus en plus comprimé, alors que ce n'est probablement pas le cas. Je vous rappelle au passage que cette modification du système nerveux n'est jamais définitive, et que le changement en sens inverse est toujours possible.

14) Est-ce que ma sciatique/cruralgie dépend du stress ?

​Le stress, l'anxiété, la dépression, la frustration... Toutes ces émotions participent à faire pencher la balance du côté "danger" lorsque le cerveau décide s'il faut protéger la zone ou non. 

​Ces émotions négatives (bon, le stress n'est pas une émotion mais une réaction physiologique, d'accord..) ont aussi une répercussion sur le système endocrinien : vous sécrétez par exemple plus de cortisol et d'adrénaline. Cela peut avoir des conséquences sur les différents systèmes de votre corps, et contribuer à sensibiliser votre système nerveux.

​Il est tentant de se dire : "Je ne pense pas être concerné par cela, je ne suis pas si stressé que ça". Les réactions de stress ont pourtant lieu inconsciemment, bien avant que l'on ne s'en rende compte. Avez-vous déjà vu un détecteur de mensonges dans un film ? Il est possible de détecter des réponses neurophysiologiques et endocriniennes bien avant que tout cela vienne à la conscience.

15) Devrais-je essayer des thérapies alternatives ?

​Le sujet des thérapies alternatives est un vaste débat et il n'existe pas de consensus. ​Voilà une liste de thérapies alternatives en vrac pour illustrer mon propos : chiropractie, ostéopathie, acupuncture, reiki, kinésiologie, étiopathie, homéopathie, etc... Difficile de rester entièrement objectif sur cette question ! Je vais vous donner mon avis.

Si vous n'avez jamais essayé aucune thérapie alternative, voilà mes conseils:

- Choisissez quelque chose qui vous fait plaisir.

- Considérez cela comme un complément à une bonne prise en charge.

- N'en attendez pas un changement drastique, mais plutôt une aide pour diminuer l'anxiété et le stress.

Si vous êtes friand(e) de thérapie alternative, je n'ai aucun problème avec cela tant que :

-le thérapeute ne prétend pas trouver et traiter LA cause de votre problème, que les autres n'auraient pas remarqué.

- le thérapeute ne véhicule pas de messages néfastes susceptibles de ralentir votre progression, tels que "Faites attention à votre dos", "Votre vertèbre est déplacée",...

- le thérapeute n'interfère pas avec les prises en charge par des professionnels de santé. Exemple classique: "Éviter de trop bouger et ne faites pas de séances de kiné pendant une semaine, le temps que votre corps se rééquilibre".

16) Que peut faire mon kinésithérapeute pour moi ?

​Le but du kinésithérapeute est de vous accompagner, de vous permettre de reprendre vos activités et de vous donner les moyens de gérer votre douleur.

Voilà une liste de choses que votre kiné peut faire pour vous :

- Trouver des gestes et des positions qui soulagent votre douleur

-Vous expliquer ce que signifie la douleur et les facteurs qui y contribuent

- Utiliser diverses techniques pour vous redonner de la mobilité (mobilisations, manipulations, massages,...)

-Vous apprendre à bouger différemment, de manière plus relâchée par exemple

- Créer avec vous un programme d'exercices à réaliser en autonomie, pour progresser vers la reprise de vos activités et loisirs favoris

- Vous apprendre à gérer un pic de douleur

17) Dois-je prendre des médicaments ?

​Chacun d'entre nous a un rapport particulier avec les médicaments, et je sais que certains d'entre vous refusent parfois d'en prendre, pour diverses raisons. ​ Dans tous les cas, vos questions concernant les médicaments devraient être adressées en priorité à votre médecin traitant.

Faisons un tour du côté des études scientifiques.

Aucune étude n'a comparé le paracétamol à un placebo pour la sciatalgie et la cruralgie. Pourtant, il est très fréquemment prescrit et également pris en auto-médication. Le choix qui me parait le plus sage est de faire quelques essais et de voir si vous ressentez un soulagement. Si c'est le cas, profitez-en pour augmenter vos activités. Si ce n'est pas le cas, pas la peine d'insister, votre foie ne s'en portera que mieux.

Les anti-inflammatoires non-stéroïdiens ont fait l'objet d'une méta-analyse en 2016. Les résultats sont assez décevants par rapport à un placebo, et le risque d'effets secondaires est non négligeable. Il n'y a donc que peu de raisons de prendre des anti-inflammatoires non-stéroïdiens de manière régulière, et c'est même déconseillé du fait des effets secondaires.

Les corticoïdes semblent améliorer la reprise des activités, mais le soulagement de la douleur est surtout présent à court terme. Si votre médecin vous a prescrit des corticoïdes, c'est probablement un traitement d'attaque durant quelques jours maximum. Les effets secondaires n'apparaissent que pour les traitements plus longs qu'une semaine. Profitez du soulagement pour reprendre doucement vos activités préférées.

Les benzodiazépines n'ont que très peu été évalués, et le résultat n'est pas glorieux : aucune différence avec le placebo, voire moins bien...

Les anti-épileptiques ont des résultats mixtes. Le topimarate et la pregabaline ne semblent pas faire mieux qu'un placebo, tandis que la gabapentine a montré une efficacité sur la réduction de la douleur dans une seule étude.

Les anti-dépresseurs apportent un petit bénéfice dans certaines études. Ce genre de médicaments aide à stabiliser la membrane des neurones sensibilisés, ce qui est potentiellement très utile ! Si votre médecin vous en prescrit, cela ne veut pas dire qu'il vous croit fou/folle.

​En définitive, il n'existe pas de médicament miracle pour la sciatalgie et la cruralgie, hélas. Les médicaments devraient donc être considérés comme une option parmi d'autres dans le traitement de ce genre de problème. Si vous et votre médecin choisissez de tester un traitement médicamenteux, le choix de la molécule doit prendre en compte la durée et l'intensité de la douleur, votre âge, vos antécédents et vos préférences. Une bonne information concernant les potentiels effets secondaires est nécessaire.

Des anti-inflammatoires ou du paracétamol peuvent être proposés, avec une information adéquate.

​Si vous souffrez d'une sciatalgie ou d'une cruralgie aigüe, les corticoïdes peuvent vous apporter un soulagement significatif.

En cas de douleur chronique, les anti-dépresseurs représentent une option raisonnable, pour leurs propriétés stabilisatrices sur la membrane des neurones.

N'oubliez pas qu'il existe également plusieurs moyens de soulager sa douleur sans médicament (Voir : Comment soulager sa douleur sans médicament ? )

18) Faut-il faire craquer mon dos ?

​Le craquement dans le dos au cours de certains mouvements n'a pas de signification particulière, à part que vos articulations bougent.

Concernant les manipulations vertébrales réalisées par divers thérapeutes manuels : le bénéfice est surtout présent à court terme.

Il est important de garder à l'esprit qu'une telle manipulation se "remet" rien en place, et n'a aucun effet démontré sur la structure de votre dos. Les bénéfices que vous pouvez ressentir juste après la manipulation sont liés à une modification de l'activité du système nerveux.

Cela peut être utile pour soulager temporairement la douleur et récupérer un peu de mobilité, tant que la manipulation est accompagné d'un discours adapté et d'un encouragement à reprendre ses activités.

19) Dans quelle position dormir ?

​​​​La position allongé(e) sur le dos avec les jambes tendues peut être assez désagréable.

Plusieurs modifications peuvent être apportées à cette position :

- Plier légèrement la jambe et la laisser retomber sur le côté. Le fait d'avoir la jambe légèrement écartée et tournée vers l'extérieur permet de détendre le nerf sciatique et le muscle piriforme.

- Placer un coussin sous le bas du dos pour épouser et supporter la lordose lombaire.

La position allongé(e) sur le côté avec les jambes repliées est adoptée spontanément par nombre d'entre vous. Ce qui peut être modifié :

​- Faire varier le degré de flexion des jambes : plus vous repliez les jambes, plus vous êtes en position de flexion lombaire, ce qui peut soulager certains d'entre vous. Si vous gardez les jambes dans le prolongement de votre tronc, vous détendez certaines structures et vous restez en position neutre au niveau lombaire.

​- Lorsque vos jambes sont pliées, essayez de placer un coussin entre vos genoux. Plus le coussin est gros, plus votre jambe côté plafond est écartée. Cela permet de détendre le piriforme et le nerf sciatique, ce qui peut vous soulager.

​La position allongé(e) sur le ventre peut également faire l'affaire, si vous en avez l'habitude. Vous pouvez aussi tenter de replier légèrement une jambe sur le côté, un peu à la manière d'une grenouille ;).

​Dans tous les cas, préférez une position qui vous laisse un peu de liberté de mouvement. Si vous vous forcez à rester dans une seule position à force de coussins et autres, vous dormirez probablement mal et le manque de mouvement se fera ressentir au matin.

​Il existe de nombreuses astuces et techniques à utiliser pour améliorer son sommeil de façon générale (Voir : Comment bien dormir quand on a mal au dos ? )

20) Pourquoi est-ce que je ressens des fourmillements/picotements/décharges même sans bouger ?

Le fonctionnement de base d'un nerf est le suivant : les récepteurs qui se situent à la périphérie détectent une variation (de contrainte, de température, d'acidité, etc), et génèrent un message sous forme d'influx électrique. Ce message parcourt le nerf de la périphérie vers la moelle épinière et pénètre dans le système nerveux central.

Lorsqu'un nerf est irrité (notion expliquée à la question 3), il peut générer des impulsions électriques en plein milieu de son trajet, là où il n'y a même pas de récepteurs ! Quel rebelle... Ces messages aberrants font croire au cerveau qu'il se passe quelque chose à l'extrémité du nerf alors qu'il n'en est rien. Cela génère des symptômes tels que des picotements, des fourmillements, des décharges, ou même des sensations plus étranges telles que de l'eau glacée qui coule le long de la peau.

​Nous appelons cela des paresthésies. Elles disparaissent au fur et à mesure que la sensibilité du nerf retrouve un niveau normal.

21) Dois-je me tenir droit(e) pour avoir moins mal ?

Le conseil de se tenir droit n'est pas complètement à jeter, mais il est beaucoup, beaucoup trop présent. Tellement présent qu'il en devient néfaste.

Si vous avez mal au dos et/ou à la jambe, vous êtes déjà contractés à cause de la douleur. Vos muscles se contractent automatiquement pour protéger la zone douloureuse. Si vous faites attention à votre manière de bouger, ou si vous faites attention à bien rester droit, vous allez encore plus vous contracter, et potentiellement rajouter de la contrainte sur une zone déjà sensibilisée !

​Éviter de s'avachir peut éventuellement être une bonne décision TEMPORAIRE, lorsque la flexion aggrave vos symptômes. C'est le travail du kinésithérapeute de vous guider à ce sujet.

De manière générale, varier les postures régulièrement et rester décontracté sont deux bons conseils. Consultez un kinésithérapeute spécialisé pour savoir si une adaptation de votre posture serait utile.

​Il existe beaucoup d'astuces bien plus efficaces que simplement "se tenir droit", et vous pouvez apprendre à les maîtriser avec un peu de pratique. (Voir : Comment supporter un long trajet assis ? )

22) Est-ce que la marche est utile pour diminuer la douleur ?

La marche est une activité simple qui apporte des bénéfices sur la douleur lorsqu'elle est prolongée (au moins 20-30 minute) et que la vitesse de marche entraine au moins une petite élévation de votre fréquence cardiaque.  Profitez-en pour vous vider la tête, respirer un air frais et/ou passer du temps avec vos proches afin de combiner plusieurs facteurs positifs ;).

23) Dois-je mettre du chaud ou du froid ?

Le niveau de preuve scientifique de l'application de chaleur ou de froid pour la lombalgie, la sciatique ou la cruralgie est excessivement bas, pour ne pas dire inexistant. Quiconque vous dit que mettre un pack de chaud/froid sur le dos est une technique prouvée ne fait que répéter ce qu'il a lu dans une revue non scientifique. Néanmoins, on peut garder cette technique pour sa facilité d'utilisation et la sensation de bien-être qu'elle procure.

​La chaleur semble être bien mieux acceptée que le froid, surtout dans le dos. Dans notre culture occidentale, ce qui est chaud est réconfortant et aide à la détente, tandis que le froid est plutôt perçu comme un danger. Par ailleurs, le froid risque plutôt de donner un coup de pied au système nerveux et de "réveiller la ruche".

La seule situation dans laquelle le froid serait plus indiqué est une blessure (mineure) au niveau du dos. Ce qui est rarement le cas !

Vous pouvez placer la source de la chaleur dans le bas du dos et/ou sous la fesse. Attention cependant mesdemoiselles et mesdames, évitez de faire ceci en période de règles.

​Si jamais vous craignez d'augmenter l'inflammation en utilisant un hot pack, sachez que ce n'est pas possible. Votre corps possède une excellente capacité de thermorégulation, et que la température en profondeur ne change pas d'un iota !  

Attention à ne pas vous brûler !

24) Est-ce que cela peut être grave ?

La sciatalgie et la cruralgie en elles-mêmes ne sont pas graves, c'est-à-dire qu'elles ne témoignent pas d'une pathologie grave pouvant avoir des conséquences très néfastes sur la santé. Ce sont toujours les signes qui les accompagnent qui peuvent faire suspecter une pathologie en particulier.

Ces signes sont toujours recherchés par les professionnels de santé au début d'une consultation, pour écarter ce risque. J'ai listé ces signes et ces symptômes dans un article, et dans un quiz.

25) Est-ce que les infiltrations sont efficaces ?

Les infiltrations épidurales semblent efficaces lorsqu'elles sont bien indiquées.  

Si l'inflammation présente autour de la racine nerveuse contribue fortement aux symptômes, alors une infiltration d'anti-inflammatoire puissant à cet endroit est très efficace.  Nous avons vu cependant que de nombreux facteurs participaient à vos symptômes.

Si l'inflammation est peu présente, alors c'est un coup d'épée dans l'eau. 

Seul un examen par des professionnels de santé peut permettre de décortiquer les composantes de la douleur, et ainsi de prendre une décision éclairée et rationnelle.

26) Peut-on avoir une sciatique des deux côtés ?

C'est possible ! Cela n'arrive pas souvent, mais cela arrive.

Plusieurs mécanismes peuvent en être à l'origine :

- Une hernie discale volumineuse et centrale peut venir irriter l'émergence des 2 racines d'un étage et peut générer des symptômes bilatéraux. À noter que ce n'est pas forcément le cas, et qu'une compression bilatérale peut aussi ne donner des symptômes que d'un côté.

- Lors de la grossesse, la tête du foetus peut venir comprimer les deux nerfs sciatiques contre le sacrum.

- Une sciatique carabinée et persistante peut sensibiliser les neurones adjacents dans la moelle épinière, et donner des symptômes similaires de l'autre côté, de façon symétrique !

- Une sciatique à bascule (c'est-à-dire qui alterne entre la gauche et la droite) peut évoquer un rhumatisme inflammatoire lorsqu'elle est accompagnée d'autres détails caractéristiques. Ce diagnostic différentiel est réalisé par votre médecin.

- Un spondylolisthésis, c'est-à-dire un déplacement vers l'avant d'une vertèbre par rapport à la vertèbre du dessous, peut affecter les racines nerveuses des deux côtés.

27) Est-ce que j'ai une sciatique/cruralgie a cause de mon hyperlordose/scoliose ?

​L'hyperlordose et la scoliose ont en commun de réduire le calibre de certains foramens intervertébraux (les trous par lesquels passent les racines nerveuses).

Cependant, en temps normal, les racines nerveuses n'occupent qu'un tiers au maximum de ces trous. Il y a de la marge ! Seule, une réduction du calibre des foramens intervertébraux n'a d'impact que si elle est très importante, ce qui n'est habituellement pas le cas.

L'hyperlordose ou la scoliose ne sont pas des causes de sciatalgie ou de cruralgie, mais on peut les considérer comme des facteurs favorisants lorsqu'elles sont associées à d'autres facteurs de sensibilisation nerveuse.

Une prise en charge adaptée de ces autres facteurs permet habituellement de soulager la douleur. De toute façon, il y a peu de chance que vous puissiez modifier votre posture si elle est présente depuis des années. Est-ce grave ? Non.  Beaucoup de personnes ont une hyperlordose ou une scoliose sans avoir mal, alors pourquoi pas vous ?

28) ​Est-ce qu'aller à la piscine est utile pour avoir moins mal ?

​La nage permet de recruter de nombreux groupes musculaires, et, lorsque vous nagez plus de 20-25 minutes, permet de travailler en aérobie. C'est un bon choix, notamment si vous avez moins de douleur en extension lombale (le bas du dos légèrement creusé) qu'en flexion lombale (le bas du dos arrondi).

​Je rappelle cependant que ce n'est pas non plus une panacée, et que d'autres sports procurent les mêmes bénéfices. Le plus important est que vous choisissiez une activité qui vous plaît !

Si vous détestez nager, vous risquez de n'y aller que deux-trois fois avant d'abandonner : frustration et sentiment d'échec seront au rendez-vous.

La régularité est très importante, alors choisissez une activité qui vous motive et qui vous fait plaisir ! Y aller à plusieurs ou bien faire des séances de groupes renforcer l'engagement et l'intérêt que vous trouverez dans cette activité.

29) Est-ce que le nerf sciatique ou crural peut se coincer ?

Nos nerfs sont très souples ! Si vous pliez votre coude à fond, les nerf qui passent par là sont quasiment pliés à 180°, et ils ne bronchent pas. 

Il est quasiment impossible de les coincer car ils sont insaisissables : ils glissent, coulissent, se déplacent,... C'est comme essayer d'attraper un lychee avec des baguettes !

La raison pour laquelle nous avons parfois l'impression qu'ils se coincent est qu'ils peuvent devenir beaucoup plus sensibles au mouvement, et ils peuvent réagir en produisant une décharge. Vous pouvez retirer le terme "nerf coincé" de votre vocabulaire.

30) Est-ce qu'un surpoids participe au problème ?

Le surpoids est un facteur à ne pas négliger, mais il semble que le mécanisme par lequel le surpoids influence la douleur n'est pas si évident.Pour clarifier ce qui va suivre, le surpoids est défini par un IMC entre 25 et 30, et l'obésité par un IMC supérieur à 30. 

Les études épidémiologiques retrouvent une plus grande prévalence des lombalgies chez les sujets en surpoids ou obèses. ​Une méta-analyse retrouve une prévalence encore plus grande chez les sujets obèses (par rapport aux sujets en surpoids). Que se passe-t-il ?

​L'explication qui vient tout de suite  à l'esprit est l'augmentation des contraintes sur le dos ! Le poids du tronc génère plus de contraintes de compression au niveau du bas du dos, ce qui stimule davantage les neurones nocicepteurs. Cela contribue en effet à la douleur, mais ce n'est pas tout !

​Nous savons que chez les personnes en surpoids, une inflammation systémique se met en place. La graisse blanche qui entoure les viscères sécrète des molécules pro-inflammatoires qui augmente les risques de maladies cardio-vasculaires ainsi que d'autres soucis de santé. Cela fait partie du syndrome métabolique. Cela a deux conséquences principales :

- Favoriser la dégradation des différentes structures lombaires, et limiter leur capacité d'auto-guérison.

​- Sensibiliser le système nerveux central et périphérique : les neurones nocicepteurs vont alors plus facilement envoyer des messages de danger alors que rien ne change au niveau du récepteur !

Enfin, être en surpoids ou en obésité peut être un facteur d'anxiété, de dépression et peut influencer négativement les relations sociales, dans une société toujours plus perfectionniste à l'égard de son image.

Je rappelle néanmoins que l'obésité est une maladie avec des conséquences néfastes multiples. Cela peut également limiter l'engagement dans une activité physique ou dans des modifications du style de vie qui pourraient apporter des bénéfices.

​Une autre question ?

​J'espère que cet article a été riche en nouvelles informations pour vous. Si vous avez une question supplémentaires, n'hésitez pas à me faire une suggestion.

À bientôt.

Eric