Votre médecin vous a prescrit des séances de kinésithérapie pour votre mal de dos, en vous affirmant que ce qui fonctionne le mieux, ce sont les exercices. Finis les massages et les siestes sous lampe infrarouge, tout le monde semble catégorique : il faut bouger pour aller mieux. 

Le kinésithérapeute que vous avez consulté est du même avis : il vous explique qu'il faut faire des exercices de mobilité et de renforcement pour soulager vos douleurs lombaires. 

Les semaines passent, puis les mois, et force est de constater que rien ne change réellement. Vous aviez pourtant suivi le programme à la lettre. Frustration et incompréhension sont au rendez-vous. 

Je le répète souvent sur ce blog : la douleur est multifactorielle et complexe. Plusieurs raisons peuvent donc expliquer l'échec d'un programme d'exercices. En voici quelques unes, et ce que vous pouvez faire pour déjouer ces mécanismes.

Cet article évoque des pistes de réflexion : ce n'est pas une liste exhaustive. Gardez à l'esprit que je n'entre volontairement pas dans les détails, et que chaque point pourrait être davantage développé et nuancé. Une stratégie de rééducation doit être individualisée pour chaque situation.

1) Il y a un autre facteur prépondérant dans votre situation

Être concentré sur le bon suivi d'un programme d'exercices nous fait parfois oublier que beaucoup d'autres facteurs peuvent entrer en compte.

S'il y a un facteur qui fait fortement pencher la balance du côté de la douleur, l'activité physique pourrait ne pas être suffisante pour améliorer la situation. Par exemple :

  • une grande source de stress (personnel ou professionnel) change le fonctionnement de votre corps et peut favoriser les douleurs
  • des troubles du sommeil ont également un impact important sur votre corps
  • un indice de vigilance est passé inaperçu (voir l'article Quand s'inquiéter ?)
  • un autre problème de santé peut avoir un effet sur le système nerveux, immunitaire ou même endocrinien, et affecter ainsi la douleur (obésité, trouble hormonal, etc)

Une situation qui stagne pendant 6 mois, un an ou plus, c'est une occasion de vérifier que l'on est pas passé à côté d'un facteur important. Bien sûr, il arrive que la situation stagne sans qu'il y ait un autre problème caché.

2) Vous faites mal vos exercices, mais pas de la manière dont vous l'imaginez

Beaucoup de mes patients viennent me consulter avec l'intime conviction qu'ils font "mal" leurs exercices. Pour certains, cela devient même une barrière au suivi du programme, car ils se disent "Je préfère les faire uniquement ici, car chez moi j'ai peur de faire une bêtise".

Parmi les idées qui circulent, il y a l'idée qu'il faudrait contrôler au maximum la position du dos pendant les exercices. Hélas, ce sont des idées qui leur ont généralement été transmises par des professionnels de santé comme moi.

Pourtant, les vrais problèmes ne se situent pas forcément là où on les imagine. 

Il y a des situations dans lesquelles il vaut mieux éviter d'adopter systématiquement une position douloureuse. Par exemple : vous avez mal en extension lombaire (lorsque vous creusez le dos), et on remarque que vous êtes sans arrêt en train de faire de l'extension lombaire pendant les exercices.

D'autres personnes ont tendance à trop se crisper pendant les exercices (par habitude, par peur d'avoir mal, pour éviter les "mauvaises postures"). Cela peut participer au maintien des douleurs chez certaines personnes.

Une dernière erreur commune concerne le dosage des exercices. Vous pouvez avoir choisi chaque exercice soigneusement avec l'aide de ChatGPT votre kinésithérapeute, un mauvais dosage peut tout faire capoter.

Bien entendu, il y a plein de situations différentes. Aux deux extrêmes du spectre, il y a :

  • le fait de sous-doser ses exercices : peu de répétitions, souvent en lien avec de la peur de la douleur et de l'évitement dès que la douleur pointe le bout de son nez (nous en parlions dans cet article).
  • le fait de sur-doser ses exercices : continuer l'exercice jusqu'à ne plus en pouvoir, en serrant les dents et en essayant d'ignorer la douleur (nous en parlions dans cet article).

3) Ce que vous faites le reste du temps contre-balance les effets des exercices

Malgré une discipline sans faille dans la réalisation de vos exercices, d'autres éléments du quotidien pourraient en limiter les bénéfices. Comme toujours, la douleur est un phénomène complexe et pas toujours facile à prédire.  

Voilà quelques exemples fréquemment retrouvés :

  • Vous restez immobile tout le reste de la journée.  Le lien entre sédentarité et mal de dos n'est pas très solide (réf), et on ne peut pas simplement dire : "Il suffit de bouger dans la journée". Néanmoins, l'immobilité prolongée peut être mal tolérée par les tissus du bas du dos, notamment lorsqu'ils sont sensibilisés. De plus, la sédentarité affecte fortement votre santé générale.
  • Vous gardez la même façon de bouger dans les activités quotidiennes, là où votre kinésithérapeute vous a montré qu'un changement pouvait être utile. (tjrs tout ramasser en squat alors que vous vous sentez mieux en stoop ? suivi de règle rigide ? )
  • Vous passez une partie de la journée avec la sangle abdominale contractée, de façon inconsciente ou volontaire, peut-être pour essayer de prévenir les douleurs ?
  • Vous reproduisez plusieurs fois par jour des étirements ou des mouvements qui déclenchent vos douleurs et les font persister davantage. Chez les personnes souffrant de douleur sciatique, étirer son nerf ou sa fesse régulièrement peut faire partie de ces habitudes. Une évaluation individuelle est nécessaire pour savoir si c'est une bonne idée ou non.

4) Le programme d'exercices n'est pas suffisamment intense et/ou régulier pour porter ses fruits

Combien de fois par semaine pratiquez-vous vos exercices ? Combien de temps dure chaque session d'exercices ? Vos exercices sont-ils suffisamment fatigants ?

Il n'y a pas de consensus définitif sur la "meilleure" fréquence d'exercices ou sur la "meilleure" intensité d'exercices à atteindre. Néanmoins, les paramètres d'un programme d'exercices (intensité, durée, fréquence, format, etc) peuvent avoir une influence sur les résultats que vous obtenez.

En termes de fréquence, je propose souvent à mes patients de mettre en place des exercices deux à trois fois par semaine (jusqu'à un jour sur deux), pendant au moins trois mois. 

En termes d'intensité, j'essaie de faire en sorte qu'au moins un exercice permette de ressentir de la fatigue musculaire et/ou une sorte d'essoufflement. Cela peut aider le corps à retrouver ses mécanismes naturels de soulagement de la douleur.

Parfois, il est difficile de pouvoir mettre suffisamment d'intensité au niveau du dos (parce que ça fait mal !). Une astuce consiste alors à travailler les muscles à distance de la zone douloureuse. Par exemple, trouver des exercices qui fatiguent beaucoup les cuisses, si on a mal uniquement au dos.

5 jours pour retrouver des gestes simples sans craindre la douleur

  • Vous en avez assez d’hésiter à ramasser un objet au sol, de vous lever péniblement le matin ou de devoir limiter vos mouvements au quotidien ?
  • Pendant 5 jours, je vous guide avec des exercices simples et des conseils issus de ma pratique clinique pour :
    • Réapprendre à vous pencher, vous redresser, à utiliser la respiration à votre avantage.

    • Reprendre confiance dans les gestes du quotidien.

    • Distinguer les vrais conseils des idées reçues qui pullulent sur Internet.

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Photo de personne réalisant l'exercice bird-dog pour avoir moins mal au dos

Dans quelle situation le bird-dog est-il utile ou non ?

5) Les exercices ne ressemblent pas suffisamment à vos mouvements et efforts du quotidien

Il existe tellement d'exercices différents, qu'il peut être difficile de savoir comment les choisir. Les kinés eux-mêmes ne sont pas toujours d'accord entre eux, et nous avons inventé tout un tas de méthodes pour trouver le type d'exercice le plus pertinent.

Ce que je remarque, c'est qu'il y a parfois un décalage important entre les exercices sélectionnés et les difficultés rencontrées au quotidien. 

Par exemple : vous avez mal lorsque vous vous tournez pour faire une marche arrière en conduisant, et on vous a proposé l'exercice du pont fessier. 

Néanmoins, dans certains cas, il y a besoin de s'entrainer plus spécifiquement aux gestes et aux situations problématiques. Cela semble être le cas notamment s'il y a beaucoup d'appréhension et de perte de confiance vis-à-vis du geste concerné.

Autrement dit, vous aurez beau faire des ponts fessier, des bird dog et des superman, cela pourrait ne pas suffire pour reprendre confiance dans votre capacité à porter vos sacs de courses. Il me semble qu'un bénéfice sur la douleur soit possible avec cette stratégie (la discussion est ouverte).

En pratique :

Vous appréhendez à l'idée de vous pencher en avant ? Il va falloir s'y exposer tôt ou tard.

Vous appréhendez à l'idée de marcher avec un poids dans les mains ? Idem. 

6) Les exercices ont produit des effets… mais ce ne sont pas ceux que nous regardons

Lorsque l'on pense aux effets positifs des exercices en cas de mal de dos, on pense souvent directement à la diminution de la douleur.   Cela est peut-être dû à notre façon de désigner le "mal de dos", le réduisant ainsi à une simple expérience douloureuse localisée dans le bas du dos.

Pourtant, il y a tellement d'autres dimensions à explorer autour de cela : les limitations physiques, les activités dont on se retrouve privé, la perte de lien social et d'identité, les troubles du sommeil, l'inquiétude et la perte de confiance...

Les exercices et l'activité physique ont, en moyenne, un effet positif sur l'intensité de la douleur, comme le montrent de nombreuses études sur le sujet. Néanmoins, ce n'est pas le cas pour tout le monde. Cela veut-il dire que les exercices sont inutiles ? Pas vraiment ! Car même si la douleur ne change pas, on peut observer d'autres changements :

  • Vous parvenez à faire davantage de choses (pour un même niveau de douleur)
  • Vous retrouvez davantage de confiance en vos capacités 
  • Vous développez davantage de stratégies pour mieux gérer la douleur et les activités 
  • Vous dormez mieux, vous êtes moins affectés par le stress, vous vous inquiétez moins pour votre dos

Conclusion : au delà des caractéristiques du traitement, notre relation avec le traitement importe également

Cela risque de vous surprendre, mais nos attentes d'efficacité envers un traitement influencent son efficacité. Autrement, si je pense qu'un traitement va m'aider, celui-ci a plus de chances de m'aider. Et inversement, si je pense qu'un traitement n'a aucune chance de m'aider, cela peut drastiquement diminuer son efficacité.

Attention, je ne dis pas qu'il suffit d'y croire, ou que tout est "dans la tête". Ce que j'ai constaté au cours de ma pratique (et ce que la littérature scientifique semble dire), c'est que les exercices ont moins de chances d'être efficaces si l'on se dit "De toute façon cela ne va rien changer, mon dos est foutu, il n'y a plus que l'opération".

Comme toujours, votre kinésithérapeute est l'un des professionnels les plus à même de vous accompagner dans cette aventure, dans les hauts et dans les bas.

Catégories : AgirAnalyserNouveau

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