Stress, homéostasie et douleur, par Joletta Belton

​Voici le deuxième article de Joletta Belton que j'ai traduit pour vous. Au programme : le stress et ses conséquences sur la santé, le mental, la douleur, et la vie en général.

Pour rappel, le premier article traduit est disponible ici.

Je l'ai choisi car je trouve qu'il rend bien compte du côté multifactoriel du stress, et de ses liens étroits avec tous les autres facteurs qui modulent la douleur. J'espère qu'il vous plaira !


​L'autre jour, pendant une course de 6 km, j'ai couru mes trois premiers kilomètres les plus rapides depuis plus de sept ans et demi. Mon premier kilomètre le plus rapide, aussi. Et je l'ai fait sur du béton avec des grosses chaussures que je n'avais même pas achetées pour courir avec.  Ce sont des conditions qui m'auraient incité à éviter de courir il y a tout juste 6 mois.

​Je me sens bien. Plus que bien, je me sens en pleine forme. Bien entendu j'ai un petit peu mal, mais "ma douleur" n'a pas augmenté. Elle n'a pas "flambé". Pas une fois elle ne s'est manifestée pendant que je courrais.

​Si tout cela s'était passé pendant une période stressante ces dernières années, cela aurait pu me faire dérailler. Non, cela M'AURAIT FAIT dérailler.

Mon meilleur pote Buster est en train de récupérer d'une opération en urgence, réalisée il y a trois semaines après être soudainement devenu paralysé.

​C'était terrifiant et cela m'a brisé le coeur.

​Maintenant il se sent mieux, et il récupère bien. Il n​'a pas le droit de faire grand chose, et je suis constamment avec lui car c'est une petite tête de mule. Il est sourd, donc même si je lui expliquais, cela ne servirais à rien.

​Inutile de le préciser (au moins pour les amoureux des chiens), ce fut très stressant. La paralysie soudaine ainsi que la douleur, la rencontre avec le chirurgien, l'IRM et la chirurgie juste après, et enfin les trois jours suivants - Buster à l'hopital sans personne pour dormir avec lui.

​Et mon chien n'était pas la seule chose qui me tourmentait à cette époque. Mon mari avait été diagnostiqué d'un cancer de la peau juste avant que tout ceci n'arrive. Il s'est fait opéré d'un mélanome une semaine plus tôt, puis de nouveau opéré d'un carcinome près de son oeil la semaine dernière.

​J'ai connu des étés meilleurs ! (mais le pronostic pour mes deux garçons est bon, pas de souci à se faire)

​Pourtant, ma douleur et mon anxiété sont restées normales.

Ma douleur n'a pas flambé et mon anxiété n'est pas montée en flèche malgré toute cette inquiétude. Je m'en suis bien sorti et je suis restée capable de m'occuper de mes deux garçons. Et de courir. Courir plus vite que pendant ces sept dernières années, sur des surfaces sur lesquelles je n'aurais même pas imaginé courir aussi tôt.

J'ai tendance à cogiter pendant mes footings, et j'ai réfléchi à ce qui pourrait expliquer tout cela.

Ma conclusion : j'ai la capacité d'encaisser tout cela en ce moment. Je suis en mesure de leur donner toute mon attention parce que mon vase n'est pas en train de déborder. La douleur se rappelle à peine à ma conscience ces temps-ci, et elle ne me vole plus toute mon énergie et mon attention comme elle l'a fait ces dernières années.  De plus, j'ai des stratégies qui m'aident à gérer ce que la vie me sert chaque jour, des stratégies que je ne connaissais pas auparavant.

​Stress

​Cela m'a fait penser à un article que j'ai lu récemment à propos du stress : ​“When is stress good for you? The subtle flows and toxic hits of stress get under the skin, making and breaking the body and brain over a lifetime“ . C'est une très bonne lecture, je vous la recommande chaudement.

Tout stress n'est pas mauvais, bien entendu. Comme toujours, il y a beaucoup de nuances. Certains stress sont en fait plutôt bons pour vous. Le genre de stress qui vous permet de grandir, d'apprendre et de vous adapter, ou de saisir les occasions pour faire ce que l'on désire. Courir est un bon stress pour moi. Écrire également.

​Certains stress ne sont pas bons, en soi, mais cela reste tolérable. Nous nous sentons armés et capables de le gérer, même en cas d'imprévu. Appuyer sur le bouton "Publier" pour mes articles de blog est un stress tolérable pour moi. Tout comme l'été dernier lors des opérations inattendues de mes garçons.

Les stress "bons" ou "tolérables" sont tout deux inscrits dans le court terme : ils sont brefs, impermanents. Ils vont et viennent, modulés par tout une cohorte de réponses physiologiques et comportementales. Ces réponses sont globalement appelées allostase, and elles nous permettent de maintenir un équilibre (appelé homéostase) dans l'ensemble de nos systèmes.

​Le stress toxique

​Le stress est parfois toxique, cependant. C'est le genre de stress qui vient, mais qui ne repart pas. Par conséquent, les réponses physiologiques et comportementales qui nous permettent d'y faire face efficacement au court terme restent également actives, mais dans ce cas elles ne sont plus vraiment utiles, et elles peuvent carrément devenir néfastes. 

Ce phénomène est appelé la charge allostatique, et cela mène à une perturbation de l'homéostase. L'équilibre est brisé plus longtemps que prévu.

​Mes premières années de douleur étaient essentiellement des années de stress toxique. J'étais complètement détraquée. Voilà une liste (non-exhaustive) des facteurs de stress auxquels je n'étais pas préparée.

​Ma liste de charge allostatique 😉

  • ​Une douleur qui s'empire et qui reste inexpliquée
  • ​L'inquiétude, la peur, l'anxiété qui entourent l'incertitude à propos de ma douleur et de mon avenir
  • ​Plusieurs années d'échecs thérapeutiques avec une multitude de professionnels (des traitements que J'AI raté, dans le jargon thérapeutique, pas des traitements qui ONT raté).
  • Manque de sommeil
  • Isolation sociale, solitude et dépression
  • Être inactive, et n'être impliquée dans aucune activité qui a du sens
  • Difficultés de couple, et insécurité financière (mon mari s'est fait licencié peu après que je quitte mon travail).
  • Perdre au final ma carrière et par la même occasion mon identité, mes objectifs et tout sentiment de satisfaction personnelle.
  • Avoir des problèmes avec l'assurance, et ne pas se sentir crue par les professionnels de santé, par l'assurance maladie, et même par certaines personnes dans mon propre service (un coup dévastateur).

​Je n'avais tout simplement pas les ressources pour naviguer à travers tout cela. Même à travers un seul des éléments de cette liste. Même les petites choses étaient des obstacles trop grands pour moi, parce que mon vase était déjà en train de déborder, à cause de tous les autres éléments. J'étais perdue, effrayée, anxieuse, inquiète - au milieu de cette charge allostatique, mon homéostase qui part en sucette, et tous mes systèmes déréglés.

Est-ce que tout le monde a la même liste ? Bien sûr que non. Mais nous en avons tous une.

Est-ce que tout le monde réagirait de la même manière ? Certainement pas. Certains auraient géré la situation beaucoup mieux que moi, j'en suis sûre. Peut-être que certains l'auraient encore moins bien gérée que moi (je ne l'espère pas).

Nous sommes tous différents. Certains d'entre nous rencontrent plusieurs de stress que d'autres, et certains d'entre nous ressentent plus de stress que d'autres, et cela a aussi son importance. Rien que la perception du stress affecte notre espérance de vie. (Nos perceptions font aussi partie de la biologie !)

​Des conséquences biologies bien réelles

​Le stress toxique affecte notre biologie et notre comportement au fil du temps. Pour en savoir plus sur les effets physiologiques du stress, écoutez quelques conférences de Robert Sapolsky, un ancien élève du type qui a écrit l'article cité plus haut (cool, n'est-ce pas ?). Vous pouvez trouver ici une conférence récente sur son dernier ouvrage Pourquoi les zèbres n'ont pas d'ulcères .

Ces effets toxiques surviennent au fil de notre vie. Même le stress toxique vécu pendant l'enfance, MÊME le stress dans l'utérus, peut nous affecter à l'âge adulte. Cela semble être également le cas pour la douleur, sans surprise.

​Les interrupteurs épigénétiques sont actionnés. Les réponses endocrines (hormonales) et immunitaires sont altérées, ce qui a des conséquences sur les fonctions cardiovasculaires et digestives. Le comportement et l'humeur changent.

La neuroplasticité devient maladaptative [c'est-à-dire qu'elle permet un changement néfaste ou contre-productif] : les neurones s'atrophient, des synapses sont perdues, et l'hippocampe rétrécit (une partie du cerveau associée à la mémoire et à l'humeur). Des changements surviennent dans le cortex pré-frontal, une zone importante dans l'auto-régulation de l'humeur, de la vigilance, du self-contrôle et de plusieurs fonctions cognitives. En contrepartie, les neurones de l'amygdale (une partie liée à l'anxiété et aux réactions de défense) deviennent plus grands.

Notre corps et notre cerveau CHANGENT. L'homéostasie est menacée par les assauts de la surcharge allostatique, du stress toxique. Tout ceci est bien lié et affecté par la douleur persistante. Une douleur chronique est une source de stress majeure après tout.

​La spirale descendante

​Il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire pour influencer positivement certains effets de la charge allostatique et du stress toxique, et influencer positivement la bioplasticité. Le hic, c'est que tous ces effets listés plus haut compliquent sacrément la tâche ! 

​Quand la douleur, la peur et l'anxiété sont au rendez-vous, et que l'humeur et les fonctions cognitives sont au plus bas, il n'est pas difficile de constater que n'importe quelle tâche semble infaisable. Quand votre vase est en train de déborder, parfois, la seule chose que vous pouvez faire est d'éviter de vous y noyer.

C'est le plus regrettable : les moments où nous avons le plus besoin de nous engager dans des approches actives qui pourraient briser le cercle vicieux du stress et de la douleur, sont également les moments où ces solutions ne sont même pas sur notre radar.

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​​Vous y découvrirez plusieurs ​exercices faciles à faire au quotidien​​, ainsi que leurs explications. Ma priorité est d'augmenter considérablement votre compréhension du mal de dos pour vous permettre de vous en libérer.

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  • ​L'accès au bonus pour comprendre les bases de la douleur

​Il ne s'agit pas simplement de volonté et de motivation. Ce n'est pas aussi simple que cela.

​La douleur, particulièrement lors qu'elle n'a pas de sens ni d'explication, est très stressante. Tout ce qui tend à y être associé l'est aussi.

Le stress et la douleur ne sont pas deux processus distincts, indépendants l'un de l'autre. Je pense que c'est une erreur de considérer n'importe quel élément, n'importe quelle chose qui survient dans notre vie (pas uniquement la douleur), comme séparée de tout le reste. Tout est plus ou moins lié, en fonction des personnes et en fonction de la période, bien sûr.

​Ce que je ne savais pas à ce moment

​La douleur - ou le stress, ou n'importe quelle expérience humaine - n'est ni dans le cerveau, ni dans une partie du corps, elle est dans l'ensemble. Elle est dans la personne, dans son être. Plus précisément, elle est dans la vie de la personne. Nous existons tous au sein d'un environnement social qui a aussi une influence sur nous.

Je n'avais aucune idée à quel point le stress jouait un rôle prépondérant dans mes premières années de douleur (wow, et même ces dernières années). J'aurais aimé avoir été guidée plus tôt. Au lieu de cela, mon stress était hors de contrôle - et avec lui la douleur et l'anxiété - provoquant des ravages dans mon corps et dans mon esprit, perturbant mon équilibre, et perturbant ma vie.

​Mais attendez un petit peu ! Tout n'est pas perdu ! Il y a aussi de bonnes nouvelles dans tout cela. Ces temps-ci, j'ai de nouveau la pêche. Je suis équilibrée. En homéostase. 😉

Nous AVONS le pouvoir d'encourager une neuroplasticité utile, et de ré-équilibrer quelque peu les systèmes de notre corps, bien que cela puisse être ardu quand on part d'en bas. C'est quelque chose de magnifique et de génial. Nous avons du pouvoir, du contrôle sur tout cela. Sur notre stress, sur notre douleur, sur nos vies.

​Le parc national des Rocky Mountains - la nature a toujours été mon refuge

​La spirale ascendante

​Bien avant que j'imagine retourner faire un footing, j'ai eu des jours où sortir du lit était une réussite. Des jours où prendre une douche et peut-être aider à décider ce qu'on allait manger pour dîner (sans même cuisiner ce dîner) étaient des exploits incroyables.

​À cette époque, j'avais tout juste assez d'énergie pour traverser ma journée. Mon vase était en train de déborder. La douleur était tout ce que connaissais, tout ce à quoi je pensais, tout ce à quoi je faisais attention.

Petit à petit, j'ai commencé à faire attention à d'autres choses que la douleur. Et j'ai remarqué que lorsque je m'intéressais à ces autres choses, je n'étais pas en train de me focaliser sur ma douleur. Cela a légèrement élargi le champ des possibles.

Cela m'a pris des années pour arrêter d'organiser ma vie autour de la douleur, et pour commencer à vivre ma vie avec la douleur. La douleur était toujours présente, que je vive ma vie ou non. Et pour vivre ma vie, je savais que je devais impérativement arrêter de dépenser tant de temps, d'énergie et de ressources pour combattre la douleur, et d'espérer une réalité différente.

Accepter ce qui est, et accorder un peu de place à la douleur, m'a donné la capacité d'adopter des stratégies qui se sont révélées utiles pour contrecarrer les effets du stress toxique.

​Stratégies

​Au fil du temps, j'ai réussi à accorder plus d'attention aux choses qui comptaient pour moi. Et ma douleur, ma peur et mon anxiété se sont atténuées. Progressivement, mon vase était moins plein, ce qui a libéré de la place pour me ré-engager dans des choses qui ont de la valeur pour moi. Mon corps et mon esprit se sont ré-équilibrés. Ma vie était moins vide, plus épanouissante.

​La pleine conscience et le mouvement

​La méditation et les techniques de respiration peuvent réduire le stress toxique - ou au moins le rendre plus supportable - et nous aider à retrouver l'homéostase. La pleine conscience peut inverser certains changements qui ont lieu dans l'amygdale, l'hippocampe et le cortex préfrontal en présence de stress toxique. Cela peut aussi nous aider à répondre différemment au stress, à la douleur, à l'anxiété et à l'inconfort, ce que je trouve particulièrement utile.

​Marcher tous les jours - ou n'importe quelle activité physique, vraiment, est également associé à une production de neurones dans l'hippocampe​. La marche (et maintenant la course) est le moment où j'ai le plus d'idées pour écrire ;). C'est ce qui m'aide à booster ma créativité et ma productivité, à calmer mon esprit bavard, à améliorer ma circulation sanguine et la lubrification de mes articulations, et à me retrouver dans mon endroit préféré au monde : dehors.

​Le mouvement et la pleine conscience sont les deux stratégies que j'utilise le plus (elles peuvent l'être absolument partout et à tout moment) et qui m'apportent le plus de bénéfices, en particulier lors je les combine.

​Le sommeil et la socialisation

​Un bon sommeil est aussi important. Tout comme les interactions sociales. ​Nous devenons tellement isolés et séparés du reste du monde lorsque la douleur s'empare de nous, que cela exacerbe les effets du stress toxique et de la douleur. Cotoyer des amis et de la famille de nouveau, se reconnecter avec d'autres gens, d'autres endroits et d'autres expériences qui comptent pour moi, a fait une différence énorme (bien que progressive) pour moi.

Toutes ces choses mènent à des adaptations du système nerveux et à des changements physiologiques très positifs. Elles peuvent inverser certains effets du stress toxique et de la charge allostatique. Ce sont toutes des choses que je fais au quotidien en ce moment, et je crois honnêtement qu'elles ont contribué à l'amélioration de mon état et de ma santé au fil des années.

​Vider un petit peu le vase

​Les stratégies dont j'ai parlé plus haut permettent d'augmenter la capacité de notre vase.

Mais nous n'avons pas une capacité infinie. Parfois, nous avons simplement besoin d'enlever certaines choses de notre vase pour qu'il s'arrête de déborder. De jeter du leste, là où c'est possible.

Je l'ai fait cet été. Beaucoup de mes projets étaient en pause pendant ces quelques semaines, et c'était ok. Dans l'idéal, j'aimerais tout faire en même temps, mais à ce moment-là, m'occuper de mes garçons, courir quelques fois dans la semaine et écrire un petit peu était largement suffisant.

​Je suis toujours surprise de me rendre compte que j'ai été capable de traverser cet été d'opérations et de stress sans que mon vase ne déborde. Sans douleur ni anxiété. Wow ! Je suis parfois choquée de voir le chemin que j'ai parcouru lorsque je regarde en arrière.


​J'espère que l'article vous a plu et qu'il vous a inspiré !

​Et vous, quelle est votre liste ? Quels éléments de stress s'entremêlent dans votre vie ? Lesquels semblent modifiables ?

​Portez vous bien.

À ​bientôt !

Eric.

La lombalgie chronique, c’est définitif ?

Aujourd'hui, je vous présente la deuxième (micro) interview que j'ai faite à Oslo en avril.

La lombalgie chronique est parfois (souvent ?) présentée comme quelque chose de définitif, d'irrévocable... Est-ce vrai ?

Joletta Belton participe à de nombreuses conférences sur la prise en charge de la douleur, pour apporter son expérience de patiente douloureuse chronique. Ses connaissances en sciences de la douleur lui permettent de faire le pont entre la théorie et le vécu des personnes qui souffrent de douleurs chroniques.

Désolé pour le mauvais cadrage de la vidéo pendant la première moitié de l'interview !

J'espère que le message de Joletta ainsi que les précisions que j'apporte ensuite auront un impact positif sur votre vie.

Pour découvrir la première interview réalisée à Oslo, cliquez sur ce lien : La douleur, une ennemie qui vous veut du bien ?​

À bientôt,

Eric

 

Surmonter les douleurs chroniques : témoignage de Joletta Belton

​La dernière vidéo s'articulait autour d'une petite discussion avec Joletta Belton à Oslo, une ancienne patiente douloureuse chronique.  Les témoignages au sujet des douleurs chroniques sont trop souvent négatifs et anxiogènes. Je trouve que Joletta fait un travail de communication incroyable, avec beaucoup d'humanité.

​Depuis quelques temps, je me dis que ses articles et son expérience peuvent servir à celles et ceux d'entre vous qui vivez avec des douleurs chroniques très handicapantes.

Bonne nouvelle : Joletta m'a donné son accord pour traduire quelques articles en français ! Je la remercie encore une fois ici. 🙂

Nous commençons donc aujourd'hui avec son article de présentation, disponible en version originale ici .

  • ​L'objectif est de vous partager l'histoire et le ressenti d'une personne qui a traversé des douleurs chroniques très invalidantes, comme certaines personnes ici.
  • ​S'agissant de témoignages personnels, ce contenu n'a pas pour vocation d'avancer "cela fonctionne, ceci non, etc". Un témoignage n'a pas de valeur scientifique.
  • ​De la même manière, chacun a le droit d'être en désaccord avec certains points. Ce sont des opinions et non des faits.

​Tout ce qui suit est tiré du blog MyCuppaJo .

​À propos de Jo

​Salut ! Moi, c'est Jo. Merci de passer par ici.

J'ai créé ce site il y a quelques années pour partager un bout de mon chemin à travers la vie et la douleur, dans l'espoir qu'une partie puisse résonner en vous, lecteur. Que cela puisse d'une façon ou d'une autre apporter de la valeur à quiconque tombera dessus et en lira un ou deux articles.

Je suis une amoureuse de la nature, une assez bonne cuisinière, une photographe amateur, une bibliophile, et j'apprécie l'art, la musique, ainsi que toutes les formes d'expression créative. J'aime bouger et être active, de préférence en extérieur. Je marche beaucoup. Je réfléchis beaucoup. J'écris beaucoup.

J'ai vécu avec la douleur chronique

​En janvier 2010, je suis descendu bizarrement de mon camion de pompiers lors d'une opération de routine, et j'ai ressenti un pincement dans ma hanche.

J'étais loin de me douter que ce que je considérais comme une broutille à ce moment-là allait me mener à des mois et des années de thérapies diverses et variées, des traitements jusqu'à la chirurgie, jusqu'à être forcée de prendre ma retraite en tant que pompier, et jusqu'à une expérience douloureuse constante et incessante.

​J'ai longtemps lutté. Je me sentais perdue, effrayée, confuse, incertaine. Je ne savais plus qui j'étais, maintenant que je n'étais plus pompier. J'ai perdu mon identité, mon objectif de vie, ma carrière. Je me suis perdue moi-même. Tout ce à quoi je pensais était la douleur, c'est devenu mon monde tout entier. Mon monde isolé, sombre, et douloureux.

​Progressivement, je me suis rendu compte que je pouvais toujours mener une vie qui avait du sens, malgré la douleur. Que nous pouvons tous mener une vie qui a du sens, peu importe notre situation actuelle. Que les rythmes de la vie - les rythmes que je ressens le plus quand je suis en pleine nature, en mouvement, en création, ou en train de passer du temps précieux avec des amis et de la famille - étaient toujours là, même en présence de la douleur. Ils étaient juste étouffés, leur volume diminué, tandis que le volume de la douleur était augmenté.

​J'ai réalisé que la clé du changement était d'augmenter le volume des rythmes de la vie, et de diminuer le bruit parasite et la discordance de la douleur.

​J'avais passé tant de temps à combattre la douleur, à l'affronter, à essayer de m'en débarrasser, qu'elle était devenue tout pour moi. En concentrant toute mon énergie sur la douleur, elle devint le centre de mon univers. J'étais devenue la douleur. La douleur me définissait et me contrôlait. Et elle me terrassait.

​À cette époque, je ne comprenais pas la douleur : cela n'avait tout simplement aucun sens. J'avais beau consulter de nombreux thérapeutes, aucun d'entre eux ne m'aidait à donner du sens à ma situation, ni ne m'expliquait ce que je pouvais faire. Pendant des années, j'ai cru que la douleur était synonyme de blessure, de dégâts, d'un problème sérieux, et qu'il fallait que je sois réparée pour que je puisse retrouver ma vie et mon identité. En attendant, ma vie était laissée en suspens.

​Après avoir démissionné de la caserne de pompiers, je suis retournée à l'université pour obtenir un Master en science du mouvement, avec une spécialité en sciences de la douleur. Enfin, les choses commençaient à avoir un peu de sens ! Le fait de comprendre la biologie de la douleur, sa nature biopsychosociale, sa complexité, confirmaient ce qui m'était arrivé, et me permettaient d'aller enfin de l'avant. De recommencer à vivre.

​Les sciences de la douleur m'ont ouvert la porte pour vivre de nouveau

​Les travaux du professeur Lorimer Moseley ont changé ma vie. J'ai eu l'immense honneur de l'interviewer pour un projet à l'université, et cette simple discussion m'a emmenée sur un tout nouveau chemin. Un chemin empreint d'autonomie, par le fait de savoir que nous sommes bioplastiques, et qu'il y a énormément de choses que nous pouvons faire pour modifier notre expérience, y compris la douleur.

​Plus important encore : je compris enfin que je pouvais vivre ma vie, et que je pouvais aimer et être aimée (selon les mots de Lorimer) sans attendre que la douleur ne soit partie.

​Comprendre la science m'a permis de réaliser qu'il n'était pas dangereux de bouger. J'ai donc commencé à bouger plus qu'avant. Pendant si longtemps, bouger était associé à de l'inquiétude. ​Croyant que la douleur était synonyme de blessure,​ je pensais qu'avoir mal pendant un mouvement signifiait encore plus de blessure : le mouvement était devenu effrayant. Je ne voulais pas aggraver mon cas. Mes mouvements étaient devenus de plus en plus limités, et de plus en plus douloureux. J'étais dans une impasse.

Apprendre que le mouvement était non seulement autorisé, mais aussi conseillé et utile pour moi, fut libérateur. Comprendre la bioplasticité m'a ouvert la porte pour retrouver de nouveau une vie pleine de sens.

​D'une vie centrée sur la douleur vers une vie pleine de sens

​Je compris enfin que je n'avais pas besoin d'attendre que la douleur ne disparaisse pour reprendre les choses en main. Je pouvais accepter la douleur comme une partie de moi à ce moment-là, et lui laisser un peu de place de manière à ce qu'il reste de la place pour tout le reste, pour toutes les choses qui comptent pour moi et que j'avais jusqu'à présent évitées.

​Pendant très longtemps j'avais résisté contre cela, en pensant que cela voulait dire que j'abandonnais. Je pensais qu'accepter la douleur signifiait m'y soumettre. Me soumettre à la douleur et à une vie de limitations, de peur et d'inquiétude. Que l'acceptation était synonyme de résignation. Que cela voulait dire accepter un futur de douleurs et de souffrance.

​Acceptation

​Pourtant, ce n'est pas ce que signifie l'acceptation. Une fois que j'ai été capable d'accepter la douleur comme une partie de ma vie à ce point de mon parcours, une fois que j'ai été capable de lui faire un peu de place, j'ai pu faire de la place pour toutes les autres choses dans ma vie qui ont du sens et de la valeur pour moi. J'ai pu redécouvrir ma propre valeur, mon identité, mon but. Moi-même. J'ai pu commencer à vivre de nouveau, ma vie n'étant plus mise en pause, et la douleur n'étant plus au centre des choses.

​Progressivement, mon point de vue a évolué. J'ai commencé à voir le monde de nouveau, à voir qu'il avait toujours été présent, bien que j'en étais absente. J'ai ré-établis un contact avec ce monde à travers la nature et la photographie, la marche et le mouvement. J'ai ré-établis contact avec moi-même, en faisant des choses qui me plaisent, telles que cuisiner, lire, écrire, et passer du temps avec les personnes les plus chères à mes yeux, notamment avec les amours de ma vie : mon mari et mon chien.

​Je me suis piquée de curiosité pour la douleur et l'humanité, en essayant de comprendre plutôt que de chercher à tout prix le remède qui me guérirait. J'ai donné du sens aux choses en discutant avec des personnes des deux côtés de l'équation de la douleur : les personnes vivant avec, et les professionnels qui tentent de les aider.

​Et au fil du temps ma douleur a changé

À partir du moment où j'ai essayé de changer ma vie plutôt que de changer la douleur, ma douleur a changé. Cela a pris du temps. Beaucoup de temps. Mais le fait d'être capable de passer d'une vie centrée sur la douleur vers une vie tout court en valait bien la peine, que ce soit le temps ou l'effort demandé.  Je ne sais pas exactement ce qu'il faut pour en arriver là, et je pense que cela change d'une personne à l'autre, avec quelques éléments clés en commun.

​Ce n'est pas un chemin facile, et surtout ce n'est pas un chemin direct pour modifier notre expérience et notre vie. Il n'y a pas de carte, pas de notice, pas de guide pour nous montrer la voie. Il n'y a pas une seule méthode, ni un unique livre à lire, une chirurgie miraculeuse, un médicament ou un médecin pour le faire à notre place. J'aimerais réellement que cela existe. J'aimerais pouvoir vous l'offrir à vous tous.

​Ce que je peux offrir, c'est de l'espoir. Un espoir réaliste. Il est possible pour chacun d'entre nous de trouver notre chemin, avec l'aide judicieuse de guides, avec l'aide de nos proches, de nos amis, et de nos thérapeutes, coachs ou autres professionnels de santé.  Les réponses et la marche à suivre sommeillent en chacun d'entre nous.

Nous sommes des êtres vivants absolument exceptionnels, avec une capacité d'adaptation incroyable, forts, doués et résilients.

​Nous avons le pouvoir de vivre une vie pleine de sens, de valeurs, de buts et d'émotions.

​Après un seul faux pas, je me suis retrouvée sur un chemin complètement inattendu. Un chemin effrayant, inconnu, sombre et menaçant​. C'était pourtant toujours mon chemin à moi. Toujours ma voie vers l'avant, mon voyage, ma vie, même si cela paraissait terriblement injuste. Ce qui est sûr, c'est que ce détour n'était pas prévu. Ce n'était pas du tout comme cela que j'imaginais ma vie se dérouler.

​Le truc avec les imprévus, cependant, c'est que même s'ils paraissent terrifiants au début, ils peuvent tout de même mener à de belles choses. À des choses intéressantes, surprenantes et magnifiques. Ils peuvent mener  à de nouveaux apprentissages et à un développement personnel, à l'amour et à la gratitude, à la vulnérabilité et à la force, à la capacité de savourer les choses simples de la vie. ​À la découverte de ce qui compte réellement, et de qui nous sommes vraiment.

​Plutôt que de regretter ce qui aurait pu se passer, je me réjouis de ce qui est, et de ce qui peut être. Plutôt que de me focaliser sur ce que je ne peux plus faire, je considère ce que je peux faire. Plutôt que de penser à la personne que j'étais auparavant, je suis fière de qui je suis en cet instant bien précis. Plutôt que de m'inquiéter à propos de l'avenir, je profite de ce jour et j'en suis reconnaissante.

​Il y a tant d'autres choses que la douleur. Tant d'autres choses dans ma vie que la douleur. À partir du moment où j'ai cessé d'essayer de donner une signification à ma douleur, et où je me suis concentré sur donner un sens à ma vie, le monde s'est ouvert à moi. Et le monde peut s'ouvrir à vous également.

​Connaissance, mouvement, être créatif, nature, amour, aventure, pleine conscience, acceptation, être utile. Apprécier les choses simples de la vie.

​Voici les choses qui m'ont aidé à trouver mon but. Cela a illuminé mon chemin et guidé mon voyage. Ce sont des choses qui comptent pour moi, pour lesquelles je me lève chaque matin et qui me donnent un objectif de vie.

​Mon espoir est que le partage de mon parcours, de comment je m'y suis retrouvée et vers où je me dirige, puisse aider d'autres personnes à voir leur douleur différemment. Que cela les aidera à se focaliser moins sur la douleur, et plus sur les aspects de leur vie qu'ils apprécient le plus.

​J'espère que vous apprécierez les articles. De plus, j'aimerais beaucoup avoir de vos nouvelles, et connaître votre parcours.

​Chaleureusement,

Joletta Belton (Jo)


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​J'espère que cet article d'introduction vous a plu, et vous a inspiré (notamment si vous souffrez de douleurs chroniques et invalidantes au dos).

N'hésitez pas à donner votre avis et demander d'autres articles si vous trouvez le concept intéressant, en commentaire ou avec la fonction Faire une suggestion .

À bientôt,

Eric