5 idées reçues sur la lombalgie chronique

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, je vous présente un article plus court afin de résumer cinq points que j’ai abordés dans mes premiers articles. Cela vous donnera peut-être envie d’approfondir certains d’entre eux. Gardez en tête que ces points sont surtout vrais pour les maux de dos chroniques ou récidivants, même s’ils sont souvent vrais pour les douleurs aigües également. Ils sont volontairement résumés au maximum.

Numéro 1 : La douleur signifie forcément qu’il y a une blessure ou un problème dans le corps
Motif de la consultation : mal de tête

Il existe de nombreuses situations dans lesquelles nous ne ressentons pas de douleur alors que quelque chose d’anormal se passe dans notre corps, et également de nombreux cas dans lesquels nous avons mal alors que nous ne sommes pas blessés.  De nombreuses informations sont prises en compte par le cerveau lorsqu’il décide de générer de la douleur, y compris des informations qui ne proviennent pas des tissus, d’où l’existence de telles situations.
L’intensité de la douleur ressentie est mal corrélée à l’intensité des « blessures » présentes.

Pour mieux comprendre cette notion et ses implications, voir l’article Ne recherchez plus de traitement miracle !

Numéro 2 : La douleur, c’est dans la tête
Une représentation précise des phénomènes à l’oeuvre

Cet adage laisse entendre que la douleur n’existe pas réellement et qu’il suffirait presque de ne pas y  « croire » pour qu’elle cesse. Bien que la douleur soit toujours une décision du cerveau, cela ne veut pas dire pour autant qu’il s’agit juste d’un fruit de l’imagination. Toute douleur est réelle. Disons que la douleur est fortement influencée par ce qu’il y a dans votre tête :).

Pour en savoir plus sur les liens entre psychologie et douleurs, voir La douleur c’est dans la tête ?

Numéro 3 : Il faut trouver et traiter LA cause pour que tout s’arrange
Nom de Zeus !

Si vous avez mal depuis plusieurs mois ou même plusieurs années, il est fort probable qu’il n’existe plus de cause unique à votre douleur. De nombreux thérapeutes et/ou commerciaux entretiennent la croyance selon laquelle votre douleur est due à UNE chose en particulier, pour mieux vendre leurs services. En vérité, plusieurs choses entrent en jeu et vous êtes le principal acteur de votre changement !

De nouveau, rendez-vous sur Ne recherchez plus de traitement miracle ! pour approfondir le sujet, dans cet article très personnel.

Numéro 4 : Si on a mal au dos en faisant quelque chose, il faut arrêter complètement cette activité pour ne pas abîmer son dos.
Lui n’a pas arrêté son activité favorite…

Étant donné que la douleur ne signifie pas que vous êtes en train d’abîmer votre dos, il n’y a pas de raison d’arrêter complètement une activité pour cette raison. Un repos excessif a des conséquences négatives sur le corps et l’esprit. Reprendre progressivement ses activités en les adaptant semble être la meilleure manière de faire face à la douleur. Cela représente souvent un défi de taille, mais qui vaut la peine d’être relevé !

Pour les conséquences du repos excessif, voir Faut-il se reposer quand on a mal ? et plus généralement la trilogie « No Pain No Gain ? ».

Numéro 5 : Dans la plupart des cas, la douleur s’explique par une anomalie retrouvée par un examen complémentaire (radiographie, IRM,…).
Duh !

Les douleurs au dos sont effectivement expliquées par une anomalie à l’imagerie (telle qu’une hernie, de l’arthrose, etc..) dans 5 à 10% des cas. On est loin de « la plupart des cas » !

 

Pas encore d’article à ce sujet, même si j’en parle dans Quand faut-il réellement s’inquiéter ?  . Bientôt un article sur les résultats d’examens complémentaires 🙂

 

Voilà pour ce premier récapitulatif, j’espère qu’il vous aura donné l’occasion de découvrir un article que vous auriez manqué !

À bientôt.

Faut-il ignorer complètement la douleur ? (No pain no gain partie 2)

No pain no gain ?

Intéressons-nous maintenant à l’autre extrême. Par « no pain no gain », j’entends « la douleur est un critère de réussite, et plus ça fait mal, plus c’est efficace« . Le (seul ?) point positif de cet adage est que cela vous encourage à rester actif et à ne pas accorder trop d’importance à la douleur. Cependant, ce mode de pensée n’est pas assez nuancé et possède plusieurs faiblesses.

Too much, too young, too fast : le risque de surcharge

Négliger complètement la douleur peut mener à un surentraînement et à des blessures diverses et variées chez un individu lambda (non -douloureux chronique).

Intéressons-nous à deux éléments qui diffèrent dans le cas d’une personne souffrant de douleurs chroniques :

  • Le système nerveux est sensibilisé …

… de multiples manières qui seront décrites dans d’autres articles prévus pour. Voilà tout de même un petit bout d’explication à vous mettre sous la dent. Lorsque votre cerveau ainsi que le reste de votre système nerveux réalise une tâche particulière à plusieurs reprises (en l’occurrence, créer une douleur), il devient meilleur à cette tâche. Cela signifie qu‘il va transmettre les informations provenant de la zone douloureuse beaucoup plus rapidement et en les amplifiant.

Vous pouvez imaginer cela comme un amplificateur qui se situerait entre la zone endolorie et le cerveau. Plus la douleur perdure, plus les messages sont amplifiés. Vous comprenez donc que lorsque la douleur persiste, le message reçu par le cerveau n’est plus du tout celui émis par les tissus. Voilà l’une des raisons pour lesquelles votre cerveau peut croire qu’une partie du corps est en danger, alors qu’elle n’est pas abîmée. Cela favorise une augmentation de la douleur.

Heureusement, cela n’est pas une fatalité car il existe plusieurs moyens de diminuer cet « amplificateur » et d’apprendre au cerveau à réagir différemment.

Pourquoi est-ce que je vous explique tout cela ? Le système nerveux d’un individu lambda et celui d’une personne douloureuse chronique ne vont pas réagir de la même manière à un excès de stimulation.

Imaginez une ruche pleine d’abeilles et suspendue à un arbre.

M. K après un exercice trop intense

Si vous titillez une ruche parfaitement calme avec un bâton, vous ne risquez pas grand chose (qu’un apiculteur me prévienne si c’est faux 😉 ). En revanche, si vous donnez un coup rageur dans une ruche en pleine effervescence… L’effet n’est clairement pas le même.

 

Si la personne dont le système nerveux est sensibilisé se pousse bien au delà de ses limites, elle risque de voir son état s’empirer au lieu de s’améliorer. On appelle cela  » flamber ». Pire encore, elle risque d’attribuer cette détérioration au fait d’avoir fait de l’exercice, et abandonnera peut-être ce moyen pourtant si efficace.  Il ne suffit pas de recommencer une activité à fond, sans tenir compte du contexte.

Attention, la volonté de chercher à se dépasser et à repousser ses limites doit être valorisée. Cependant, la progressivité est la clé pour retrouver de meilleures capacités. Nous parlerons d’un concept essentiel dans le troisième article de cette série.

  • Les capacités cardio-pulmonaire et musculaires sont amoindries

Il ne faut pas négliger le déconditionnement musculaire et cardio-pulmonaire, parfois important dans un contexte chronique.  Tout entrainement se doit d’être progressif pour laisser le temps  à l’organisme de s’adapter à l’augmentation régulière des contraintes.  On n’imagine pas un individu lambda, sportif du dimanche, suivre soudainement l’entrainement d’un marathonien. S’il tente à tout prix de le faire, on peut s’attendre à des pathologies du type tendinopathies, car son appareil locomoteur n’est pas habitué à tant de contraintes.  Alors il n’est pas raisonnable de vouloir (s’)imposer un entrainement d’une intensité trop élevée dès le début. Le risque de blessure est plus élevé à cause de ce déconditionnement.

Il est normal de vouloir suivre des entraînements d’un certain niveau, car ils correspondent à nos idéaux sportifs. Certaines personnes peuvent le faire, d’autres pas tout de suite. Ces objectifs sont tous atteignables mais requièrent une organisation et un entrainement adapté à chaque personne, en fonction des capacités initiales.

La douleur comme indicateur ?

Ce slogan implique que la douleur est une condition nécessaire à l’efficacité d’un exercice ou d’un entrainement. La douleur devient alors un critère principal d’efficacité.

Il est vrai qu’un exercice « efficace » est souvent inconfortable, étant donné qu’il s’agit d’en demander toujours un peu plus à l’organisme pour lui demander de s’adapter. D’autres cas de figure sont néanmoins à envisager.

  • Est-ce qu’un exercice non douloureux est forcément inutile ?

Tout dépend ce que l’on entend par « utile ». Si on ne se focalise pas sur la performance mais sur ce que représente l’activité pour vous, alors il existe de nombreuses situations peu ou pas douloureuses qui vous font progresser vers la récupération.

Lorsque vous reprenez une activité ou un sport qui compte réellement pour vous en l’adaptant, vous ne ressentez pas nécessairement plus de douleur que d’habitude. Pourtant, en agissant ainsi vous bénéficiez des effets de l’activité physique, vous abaissez la sensibilité de votre système nerveux, vous êtes plus heureux et moins stressés…  Les mêmes mouvements réalisés isolément auraient peut-être augmenté votre douleur (car cette dernière dépend TOUJOURS du CONTEXTE) en produisant un moindre bénéfice.

  • Est-ce qu’une activité douloureuse est toujours utile ?
Pas du tout une source pour cet article..

Si l’on pense « No pain = no gain » (pas de douleur => pas de bénéfice), on a tendance à penser également que « Pain = Gain » (douleur => bénéfice). Or ce lien est complètement faux, en particulier en cas de douleurs chroniques.

Lorsque vous faites un exercice ou une activité qui s’avère trop intense pour vos capacités du moment, vous risquez de « flamber » a posteriori, c’est-à-dire d‘aggraver temporairement vos symptômes. À chaque fois que cela se produit, vous renforcez deux systèmes complémentaires :

  • Tout comme vous, votre système nerveux apprend de ses expériences, et plus il crée votre douleur, meilleur il devient pour le faire. Tous les circuits neuronaux qui participent à la création de vos symptômes sont renforcés à chaque fois qu’ils sont utilisés. D’où l’intérêt de ne pas les provoquer inutilement.
  • Au niveau psychologique, vous apprenez à associer telle ou telle activité à de la douleur et à toutes les émotions négatives qui y sont liées. Ce lien, comme le précédent, se renforce également au fil des expériences, car chacune vient confirmer les conclusions tirées des précédentes.

Attention : Cela ne veut pas dire qu’il faut éviter la douleur. Cela veut dire qu’il faut se ré-exposer progressivement aux activités douloureuses, comme nous le verrons dans la deuxième partie.

En somme, douleur et progrès sont probablement corrélés (quand l’un est présent, l’autre est souvent présent), mais il n’existe pas de lien de causalité entre eux (l’un ne produit pas l’autre). La douleur et l’inconfort sont souvent des conséquences et non des objectifs.

Par exemple, lors d’un ré-entrainement à l’effort, l’intensité est fréquemment ajustée en fonction de la fréquence cardiaque, car cette dernière correspond à l’activité cardiaque que l’on cherche à améliorer. Bien sûr, la douleur peut survenir, et bien sûr nous pouvons en tenir compte pour ajuster l’effort fourni. Ce n’est tout simplement pas un critère de réussite de l’exercice.

 

Nous arrivons à la fin de cette deuxième partie. Dans la troisième et dernière partie, nous tenterons d’établir un autre modèle de compréhension de la douleur : dans quelle mesure doit-on la prendre en compte ? Quelle place devrait-on lui accorder ? Comment gérer la douleur lorsqu’on veut recommencer une activité favorite ?

Vous pouvez d’ores et déjà réagir ci-dessous dans les commentaires ! 🙂

 

Faut-il se reposer quand on a mal ? (No pain no gain ? partie 1)

Avant tout chose, j’ai écrit cet article en considérant que les causes de douleur nécessitant un traitement spécifique ont été écartées (voir cet article si cela ne vous rappelle rien).

Vous êtes en train de faire quelque chose (du sport, une tâche ménagère, des travaux, etc..) et vous ressentez une douleur dans le dos. Devez-vous arrêter cette activité ? Avez-vous peur d’aggraver quelque chose si vous persistez ? Vous a-t-on dit qu’il valait mieux se reposer lorsqu’on se fait mal, le temps que la douleur disparaisse ? Ou au contraire, choisissez-vous d’ignorer la douleur coûte que coûte ?

Quelle stratégie vous apportera le plus de bénéfices ?

L’éventail des explications : un flou artistique

Les conseils diffusés par les professionnels et par le grand public sont extrêmement variés et parfois totalement contradictoires. Si l’on jette un coup d’œil aux deux extrémités de ce spectre, voilà ce qu’on y trouve :

  • Toute activité qui provoque une douleur doit être arrêtée, et il faut se reposer le temps que la douleur cesse. Ce mode de pensée est fréquemment associé à une vision très structurale de la douleur : la douleur proviendrait d’un tissu (muscle, tendon, ligament, nerf…) abîmé, et il faudrait attendre que ce dernier se répare avant de le réutiliser (..ce qui est faux).
  • Il ne faut pas tenir compte de la douleur, peu importe son intensité. De toute façon, la douleur c’est dans la tête, n’est-ce pas ?  Comme diraient certains, NO PAIN NO GAIN !

Comment se fait-il que deux professionnels de santé puissent prodiguer des conseils si radicalement opposés ?

Que dit la science sur le sujet ?

Une fois n’est pas coutume, la vérité se trouve quelque part entre ces deux positions.

Les effets dévastateurs du repos

Se reposer pour que la douleur disparaisse paraît intuitif et logique. Peut-être avez-vous été interloqués par le titre de cette sous-partie. Pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraitre, nous savons aujourd’hui que le repos excessif a de nombreux effets délétères sur le corps humain.

Être trop inactif est tout aussi nocif que de trop en faire. En réalité, ce principe est connu depuis longtemps, mais la notion de repos excessif est évidemment subjective. Excessif par rapport à quoi ? Comment doser le repos ?

Dommage !

Progressivement, le repos recommandé est de plus en plus court et relatif, au fur et à mesure que notre compréhension des mécanismes physiopathologiques s’améliore. Ce que j’appellerai ici repos excessif ou prolongé est l’arrêt de certaines activités alors que les données scientifiques suggèrent de reprendre ces activités pour favoriser la guérison.

Ce qui est sûr, c’est que quasiment aucune pathologie ne nécessite un repos absolu. 

Au niveau physiologique

Le corps humain s’adapte aux contraintes que vous lui imposez. Le principe de tout entraînement physique est d’augmenter progressivement les contraintes pour demander au corps de s’adapter. L’inverse est également vrai : moins vous en demandez à votre corps, plus ses capacités diminuent.  Use it or lose it disent les anglais (« Utilisez-le ou perdez-le » pour les non-anglophones).

 

 

Quelles sont les conséquences d’un repos prolongé ?

  • Perte de force musculaire, d’endurance et de souplesse
  • Moindre adaptation cardiaque et pulmonaire à l’effort -> essoufflement précoce
  • Plus grand risque de se blesser

Tous ces changements appartiennent à une entité appelée le déconditionnement.  Nous venons d’en aborder l’aspect le plus évident, l’aspect physiologique. Cependant, de nombreuses modifications ont également lieu au niveau psychologique.

Au niveau psychologique

Lorsque vous arrêtez une activité parce qu’elle est douloureuse, que ce soit votre propre décision ou le conseil d’un professionnel de santé, un cercle vicieux s’engage :

  • Votre cerveau considère l’activité en question comme dangereuse (parce que douloureuse)
  • Par conséquent, il génèrera beaucoup plus facilement de la douleur à chaque fois que vous allez ré-essayer cette activité, afin de vous protéger.
  • Cela créé un renforcement négatif : chaque fois que cela se produit, la douleur apparaît encore plus facilement, ce qui vous conforte dans l’idée que l’activité en question est dangereuse pour vous.
  • En parallèle, vous portez de plus en plus d’attention à la douleur et guettez son apparition beaucoup plus qu’avant. Vous développez une peur de la douleur.
  • Cette peur de la douleur s’accompagne progressivement d’une peur de bouger.

Vous visualisez maintenant le cercle vicieux qui se déploie dans bon nombre de cas de douleurs chroniques. Quelles en sont les conséquences ?

  • De la colère et de la frustration : Vous ne comprenez pas pourquoi vous avez toujours mal alors que vous suivez les conseils qu’on vous donne et que vous vous reposez. Vous en avez marre de vivre « handicapé », de ne pas pouvoir faire votre activité ou votre sport favori. Vous vous sentez cassé et vous avez l’impression d’avoir pris 20 ans à cause de cette fichue douleur.

  • L’anxiété et la dépression : Vous avez peur d’avoir un problème sérieux, et de finir handicapé pour le reste de votre vie. Vous ruminez à propos de votre douleur de plus en plus, et n’appréciez plus les bonnes choses de la vie comme avant. Vous ne voyez pas comment votre situation peut s’arranger et vous vous en inquiétez.

Une remarque anodine d’un médecin (« Vous devriez peut-être arrêter le squash le temps que cela se calme« ) peut donc entraîner une cascade de changements physiologiques et psychologiques négatives qui risquent fortement de chroniciser (rendre chronique) la douleur.

Il ne faut donc pas arrêter totalement une activité douloureuse, mais l’adapter (ce que nous verrons dans la troisième partie).