Quand faut-il passer un IRM du dos ?

​"L'Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) est une technique d'imagerie médicale permettant d'obtenir des vues en deux ou en trois dimensions de l'intérieur du corps de façon non invasive avec une résolution en contraste relativement élevée."

​Amélioré et démocratisé dans les années 80, l'IRM permet d'étudier avec une précision impressionnante les différents tissus du corps humain.

​Il semble alors naturel de vouloir l'utiliser dès qu'une douleur se présente, pour identifier la cause de la douleur, non ?  Qu'en pensez-vous ?


​Pourquoi l'IRM est inutile dans la majorité des cas

​Si vous suivez le blog depuis quelques temps, vous savez probablement déjà que le mal de dos n'est que pauvrement corrélé à la présence d'une lésion dans la zone douloureuse, et ce d'autant plus que la douleur persiste.

​En réalité, on estime que le mal de dos n'est clairement relié à une "anomalie" (telle qu'une hernie, de l'arthrose, etc) que dans environ 10% des cas. On parle alors de lombalgie spécifique

Les problèmes sérieux comme une tumeur ou une infection n'excèdent pas 1% à 2% des cas.

Dans 9 cas sur 10, on ne peut établir un diagnostic fiable grâce à l'imagerie médicale. On parle alors de lombalgie non spécifique, ou idiopathique.

Quel est le problème ?

​Nos appareils d'imagerie tels que l'IRM sont tellement sensibles et précis qu'ils détectent des soit-disant "anomalies" dans la majorité de la population !

Si vous prenez 100 personnes de 50 ans qui n'ont pas mal au dos, 80% présentent au moins un disque dégénéré, 60% ont une protrusion discale et un tiers ont de l'arthrose au niveau des articulations zygapophysaires. Et ils n'ont pas mal !

Voilà le tableau complet des résultats d'une étude emblématique. Repérez la colonne qui correspond à votre âge, et découvrez quelles "anomalies" on retrouve chez des gens de votre génération qui n'ont pourtant pas de douleur.

​Brinjikji & al, Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations, AJNR 2015

​Disk degeneration = dégénérescence discale

​Disk signal loss = perte de signal discal

Disk heigh loss = affaissement du disque

Disk bulge = bombement discal​

Disk protrusion = protrusion discale

Annular fissure = fissure annulaire

Facet degeneration = arthrose zygapophysaire

​Spondylolisthésis = pareil en français

​Ainsi, pour diagnostiquer les 10% de patients dont la douleur est réellement liée à une lésion, nous usons et abusons de ces examens complémentaires. Quelle est la conséquence ?

Nous avons créé et propagé parmi les 90% restants la croyance selon laquelle le mal de dos est dû à ces résultats d'IRM.

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Quelles sont les vraies indications à un IRM du dos ?

Les recommandations de la Société Américaine de la Douleur, basées sur une analyse de la littérature scientifique, sont très claires.​

  • Les médecins ne devraient pas prescrire d'imagerie de façon routinière aux patients souffrant de lombalgie non spécifique.
  • ​​Les médecins devraient effectuer des examens complémentaires d'imagerie chez les patients lombalgiques si des déficits neurologiques sévères ou évolutifs sont présents, ou quand une pathologie sérieuse est suspectée.

​Il convient également de patienter un ou deux mois dans certains cas,​​​​ lorsque l'évolution naturelle de la pathologie est susceptible de régler le problème sans intervention.

​Un déficit neurologique sévère est une altération importante de la sensibilité (perte de la sensation du toucher, possibilité de picotements/fourmillements) ET de la motricité (perte de force musculaire au niveau d'une jambe).

Le déficit est évolutif si, comme son nom l'indique, il s'aggrave au fil du temps.

​Une pathologie sérieuse peut être un syndrome de la queue de cheval (compression sévère des racines nerveuses les plus basses), une infection, une tumeur, une fracture, etc. Votre professionnel de santé peut suspecter ce genre de pathologie en fonction de l'histoire de vos symptômes et de l'examen clinique.

​Pourquoi l'IRM peut être ​NÉFASTE

​En plus d'être inutile dans la plupart des cas, et de représenter une dépense évitable pour la sécurité sociale, passer un IRM peut carrément diminuer vos chances de voir la douleur disparaître. Vraiment ?

On pourrait croire qu'il vaut mieux avoir quelques fausses alertes pour être sûrs de ne rien manquer, non ?

Voilà la raison : les résultats d'examen peuvent RÉELLEMENT faire peur à celui qui les reçoit.

Imaginez la situation suivante (peut-être même l'avez-vous déjà vécue). Vous avez mal au dos, vous ne savez pas pourquoi, et en lisant vos résultats d'IRM vous découvrez que vous avez deux disques "abîmés".  Êtes-vous rassurés ? Est-ce que cela vous encourage à faire confiance à votre dos ? C'est tout le contraire en réalité, bien évidemment.

De nombreuses personnes développent ainsi des croyances négatives, de la peur et de l'anxiété à cause de soit-disant anomalies, qui sont en fait une partie normale du vieillissement physiologiques et rarement responsables de la douleur !

Ces pensées sont de puissants messages de danger pour votre cerveau. Vous ne savez pas ce qu'est un message de danger ? Vous pouvez aller lire le bonus pour tout comprendre.

​Ce ne sont pas que des suppositions : une étude s'est justement penchée sur le sujet en 2013. Un IRM précoce en cas de lombalgie aigüe améliore-t-il l'évolution du patient ?

"L'IRM utilisé précocement et sans indication a un puissant effet IATROGÉNIQUE* en cas de lombalgie aigüe, qu'il y ait une radiculopathie ou non. Les professionnels et les patients devraient être informés que lorsqu'un IRM n'est pas indiqué, il n'apporte aucun bénéfice, et des résultats moins bons sont à attendre."

​*Iatrogéni​que : Se dit d'un trouble, d'une maladie provoqués par un acte médical ou par les médicaments, même en l'absence d'erreur du médecin. (Larousse)

​Est-ce que cela vous surprend ?

Avez-vous eu un IRM alors que votre situation ne correspondait pas aux critères cités dans cet article ?

​N'hésitez pas à partager votre histoire dans les commentaires !