Recevoir un diagnostic de hernie discale lombaire soulève presque toujours la même question : “Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour en arriver là ?”

Un faux mouvement, un mouvement trop rapide, un effort un peu trop brusque… et la douleur s’est installée brutalement. Aurais je pu éviter cela ? La cause des hernies discales n'est pas si claire que cela, et cela peut facilement vous inquiéter. On aimerait trouver le geste fautif qui explique tout.

Pourtant, dans la grande majorité des cas, une hernie discale ne peut pas être attribuée uniquement à un mouvement en particulier. Elle semble plutôt être le fruit de plusieurs facteurs favorisants, voire d'évènements déclencheurs, dans un terrain personnel plus ou moins vulnérable.

Ce modèle en trois niveaux — terrain, facteurs favorisants, évènements déclencheurs — permet de comprendre pourquoi deux personnes peuvent faire exactement le même geste, au même moment, sans avoir du tout le même résultat. Il explique aussi pourquoi certaines hernies surviennent dans la vie quotidienne, sans qu’il y ait faute, mauvaise posture ou erreur de votre part.

Dans cet article, nous allons donc démêler les vraies causes d’une hernie discale lombaire, briser les idées reçues les plus fréquentes, et surtout vous aider à comprendre ce qui a réellement pu jouer un rôle dans votre situation.

Croyez le ou non, mais de nombreux chercheurs et professionnels de santé débattent encore quotidiennement sur ce sujet. Je vais essayer de vous fournir un résumé digeste et utile des données actuelles.

Quelles sont les causes de hernie discale selon vous ?

Si je demande à mes patients quelles sont les causes de hernie discale selon eux, il y a fort à parier qu'ils me répondent l'une des choses suivantes.

  • Le fait de se pencher en avant, avec le dos rond
  • Les mouvements combinés de flexion (vers l'avant) et de rotation (se tourner) du dos, surtout en portant quelque chose
  • Le port de charges lourdes
  • Les "impacts" sur la colonne (lors de la course à pied par exemple)

Qu'en disent les études scientifiques sur le sujet ?

Peut-on identifier une cause unique de hernie discale lombaire ?

"Je sais très bien d'où vient ma hernie discale"

Si certains d'entre vous ont découvert une hernie discale après un mouvement en particulier ("c'était en février 2020, je ramassais un pack d'eau au sol.."), voilà quelques détails qui me semblent important.

Lorsque l'on vit une telle expérience, le constat paraît limpide. La douleur s'est déclenchée brutalement à un instant précis, donc la hernie discale est apparue à ce moment exact, non ?

Il est difficile de savoir si c'est bien ce mouvement qui a créé la hernie. On retrouve des hernies discales dans une partie importante de la population asymptomatique (sans douleur lombaire).

À l'occasion d'une accumulation de facteurs de stress, une hernie discale peut devenir symptomatique, après des années d'invisibilité. Un effort inhabituel lié à une situation de vulnérabilité peut tout à fait être responsable de cela.

Le déclencheur de l'épisode douloureux n'est pas forcément la cause de la hernie discale

On passe rarement une IRM du dos lorsque l'on n'a pas mal. Toute "anomalie" détectée après le début des douleurs est alors pointée du doigt comme la source de la douleur. Pourtant, on ne sait pas si elle était déjà présente avant ou non.

Enfin, si votre compte bancaire passe en déficit après avoir acheté un sandwich, vous n'accusez pas le sandwich de vous avoir mis dans cette galère.

C'est l'image de la goutte d'eau qui fait déborder le vase : si un mouvement s'accompagne d'une hernie discale, ce n'est pas forcément le mouvement en lui-même qui était mauvais, mais plutôt l'accumulation de facteurs de risque en amont.

Quels sont donc tous ces facteurs qui participent au risque de hernie discale ?

Le terrain, les facteurs favorisants et les déclencheurs

Pour mieux visualiser les différents facteurs en jeu, j'ai décidé de les répartir en trois catégories : 

  • Le terrain, c'est-à-dire les facteurs non modifiables, inhérents à la personne, présents au long terme
  • Les facteurs favorisants, c'est-à-dire les éléments de style de vie, les facteurs professionnels et les autres pathologies concomitantes
  • Les évènements déclencheurs, c'est-à-dire les "gouttes" d'eau qui peuvent faire déborder le vase.
Cette façon de présenter les choses n'est pas officielle, et il y aurait bien entendu des choses à critiquer dans celle-ci. Elle me permet simplement d'introduire les différentes notions.

Le terrain : facteurs génétiques et âge

Dans le domaine de la santé, prouver que tel ou tel facteur est la cause d'une pathologie peut être très compliqué. Nous avons tellement de paramètres à prendre en compte (comme la profession, le milieu social, l'état de santé, ou encore l'alimentation) qu'il est difficile d'en extraire un et de le promouvoir au rang de "cause".

Les chercheurs Michèle C. Battié et Tapio Videman (et leurs collaborateurs) ont publié une série d'études pour le moins renversantes à la fin des années 2000. Jusque là, le modèle dominant pour expliquer la dégradation des disques intervertébraux était celui des "blessures cumulatives".

En 2009, dans The Spine Journal (réf), ils développent un autre modèle, très différent du premier. Pour cela, ils recrutent de nombreux jumeaux (possédant donc les mêmes gènes) et les ont suivent au fil des années. 

Je pense que les chercheurs eux-mêmes ont dû être surpris par les résultats. Qu'ont-ils observé ?

Malgré un style de vie parfois diamétralement opposé, la colonne vertébrale des jumeaux évolue de façon similaire.

Par exemple, lorsqu'un jumeau exerce un métier éprouvant physiquement et que l'autre exerce un métier sans effort particulier, leurs dos suivent à peu près la même évolution.

Pourtant, nous aurions eu tendance à penser que le premier jumeau "abimerait" davantage son dos. Il n'en est rien !

Attention, pour être rigoureux il faut préciser que cette étude s'intéressait aux discopathies dégénératives, et pas directement aux hernies discales. Ce sont néanmoins des informations précieuses pour mieux comprendre quels sont les paramètres qui influencent réellement la vulnérabilité d'un disque.

On peut émettre l'hypothèse que cela augmente également le risque de hernie discale, bien qu'on puisse aussi garder toute sa vie une discopathie dégénérative sans que cela n'évolue en hernie.

Schéma des facteurs de dégénérescence discale pour comprendre les causes de hernie discale lombaire.

Les contraintes et les efforts du quotidien (en rouge sur le graphique) n'expliqueraient qu'un faible pourcentage de la dégradation des disques. Cela inclut donc les mouvements, les ports de charge, la course à pied et toutes les contraintes que nous pensions délétères pour le dos !

Le résultat qui laisse pantois : le facteur le plus important est l'influence génétique (représentée en vert). Cela signifie que la différence de dégénérescence discale entre deux individus s'explique beaucoup plus par leurs gènes que par leurs activités physiques respectives !

À quel âge a-t-on le plus de risque d'avoir une hernie discale lombaire ?

Sans surprise, cette étude retrouve également l'âge comme paramètre important dans la dégénérescence discale. 

D'autres études précisent une fenêtre temporelle pendant laquelle le risque est plus élevé d'avoir une hernie discale lombaire nécessitant une hospitalisation. Il semble que cela survienne le plus souvent vers 40-45 ans (réf), ou plus largement entre 30 et 50 ans (réf)

En définitive il semble que la sollicitation quotidienne du dos participe à l'usure des disques beaucoup moins que prévu. Faut-il alors investir une énergie monstre pour éliminer ce facteur ? C'est justement ce que nous allons développer ci-dessous.

5 jours pour retrouver des gestes simples sans craindre la douleur

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    • Réapprendre à vous pencher, vous redresser, à utiliser la respiration à votre avantage.

    • Reprendre confiance dans les gestes du quotidien.

    • Distinguer les vrais conseils des idées reçues qui pullulent sur Internet.

Votre adresse mail est collectée pour vous faire parvenir du contenu supplémentaire gratuit ou payant, dans le strict respect de la réglementation européenne sur la collecte des données. Vous pouvez vous désabonner à n'importe quel moment en cliquant sur le lien présent à la fin de chaque mail.

Les facteurs favorisants

Petit aparté méthodologique

De nombreuses études se sont intéressées aux facteurs qui augmentent le risque de hernie discale lombaire. Une fois de plus, il est délicat d'annoncer qu'un facteur en particulier est celui qui mène directement à la hernie. On peut surtout déterminer quelles sont les choses que l'on a tendance à observer chez les personnes qui développent des hernies discales.

Dernier détail (décidément je suis d'humeur rigoureuse dans cet article) : la plupart des études mentionnées cherchent à savoir quels sont les facteurs de risque de "faire" une hernie discale lombaire en examinant les personnes qui sont hospitalisées et/ou opérées pour cette raison. On peut donc objecter que les facteurs qui suivent ne sont pas " les facteurs de risque de former une hernie discale lombaire " mais plutôt " les facteurs de risque d'être hospitalisé (ou opéré) pour une hernie discale lombaire". Les personnes avec une hernie discale asymptomatique ou peu symptomatique ne sont de facto pas incluses dans cette études.

Activité professionnelle & manutention

En 2025, une étude suédoise massive (réf) est publiée sur le sujet. Une cohorte de plus de 260000 ouvriers de BTP, suivie pendant 33 ans, nous renseigne sur les liens entre les facteurs professionnels et le risque d'être opéré pour une hernie discale lombaire. 

Les facteurs qui augmentent le plus ce risque sont : le fait de porter régulièrement des charges lourdes, porter des charges supérieures à 25kg, les positions prolongées dans une posture non neutre, soulever des charges dans une position contraignante et les positions extrêmes en flexion et/ou en extension. et la haute exposition à des vibrations du corps entier.

Un biais à mentionner est que les emplois les plus "difficiles" physiquement peuvent être associés à des conditions de vie plus précaires. Cela implique alors d'autres obstacles, comme un moindre accès aux soins, un stress financier, une exposition aux discriminations, entre autres.

Le tabac augmente-t-il le risque de hernie discale ?

Dans les différentes études que j'ai trouvées, le tabac est constamment retrouvé parmi les facteurs de risque, soit de dégénérescence discale (voire ces deux revues systématiques ici et ici) soit de hernie discale (réf).

Pourquoi ? De multiples mécanismes sont suspectés. Par exemple, le tabac abîme les artères et les fait se contracter (vasoconstriction), ce qui diminue l'apport en nutriments à la colonne vertébrale. Un rôle pro inflammatoire est également suspecté, ainsi qu'une modification du fonctionnement des cellules.

Comment l'état de santé peut-il augmenter le risque de hernie discale lombaire ?

Souffrir de problèmes cardio-vasculaires semble être un facteur de risque significatif. L'hypertension artérielle, la dyslipidémie, l'athérosclérose, par exemple, sont associées à un plus grande risque herniaire (sans doute en dégradant les apports de nutriments au rachis, comme le tabac). Le diabète fait aussi partie de la liste, pour les mêmes raisons.

Les évènements déclencheurs

Section en cours de rédaction , suspense !!

Trois questions fréquemment posées

"Est-ce que j'ai une hernie parce que je n'ai pas fait assez attention ?"

Que veut dire "faire attention", exactement ? 

Beaucoup de patients me disent qu'ils auraient pu éviter leur hernie discale s'ils avaient fait attention. Lorsque je leur demande plus de précisions, cela correspond souvent à ne pas arrondir le dos et à ne pas porter de charges. Je pense que cela ne choque aucun d'entre vous.

Pourtant, lorsque l'on creuse davantage, on se rend compte que de telles précautions n'empêchent pas le développement de hernies discales ! En dehors de cas particuliers comme le port de charges lourdes, prendre des précautions risque de ne pas faire de différence.

Une vie entière de précautions sans garantie d'efficacité ? Personnellement, je laisse tomber volontiers cette offre.

Pire encore, de telles précautions pourraient vous amener à diminuer votre niveau d'activité physique et ainsi menacer votre santé physique et mentale. Pour tout savoir : À quel point faut-il faire attention à son dos ?

"Est-ce que j'ai une hernie discale parce que je me suis penché en avant ?"

Avant toute chose, je rappelle que les disques intervertébraux sont SOLIDES. Ceci étant dit, comme n'importe quelle partie du corps, ils ne sont pas indestructibles.

Le type de mouvement qui peut les affecter est notamment la flexion accompagnée d'une charge importante. La flexion est le mouvement qui se produit lorsque l'on se penche en avant, par exemple.

Attention, vous pouvez ramasser vos chaussettes sans crainte. On commence à se poser la question de la "technique" lorsque l'on ramasse une charge lourde. Ou si vous devez répéter le mouvement de nombreuses fois.

Il est probable que des hernies discales se forment aussi sans qu'il n'y ait eu d'évènement traumatique ou de port de charge lourde. Je suppose que d'autres facteurs peuvent jouer un rôle (voir la section un peu plus bas !).

En définitive, cela ne devrait honnêtement pas modifier grandement votre façon de bouger. Ce que les chercheurs en biomécanique recommandent, c'est d'éviter d'arrondir complètement le dos lorsque vous portez une charge lourde et/ou répétée.

En dehors de ce cas de figure, vous avez totalement le droit de vous pencher en avant. C'est un mouvement banal et sûr du quotidien.

Faisons une petite comparaison avant de passer à la suite. Les tendons peuvent s'abîmer en cas de sur sollicitation, comme tous les autres tissus du corps.

Pourtant, on continue bien à les utiliser au quotidien. Tout est poison, rien n'est poison, c'est la dose qui fait le poison, disait Paracelse.

"Est-ce que j'ai une hernie parce que je ne suis pas assez musclé du dos ?"

À l'heure actuelle, nous n'avons pas de raison de penser qu'une hernie discale survient à cause d'un déficit musculaire.

On retrouve des hernies parmi des personnes sédentaires, mais également chez des sportifs de haut niveau qui n'ont aucun "déficit" au niveau musculaire.

Comme dit précédemment, la majorité des hernies discales ne semble pas liée à l'activité physique.

Le mal de dos, lui, est corrélé dans plusieurs études à un style de vie sédentaire, mais n'oubliez pas que hernie et mal de dos sont mal corrélés.

Cela veut-il dire que vous devez laisser tomber le renforcement musculaire ? Certainement pas ! 

Le renforcement musculaire peut vous aider via la sécrétion d'endorphines, via une reprise de confiance, et bien d'autres mécanismes encore.

Il s'agit simplement de reconnaître que la solution est plus complexe qu'un simple "être plus musclé pour avoir moins mal". D'ailleurs, vous connaissiez le piège du gainage pour le mal de dos ?

Pour aller plus loin

Cet article fait partie d'une série d'articles concernant la hernie discale. Vous trouverez la réponse à la plupart de vos questions dans l'un de ces articles.

En voici trois en lien avec le thème de cet article.

Comprendre la hernie discale en 5 minutes

Guide des traitements non médicamenteux de la hernie discale lombaire

Vivre avec une hernie discale : activités, quotidien, astuces


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