Non, vous n’êtes pas condamnés à avoir mal au dos parce que vous travaillez assis

​De temps en temps, il m'arrive d'être agacé​ par  certaines choses qui trainent dans les médias.

Parfois, c'est lorsque j'entends pour la 10000e fois la même idée reçue à propos du dos sur un plateau de télévision.

Parfois, c'est lorsque je tombe sur une nouvelle thérapie alternative qui promet monts et merveilles aux personnes lombalgiques chroniques sans un effort (sinon financier).

​Parfois, c'est parce qu'une fois de plus, quelqu'un prétend que la position assise provoque le mal de dos.  Je trouve cette idée reçue particulièrement vicieuse, d'où mon agacement, et ce pour plusieurs raisons.

​​Les chefs d'accusation

​Il me semble que le premier reproche fait à la position assise est sa tendance à entraîner une flexion au niveau du dos, souvent décrite comme un "enroulement" de la colonne vertébrale. Cet enroulement serait, d'après ses détracteurs, à l'origine de nombreux maux, blessures et douleurs (oui, tout à la fois).

Lorsque nous sommes assis de façon relâchée, notre bassin bascule automatiquement vers l'arrière (c'est la rétroversion, décrite dans la vidéo n°1). Cela favorise également une flexion au niveau du bas du dos.

Cette flexion est perçue comme dangereuse par de nombreuses personnes, soit parce qu'elles leur fait mal, soit parce qu'on leur a dit (et redit) qu'il ne fallait surtout pas arrondir le bas du dos.

​C'est ainsi que sont nées toutes les recommandations que vous entendez régulièrement au sujet de la posture : tenez-vous droit, redressez-vous, mettez vos épaules en arrière, ne vous avachissez pas, gardez les reins légèrement creusés, mettez un coussin dans le bas de votre dos, etc

​Image tirée du site e-rse.net. ​On aura connu des positions plus relâchées et dynamiques.

​La défense

Il y a de bonnes raisons de penser que le corps est capable de s'adapter à différentes positions et activités, notamment lorsqu'il y est exposé de façon répétée et progressive.

Les meilleures études sur le sujet (voir Hartvigsen 2000 et Roffey 2010) ne retrouvent pas de lien de cause à effet entre le fait de travailler assis et celui d'avoir mal au dos. 

On trouve également plusieurs études qui ne retrouvent pas de lien entre les soi-disant "mauvaises postures" et la douleur chez des adolescents ( Richards 2016 et O'Sullivan 2011)

​Bien entendu, vous pouvez travailler assis ET avoir mal au dos, mais il serait faux d'affirmer que le travail assis est la cause de votre mal de dos. Il y a d'autres facteurs en jeu qui semblent plus importants.

Par ailleurs, vous avez peut-être entendu que se tenir "avachi" place beaucoup de contraintes sur le dos, et qu'il ne faut pas le faire pour cette raison.

En réalité, les contractions musculaires induites lorsque l'on se tient droit placent également beaucoup de contraintes sur le dos. ​Malheureusement, celles-ci sont toujours passées sous silence.


​Il est temps de rappeler l'un des principes de base de Comprendre Son Dos :

Le mouvement est un médicament.


En fait, le problème provient surtout du fait de maintenir une seule et même position, d'être sédentaire, de ne pas offrir à son corps suffisamment de mouvement... Alors pourquoi blâmer la position assise ?

​Il faut sauver la position assise...

 Est-ce qu'on vous a déjà conseillé d'éviter de trop marcher pour ne pas abîmer vos pieds ? Ou d'éviter de garder la main fermée trop longtemps parce que cela pourrait créer des lésions ?

​Cela vous parait idiot ? Alors pourquoi propage-t-on continuellement ce genre de conseils pour le dos ?

​Il est temps de rétablir une vérité.

La position assise n'est pas dangereuse pour le dos.

​D'après vous, pourquoi aimons-nous tant être assis de façon relâchée ?  Par​ pur masochisme ? Non, bien entendu ! Parce que cette position est CONFORTABLE. C'est une position stable, qui ne demande pas d'effort.

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​​Vous y découvrirez plusieurs ​exercices faciles à faire au quotidien​​, ainsi que leurs explications. Ma priorité est d'augmenter considérablement votre compréhension du mal de dos pour vous permettre de vous en libérer.

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​.. mais quand même bouger ses fesses !

​En réalité, comme le dit Greg Lehman ici​, s'il y a quelque chose à reprocher à la position assise, c'est peut-être qu'elle est TROP confortable.

Prenons pour exemple M. K, employé dans un bureau et assis environ 8 heures par jour. Comme tout le monde, il connaît la "position idéale" à adopter, mais reconnaît volontiers qu'il "se tient mal".

Il ressent de l'inconfort en fin de journée, ainsi qu'une douleur assez embêtante lorsqu'il joue avec ses enfants le week-end.

​Il est fort probable que ses douleurs soient en grande partie dues à un manque de préparation.

Le mouvement et la charge sont deux choses essentielles pour que le corps se développe convenablement et tolère les activités de la vie quotidienne.  

Enlevez la charge, et vous vous retrouvez dans la situation des astronautes : libres comme l'air en apesanteur, mais fragiles comme du verre de retour sur terre.

Enlevez le mouvement, et vous obtenez une charge statique, qui peut facilement devenir désagréable du fait de la compression des tissus et du manque de circulation.

Enlevez les deux, et vous êtes alité(e). Les effets néfastes de l'alitement sur le mal de dos ​sont multiples (voir l'article Faut-il se reposer quand on a mal au dos ?).

Le mouvement et la charge permettent à votre corps de s'adapter à vos activités quotidiennes. Ne blâmez pas la position assise, blâmez ce qu​i n'a pas été fait pour préparer votre corps à l'activité qui pose problème.

​Et une malédiction gratuite, une !

​Imaginons que vous travailliez 8 heures par jour en position assise. Jusqu'ici, rien d'incroyable. Il arrive que vous ressentiez de l'inconfort voire de la douleur pendant la journée. Vous ne vous inquiétez pas plus que ça, vous vous dandinez sur votre chaise et vous passez à autre chose.

Maintenant, un soi-disant ami vous prévient : "Oh, fais attention, ta posture est horrible ! Quand tu te tiens comme ça, tu écrases tes disques et tu peux carrément te faire une hernie. Pas étonnant que tu aies mal si tu fais ça !".  

​Fort de ce conseil, vous faites maintenant beaucoup plus attention à votre posture. En effet, vous remarquez que vous vous tenez souvent de façon relâchée et même avachi contre votre dossier. Et vous avez mal. Votre ami a forcément raison !

Vous vous efforcez de corriger votre posture autant que possible, mais ce n'est pas facile. Vous multipliez les efforts pour vous tenir droit, mais la douleur ne cesse pas : au contraire elle augmente !

Vous vous inquiétez : "Peut-être ai-je abîmé mon dos en me tenant mal", et vous redoublez d'efforts pour conserver un dos droit. Vous terminez votre journée épuisé, frustré et complètement endolori.

Faire peur à une personne est un très bon moyen d'altérer sa perception des choses et d'influencer son comportement. ​

​Dans cette expérience, les participants sont touchés par un objet froid tandis qu'ils sont persuadés qu'ils vont être touchés par une allumette en feu. Que va-t-il se passer ?

​La douleur dépend de nos attentes et de nos prédictions. Convaincre une personne qu'elle aura mal si elle fait quelque chose est un excellent moyen de lui faire ressentir de la douleur pendant cette activité.

​Ne laissez personne vous condamner à avoir mal au dos.

​De nombreux facteurs influencent l'apparition et l'évolution du mal de dos.  Personne ne peut vous dire avec certitude "Voici LA cause de votre douleur" (sauf lorsque cette personne cherche à vous vendre quelque chose, bien entendu).

Vous êtes un organisme complexe, fort, résilient et capable de s'adapter à de nombreuses situations.

​L'un de mes objectifs est de vous aider à mieux comprendre comment tout cela fonctionne, vous aider à reprendre votre place sur le siège conducteur et à reprendre le contrôle de votre véhicule.

Primum non nocere

​alias " D'abord, ne pas nuire "

Ce principe de base de la médecine d'Hippocrate est malheureusement piétiné tous les jours lorsque des messages négatifs sur la posture sont propagés.

Imaginez qu'une intuition me vienne à l'esprit : il faudrait garder le genou tendu autant que possible pour ne pas avoir mal au genou. Je n'ai aucune preuve convaincante qui supporte cela, mais je me mets à prévenir tout le monde qu'il ne faut surtout pas plier son genou sous peine de l'abîmer sérieusement.

​Tous mes patients ressortiraient du cabinet en gardant les genoux tendus, avec une démarche semblable à quelqu'un qui marche sur des échasses. Même arrivés chez eux, ils poseraient les pieds sur la table basse pour ne pas plier les genoux, de peur que cela les abîme. 

L'image paraît risible, non ? Ne faudrait-il pas avoir des preuves solides avant de faire peur aux gens et de chercher à modifier leurs habitudes quotidiennes ?

Alors pourquoi le faisons-nous constamment pour le dos ?

5 idées reçues sur la lombalgie chronique

Aujourd’hui, je vous présente un article plus court afin de résumer cinq points que j’ai abordés dans mes premiers articles, à propos de cinq idées reçues sur la lombalgie.

Gardez en tête que ces points concernent notamment les maux de dos chroniques ou récidivants, même s’ils sont souvent vrais pour les douleurs aigües également.

Numéro 1 : La douleur signifie forcément qu’il y a une blessure ou un problème dans le corps
Motif de la consultation : mal de tête

Il existe de nombreuses situations dans lesquelles nous ne ressentons pas de douleur alors que quelque chose d’anormal se passe dans notre corps, et également de nombreux cas dans lesquels nous avons mal alors que nous ne sommes pas blessés.  De nombreuses informations sont prises en compte par le cerveau lorsqu’il décide de générer de la douleur, y compris des informations qui ne proviennent pas des tissus, d’où l’existence de telles situations.L’intensité de la douleur ressentie est mal corrélée à l’intensité des « blessures » présentes.

Pour mieux comprendre cette notion et ses implications, voir l’article Ne recherchez plus de traitement miracle !

Numéro 2 : La douleur, c’est dans la tête
Une représentation précise des phénomènes à l’oeuvre

Cet adage laisse entendre que la douleur n’existe pas réellement et qu’il suffirait presque de ne pas y  « croire » pour qu’elle cesse. Bien que la douleur soit toujours une décision du cerveau, cela ne veut pas dire pour autant qu’il s’agit juste d’un fruit de l’imagination. Toute douleur est réelle. Disons que la douleur est influencée par nombreuses choses, dont ce qu’il y a dans votre tête :).

Pour en savoir plus sur les liens entre psychologie et douleurs, voir La douleur c’est dans la tête ?

Numéro 3 : Il faut trouver et traiter LA cause pour que tout s’arrange
Nom de Zeus !

Si vous avez mal depuis plusieurs mois ou même plusieurs années, il est fort probable qu’il n’existe plus de cause unique à votre douleur. De nombreux thérapeutes et/ou commerciaux entretiennent la croyance selon laquelle votre douleur est due à UNE chose en particulier, pour mieux vendre leurs services. En vérité, plusieurs choses entrent en jeu et vous êtes le principal acteur de votre changement !

De nouveau, rendez-vous sur Ne recherchez plus de traitement miracle ! pour approfondir le sujet, dans cet article très personnel.

Numéro 4 : Si on a mal au dos en faisant quelque chose, il faut arrêter complètement cette activité pour ne pas abîmer son dos.
Lui n’a pas arrêté son activité favorite…

Étant donné que la douleur ne signifie pas que vous êtes en train d’abîmer votre dos, il n’y a pas de raison d’arrêter complètement une activité pour cette raison. Un repos excessif a des conséquences négatives sur le corps et l’esprit. Reprendre progressivement ses activités en les adaptant semble être la meilleure manière de faire face à la douleur. Cela représente souvent un défi de taille, mais qui vaut la peine d’être relevé !

Pour les conséquences du repos excessif, voir Faut-il se reposer quand on a mal ? et plus généralement la trilogie « No Pain No Gain ? ».

Numéro 5 : Dans la plupart des cas, la douleur s’explique par une anomalie retrouvée par un examen complémentaire (radiographie, IRM,…).
Duh !

Les douleurs au dos sont effectivement expliquées par une anomalie à l’imagerie (telle qu’une hernie, de l’arthrose, etc..) dans 5 à 10% des cas. On est loin de « la plupart des cas » !

 

Pas encore d’article à ce sujet, même si j’en parle dans Quand faut-il réellement s’inquiéter ?  .

 

À bientôt.

Eric