Trois fausses idées reçues sur la kinésithérapie pour la lombalgie chronique

J'aimerais maintenant vous montrer ce que la kinésithérapie N'EST PAS.

Que ce soit dans les journaux, sur Internet ou à la télévision, certaines idées reçues refont régulièrement surface, à la manière d'un canard en plastique qui resurgit inlassablement à chaque fois qu'on le fait couler dans le bain (je fais appel à vos souvenirs d'enfance). 

​Avant de déconstruire trois idées reçues fréquemment entendues, je voudrais éveiller votre curiosité et votre esprit critique. Qui propage ces idées reçues réductrices et négatives à propos de la kinésithérapie ? 

​Numéro 1 : Le kiné reste focalisé sur la zone douloureuse

​C'est faux. Le kiné a une vision d'ensemble du corps humain, et prend en charge chaque patient dans sa globalité. 

Grâce à son raisonnement clinique et à son diagnostic kinésithérapique, il détermine les éventuels liens entre les symptômes que vous ressentez, évalue ce qu'il faut faire en priorité, et propose un plan de traitement réfléchi.  

S'il faut agir en priorité sur la zone douloureuse, il le fait. S'il faut aller voir ailleurs, il le fait.

Petite pique en passant : se ruer sur une entorse de cheville vieille de 10 ans parce que ce serait la cause de votre lombalgie chronique, ce n'est pas une prise en charge en globalité. 😉

​Numéro 2 : Le kiné ne traite que le symptôme​

​...habituellement complété par " tandis que le chiropracteur/ostéopathe/étiopathe/[insérez la profession de celui qui est en train de parler]  identifie et traite les causes des problèmes ". 

​Depuis plusieurs dizaines d'années, les kinésithérapeutes recherchent également les causes des problèmes de leurs patients, afin de pouvoir leur apporter des bénéfices durables. Outre la condescendance qui émane de ce genre d'affirmations, c'est très mal connaitre la kinésithérapie.

Le diagnostic kinésithérapique est effectué à chaque début de traitement pour comprendre au mieux les différents facteurs qui contribuent à votre situation.

​Numéro 3 : Le kiné ne fait que des ultrasons/chaleur/massage

​Avec l'article précédent, j'espère vous avoir donné un aperçu de la richesse des moyens dont dispose le kiné. Je n'y ai même pas cité ce qu'on appelle la physiothérapie (chaud, froid, électrothérapie, différents rayonnements, etc).

​Vous avez peut-être eu une expérience décevante chez un kinésithérapeute. Si vous avez reçu 10 séances de massages et de chaleur infrarouge, je peux le comprendre. Je ne suis pas là pour critiquer qui que ce soit. Je souhaite simplement rappeler que cela n'est pas représentatif de la kinésithérapie.

​Si vous allez voir un film au cinéma et que vous le trouvez mauvais, est-ce que vous en déduisez que le cinéma n'est pas pour vous ?

​Ces mythes sont le plus souvent dus à une mauvaise connaissance de la kinésithérapie. ​Nous sommes en partie responsables, car nous ne communiquons pas assez sur nos compétences et notre rôle. J'espère que ces articles auront rafraîchi votre vision de mon métier ! 🙂

​N'hésitez pas à commenter et à partager si vous avez trouvé cela intéressant.

On se retrouve dans le prochain article. D'ici là, portez-vous bien.

Eric.

Les moyens du kinésithérapeute dans la lombalgie chronique

​​La kinésithérapie n'est ni une technique, ni un ensemble de techniques. La plupart des moyens utilisés (exercice, manipulations, utilisation d'outils, etc) ne sont pas spécifiques au kiné, et sont utilisés par d'autres professionnels (de manière plus ou moins justifiée, voire carrément illégale).

Ce qui fait la différence, c'est que les kinésithérapeutes utilisent un raisonnement clinique sérieux, reposant sur des bases solides et sur une expertise qui recouvre de très nombreux champs de la médecine. Nous avons une formation initiale universitaire, dense et exigeante, nous permettant de comprendre en profondeur la globalité de chaque individu. De très nombreux kinés font l'effort de se tenir à jour de la littérature scientifique​ et de maintenir un esprit critique vif pour tenir les patients à l'écart des pseudo-médecines qui pullulent aujourd'hui.

​Du mouvement sous toutes ses formes

​​Avec une partie du corps aussi complexe, centrale et sollicitée que le dos, les possibilités de mouvement sont tout simplement illimitées. Voilà une liste non-exhaustive de ce que le kinésithérapeute peut utiliser avec vous :

Des mouvements "actifs" (c'est-à-dire que c'est vous qui les réalisez) du dos.  
Ces mouvements peuvent ​être très simples (se pencher en avant, en arrière, sur les côtés, se tourner, en sont les exemples les plus basiques), ou être de plus en plus complexes (reproduction d'un geste sportif ou professionnel, contrôler différentes parties du corps dans différents plans).  

​Quelque chose de simple 😉


Chaque mouvement peut lui-même être décliné en​ plusieurs variations, en fonction de la position, de la vitesse, de la durée, de l'amplitude,de la précision, etc. C'est la beauté de la variabilité humaine ! 😉

C'est une première étape vers les mouvements actifs. Les manipulations, celles qui vont vite et qui provoquent souvent un "craquement", ont le même objectif : offrir un soulagement temporaire, permettant de recommencer à bouger un peu plus (et de profiter des effets plus durables de l'activité physique).

Des mobilisations "passives" et des manipulations.

Cette fois-ci c'est le thérapeute qui bosse, profitez-en.  Cela peut être un bon moyen d'apprendre à se relâcher pendant le mouvement, avant de le faire soi-même.

​ Cela reste un traitement de seconde intention car ce n'est pas le plus efficace en cas de lombalgie chronique.

Dans certains cas, le mouvement est trop douloureux pour être fait dans un premier temps. Des techniques d'imagerie motrice sont parfois utilisées pour activer le cerveau de la même manière que si vous étiez réellement en train de faire le mouvement.

L'imagerie motrice est un ensemble de techniques, peut-être en avez-vous déjà fait sans le savoir. L'une d'entre elles, par exemple, consiste à imaginer un mouvement, en se focalisant sur différentes sensations et avec le guidage du kinésithérapeute.

À l'inverse, lorsque la situation le permet, des exercices plus intenses tels que du renforcement peuvent être utilisés. Le kinésithérapeute adapte la progression des exercices en fonction de vos capacités, de vos objectifs et d'autres caractéristiques personnelles. Cela peut être un moyen d'aider votre corps à mieux tolérer les activités quotidiennes, une position en particulier, ou encore un sport.

​Une prise de conscience du corps

​Grâce à tous ces mouvements, le kinésithérapeute aide chaque personne à ressentir différemment son corps. Beaucoup de personnes (lombalgiques ou non) semblent déconnectées de leur corps. Travailler sur la prise de conscience corporelle est l'un des plus grands outils du kinésithérapeute. En voilà quelques aspects.

​Le feedback

C'est le fait d'obtenir des informations sur ce que l'on vient de faire, ce qui nous permet d'ajuster notre action si besoin. Le simple fait de regarder ce que l'on fait est un feedback visuel : si vous voyez que vous versez du café à côté de votre tasse, vous corrigez cela (​enfin j'espère).

Plusieurs types de feedback peuvent être utilisés en kinésithérapie, tels que :

Le guidage manuel : le kinésithérapeute peut utiliser ses mains pour guider vos mouvements, et vous aider à mieux les ressentir. Le cas qui me vient en tête est le guidage lors des mouvements de bassin (vidéo n°1 pour les abonnés au blog).  Le kinésithérapeute utilise également le toucher pour ressentir votre état de contraction, et éventuellement vous asséner le fameux "Relâchez-vous" ;).

​Si votre kiné vous dit que vous êtes tendu(e)...

Une surface plane : c'est le mot savant que j'ai trouvé pour désigner une table ou un mur. Lorsque vous êtes allongé sur le dos, les points d'appui de votre corps sur la table sont de bons points de départ pour se concentrer sur vos sensations.

 Le kinésithérapeute peut guider cette introspection, et vous proposer différents mouvements subtils pour faire varier ces points d'appui. Cela permet de rafraichir la représentation de votre dos dans votre cerveau. Le contact avec une table, un tapis ou un mur aide également à reproduire certains mouvements du dos et du bassin.

​Cela marche aussi sur l'herbe, sur le sable.. Tous les prétextes sont bons pour se concentrer sur ses sensations !

Des outils plus ou moins élaborés : du manche à balai à la plateforme multi-fonction dernier cri, la panoplie technique du kinésithérapeute est vaste. Je pense qu'il n'y a pas de bon ou de mauvais outil : chacun d'entre eux permet de découvrir différents mouvements !

Le feedback visuel est plus compliqué pour le dos (vu que.. c'est dans votre dos), mais pas impossible. Un jeu de miroir peut faire l'affaire, et peut vous permettre de réaliser plusieurs mouvements avec une vue directe sur votre dos.

Le feedback verbal : certains exercices sur la sensibilité tactile consiste à reconnaître des chiffres ou des lettres tracées sur la peau, pour mettre à l'épreuve les sensations que la personne possède dans cette zone. Le kiné peut donc dans un premier temps dire quelle lettre/chiffre il trace, puis procéder à l'exercice, en donnant la bonne réponse si la personne se trompe.

​La respiration

​Difficile de faire rentrer la respiration dans une case, tant elle influence beaucoup de paramètres. Voilà quelques liens entre respiration, mal de dos et kinésithérapie.

​En cas de lombalgie chronique, la respiration est souvent altérée. D'une part, les douleurs tendent à rendre la respiration plus courte, plus superficielle et plus rapide. D'autre part, certains mouvements se font avec plus de contractions musculaires au niveau des abdominaux, ce qui gène également la respiration. 

​Le kinésithérapeute vous aide à adopter différents types de respiration, au travers d'une prise de conscience des différents niveaux de ventilation (thoracique haut et bas et abdominal notamment).

Il peut vous proposer des exercices afin de vous apprendre à utiliser la respiration pour vous détendre et soulager la douleur ainsi que le stress. Il vous aide aussi à associer la respiration aux différents mouvements.

Lorsque c'est nécessaire, différents exercices, étirements, mobilisations ou autres peuvent être utilisés pour améliorer la ventilation.

​Proposer des changements dans le style de vie

​Comme je l'ai dit dans la partie sur les objectifs, les 23h30 passées hors de la séance comptent plus que les 30 minutes de séance (du moins c'est mon opinion). 

Le style de vie, c'est-à-dire l'activité physique, l'alimentation, le sommeil, les activités sociales, le stress et l'anxiété (et probablement d'autres encore), a une influence considérable sur l'apparition ou non de douleurs.

​Le kinésithérapeute, à partir des éléments que vous lui fournissez, peut vous proposer des pistes de changement sur ces différents éléments. Si besoin, il pourra vous conseiller de consulter un autre professionnel plus spécialisé dans l'un de ces domaines.

​Donner du sens à la douleur

​Les kinésithérapeutes se forment de plus en plus à la prise en charge de la douleur, pour offrir les meilleures explications possibles aux patients souffrant de lombalgie chronique.


Afin d'aider chaque personne à comprendre les mécanismes et les facteurs en jeu, le kiné propose une explication claire et adaptée à l'histoire du patient.

Ensemble, ils réfléchissent pour trouver les différents éléments dans la vie du patient qui favorisent l'apparition de la douleur, et ils trouvent des moyens à mettre en place pour changer certains d'entre eux.

​Encourager le retour aux activités favorites

​Le kinésithérapeute vous accompagne tout au long du retour aux activités favorites (si vous aviez arrêté de faire certaines choses à cause du mal de dos). Plusieurs idées en vrac sur le sujet :

​Il construit avec vous un programme d'exercices en autonomie pour que vous puissiez continuer de faire certains exercices entre les séances. Certains exercices ne se font souvent qu'une seule fois par jour, comme les exercices au sol ou allongé sur le lit, et certains peuvent être faits plusieurs fois dans la journée, comme les mouvements de bassin en position assise. Cela permet de rendre ces exercices bien plus efficaces, et de vous rapprocher de vos objectifs.

​Il vous aide à planifier le retour à certaines activités jusqu'à présent douloureuses. Par exemple, vous souhaitez reprendre le footing, le vélo (ou un autre sport), mais vos tentatives échouent car la douleur reprend le dessus à chaque fois ?​

Le kinésithérapeute est là pour vous apprendre à doser votre effort, et à identifier certains points à améliorer si besoin (force, souplesse, etc).  Il est également le mieux placé pour découvrir avec vous plusieurs manières de diminuer la douleur avant, pendant ou après l'activité.

 Vous pouvez ensuite utiliser ces astuces pour pratiquer votre activité physique de façon plus sereine.

​Engager et maintenir une relation de qualité avec vous

​Une relation thérapeutique solide est un outil indispensable pour le kinésithérapeute. Voici quelques piliers de cette relation : l'écoute, la confiance, le partage d'expertise (le kiné est un expert du corps humain et du mouvement, vous êtes un expert de vous-même) et l'individualisation du traitement.

​Il y a beaucoup à dire sur cette partie, mais ce n'est probablement pas la partie qui vous intéresse le plus. C'est ouvert à la discussion, si vous le souhaitez. 🙂

​Le kinésithérapeute possède donc de très nombreux moyens pour aider les personnes souffrant de lombalgie chronique (exercices, mobilisations, massage, étirements, éducation à la douleur, programmes d'auto-prise en charge, conseils sur le style de vie, techniques de modifications des symptômes, et bien d'autres). La prise en charge est globale et personnalisée, pour vous permettre d'améliorer votre qualité de vie, de réussir vos objectifs et d'en ressortir plus autonome.

Le rôle du kinésithérapeute dans la lombalgie chronique

​Je suis kinésithérapeute et, parfois, j'ai mal à ma profession.

​Tout particulièrement lorsque je surfe sur Internet (c'est-à-dire tout le temps), et que je lis des choses plus ou moins fausses sur le rôle du kiné dans le mal de dos, sur ce qu'il est censé apporter ou ne pas apporter.

Certaines discussions sur les réseaux sociaux (ainsi que le contexte actuel de ma profession) m'ont donné envie de partager mon point de vue (nécessairement subjectif) sur cette question, et de présenter une kinésithérapie que j'espère "moderne".  Je me focaliserai sur la lombalgie chronique, mais la plupart des réflexions seront probablement valables pour d'autres situations. 

Afin de ne pas vous perdre au cours de cette introspection, je vais tâcher d'aller à l'essentiel pour chacun des points. Ces derniers sont tous ouverts à la discussion et au débat.

Nous commencerons par l​es objectifs de la kinésithérapie, ses différents moyens, puis nous finirons par déconstruire un certain nombre de mythes (une section un tantinet plus polémique, soyez prévenus 😉 ).

​L​es objectifs de la kinésithérapie

​La kinésithérapie, étymologiquement, c'est le soin par le mouvement. Boris Dolto disait même que c'était le soin ​du​ mouvement. C'est donc la pierre angulaire de tout traitement kinésithérapique. ​​​ Au vu des innombrables études scientifiques qui en montrent les bienfaits, je rajouterais même :

"Le mouvement est un médicament"

​Je pense discerner trois grands objectifs en ce qui concerne le mal de dos chronique. Les voici :

​1) Aider la personne à atteindre ses objectifs

​Le plus évident de tous.

La plupart du temps il s'agit d'apaiser la douleur, qui est plus ou moins intense et invalidante au quotidien. L'objectif est alors de diminuer progressivement cette douleur grâce à différents moyens.  Cependant, certains d'entre vous ont d'autres objectifs, tels que :

- Pouvoir refaire une activité en particulier, même si cela fait quand même un peu mal

- Pouvoir (re)trouver une vie sociale épanouissante

- Améliorer leurs performances sportives

- Éviter une opération

- Pouvoir être présent au maximum pour leurs enfants

- ​...

​Les objectifs peuvent être très différents d'une personne lombalgique à une autre, et la kinésithérapie a plus d'une corde à son arc pour aider chacune d'entre elles.

​2) Aider la personne à comprendre ce qu'il se passe

​​La lombalgie chronique est associée à plusieurs émotions négatives : la frustration de ne pas/plus réussir à faire certaines choses, l'incompréhension, la peur, l'inquiétude, etc...

Je considère que l'un des rôles du kinésithérapeute est d'aider chaque personne à comprendre sa situation, avec des explications claires, personnalisées et basées sur les données actuelles de la science. À comprendre quels sont les facteurs qui interagissent pour provoquer la douleur chronique dont elle souffre.

C'est très délicat, et j'ai parfois l'impression de jouer au funambule lorsque je le fais, mais c'est nécessaire pour parvenir au troisième objectif.

​3) Aider la personne à devenir plus autonome

​Peut-être  un point plus controversé ?

Dans la lombalgie chronique, les vrais progrès ne sont pas faits pendant les 30 minutes de séance, mais plutôt pendant les 23h30 que le patient passe en dehors de la séance, dans sa vie quotidienne.

Pendant la séance, les moyens utilisés peuvent avoir un effet immédiat, bien sûr. Mais c'est surtout l'influence de ce qui est vu en séance (mouvements, techniques, informations, etc) sur le quotidien de la personne qui va avoir un effet plus durable.

Le fait de réaliser à nouveau certains mouvements de son côté. De refaire cette technique de respiration, de relaxation. D'appliquer le programme de retour au sport. De repenser à certaines informations et discussions sur la douleur. D'expérimenter.

​Cela n'est possible que si le thérapeute vous a donné des clés pour vous débrouiller tout seul. Des moyens de faire face à différentes situations (comme une augmentation temporaire des douleurs), ou simplement de doser votre effort si vous voulez reprendre le footing ou le vélo.

​Attention, il ne s'agit pas de transformer les gens en médecins, kinés ou autre : les professionnels de santé seront toujours indispensables. Cependant, est-ce que vous préférez devoir consulter un professionnel au moindre petit pépin car lui seul est capable de vous apporter la solution, ou bien être capable de gérer les petits imprévus et vous sentir autonome et confiant ?

La lombalgie chronique, c’est définitif ?

Aujourd'hui, je vous présente la deuxième (micro) interview que j'ai faite à Oslo en avril.

La lombalgie chronique est parfois (souvent ?) présentée comme quelque chose de définitif, d'irrévocable... Est-ce vrai ?

Joletta Belton participe à de nombreuses conférences sur la prise en charge de la douleur, pour apporter son expérience de patiente douloureuse chronique. Ses connaissances en sciences de la douleur lui permettent de faire le pont entre la théorie et le vécu des personnes qui souffrent de douleurs chroniques.

Désolé pour le mauvais cadrage de la vidéo pendant la première moitié de l'interview !

J'espère que le message de Joletta ainsi que les précisions que j'apporte ensuite auront un impact positif sur votre vie.

Pour découvrir la première interview réalisée à Oslo, cliquez sur ce lien : La douleur, une ennemie qui vous veut du bien ?​

À bientôt,

Eric

 

Surmonter les douleurs chroniques : témoignage de Joletta Belton

​La dernière vidéo s'articulait autour d'une petite discussion avec Joletta Belton à Oslo, une ancienne patiente douloureuse chronique.  Les témoignages au sujet des douleurs chroniques sont trop souvent négatifs et anxiogènes. Je trouve que Joletta fait un travail de communication incroyable, avec beaucoup d'humanité.

​Depuis quelques temps, je me dis que ses articles et son expérience peuvent servir à celles et ceux d'entre vous qui vivez avec des douleurs chroniques très handicapantes.

Bonne nouvelle : Joletta m'a donné son accord pour traduire quelques articles en français ! Je la remercie encore une fois ici. 🙂

Nous commençons donc aujourd'hui avec son article de présentation, disponible en version originale ici .

  • ​L'objectif est de vous partager l'histoire et le ressenti d'une personne qui a traversé des douleurs chroniques très invalidantes, comme certaines personnes ici.
  • ​S'agissant de témoignages personnels, ce contenu n'a pas pour vocation d'avancer "cela fonctionne, ceci non, etc". Un témoignage n'a pas de valeur scientifique.
  • ​De la même manière, chacun a le droit d'être en désaccord avec certains points. Ce sont des opinions et non des faits.

​Tout ce qui suit est tiré du blog MyCuppaJo .

​À propos de Jo

​Salut ! Moi, c'est Jo. Merci de passer par ici.

J'ai créé ce site il y a quelques années pour partager un bout de mon chemin à travers la vie et la douleur, dans l'espoir qu'une partie puisse résonner en vous, lecteur. Que cela puisse d'une façon ou d'une autre apporter de la valeur à quiconque tombera dessus et en lira un ou deux articles.

Je suis une amoureuse de la nature, une assez bonne cuisinière, une photographe amateur, une bibliophile, et j'apprécie l'art, la musique, ainsi que toutes les formes d'expression créative. J'aime bouger et être active, de préférence en extérieur. Je marche beaucoup. Je réfléchis beaucoup. J'écris beaucoup.

J'ai vécu avec la douleur chronique

​En janvier 2010, je suis descendu bizarrement de mon camion de pompiers lors d'une opération de routine, et j'ai ressenti un pincement dans ma hanche.

J'étais loin de me douter que ce que je considérais comme une broutille à ce moment-là allait me mener à des mois et des années de thérapies diverses et variées, des traitements jusqu'à la chirurgie, jusqu'à être forcée de prendre ma retraite en tant que pompier, et jusqu'à une expérience douloureuse constante et incessante.

​J'ai longtemps lutté. Je me sentais perdue, effrayée, confuse, incertaine. Je ne savais plus qui j'étais, maintenant que je n'étais plus pompier. J'ai perdu mon identité, mon objectif de vie, ma carrière. Je me suis perdue moi-même. Tout ce à quoi je pensais était la douleur, c'est devenu mon monde tout entier. Mon monde isolé, sombre, et douloureux.

​Progressivement, je me suis rendu compte que je pouvais toujours mener une vie qui avait du sens, malgré la douleur. Que nous pouvons tous mener une vie qui a du sens, peu importe notre situation actuelle. Que les rythmes de la vie - les rythmes que je ressens le plus quand je suis en pleine nature, en mouvement, en création, ou en train de passer du temps précieux avec des amis et de la famille - étaient toujours là, même en présence de la douleur. Ils étaient juste étouffés, leur volume diminué, tandis que le volume de la douleur était augmenté.

​J'ai réalisé que la clé du changement était d'augmenter le volume des rythmes de la vie, et de diminuer le bruit parasite et la discordance de la douleur.

​J'avais passé tant de temps à combattre la douleur, à l'affronter, à essayer de m'en débarrasser, qu'elle était devenue tout pour moi. En concentrant toute mon énergie sur la douleur, elle devint le centre de mon univers. J'étais devenue la douleur. La douleur me définissait et me contrôlait. Et elle me terrassait.

​À cette époque, je ne comprenais pas la douleur : cela n'avait tout simplement aucun sens. J'avais beau consulter de nombreux thérapeutes, aucun d'entre eux ne m'aidait à donner du sens à ma situation, ni ne m'expliquait ce que je pouvais faire. Pendant des années, j'ai cru que la douleur était synonyme de blessure, de dégâts, d'un problème sérieux, et qu'il fallait que je sois réparée pour que je puisse retrouver ma vie et mon identité. En attendant, ma vie était laissée en suspens.

​Après avoir démissionné de la caserne de pompiers, je suis retournée à l'université pour obtenir un Master en science du mouvement, avec une spécialité en sciences de la douleur. Enfin, les choses commençaient à avoir un peu de sens ! Le fait de comprendre la biologie de la douleur, sa nature biopsychosociale, sa complexité, confirmaient ce qui m'était arrivé, et me permettaient d'aller enfin de l'avant. De recommencer à vivre.

​Les sciences de la douleur m'ont ouvert la porte pour vivre de nouveau

​Les travaux du professeur Lorimer Moseley ont changé ma vie. J'ai eu l'immense honneur de l'interviewer pour un projet à l'université, et cette simple discussion m'a emmenée sur un tout nouveau chemin. Un chemin empreint d'autonomie, par le fait de savoir que nous sommes bioplastiques, et qu'il y a énormément de choses que nous pouvons faire pour modifier notre expérience, y compris la douleur.

​Plus important encore : je compris enfin que je pouvais vivre ma vie, et que je pouvais aimer et être aimée (selon les mots de Lorimer) sans attendre que la douleur ne soit partie.

​Comprendre la science m'a permis de réaliser qu'il n'était pas dangereux de bouger. J'ai donc commencé à bouger plus qu'avant. Pendant si longtemps, bouger était associé à de l'inquiétude. ​Croyant que la douleur était synonyme de blessure,​ je pensais qu'avoir mal pendant un mouvement signifiait encore plus de blessure : le mouvement était devenu effrayant. Je ne voulais pas aggraver mon cas. Mes mouvements étaient devenus de plus en plus limités, et de plus en plus douloureux. J'étais dans une impasse.

Apprendre que le mouvement était non seulement autorisé, mais aussi conseillé et utile pour moi, fut libérateur. Comprendre la bioplasticité m'a ouvert la porte pour retrouver de nouveau une vie pleine de sens.

​D'une vie centrée sur la douleur vers une vie pleine de sens

​Je compris enfin que je n'avais pas besoin d'attendre que la douleur ne disparaisse pour reprendre les choses en main. Je pouvais accepter la douleur comme une partie de moi à ce moment-là, et lui laisser un peu de place de manière à ce qu'il reste de la place pour tout le reste, pour toutes les choses qui comptent pour moi et que j'avais jusqu'à présent évitées.

​Pendant très longtemps j'avais résisté contre cela, en pensant que cela voulait dire que j'abandonnais. Je pensais qu'accepter la douleur signifiait m'y soumettre. Me soumettre à la douleur et à une vie de limitations, de peur et d'inquiétude. Que l'acceptation était synonyme de résignation. Que cela voulait dire accepter un futur de douleurs et de souffrance.

​Acceptation

​Pourtant, ce n'est pas ce que signifie l'acceptation. Une fois que j'ai été capable d'accepter la douleur comme une partie de ma vie à ce point de mon parcours, une fois que j'ai été capable de lui faire un peu de place, j'ai pu faire de la place pour toutes les autres choses dans ma vie qui ont du sens et de la valeur pour moi. J'ai pu redécouvrir ma propre valeur, mon identité, mon but. Moi-même. J'ai pu commencer à vivre de nouveau, ma vie n'étant plus mise en pause, et la douleur n'étant plus au centre des choses.

​Progressivement, mon point de vue a évolué. J'ai commencé à voir le monde de nouveau, à voir qu'il avait toujours été présent, bien que j'en étais absente. J'ai ré-établis un contact avec ce monde à travers la nature et la photographie, la marche et le mouvement. J'ai ré-établis contact avec moi-même, en faisant des choses qui me plaisent, telles que cuisiner, lire, écrire, et passer du temps avec les personnes les plus chères à mes yeux, notamment avec les amours de ma vie : mon mari et mon chien.

​Je me suis piquée de curiosité pour la douleur et l'humanité, en essayant de comprendre plutôt que de chercher à tout prix le remède qui me guérirait. J'ai donné du sens aux choses en discutant avec des personnes des deux côtés de l'équation de la douleur : les personnes vivant avec, et les professionnels qui tentent de les aider.

​Et au fil du temps ma douleur a changé

À partir du moment où j'ai essayé de changer ma vie plutôt que de changer la douleur, ma douleur a changé. Cela a pris du temps. Beaucoup de temps. Mais le fait d'être capable de passer d'une vie centrée sur la douleur vers une vie tout court en valait bien la peine, que ce soit le temps ou l'effort demandé.  Je ne sais pas exactement ce qu'il faut pour en arriver là, et je pense que cela change d'une personne à l'autre, avec quelques éléments clés en commun.

​Ce n'est pas un chemin facile, et surtout ce n'est pas un chemin direct pour modifier notre expérience et notre vie. Il n'y a pas de carte, pas de notice, pas de guide pour nous montrer la voie. Il n'y a pas une seule méthode, ni un unique livre à lire, une chirurgie miraculeuse, un médicament ou un médecin pour le faire à notre place. J'aimerais réellement que cela existe. J'aimerais pouvoir vous l'offrir à vous tous.

​Ce que je peux offrir, c'est de l'espoir. Un espoir réaliste. Il est possible pour chacun d'entre nous de trouver notre chemin, avec l'aide judicieuse de guides, avec l'aide de nos proches, de nos amis, et de nos thérapeutes, coachs ou autres professionnels de santé.  Les réponses et la marche à suivre sommeillent en chacun d'entre nous.

Nous sommes des êtres vivants absolument exceptionnels, avec une capacité d'adaptation incroyable, forts, doués et résilients.

​Nous avons le pouvoir de vivre une vie pleine de sens, de valeurs, de buts et d'émotions.

​Après un seul faux pas, je me suis retrouvée sur un chemin complètement inattendu. Un chemin effrayant, inconnu, sombre et menaçant​. C'était pourtant toujours mon chemin à moi. Toujours ma voie vers l'avant, mon voyage, ma vie, même si cela paraissait terriblement injuste. Ce qui est sûr, c'est que ce détour n'était pas prévu. Ce n'était pas du tout comme cela que j'imaginais ma vie se dérouler.

​Le truc avec les imprévus, cependant, c'est que même s'ils paraissent terrifiants au début, ils peuvent tout de même mener à de belles choses. À des choses intéressantes, surprenantes et magnifiques. Ils peuvent mener  à de nouveaux apprentissages et à un développement personnel, à l'amour et à la gratitude, à la vulnérabilité et à la force, à la capacité de savourer les choses simples de la vie. ​À la découverte de ce qui compte réellement, et de qui nous sommes vraiment.

​Plutôt que de regretter ce qui aurait pu se passer, je me réjouis de ce qui est, et de ce qui peut être. Plutôt que de me focaliser sur ce que je ne peux plus faire, je considère ce que je peux faire. Plutôt que de penser à la personne que j'étais auparavant, je suis fière de qui je suis en cet instant bien précis. Plutôt que de m'inquiéter à propos de l'avenir, je profite de ce jour et j'en suis reconnaissante.

​Il y a tant d'autres choses que la douleur. Tant d'autres choses dans ma vie que la douleur. À partir du moment où j'ai cessé d'essayer de donner une signification à ma douleur, et où je me suis concentré sur donner un sens à ma vie, le monde s'est ouvert à moi. Et le monde peut s'ouvrir à vous également.

​Connaissance, mouvement, être créatif, nature, amour, aventure, pleine conscience, acceptation, être utile. Apprécier les choses simples de la vie.

​Voici les choses qui m'ont aidé à trouver mon but. Cela a illuminé mon chemin et guidé mon voyage. Ce sont des choses qui comptent pour moi, pour lesquelles je me lève chaque matin et qui me donnent un objectif de vie.

​Mon espoir est que le partage de mon parcours, de comment je m'y suis retrouvée et vers où je me dirige, puisse aider d'autres personnes à voir leur douleur différemment. Que cela les aidera à se focaliser moins sur la douleur, et plus sur les aspects de leur vie qu'ils apprécient le plus.

​J'espère que vous apprécierez les articles. De plus, j'aimerais beaucoup avoir de vos nouvelles, et connaître votre parcours.

​Chaleureusement,

Joletta Belton (Jo)


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​J'espère que cet article d'introduction vous a plu, et vous a inspiré (notamment si vous souffrez de douleurs chroniques et invalidantes au dos).

N'hésitez pas à donner votre avis et demander d'autres articles si vous trouvez le concept intéressant, en commentaire ou avec la fonction Faire une suggestion .

À bientôt,

Eric