Le rôle du kinésithérapeute dans la lombalgie chronique

​Je suis kinésithérapeute et, parfois, j'ai mal à ma profession.

​Tout particulièrement lorsque je surfe sur Internet (c'est-à-dire tout le temps), et que je lis des choses plus ou moins fausses sur le rôle du kiné dans le mal de dos, sur ce qu'il est censé apporter ou ne pas apporter.

Certaines discussions sur les réseaux sociaux (ainsi que le contexte actuel de ma profession) m'ont donné envie de partager mon point de vue (nécessairement subjectif) sur cette question, et de présenter une kinésithérapie que j'espère "moderne".  Je me focaliserai sur la lombalgie chronique, mais la plupart des réflexions seront probablement valables pour d'autres situations. 

Afin de ne pas vous perdre au cours de cette introspection, je vais tâcher d'aller à l'essentiel pour chacun des points. Ces derniers sont tous ouverts à la discussion et au débat.

Nous commencerons par l​es objectifs de la kinésithérapie, ses différents moyens, puis nous finirons par déconstruire un certain nombre de mythes (une section un tantinet plus polémique, soyez prévenus 😉 ).

​L​es objectifs de la kinésithérapie

​La kinésithérapie, étymologiquement, c'est le soin par le mouvement. Boris Dolto disait même que c'était le soin ​du​ mouvement. C'est donc la pierre angulaire de tout traitement kinésithérapique. ​​​ Au vu des innombrables études scientifiques qui en montrent les bienfaits, je rajouterais même :

"Le mouvement est un médicament"

​Je pense discerner trois grands objectifs en ce qui concerne le mal de dos chronique. Les voici :

​1) Aider la personne à atteindre ses objectifs

​Le plus évident de tous.

La plupart du temps il s'agit d'apaiser la douleur, qui est plus ou moins intense et invalidante au quotidien. L'objectif est alors de diminuer progressivement cette douleur grâce à différents moyens.  Cependant, certains d'entre vous ont d'autres objectifs, tels que :

- Pouvoir refaire une activité en particulier, même si cela fait quand même un peu mal

- Pouvoir (re)trouver une vie sociale épanouissante

- Améliorer leurs performances sportives

- Éviter une opération

- Pouvoir être présent au maximum pour leurs enfants

- ​...

​Les objectifs peuvent être très différents d'une personne lombalgique à une autre, et la kinésithérapie a plus d'une corde à son arc pour aider chacune d'entre elles.

​2) Aider la personne à comprendre ce qu'il se passe

​​La lombalgie chronique est associée à plusieurs émotions négatives : la frustration de ne pas/plus réussir à faire certaines choses, l'incompréhension, la peur, l'inquiétude, etc...

Je considère que l'un des rôles du kinésithérapeute est d'aider chaque personne à comprendre sa situation, avec des explications claires, personnalisées et basées sur les données actuelles de la science. À comprendre quels sont les facteurs qui interagissent pour provoquer la douleur chronique dont elle souffre.

C'est très délicat, et j'ai parfois l'impression de jouer au funambule lorsque je le fais, mais c'est nécessaire pour parvenir au troisième objectif.

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​3) Aider la personne à devenir plus autonome

​Peut-être  un point plus controversé ?

Dans la lombalgie chronique, les vrais progrès ne sont pas faits pendant les 30 minutes de séance, mais plutôt pendant les 23h30 que le patient passe en dehors de la séance, dans sa vie quotidienne.

Pendant la séance, les moyens utilisés peuvent avoir un effet immédiat, bien sûr. Mais c'est surtout l'influence de ce qui est vu en séance (mouvements, techniques, informations, etc) sur le quotidien de la personne qui va avoir un effet plus durable.

Le fait de réaliser à nouveau certains mouvements de son côté. De refaire cette technique de respiration, de relaxation. D'appliquer le programme de retour au sport. De repenser à certaines informations et discussions sur la douleur. D'expérimenter.

​Cela n'est possible que si le thérapeute vous a donné des clés pour vous débrouiller tout seul. Des moyens de faire face à différentes situations (comme une augmentation temporaire des douleurs), ou simplement de doser votre effort si vous voulez reprendre le footing ou le vélo.

​Attention, il ne s'agit pas de transformer les gens en médecins, kinés ou autre : les professionnels de santé seront toujours indispensables. Cependant, est-ce que vous préférez devoir consulter un professionnel au moindre petit pépin car lui seul est capable de vous apporter la solution, ou bien être capable de gérer les petits imprévus et vous sentir autonome et confiant ?

Comment le surpoids influence-t-il votre mal de dos ?

​On entend fréquemment les personnes qui ont mal au dos dire "J'ai pris du poids depuis quelques temps, cela ne doit pas aider...". Le surpoids est souvent associé au mal de dos dans notre esprit. Dans 99% des cas, nous nous représentons la surcharge pondérale comme un fardeau supplémentaire pour le dos, ce qui reflète une vision très mécanique de notre douleur.

​Cet article s'intéresse au lien entre surpoids et mal de dos. L'objectif n'est pas d'apporter des solutions au surpoids. C'est d'ailleurs hors de mon champ de compétence : un(e) médecin nutritionniste et un(e) diététicien(ne) sont les professionnels à consulter si vous recherchez de l'aide.

​Comment définit-on une surcharge pondérale ?

​Massivement utilisé dans les bilans médicaux et par les compagnies d'assurances​, l'Indice de Masse Corporelle n'est plus à présenter.

Tout le monde (ou presque) a déjà calculé son IMC en utilisant la formule (Poids en kg)/(Taille en cm)² . Si ce n'est pas le cas, vous pouvez le faire maintenant sur le site IMC.fr .

​Un IMC normal est compris entre 18.5 et 25. Entre 25 et 30, on parle de surcharge pondérale ou de surpoids. À partir de 30, on parle d'obésité (avec différents stades de gravité qui ne sont pas le sujet de cet article).

​L'indice de masse corporelle présente toutefois plusieurs défauts. L'un des plus gênants est le fait qu'il y a aucune distinction entre masse musculaire et masse grasse. ​Un rubgyman aura un IMC élevé, mais il ne sera pas en mauvaise santé pour autant.​​​

​Il reste très utilisé car facile et rapide à calculer, sans outil à manipuler et évidemment très fiable d'une mesure à l'autre.

​J'en profite pour citer un élément qui vient compléter tout examen lié au poids : le périmètre abdominal. Cette mesure reflète la graisse viscérale, c'est-à-dire autour des organes. La présence de cette graisse dite "blanche" est un facteur de risque cardiovasculaire. 

Comment mesurer son périmètre abdominal ? C'est très simple : prenez un mètre de couturier, faites le tour de votre ventre au niveau du nombril  en gardant le ruban horizontal et appliquez le ruban sans trop serrer (et sans rentrer le ventre bien sûr !).  Le résultat doit être inférieur à 88 cm pour les femmes, et 102 cm pour les hommes. Au delà de ces valeurs, on considère qu'il y a une prédisposition aux troubles cardio-vasculaires (pour les intéressés, se renseigner sur le syndrome métabolique).

​Rondeur = douleur ?

​Le lien entre surpoids et lombalgie est étonnement obscur et controversé (pour changer).

​La plupart des études ​concluent que le surpoids est un facteur de risque pour la lombalgie chronique. C'est-à-dire que les personnes obèses ou en surpoids ont statistiquement plus de risque d'avoir mal au dos que les personnes ayant un poids normal. L'importance du lien varie en fonction des articles, mais il tend tout de même à être assez faible.

Les personnes obèses (IMC>30) auraient encore plus souvent mal au dos que les personnes en surpoids (IMC entre 25 et 30)​, et ce lien semble encore plus vrai chez les femmes.

"Donc être en surpoids favorise le mal de dos ?" Doucement, malheureux...

Une étude parue en 2017 a suivi 1098 jumeaux, initialement sans douleur au dos, pour évaluer la relation entre le poids (masse graisseuse, périmètre abdominal, etc) et le mal de dos (intensité, impact au quotidien). L'analyse tient compte des facteurs génétiques car les jumeaux sont également comparés entre eux.

Le résultat ? Les facteurs de surpoids n'augmentent pas le risque de développer une lombalgie chronique.

J'avoue avoir été moi-même déçu en lisant cet article car il ne retrouve même pas de lien... Malgré la qualité de l'étude, ce n'est pas une réponse catégorique et définitive à notre question. Toutefois, cela ​apporte quand même une sacrée nuance aux conclusions précédentes.

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​​S'il y a un lien, comment le surpoids influence-t-il le mal de dos ?

​Je pense qu'il est sage de dire que s'il y a un lien, il n'est probablement pas celui auquel on pense habituellement.

L'hypothèse que le surpoids augmente la charge sur la colonne vertébrale ne semble pas expliquer à elle seule une augmentation du risque d'avoir mal au dos. C'est l'explication la plus simple, celle qui vient en tête en premier, et pourtant d'autres facteurs semblent encore plus importants.


La masse graisseuse (ou adipeuse) semble être un facteur déterminant dans l'apparition de douleurs à différents endroits du corps, pas uniquement au dos ! Nous savons maintenant que le tissu adipeux présent au niveau du tronc, et particulièrement au niveau abdominal et péri-viscéral, produit de nombreuses substances pro-inflammatoires. C'est l'essence même du syndrome métabolique, cité plus haut.

​Un excès de masse adipeuse au niveau de l'abdomen participe donc à un état d'inflammation systémique. Il est maintenant reconnu qu'une inflammation systémique module l'action du système nerveux, parfois drastiquement, en facilitant le déclenchement des neurones par exemple.

​Ceci n'est pas une inflammation systémique.


C'est comme si vous décidiez d'étaler du beurre partout dans vos escaliers. Les malheureux qui arriveront près de l'escalier vont être précipités dedans, descendre bien plus vite qu'à leur habitude et arriver en bas avec fracas, la tête à l'envers. Certains curieux alertés par le bruit vont s'approcher, et peut-être eux-aussi tomber à la renverse.

Pour votre système nerveux, c'est pareil ! Avec de l'inflammation, les informations vont voyager beaaaaucoup plus vite,​ et débouler dans le système nerveux central avec une force qu'elles n'auraient pas eu autrement. De petites stimulations qui ne créent pas d'influx nerveux habituellement vont commencer à en créer, et peut-être même que les neurones d'à-côté vont se laisser entraîner par tant d'enthousiasme neuronal.

​Que retenir ?

  • ​L'IMC est facile et rapide à utiliser, mais vous pouvez mesurer votre périmètre abdominal pour vérifier si vous êtes sujet au syndrome métabolique, un facteur de risque cardio-vasculaire.
  • Être en surpoids semble favoriser l'apparition du mal de dos, mais le lien est beaucoup complexe que l'on ne le pense.
  • Le poids rajouté sur la colonne ne semble pas expliquer ce lien.
  • check
    La masse graisseuse au niveau abdominal produit de nombreuses substances pro-inflammatoires, ce qui contribue à un état d'inflammation systémique.
  • check
    L'inflammation systémique sensibilise le système nerveux et augmente le risque de ressentir de la douleur de manière générale.
  • check
    ​Le lien entre surpoids et mal de dos est très probablement influencé par de nombreux facteurs biologiques (inflammation, contraintes mécaniques, sensibilisation du système nerveux,etc), psychologiques (anxiété, dépression..) et sociaux (activités sociales, discrimination..).
  • check
    Perdre du poids pourrait faire partie des choses que vous pouvez changer pour avoir moins mal au dos , si vous êtes en surpoids.

​Quelques sources pour les curieux

​Sur le périmètre abdominal : Périmètre abdominal augmenté et facteurs de risque cardio-vasculaires, Revue Médicale Suisse 2009

​Quelques études qui retrouvent un lien entre surpoids et mal de dos : ici, ici et ici

​L'étude de 2017 qui ne retrouve pas de lien ici

​Sur les liens entre mal de dos, obésité et inflammation : ici et ici

​N'hésitez pas à commenter et à partager cet article si vous l'avez trouvé intéressant.

À bientôt.


Arthrose et lombalgie

​​Il suffit de feuilleter un magazine sur la santé pour voir apparaître son nom. L'arthrose fait partie des bêtes noires du 21e siècle, et elle est fréquemment accusée de provoquer des douleurs et des raideurs partout où elle apparaît. La lombalgie est évidemment inclue dans le lot.

​Est-ce vraiment le cas ? Quel est le vrai lien entre arthrose et lombalgie ?

​L'arthrose est-elle forcément responsable de douleurs à cet endroit ?

Comme toujours, embarquons pour un petit état des lieux de la science à ce sujet.

​DISCLAIMER: Ceci n'est pas un article sur l'arthrose en général. Il ne sera pas exhaustif à ce sujet. Néanmoins, vous pouvez tout à fait poser des questions dans les commentaires ! 🙂

​Qu'est-ce que l'arthrose ?

​La plupart de nos articulations sont recouvertes d'un revêtement appelé cartilage hyalin. Il est lisse et permet aux articulations de bouger avec le moins de forces de frottement possible. 

Au fil des années, le cartilage peut se dégrader et l'on peut voir apparaître quelques défauts dans sa structure. Par exemple, il peut s'amincir, ou avoir une surface plus irrégulière qu'à l'origine. C'est l'arthrose (arthron : articulation, osis: dégénérescence).

En fonction de nombreux facteurs, dont des facteurs génétiques, endocriniens et environnementaux, cette évolution est plus ou moins rapide.

Des marathoniens qui n'ont pas plus d'arthrose que les autres

​Pourquoi l'arthrose peut contribuer à la douleur

L'arthrose peut contribuer à la douleur de plusieurs manières. Le cartilage n'étant pas innervé, ce sont surtout les conséquences sur les structures adjacentes qui peuvent créer des symptômes.

Lorsque les contraintes ne sont plus assez absorbées par le cartilage, elles sont transmises à l'os sous-chondral (c'est-à-dire, l'os sur lequel repose le cartilage), qui est innervé. Un excès de contraintes peut donc produire de la nociception (c'est-à-dire des messages de danger envoyés vers le cerveau) de cette manière.

L'arthrose peut s'accompagner d'épisodes inflammatoires temporaires, pendant lesquels les petits nerfs qui se trouvent dans la membrane de l'articulation sont sensibilisés.

​Il est important de comprendre que l'arthrose est un processus NORMAL qui survient chez tout le monde, de façon plus ou moins prononcée. Et ce n'est très certainement pas une fatalité.

Quel est le lien entre arthrose et mal de dos ?

L'arthrose lombaire concerne soit les articulations entre les corps vertébraux (par l'intermédiaire du disque intervertébral), soit les articulations zygapophysaires (voir ci-dessous). 

​Plusieurs études épidémiologiques se sont intéressées au lien entre arthrose lombaire et lombalgie. Ces études recrutent un certain nombre de participants et leur font passer des questionnaires ainsi que des examens complémentaires.

La majorité arrivent à la conclusion qu'il n'existe pas de corrélation satisfaisante entre les deux.

La sévérité des modifications repérées à l'imagerie n'est pas proportionnelle à l'intensité de la douleur ! Autrement dit, vous pouvez avoir une douleur intense sans aucune arthrose, tout comme vous pouvez n'avoir aucun symptôme alors que vous présentez une arthrose importante.

​La fameuse Imagerie Par Résonance Magnétique

Nous savons également que les personnes qui n'ont pas mal au dos ont pourtant des "anomalies" lorsqu'on leur fait passer un IRM.

Par exemple, 1 personne de 50 ans sur 3  qui n'ont pas mal au dos présente de l'arthrose au niveau des articulations zygapophysaires. 

À 60 ans, cela passe à 1 personne sur 2 !

Ces personnes n'ont pas de douleur alors que leur IRM montre des anomalies, et elle n'ont pas plus de chance de développer une lombalgie que les autres

​Donc l'arthrose ne fait pas mal ?

​Ce n'est pas tout à fait cela.

L'arthrose peut parfaitement participer aux symptômes que vous ressentez. Cependant, nous avons de nombreuses raisons de penser que le lien n'est pas aussi clair et direct que nous le pensions.

​Les changements observés à la radio ou à l'IRM (tels que l'arthrose) doivent évidemment être pris en compte, mais ils ne représentent qu'une seule pièce d'un grand puzzle. Rappelez-vous que plus la douleur persiste, moins elle est liée à un problème unique.  En cas d'arthrose sévère, des ostéophytes peuvent irriter certaines racines nerveuses et participer aux symptômes.

​Il existe des moyens de savoir si votre arthrose contribue ou non à vos symptômes. Un bilan par un professionnel de santé permet d'évaluer les facteurs qui sont à l’œuvre dans votre cas. ​

Si vous en avez et si elle contribue effectivement à vos symptômes, il existe de nombreuses choses à mettre en place pour se sentir mieux.

Celles et ceux qui adaptent leur style de vie, leur activité physique, et même leur gestion du stress, voient leur douleur et leur raideur diminuer efficacement. Pourtant, rien n'a changé au niveau du cartilage...

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​Votre corps est résiliant et adaptable

​Je ne le répéterai jamais assez.

Votre corps n'est pas une machine qui s'use progressivement jusqu'à partir à la casse ! C'est un organisme vivant qui s'adapte à son environnement et qui possède des capacités d'auto-guérison étonnantes.

​Votre corps n'est pas une machine...

​Les modifications arthrosiques sont une marque du temps et des contraintes qui sont passées par là. Elles peuvent même être utiles : les ostéophytes qui se développent parfois aident à répartir les contraintes au niveau des vertèbres.

​Greg Lehman compare les changements tels que l'arthrose à des "rides de l'intérieur". Notre visage se ride en vieillissant. Devient-il pour autant douloureux ? Faut-il arrêter de sourire ? 🙂

​... c'est un jardin

​Quelques sources

P. Goode, S. Carey, M. Jordan, Low Back Pain and Lumbar Spine Osteoarthritis : how are they related ? Curr Rheumatol Rep. 2013 February ; 15(2): 305

Videman T, et al. Associations between back pain history and lumbar MRI findings. Spine. 2003.

Kalichman L, et al. ​Facet joint osteoarthritis and low back pain in the community-based population, Spine 2008

Brinjikji W & al. Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations. American Journal of Neuroradiology 2015, 36 :811–816

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10 choses que vous avez peut-être besoin de changer pour avoir moins mal au dos

​Avant-propos

​Tous les points qui vont suivre ne sont pas forcément adaptés à votre cas, et ce ne sont pas des "solutions miracles". Ils représentent chacun un changement dans votre style de vie, vous permettant de progresser contre le mal de dos et ses conséquences. Certains ont déjà été abordés dans des articles plus détaillés auparavant, et les autres le seront plus tard.

Comme toujours, ce genre d'article considère que les risques de pathologie grave ont été écartés au préalable (Quant faut-il s'inquiéter ?). Il n'est pas question de vous conseiller du sport ou de la méditation si vous avez une forte douleur nocturne accompagnée de troubles vésico-sphinctériens.

​Il n'est pas trop tard pour prendre de bonnes résolutions !

1) La respiration

La respiration est un acte automatique. Tellement automatique que nous avons tendance à l'oublier, puis à la négliger.

La façon dont vous respirez est pourtant révélatrice de ce qu'il se passe à l'intérieur de vous comme à l'extérieur. La douleur entraîne une modification de la respiration (pensez à la dernière fois que vous êtes cogné le petit orteil contre ce foutu meuble). Lorsque cette douleur persiste, cette altération peut avoir des conséquences telles que la fatigue et une moins bonne oxygénation des tissus.

La modification de la respiration devient alors une cause ET une conséquence de la douleur. Est-ce qu'un article détaillé sur le sujet vous intéresserait ? Faites-le moi savoir.

La relaxation et la respiration abdominale sont de bons moyens de commencer à s'intéresser à ce phénomène pourtant essentiel.

2) Vos habitudes concernant l'activité physique

​Beaucoup d'endroits sont construits de manière à nous éviter d'avoir à faire un effort. Dans les centres commerciaux, les stations de métro, ou d'autres lieux publics, les escalators sont souvent le mode de déplacement " par défaut".

​À droite l'escalator, à gauche le vide intersidéral.

Il est alors très tentant de choisir cette solution, d'autant plus que la foule s'y dirige naturellement. Prendre les escaliers au lieu de l'escalator est un exemple de bonne résolution qui a du sens 🙂 . Marcher un peu plus longtemps que prévu, faire un petit détour pour aller voir un magasin ou pour aller chercher le pain à l'autre boulangerie, tout cela est réalisable au quotidien.

3) Vos ​représentations​ au sujet de votre dos

Nos croyances sont le fruit de l'interaction entre notre expérience personnelle, les nombreux discours auquel nous sommes exposés depuis notre tendre enfance, les idées communément admises, etc...

Personne ne peut se targuer de baser toutes ses décisions sur des connaissances scientifiquement vérifiées.  Cependant, il existe un certain nombre de croyances qui ont un effet néfaste prouvé sur votre mal de dos et sur l'incapacité fonctionnelle (les choses que vous ne pouvez plus faire) qui en découle.

Au travers de mes articles, je vous propose une autre histoire, pour vous permettre de voir votre corps d'un autre œil. 

​4) Le sport

​Tout le monde n'aime pas le sport, je le conçois. Néanmoins, vous devriez peut-être reconsidérer la possibilité d'en faire, si:

 

  • vous aimeriez faire un sport en particulier mais que vous avez peur de le faire à cause de votre dos
  • vous avez arrêté un sport pour ménager votre dos et regrettez de ne plus pouvoir le faire
  • vous avez pour projet de perdre du poids ou d'améliorer votre condition physique (l'alimentation est essentielle mais ne se suffit pas à elle seule).
  • vous souffrez d'anxiété et d'un manque de gestion du stress
  • vous voulez mettre toutes les chances de votre côté pour gérer la douleur et éviter des récidives.

​Le sport s'intègre également dans une démarche de développement personnel, essentielle pour progresser contre une douleur chronique. C'est un moyen de s'épanouir physiquement et mentalement. Je vous invite dès maintenant à trouver 3 principaux avantages que vous auriez à faire un changement à ce niveau-là !

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5) L'anxiété , le stress, la colère

​Toutes les émotions négatives ont une influence sur notre façon de percevoir le monde qui nous entoure.

La douleur dépendant de la menace perçue par le cerveau, on comprend aisément le lien qui s'établit entre anxiété et douleur.

Par ailleurs, les émotions négatives ont également des conséquences au niveau endocrinien qui favorisent l'apparition de la douleur.  Vous l'avez peut-être deviné : un cercle vicieux peut parfaitement s'installer entre ces émotions et la douleur. 

​Pour plus d'informations sur les liens entre pensées et douleur, lire  La douleur c'est dans la tête ? .

​De nombreux moyens existent pour progresser sur ce point, et nous aurions tous intérêt à investir du temps dans l'apprentissage de la maîtrise de nos émotions. Je rappelle au passage que la psychothérapie est bien au delà des objectifs de ce blog et de mes compétences.  Plusieurs techniques sont en vogue actuellement : citons les différentes méthodes de relaxation, le yoga et la méditation de pleine conscience.

​Bien que la méditation soit prometteuse et apporte une pléthore de bénéfices au quotidien, je tiens à rappeler qu'il ne s'agit pas d'une solution miracle. Elle s'intègre dans un changement de style de vie, et elle est associée à une philosophie bien particulière, d'une manière de voir le monde et de le vivre au quotidien.

6) Le sommeil

​Les troubles du sommeil sont fréquemment associés aux lombalgies et aux cervicalgies d'après plusieurs études épidémiologiques sur le sujet. Lequel provoque l'autre ? Les deux mon général !

​Beaucoup d'entre vous savent assurément qu'il peut être délicat d'avoir une bonne nuit de sommeil quand une douleur nous ronge de l'intérieur.  Le manque de sommeil, lorsqu'il se chronicise, entraine à son tour des modifications endocriniennes et immunitaires qui alimentent le problème.

​Cercle vicieux, vous dites ? Comme un air de déjà-vu ? Et si on faisait un petit schéma pour récapituler les derniers points ?

Par ailleurs, certaines douleurs apparaissent surtout au réveil.

Pourquoi a-t-on mal en se réveillant ?

​Plusieurs hypothèses permettent d'apporter un début d'explication à ce phénomène très frustrant. Les deux dont j'aimerais parler brièvement ici sont :

 

  • Le manque de mouvement : Nous ne bougeons pas pendant la nuit, et le manque de circulation dans les différents tissus du corps peut générer de la douleur.  Des mouvements avant de se coucher peuvent permettre de se faire une petite "marge" et retarder l'apparition de cet inconfort.
  • Une position inhabituelle ou inadaptée pendant le sommeil : Un changement de literie, de coussins et/ou de positions peut s'avérer "miraculeux" pour certaines personnes.

 

​Faites-moi savoir dans les commentaires si vous aimeriez avoir un article beaucoup plus détaillé sur ce sujet :).

7) écouter son corps

​De nombreuses personnes traversent leur journée sans s'intéresser à ce que leur communique leur corps. La société actuelle nous impose un rythme de vie toujours plus rapide qui laisse peu de place à l'introspection et à l'appréciation du moment présent.

​Il est pourtant essentiel de prendre quelques moments dans la journée pour ressentir son corps, cartographier ses sensations et éventuellement adapter ses actions par la suite. Un inconfort dans une partie du corps peut inviter à changer de position, à redonner du mouvement à cette zone, à respirer profondément quelques fois, etc...

Belle image tirée du site respirons.com

​Ignorer ses sensations corporelles est le meilleur moyen pour se retrouver avec une gêne plus importante à la fin de la journée, alors que de simples adaptations auraient permis de l'éviter.

8) Vouloir identifier LA cause à tout prix et penser que la chirurgie ou une "remise en place" est votre seule voie vers le soulagement

​La relation entre douleur et lésion est de plus en plus mauvaise au fil du temps. Plus une douleur persiste, plus les lésions qui étaient peut-être présentes ont cicatrisé. Il ne reste principalement que des problèmes liés à la sensibilité du système nerveux.

Votre corps n'est pas une machine !

​Hélas, beaucoup de personnes croient encore dur comme fer qu'il suffirait de "réparer" leur disque abîmé pour faire disparaître leur lombalgie chronique présente depuis 5 ans.

​Je ne blâme pas les patients pour cela, mais plutôt le manque d'informations pertinentes délivrées par les professionnels de santé. On frôle parfois même la désinformation, quand on voit que de nombreux professionnels participent activement à la propagation d'idées reçues aux conséquences néfastes.

​Les progrès contre la douleur chronique se font avec du temps et des changements profonds et durables de style de vie. Vous détenez donc le rôle principal dans cette aventure, et votre motivation est essentielle à son bon déroulement.

​Pour une analyse beaucoup plus détaillée sur ce sujet, je vous invite à lire l'article Ne recherchez plus de traitement miracle ! .

9) Votre posture

Si vous avez lu attentivement l'article précédent sur les 10 choses que vous n'avez probablement pas besoin de changer pour avoir moins mal au dos , vous devriez froncer les sourcils en ce moment même.

Je pense qu'il peut être intéressant de travailler sur la posture dans certains cas. J'aimerais en citer deux comme exemples :

​Vous avez une posture figée et vous ne pouvez pas en adopter d'autres à cause d'un manque d'amplitude, d'une raideur, d'une faiblesse musculaire... Dans ce cas, le problème ne vient pas tant de la posture en elle-même mais du fait qu'elle soit figée. Il y a alors un intérêt à chercher à faire varier cette posture.

Vous vous tenez régulièrement voûté(e) et vous vous penchez en avant pour réaliser un certain nombre d'activités dans la journée, alors que vous ne supportez pas la flexion ! Dans ce cas, vous venez constamment titiller votre système nerveux, et par conséquent vous alimentez le problème. Changer temporairement sa manière de se tenir et de faire certains mouvements peut permettre de calmer le jeu, avant de re-bouger librement.

Tiré d'un meme anglophone. Don't poke the bear ! Arrêtez de provoquer l'ours 😉

Consulter un professionnel de santé tel qu'un kinésithérapeute formé à ce genre de prise en charge permet d'être guidé et de ne pas s'éparpiller en efforts inutiles.

Il existe également d'autres bonnes raisons de se tenir plus droit, à (re)découvrir dans l'article Doit-on se tenir droit ? .

10) vouloir en faire trop ou pas assez

​Savoir doser ses efforts est un sujet très épineux, notamment lorsque la douleur persiste. Plusieurs experts ont planché sur le sujet et il n'existe pas de modèle unique faisant consensus.

​Éviter toute douleur est inefficace. Ignorer complètement la douleur l'est également. Il faut trouver un modèle entre ces deux extrêmes pour progresser efficacement. L'exposition graduelle semble être l'un de meilleurs moyens de reprendre progressivement une activité et de diminuer la douleur associée à celle-ci.

​Si le sujet vous intéresse, j'ai écris une série de 3 articles intitulée No Pain No Gain ? . J'y analyse les deux positions extrêmes, avant de proposer un nouveau modèle basé sur les connaissances actuelles.

​Enfin, si votre dos vous fait des misères depuis plusieurs années, soyez conscient que les progrès se font plus au long terme qu'au court terme. L'évolution peut sembler irrégulière. Il peut y avoir de nouveau un épisode douloureux inattendu. Néanmoins, ces épisodes devraient être de plus en plus espacés, et de mieux en mieux gérés grâce aux compétences que vous aurez acquises.

​BONUS

11)Porter des sous-vêtements en laine 

​"N'y pense mêêêême pas"​​​​​

​Une surprenante étude turque s'est intéressé à l'influence de sous-vêtements en laine sur les lombalgies chroniques. En porter pendant 2 mois aurait eu des effets bénéfiques pour les patients...

​Je cite cette étude comme une anecdote amusante, car cette étude, en plus d'être farfelue, souffre de nombreux biais. Étonnamment, aucun sujet de l'étude ne semble avoir abandonné à cause des démangeaisons.. 😉

​N'hésitez pas à explorer les différents articles qui détaillent certains des points abordés, et proposez des idées d'articles en commentaires !

Quand faut-il passer un IRM du dos ?

​"L'Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) est une technique d'imagerie médicale permettant d'obtenir des vues en deux ou en trois dimensions de l'intérieur du corps de façon non invasive avec une résolution en contraste relativement élevée."

​Amélioré et démocratisé dans les années 80, l'IRM permet d'étudier avec une précision impressionnante les différents tissus du corps humain.

​Il semble alors naturel de vouloir l'utiliser dès qu'une douleur se présente, pour identifier la cause de la douleur, non ?  Qu'en pensez-vous ?


​Pourquoi l'IRM est inutile dans la majorité des cas

​Si vous suivez le blog depuis quelques temps, vous savez probablement déjà que le mal de dos n'est que pauvrement corrélé à la présence d'une lésion dans la zone douloureuse, et ce d'autant plus que la douleur persiste.

​En réalité, on estime que le mal de dos n'est clairement relié à une "anomalie" (telle qu'une hernie, de l'arthrose, etc) que dans environ 10% des cas. On parle alors de lombalgie spécifique

Les problèmes sérieux comme une tumeur ou une infection n'excèdent pas 1% à 2% des cas.

Dans 9 cas sur 10, on ne peut établir un diagnostic fiable grâce à l'imagerie médicale. On parle alors de lombalgie non spécifique, ou idiopathique.

Quel est le problème ?

​Nos appareils d'imagerie tels que l'IRM sont tellement sensibles et précis qu'ils détectent des soit-disant "anomalies" dans la majorité de la population !

Si vous prenez 100 personnes de 50 ans qui n'ont pas mal au dos, 80% présentent au moins un disque dégénéré, 60% ont une protrusion discale et un tiers ont de l'arthrose au niveau des articulations zygapophysaires. Et ils n'ont pas mal !

Voilà le tableau complet des résultats d'une étude emblématique. Repérez la colonne qui correspond à votre âge, et découvrez quelles "anomalies" on retrouve chez des gens de votre génération qui n'ont pourtant pas de douleur.

​Brinjikji & al, Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations, AJNR 2015

​Disk degeneration = dégénérescence discale

​Disk signal loss = perte de signal discal

Disk heigh loss = affaissement du disque

Disk bulge = bombement discal​

Disk protrusion = protrusion discale

Annular fissure = fissure annulaire

Facet degeneration = arthrose zygapophysaire

​Spondylolisthésis = pareil en français

​Ainsi, pour diagnostiquer les 10% de patients dont la douleur est réellement liée à une lésion, nous usons et abusons de ces examens complémentaires. Quelle est la conséquence ?

Nous avons créé et propagé parmi les 90% restants la croyance selon laquelle le mal de dos est dû à ces résultats d'IRM.

Quelles sont les vraies indications à un IRM du dos ?

Les recommandations de la Société Américaine de la Douleur, basées sur une analyse de la littérature scientifique, sont très claires.​

  • Les médecins ne devraient pas prescrire d'imagerie de façon routinière aux patients souffrant de lombalgie non spécifique.
  • ​​Les médecins devraient effectuer des examens complémentaires d'imagerie chez les patients lombalgiques si des déficits neurologiques sévères ou évolutifs sont présents, ou quand une pathologie sérieuse est suspectée.

​Il convient également de patienter un ou deux mois dans certains cas,​​​​ lorsque l'évolution naturelle de la pathologie est susceptible de régler le problème sans intervention.

​Un déficit neurologique sévère est une altération importante de la sensibilité (perte de la sensation du toucher, possibilité de picotements/fourmillements) ET de la motricité (perte de force musculaire au niveau d'une jambe).

Le déficit est évolutif si, comme son nom l'indique, il s'aggrave au fil du temps.

​Une pathologie sérieuse peut être un syndrome de la queue de cheval (compression sévère des racines nerveuses les plus basses), une infection, une tumeur, une fracture, etc. Votre professionnel de santé peut suspecter ce genre de pathologie en fonction de l'histoire de vos symptômes et de l'examen clinique.

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​Pourquoi l'IRM peut être ​NÉFASTE

​En plus d'être inutile dans la plupart des cas, et de représenter une dépense évitable pour la sécurité sociale, passer un IRM peut carrément diminuer vos chances de voir la douleur disparaître. Vraiment ?

On pourrait croire qu'il vaut mieux avoir quelques fausses alertes pour être sûrs de ne rien manquer, non ?

Voilà la raison : les résultats d'examen peuvent RÉELLEMENT faire peur à celui qui les reçoit.

Imaginez la situation suivante (peut-être même l'avez-vous déjà vécue). Vous avez mal au dos, vous ne savez pas pourquoi, et en lisant vos résultats d'IRM vous découvrez que vous avez deux disques "abîmés".  Êtes-vous rassurés ? Est-ce que cela vous encourage à faire confiance à votre dos ? C'est tout le contraire en réalité, bien évidemment.

De nombreuses personnes développent ainsi des croyances négatives, de la peur et de l'anxiété à cause de soit-disant anomalies, qui sont en fait une partie normale du vieillissement physiologiques et rarement responsables de la douleur !

Ces pensées sont de puissants messages de danger pour votre cerveau. Vous ne savez pas ce qu'est un message de danger ? Vous pouvez aller lire le bonus pour tout comprendre.

​Ce ne sont pas que des suppositions : une étude s'est justement penchée sur le sujet en 2013. Un IRM précoce en cas de lombalgie aigüe améliore-t-il l'évolution du patient ?

"L'IRM utilisé précocement et sans indication a un puissant effet IATROGÉNIQUE* en cas de lombalgie aigüe, qu'il y ait une radiculopathie ou non. Les professionnels et les patients devraient être informés que lorsqu'un IRM n'est pas indiqué, il n'apporte aucun bénéfice, et des résultats moins bons sont à attendre."

​*Iatrogéni​que : Se dit d'un trouble, d'une maladie provoqués par un acte médical ou par les médicaments, même en l'absence d'erreur du médecin. (Larousse)

​Est-ce que cela vous surprend ?

Avez-vous eu un IRM alors que votre situation ne correspondait pas aux critères cités dans cet article ?

​N'hésitez pas à partager votre histoire dans les commentaires !

10 choses que vous n’avez probablement pas besoin de changer pour avoir moins mal au dos

Il est fréquent de voir pointés du doigt certains éléments du corps humain, une activité, une position, etc.. comme responsables de la douleur. Cela laisse sous-entendre que vous aurez toujours mal au dos tant que ce facteur est présent.

Ces accusations sont-elles fondées ?

J’approuve

Devriez-vous en tenir compte ?

Au milieu de toutes ces incitations au changement, je pense qu’il est temps de rappeler que certaines choses n’ont pas besoin de changer pour que vous ayez moins mal.

1) Votre posture

Commençons avec un sujet controversé comme on les aime. L’importance de la posture dans l’apparition des douleurs est très probablement mal comprise. Il existe bien entendu des situations où un changement postural est utile, notamment pour éviter de retourner systématiquement dans une position que vous ne supportez pas, et permettre au système nerveux de se désensibiliser. Toutefois, certaines positions comme la position assise sont diabolisées, souvent à tort. N’importe quelle position prolongée devient douloureuse si elle est maintenue, le mouvement est la clé !

Pour savoir si votre posture contribue ou non à votre douleur, mon conseil est de consulter un professionnel de santé (tel qu’un kinésithérapeute) spécialisé dans la prise en charge des lombalgies/dorsalgies/cervicalgies.

Pour en savoir plus sur le réel rôle de la posture dans la douleur, je vous invite à lire cet article : Doit-on se tenir droit ?

2) L’état de vos disques

Les disques intervertébraux sont longtemps été considérés comme une source majeure de douleur. Il existe effectivement de nombreux cas où le disque joue un rôle prépondérant dans le mal de dos, mais également de très nombreux cas où il n’est pas en cause.

Beaucoup de personnes présentent des anomalies des disques intervertébraux à l’IRM sans avoir mal (voir le post du 14 novembre sur la page Facebook). Ils ne sont pas plus à risque de développer des douleurs par la suite que ceux qui n’ont pas d’anomalie. Cela signifie qu’il est possible d’avoir moins mal au dos même si rien ne change à l’IRM, en jouant sur d’autres facteurs !

 

3) L’arthrose

Les mêmes remarques sont valables pour l’arthrose, souvent présente au niveau des articulations zygapophysaires des étages L4-L5-S1. L’arthrose est parfois pertinente, c’est-à-dire qu’elle explique bien les symptômes, mais elle est parfois simplement une adaptation indolore du corps aux contraintes présentes à cet endroit.

Une prise en charge adaptée permet de diminuer l’inconfort lié à ce phénomène, et pourtant le cartilage ne se régénère pas miraculeusement.

4) Une légère inégalité de longueur des membres inférieurs

On estime que 40% à 90% de la population possède une différence de longueur de 5.2mm en moyenne entre ses deux jambes. Peut-on encore appeler cela une anomalie ?

Pour beaucoup, cette inégalité ne posera jamais problème. Le lien avec les lombalgies est très controversé. Il semblerait que cela commence à poser problème lorsque la différence dépasse 2 cm.

5) Vos abdominaux

Pendant de nombreuses années, les patients souffrant de lombalgie se voyaient prescrire d’office un « renforcement de la ceinture abdominale ».

Douloureux souvenirs ?

L’idée sous-jacente étant que la ceinture abdominale est trop faible pour stabiliser le dos, ce qui provoque des douleurs. En réalité, votre colonne vertébrale est déjà stable et solide même si vous n’avez pas le fameux 6-pack.

Il y a probablement mieux à faire que de cibler spécifiquement un groupe musculaire, sauf cas particulier (sportifs notamment).

Enfin, ce genre de prescription induit la croyance néfaste que votre dos a besoin de renforcement pour être stable.

6) La météo

Une petite prière au dieu du soleil et tout est réglé

Le lien entre mauvais temps, humidité et douleur est une idée reçue extrêmement tenace que j’ai entendue maintes et maintes fois de la part de mes patients.  Parmi toutes les études réalisées sur le sujet, une seule a trouvé un très faible effet de l’humidité  sur les douleurs arthrosiques du genou.

Rien sur le dos ! Plusieurs facteurs permettent d’expliquer pourquoi certaines personnes ressentent plus de douleurs en cas de mauvais temps, mais il ne s’agit probablement pas de ceux invoqués habituellement.

7) La tension de vos muscles

Si j’te dis que t’es tendue, t’es tendue !

Combien de fois a-t-on entendu « J’ai mal au dos parce que mes trapèzes sont tendus. » ? Il parait intuitif de relier la tension des muscles dorsaux à la douleur ressentie. Ce lien est pourtant très controversé: certains muscles hypertoniques (trop « tendus ») ne sont pas douloureux et certains muscles hypotoniques (moins « tendus » que la normale) sont douloureux.

De plus, une étude publiée en 2017 a montré que la perception de la raideur d’une partie du corps était modulée par de nombreux facteurs autres que la raideur réelle de cette région. Écoutez un bruit de porte qui grince pendant que vous bougez une articulation, et cette dernière vous paraîtra plus raide ! Étonnant, non ?

8) vos semelles

Beaucoup de semelles orthopédiques sont prescrites pour soulager ou prévenir le mal de dos. Des déformations au niveau des pieds provoqueraient un déséquilibre des articulations sus-jacentes, résultant en une douleur lombale. Hélas, il existe des preuves assez conséquentes que les semelles n’ont pas d’effet préventif sur le mal de dos.

9) Votre souplesse

Zéro mal de dos ?

On entend parfois que des hypoextensibilités musculaires (comprendre : un muscle peu souple, qui ne se laisse pas assez étirer) sont responsables du mal de dos.

Aucune étude ne permet d’affirmer que cette « raideur » musculaire serait à l’origine des maux de dos, ni que des étirements permettraient de diminuer la survenue des douleurs.  Dans la majorité des cas, un gain de souplesse n’a d’intérêt que s’il sert à réaliser un mouvement spécifique (professionnel ou sportif par exemple).

En conclusion : bougez, dépensez-vous, et faites-vous plaisir ! Votre kinésithérapeute vous expliquera si vous avez besoin d’un gain de souplesse pour une raison spécifique.

10) Votre façon de ramasser des objets

Je constate que de nombreuses personnes considèrent qu’elles ont mal au dos, parce qu’elles feraient régulièrement des « mauvais gestes ». Ces personnes-là sont pourtant quelque fois celles qui font le plus attention !

L’un des plus emblématiques est celui de ramasser un objet.

Ramasser des objets légers ne devrait pas être associé avec autant de prudence et de peur : votre dos est solide et est conçu pour ce genre d’activité !

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire le dernier article en date : Faut-il réellement garder le dos droit quand on soulève un objet ?

 

Article à venir : 10 choses que vous avez peut-être besoin de changer pour avoir moins mal au dos…

N’hésitez pas à partager et à commenter si quelque chose vous a étonné dans cet article !

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5 idées reçues sur la lombalgie chronique

Aujourd’hui, je vous présente un article plus court afin de résumer cinq points que j’ai abordés dans mes premiers articles, à propos de cinq idées reçues sur la lombalgie.

Gardez en tête que ces points concernent notamment les maux de dos chroniques ou récidivants, même s’ils sont souvent vrais pour les douleurs aigües également.

Numéro 1 : La douleur signifie forcément qu’il y a une blessure ou un problème dans le corps
Motif de la consultation : mal de tête

Il existe de nombreuses situations dans lesquelles nous ne ressentons pas de douleur alors que quelque chose d’anormal se passe dans notre corps, et également de nombreux cas dans lesquels nous avons mal alors que nous ne sommes pas blessés.  De nombreuses informations sont prises en compte par le cerveau lorsqu’il décide de générer de la douleur, y compris des informations qui ne proviennent pas des tissus, d’où l’existence de telles situations.
L’intensité de la douleur ressentie est mal corrélée à l’intensité des « blessures » présentes.

Pour mieux comprendre cette notion et ses implications, voir l’article Ne recherchez plus de traitement miracle !

Numéro 2 : La douleur, c’est dans la tête
Une représentation précise des phénomènes à l’oeuvre

Cet adage laisse entendre que la douleur n’existe pas réellement et qu’il suffirait presque de ne pas y  « croire » pour qu’elle cesse. Bien que la douleur soit toujours une décision du cerveau, cela ne veut pas dire pour autant qu’il s’agit juste d’un fruit de l’imagination. Toute douleur est réelle. Disons que la douleur est fortement influencée par ce qu’il y a dans votre tête :).

Pour en savoir plus sur les liens entre psychologie et douleurs, voir La douleur c’est dans la tête ?

Numéro 3 : Il faut trouver et traiter LA cause pour que tout s’arrange
Nom de Zeus !

Si vous avez mal depuis plusieurs mois ou même plusieurs années, il est fort probable qu’il n’existe plus de cause unique à votre douleur. De nombreux thérapeutes et/ou commerciaux entretiennent la croyance selon laquelle votre douleur est due à UNE chose en particulier, pour mieux vendre leurs services. En vérité, plusieurs choses entrent en jeu et vous êtes le principal acteur de votre changement !

De nouveau, rendez-vous sur Ne recherchez plus de traitement miracle ! pour approfondir le sujet, dans cet article très personnel.

Numéro 4 : Si on a mal au dos en faisant quelque chose, il faut arrêter complètement cette activité pour ne pas abîmer son dos.
Lui n’a pas arrêté son activité favorite…

Étant donné que la douleur ne signifie pas que vous êtes en train d’abîmer votre dos, il n’y a pas de raison d’arrêter complètement une activité pour cette raison. Un repos excessif a des conséquences négatives sur le corps et l’esprit. Reprendre progressivement ses activités en les adaptant semble être la meilleure manière de faire face à la douleur. Cela représente souvent un défi de taille, mais qui vaut la peine d’être relevé !

Pour les conséquences du repos excessif, voir Faut-il se reposer quand on a mal ? et plus généralement la trilogie « No Pain No Gain ? ».

Numéro 5 : Dans la plupart des cas, la douleur s’explique par une anomalie retrouvée par un examen complémentaire (radiographie, IRM,…).
Duh !

Les douleurs au dos sont effectivement expliquées par une anomalie à l’imagerie (telle qu’une hernie, de l’arthrose, etc..) dans 5 à 10% des cas. On est loin de « la plupart des cas » !

 

Pas encore d’article à ce sujet, même si j’en parle dans Quand faut-il réellement s’inquiéter ?  .

 

À bientôt.

Eric

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