Vous souffrez depuis des mois, peut-être des années, et vous vous demandez si les semelles orthopédiques ont une utilité contre le mal de dos.

Au sein de la multitude de thérapies qui s'offre à vous, on retrouve effectivement les fameuses semelles orthopédiques. À première vue, les explications semblent tout à fait valides. Réaligner et corriger la posture, rééquilibrer le corps et ses appuis, qui n'en voudrait pas ? Un proche vous a peut-être même expliqué comment les semelles ont sauvé ses genoux. Vous êtes alors en droit de vous demander :

Les semelles orthopédiques sont-elles efficaces contre le mal de dos ?

L'objectif de cet article est de faire un état des lieux des connaissances scientifiques sur l'efficacité des semelles orthopédiques contre le mal de dos.

Comme toujours, cet article s'adresse en priorité à celles et ceux qui souffrent du dos. Je vous invite à poser vos questions dans les commentaires, en dessous de l'article.

Les références scientifiques indiquées par un (réf) sont surtout là pour les professionnels qui passent par ici, mais tous les curieux peuvent y jeter un œil.

Je souhaite que chaque personne puisse se constituer un avis éclairé sur ce sujet. Cet article n'est pas une attaque envers les podologues. Évaluer nos pratiques est également un moyen de s'améliorer, pas de se tirer dans les pattes. 

Qu'entendez-vous au sujet des semelles en tant que patient ?

Si vous avez consulté plusieurs professionnels pour votre mal de dos, il y a fort à parier que l'on vous a donné plusieurs explications pour vos douleurs.

Lorsqu'un patient m'explique qu'on lui a prescrit des semelles pour ses douleurs lombaires, je demande toujours : "Comment vous a-t-on expliqué le rôle de ces semelles ?".

Voilà les réponses que j'obtiens le plus souvent :

  • "Mon bassin n'est pas tout à fait droit, les semelles sont là pour le redresser."
  • "J'ai les pieds plats et cela me donne une mauvaise posture."
  • "On m'a dit que les semelles permettaient d'amortir les chocs pour le dos."

L'idée qui revient le plus souvent est celle que les semelles orthopédiques corrigeraient un défaut mécanique responsable du mal de dos.

Quelles preuves scientifiques a-t-on sur le sujet ?

Est-ce qu'une inégalité de longueur des jambes ou une bascule de bassin est responsable du mal de dos ?

La majorité de la population possède une inégalité de longueur des membres inférieurs d'environ 5.2 milimètres

Cette inégalité de longueur ne semble pas poser de problème pour le corps jusqu'à 2 centimètres. (réf)

Une bascule de bassin sera parfois incriminée et ciblée par les semelles orthopédiques dans l'espoir de soulager un mal de dos

Au delà, il semble utile d'intervenir pour réduire cette différence. Il s'agit d'une première situation dans laquelle les semelles orthopédiques peuvent être utiles dans la prise en charge du mal de dos. Ce seuil de 2 centimètres n'est pas une valeur précise mais une indication générale.

L'ancienneté d'une inégalité de longueur des jambes est également prise en compte par les professionnels. Une inégalité présente depuis 30 ans a très peu de chances de poser problème, par rapport à une inégalité apparue récemment suite à un traumatisme ou une chirurgie.

L'inégalité de longueur des jambes et la bascule latérale de bassin ne sont pas nécessairement la même chose. Néanmoins, l'asymétrie/bascule du bassin n'a pas non plus de lien solide avec le mal de dos. (réf)

Est-ce que les pieds plats augmentent le risque d'avoir mal au dos ?

Avoir les pieds plats est parfois désigné comme une cause de douleurs lombaires. Pourtant, cette idée est loin de faire consensus dans la communauté professionnelle et scientifique.

Aujourd'hui, nous n'avons pas de preuves suffisantes pour affirmer que les pieds plats augmentent le risque d'avoir mal au dos.

Les pieds plats sont souvent ciblés par les semelles orthopédiques en cas de mal de dos .

Certaines populations ont une plus forte prévalence de pieds plats (réf), sans pour autant avoir davantage de douleurs lombaires.

Comme toujours, tout ce qui s'écarte de la position "idéale" est désigné coupable, sans raison solide.

Les semelles orthopédiques sont-elles efficaces dans la prévention du mal de dos ?

Les revues systématiques (regroupements d'études) sur le sujet pointent toutes dans la même direction : les semelles ne sont pas efficaces dans la prévention des épisodes de mal de dos. (réf, réf)

Autrement dit, porter une paire de semelles ne diminue pas le risque d'avoir mal au dos.

Les semelles orthopédiques sont-elles efficaces dans le traitement du mal de dos ?

Les revues systématiques ne retrouvent pas non plus d'efficacité pour le traitement du mal de dos.  Aujourd'hui, les preuves sont insuffisantes pour recommander l'utilisation des semelles contre le mal de dos. (réf) La Haute Autorité de Santé enfonce le clou en avril 2019 : "Les semelles orthopédiques ne sont pas indiquées [en cas de lombalgie commune] ".

Il est possible que les semelles puissent aider davantage certaines personnes en particulier, mais nous ne savons pas lesquelles.

Il se pourrait par exemple qu'en modifiant légèrement la façon de se tenir et/ou de bouger, les semelles puissent aider à faire passer un épisode douloureux. Néanmoins il ne s'agit pour l'instant que d'hypothèses, qui n'ont pas été vérifiées à ce jour. Seule une étude retrouve un bénéfice chez les femmes et en cas d'hyperpronation du pied (réf)

En l'absence de preuves suffisantes, l'utilisation de semelles orthopédiques n'est pas recommandée contre le mal de dos.

"Oui, mais mes semelles orthopédiques ont soigné mon mal de dos."

Votre expérience personnelle est peut-être différente de ce que vous venez de lire. C'est tout à fait possible !

Lorsque la douleur diminue, il n'est pas facile de savoir ce qui est réellement responsable de ce soulagement. Dans notre quotidien, les semelles orthopédiques sont perdues dans un méli-mélo de facteurs divers et variés.

Après avoir consulté divers professionnels, et investi du temps, de l'énergie et de l'argent, vous allez probablement changer plusieurs choses dans votre quotidien. Il s'agira peut-être de faire de l'exercice, de faire attention à votre alimentation et à votre sommeil, de bouger d'une nouvelle manière, de réagir différemment à la douleur, etc. Impossible alors de savoir si ce sont vraiment les semelles qui vous ont aidé, ou bien autre chose.

La confusion est d'autant plus probable qu'on vous demandera sans doute d'attendre plusieurs semaines avant de juger de l'efficacité des semelles.

Les effets contextuels (dont l'effet placebo) peuvent aussi jouer un rôle. Si l'on vous propose des semelles censées "corriger" spécifiquement votre problème, nous pouvons les percevoir comme particulièrement efficaces. Cela nous rassure et favorise une diminution de la douleur. Et non, cela ne signifie pas que la douleur, c'est dans la tête.

Enfin, l'évolution naturelle du mal de dos est positive dans la majorité des cas. Un traitement peut alors sembler efficace alors que l'on aurait observé la même évolution sans ce traitement.

Pourquoi les semelles ne sont pas là pour "corriger" votre posture

Pendant des décennies, les professionnels de santé se sont évertués à corriger des "défauts" mécaniques chez leurs patients, en pensant trouver LA solution au problème.

Au fil du temps, nous nous sommes rendus compte que la majorité de ces détails n'étaient en réalité pas forcément responsables des douleurs. C'est le cas de légères asymétries au niveau du bassin, des modifications de la lordose lombaire, etc. 

Au niveau du pied, les podologues ne cherchent plus à amener votre pied vers une position supposée parfaite. Il existe beaucoup de variations d'une personne à une autre, avec ou sans semelle (réf, réf) ! Cela amène certains podologues à véritablement remettre en question l'intérêt des semelles orthopédiques pour le mal de dos (voir cet article).

Personne ne peut définir de position ou de mouvement idéal qui protégerait des problèmes.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette idée reçue, voilà un article qui explique pourquoi les mauvaises postures n'existent pas !

Votre corps est solide et capable de s'adapter

Le corps est capable de s'adapter à beaucoup de choses : nous ne sommes pas faits pour être parfaitement symétriques, ni parfaitement équilibrés. Nos muscles et nos articulations évoluent au cours de notre vie pour répondre aux sollicitations, et cela implique souvent une certaine asymétrie. Si l'asymétrie est si mauvaise que cela, alors pourquoi sommes-nous droitiers ou gauchers ?

En parallèle de ces détails mécaniques, il existe des facteurs bien plus importants : le stress, le style de vie, l'activité physique, la façon de réagir à la douleur, etc.

Les troubles du sommeil, par exemple, sont fortement liés au développement et à la persistance de douleurs. On ne peut pas dire la même chose des inégalités de longueur des membres inférieurs, ou des pieds plats.

Je ne résiste pas à l'envie de poster à nouveau une image du dernier article :

Les semelles orthopédiques ne ciblent pas forcément les principaux facteurs de mal de dos

Votre posture n'a donc ... aucune importance ?

Je ne veux pas dire que votre posture n'a AUCUNE importance. Il existe des situations dans lesquelles une position ou une façon de bouger participent au problème.

Néanmoins, ce n'est probablement qu'une petite pièce du puzzle. Il me semble faux et contre-productif de vous annoncer que vous avez mal au dos parce que votre bassin n'est pas droit, ou parce que vos pieds sont plats.

Bien souvent, les pieds étaient déjà plats avant l'apparition de la douleur, et cela ne posait aucun problème.

Ce genre de détails ne représente souvent que la partie émergée de l'iceberg. Ce qui se trouve sous la surface de l'eau mérite bien plus d'attention.

Trop se focaliser sur des détails non pertinents risque de créer de l'hypervigilance à propos de votre posture, et de freiner votre progression

Conclusion

Faut-il abandonner les semelles orthopédiques pour le mal de dos ?

Un détective qui enquête sur le rôle des semelles orthopédiques contre le mal de dos

D'une façon générale, les semelles orthopédiques sont bien indiquées dans différentes pathologies. Seulement, ces indications semblent se limiter à la cheville et au pied, voire au genou.

Attention,  les professionnels qui fournissent des semelles pour le mal de dos sont loin d'être des charlatans. Je suis persuadé, comme toujours, que la grande majorité de ces professionnels sont dédiés à leur métier et font leur maximum pour aider leurs patients.

Seulement, dans l'état des connaissances actuelles, il est impossible de recommander l'utilisation de semelles orthopédiques dans une prise en charge moderne de la lombalgie. Cette modalité doit encore faire l'objet d'études de meilleure qualité pour évaluer son intérêt.

Discutez-en avec un podologue qui saura écouter votre histoire et évaluer l'intérêt (ou non) de semelles dans votre situation.

Gardez une certaine distance avec les discours type traitement miracle, tels que : "Ces semelles vont corriger votre mauvaise posture et faire disparaître votre mal de dos".

Ce qui semble certain, c'est que les semelles ne seront pas le cœur de votre traitement.

Pour aller plus loin


  • ANTHONY dit :

    En cas de hernie discale S5S1 ?

  • yvan dit :

    Excellent article !

  • Guidez guillaume dit :

    Ton article permet de se remettre en cause en tant que podologue, kiné ou pro de santé et c’est très bien.
    Par contre, sache que la profession de podo évolue très rapidement et que nos formations actuelles (posturologie, biomécanique américaine, k taping, réflexes archaïques, thérapie manuelle, troubles de l’apprentissage,preferences motrices et j’en passe) nous permettent d’avoir un regard nouveau et très critique. Nos motifs de consultation évoluent de plus en plus et pour certains, les patients nous sont envoyés par des orthoptistes, des orthophonistes, des chirurgiens ortho, des ostéopathes…, pour des motifs depassant de loin les dorsalgies et souvent pluri-etagés. De la à dire que les semelles n’agissent qu’en dessous de la cheville me paraît absurde. Il ne faut vraiment pas s’intéresser au travail du podologue et ne pas avoir tester par soi même pour dire de telles inepties. Le podologue à travers son examen s’attache à la globalité de l’être ( posture, dynamique, sens du mouvement, chaînes posturales_ gds,meyers…_viscéral, énergétique, psychologique parfois… ) et doit savoir qu’une bonne prise en charge est souvent pluridisciplinaire.
    Maintenant, je ne peux que déplorer le fait que certains collègues ne regardent pas plus loin que le bout de leur nez et en dessous de la cheville et se contente de corriger un pied plat ou creux, qui comme tu l’as si bien dit, était déjà plat ou creux avant les douleurs…
    Ce genre d’article peut faire s’offusquer une profession… Pour ma part, il permet d’ouvrir à la discussion et de renforcer les liens interprofessionnels, à condition que chacun aille réellement voir ce que fait l’autre (les autres même, l’un ne détenant pas toute vérité absolue) et échange.

    • Eric Bouthier dit :

      Merci Guillaume pour ton commentaire !
      J’ai échangé avec des podologues pendant la création de cet article, et ils m’ont effectivement fait part des évolutions et des nouvelles « tendances » en podologie. C’est une très bonne chose que la podologie évolue, crée de nouvelles théories, etc. L’idée de cet article est de faire un état des lieux des données scientifiques sur le sujet, pour informer le grand public sur ce que l’on sait aujourd’hui à ce sujet. Si tu possèdes des études scientifiques bien faites qui vont à l’encontre de ce que j’ai écrit dans l’article, je serai partant pour les prendre en compte. J’ai peut-être manqué quelque chose !

      Maintenant, pour les approches qui n’ont pas été évaluées scientifiquement, cela ne veut pas dire qu’elles sont inefficaces ou inutiles, mais qu’on peut difficilement recommander leur utilisation. Et ce, qu’elles soient utilisées en pratique ou non, et que les patients soient satisfaits ou non.

      Je n’ai pas écrit que  » les semelles n’agissent qu’en dessous de la cheville « . J’ai écrit que les indications semblent se limiter au pied et à la cheville, voire au genou. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucune influence des semelles sur ce qui se passe au dessus. Cela veut dire que l’on manque de preuve d’efficacité sur des pathologies et des troubles donnés. (un changement induit par les semelles n’est pas nécessairement utile, il faut prouver que cela change la donne de façon scientifique)

      Je souhaite à la podologie que les futures études permettent d’affiner les recommandations, peut-être de trouver des sous-groupes de patients qui bénéficieraient plus d’un certain type de semelles ?

  • Clem dit :

    Bonjour,
    Je suis podo et evidement vous vous en doutez en désaccord avec votre article.
    Néanmoins je déplore comme vous ( c’est dans un sens la conclusion de l’article ) la formation initiale insuffisante des podologues, le manque de professionnalisme de beaucoup de podologue, le manque de motivation à se former.
    En revanche, il existe partout un grand nombres de podologues qui se forment, en posturologie biomecanique et chaines musculaires… Ces formations quand elles sont abouties, refondent entierement la façon de penser du podologue et l’approche devient globale et le traitement est nettement différent.
    J’utilise pour ma part des techniques de chaines musculaires (GDS)que vous utilisez vous aussi en kiné, par le même principe j’utilise les bras de levier des os du pied pour travailler sur le corps dans sa globalité, et non pas par un raisonnement secteur par secteur comme la plupart des articles scientifique le fond.
    Par cette mécanique, nul besoin d’essayer de convaincre, la biomécanique parle d’elle même et les résultats sont la.
    Je déplore que beaucoup de personnes semblent être au stade du « inconsciemment incompetent » et non pas au stade du «  consciemment incompétent » …
    Je vous suggère une lecture d’articles en biomécanique anglosaxone, il y a en effet très peu d’articles en france, l’article vous paraîtra finalement très fermé à votre vision..

    • Eric Bouthier dit :

      Bonjour et merci pour votre commentaire,
      Ma réponse sera similaire à celle pour votre confrère. Effectivement il existe des approches plus récentes qui se basent sur d’autres théories. Reste à prouver leur supériorité avec des études scientifiques, comme pour toute nouvelle approche ou technique. Je suis demandeur d’études à côté desquelles j’ai pu passer, bien sûr.
      Je n’utilise pas des techniques de chaînes musculaires dans ma pratique.
      La biomécanique ne permet pas souvent de prédire ni de corriger efficacement les douleurs, d’où ma demande pour des études cliniques avant de pouvoir les recommander au grand public douloureux chronique, déjà noyé dans une masse d’informations et de thérapies de toutes sortes.

      N’hésitez pas à me proposer des articles (ou même un seul) qui pourraient m’apporter de nouvelles informations pertinentes 🙂

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