30 questions/réponses sur la hernie discale lombaire non opérée

​Au programme

​1) Quelle différence entre hernie discale, discopathie, etc ?

2) Quels sont les symptômes et les signes d'une hernie ?

3) ​Qu'est-ce qui fait si mal ?

4) ​Dois-je me faire opérer ?

​5) ​Pourquoi les médecins attendent-ils "le dernier moment" pour opérer ?

6)​ Comment évolue une hernie discale au fil du temps ?

7) ​Est-ce que la taille de la hernie et le contact avec le nerf sont importants ?

​8) Est-ce que la hernie ressort encore plus quand j'ai plus de douleur ?

9) ​​Peut-on guérir d'une hernie ?

10) Quels ​sont les mouvements à éviter ?

11) ​Qu'est-ce qui provoque les hernies discales ?

12) Dois-je arrêter le sport ?

13) Est-ce que les infiltrations sont efficaces ?

14) Est-ce que j'ai une hernie parce que je ne suis pas assez musclé du dos ?

15)​ Dois-je me muscler le dos pour régler le problème ?

​16) ​L'acupuncture est-elle efficace ?

​17)​ Quels sont les médicaments efficaces ?

​18) ​Est-ce que je peux finir en fauteuil roulant à cause de cela ?

19) ​Faut-il arrêter de courir ?

20) ​Dois-je perdre du poids pour aller mieux ?

​21) ​L'hydrotomie percutanée peut-elle m'aider ?

​22) ​Est-ce qu'une manipulation peut faire re-rentrer la hernie ?

​23) ​Dois-je repasser une IRM pour voir l'évolution ?

​24) ​Faut-il porter une ceinture lombaire ?

25) ​Comment faire pour mieux supporter la position assise ?

26) ​Existe-t-il une position idéale pour dormir ?

27) ​Quel est le métier idéal pour ne pas avoir de hernie discale ?

28) ​​Peut-on rester paralysé définitivement après une hernie discale ?

29) ​Puis-je avoir des rapports sexuels avec une hernie discale ?

30) Que puis-je faire pour ne pas aggraver la hernie ?

​1) Quelle différence entre hernie discale, discopathie, protrusion, bombement, etc ?

​La lecture d'un compte-rendu d'examen médical peut vite donner mal à la tête à un lecteur non-averti. Difficile de s'y retrouver parmi tous ces termes compliqués ! Faisons le point dès maintenant.

Discopathie

Une discopathie signifie simplement qu'il y a une anomalie au niveau d'un disque intervertébral. C'est un terme générique qui couvre toutes les "anomalies" possibles à cet endroit.

On parle souvent de discopathie dégénérative, qui constituent la grande majorité des discopathies. Le terme "dégénératif" est impressionnant, mais il désigne la plupart du temps les changements liés au vieillissement naturel.

​Bombement

Un bombement signifie que le disque est plus large à un endroit et qu'il prend un peu de place dans le canal vertébral (l'endroit par lequel passe la moelle épinière puis les racines nerveuses).

​Cela peut être dû à une perte de hauteur du disque, ou encore à une version moins marquée de la hernie discale (le noyau étant plus présent derrière la paroi fibreuse du disque sans pour autant la traverser).

​Hernie discale et protrusion

La hernie discale à proprement parler désigne l'expansion du noyau pulpeux du disque en dehors de son anneau fibreux. Le noyau profite d'une brèche pour absorber encore plus d'eau et s'expandre à travers cette brèche.

Le noyau pulpeux est toujours présent à l'intérieur du disque, mais il présente désormais une "extension" en dehors de celui ci. Cette extension fait saillie dans le canal vertébral, d'où le terme de protrusion.

Parfois, le fragment de noyau se sépare du disque et est donc libre dans le canal vertébral. On parle alors de hernie "exclue" ou encore "séquestrée". Bien que cela puisse être très douloureux, cela rend le fragment beaucoup plus vulnérable aux attaques de votre système immunitaire, et ce type de hernie est celui qui se résout le plus souvent naturellement.

​2) Quels sont les symptômes et les signes d'une hernie ?

​La première chose à souligner est qu'une hernie discale ne crée pas forcément de symptôme ou de signe. De nombreuses personnes sans douleur ont une hernie discale sans le savoir, et sans avoir de problème par la suite.

Les hernies discales symptomatiques peuvent générer de nombreux symptômes & signes. Deux personnes qui présentent la même hernie peuvent vivre deux expériences complètement différentes.

La douleur peut être présente sur tout ou partie d'un trajet qui part du bas du dos pour aller dans une jambe.

​​Ce trajet est typiquement représenté sur un schéma en fonction de la racine nerveuse atteinte (voir ​l'image).

Cependant, la précision de ces trajets est aujourd'hui remise en question car ils ne permettent pas de situer l'atteinte de manière fiable.

​D'autres sensations étranges peuvent être ressenties : décharges d'électricité, sensation de chaud ou de froid douloureux, fourmillements, sensation d'eau froide qui coule sur la peau, etc.

​Lorsque le nerf est plus atteint, une perte de sensibilité est observée, ceci pouvant aller jusqu'à l'anesthésie complète. Plus tardivement, on note une perte de la commande motrice, plus ou moins importante également.

Tous ces signes ne sont pas spécifiques à la hernie : d'autres pathologies peuvent les provoquer. Un examen clinique par un professionnel de santé est nécessaire pour poser un diagnostic fiable.

​3) Qu'est-ce qui fait si mal ?

​Derrière cette question simple se cache une réponse complexe. Je vais tenter de la simplifier au maximum en faisant une liste. PS : Tous les points ne s'appliquent pas à chacun d'entre vous.

  • ​Lorsque l'état du disque évolue, cela peut s'accompagner d'une sécrétion de molécules pro-inflammatoires. L'inflammation rend les nerfs présents dans cette zone beaucoup plus actifs et faciles à exciter. Des mouvements, des positions ou des efforts normalement indolores deviennent douloureux car votre organisme les considère alors comme dangereux.
  • ​Lorsque la hernie discale est en contact avec une racine nerveuse, cela contribue à envoyer des messages de danger au cerveau, NOTAMMENT s'il y a de l'inflammation au niveau de cette racine.
  • La douleur s'accompagne d'autres réactions de protection comme des contractions musculaires exagérées. Cela modifie votre façon de bouger, et cela peut participer à la douleur.
  • ​​Tout ce que l'on vous dit, ce que vous entendez, ce que vous pensez,... peut avoir un impact positif ou négatif sur la douleur. Une personne qui pense avoir sérieusement abîmé son dos, à qui l'on conseille de ne pas bouger et à qui l'on annonce un diagnostic effrayant, aura probablement plus de douleurs qu'une personne n'ayant pas été exposée à ces facteurs.
  • Enfin, une notion essentielle est la sensibilisation du système nerveux. Il s'agit du phénomène par lequel les neurones qui transmettent les informations (de votre corps vers votre cerveau) deviennent hyper-excitables. Hyperactifs, en quelque sorte. Ils vont envoyer plus de messages, plus rapidement, pour une même stimulation. Le message reçu par le cerveau est donc bien différent de ce qu'il s'est réellement passé en périphérie, et cela a une influence sur la douleur ressentie.

​4) ​Dois-je me faire opérer ?

​Il existe deux situations dans lesquelles l'opération est une nécessité.

La première est une perte de force évolutive au niveau des jambes. Évolutive signifie que cette perte de force s'aggrave au fil du temps. Cela témoigne d'une atteinte importante d'une ou plusieurs racines nerveuses.

La seconde est le syndrome de la queue de cheval. Cela survient lorsque les dernières racines nerveuses sont fortement comprimées au sein du canal vertébral.

Les principaux symptômes et signes caractéristiques sont une paralysie plus ou moins importante des jambes, une incontinence, une dysfonction sexuelle et une perte de sensibilité dans la zone ano-génitale.

Ces deux cas de figure nécessitent une opération très rapide pour éviter les séquelles.

Cela ne vous aura pas échappé, beaucoup de personnes se font également opérer même lorsque ces signes ne sont pas présents.

Une troisième indication à la chirurgie est apparue : la persistance d'une douleur très intense après 6 à 8 semaines de traitement non chirurgical.

En effet, beaucoup optent pour l'opération lorsque la douleur persiste trop longtemps, et que les traitements dits "conservateurs" n'ont pas été efficaces. C'est tout à fait compréhensible​, tant les douleurs et le handicap associé peuvent ​bouleverser une vie.

Néanmoins, cela ne devrait pas être encouragé, et un traitement non chirurgical sérieux et bien mené doit toujours être réalisé en premier. 

​Lorsqu'on sort des deux premières situations, le taux de succès de la chirurgie est très incertain, et beaucoup de personnes ne vont pas mieux après l'opération. Étant donné les risques associés à la chirurgie, on ne peut malheureusement pas se permettre d'essayer "juste pour voir".

​5) Pourquoi les médecins attendent-ils "le dernier moment" pour opérer ?

​Les décisions du corps médical paraissent parfois étranges, car elles peuvent sembler contre-intuitives.

Voilà deux raisons pour lesquelles les médecins et chirurgiens laissent souvent un délai de quelques mois entre le diagnostic et la chirurgie.

Numéro 1 : Les hernies discales ont une évolution naturelle favorable dans la majorité des cas. Cela signifie que beaucoup de hernies discales vont se résorber d'elles-même, tout comme la douleur.

Bien entendu, il existe aussi des cas qui évoluent mal (vous en connaissez peut-être), mais environ deux hernies sur trois régressent spontanément.

Le médecin préfère alors attendre, pour laisser une chance au problème de se solutionner tout seul sans avoir recours à une procédure agressive. 

Numéro 2 : La chirurgie représente souvent la dernière option. Et pour cause : il s'agit de l'option la plus invasive (potentiellement délétère pour l'organisme).

Le taux de succès, comme pour beaucoup de traitements, n'est pas à 100%, ce qui invite les médecins à sélectionner avec soin les candidats à la chirurgie.

​Un médecin qui retarde l'opération n'est donc pas un médecin qui ignore votre douleur ou qui ne vous prend pas au sérieux.

6) ​Comment évolue une hernie discale au fil du temps ?

L’évolution naturelle des hernies discales est très variable.

En regardant un résultat d’IRM, on ne peut pas affirmer avec certitude : « Celle-ci va se résorber, celle-là non,… ».

Cependant, voilà ce que l’on sait :

​Plusieurs études récentes ont montré que la taille des hernies peuvent évoluer pendant plusieurs années, et que 66% des hernies discales non opérées régressent (Kaer 2016, Zhong 2017).

​Les hernies les plus sévères sont celles qui disparaissent le plus facilement (Chiu 2015). Cela peut paraître contre intuitif, mais c’est pourtant le cas.

Lorsque la hernie ressort davantage du disque, voire lorsqu’un fragment se détache, elle est beaucoup plus vulnérable aux attaques de votre système immunitaire !

 C’est pour cette raison que les médecins préfèrent attendre dans certains cas, même quand il y a une réelle compression du système nerveux : l’histoire naturelle est souvent favorable.

​​7) Est-ce que la taille de la hernie et le contact avec le nerf sont importants ?

La compression du nerf n’est pas le facteur le plus déterminant !

Est-ce que vous trouvez cela étonnant ?

En ​réalité, en cas de hernie compressive, c’est surtout l’inflammation qui ​contribue à la douleur ! 

Concrètement, lorsqu’il n’y a pas d’inflammation, un nerf peut subir un certain niveau de compression sans que la personne ne ressente de douleur.

A contrario, les premiers stades de hernie discale peuvent parfois déclencher une inflammation puissante et participer énormément à la douleur.

Diminuer l'inflammation semble donc un objectif plus pertinent que de se focaliser sur le conflit disco-radiculaire (le contact entre le disque et la racine nerveuse).

​8) Est-ce que la hernie ressort encore plus quand j'ai plus de douleur ?

Vous avez probablement remarqué que la douleur fluctue au fil des jours. Il y a de bons jours et de mauvais jours.

On pourrait penser  que la hernie est plus ou moins présente, mais il est beaucoup plus probable que ce soit d'autres facteurs qui changent : le contexte, la sensibilité du système nerveux, ce qu'il se passe dans votre journée, etc.

En définitive, avoir plus mal à un moment donné ne signifie pas que la hernie est plus prononcée.

​9) Peut-on guérir d'une hernie ?

Oui, on peut guérir d'une hernie. ​Beaucoup de hernies évoluent favorablement et régressent au fil du temps.

Toutefois, il faut savoir quelque chose d'autre.

​Plusieurs études montrent que les personnes qui n'ont pas mal au dos ont également beaucoup d'anomalies au niveau de la colonne vertébrale.

Par exemple, un tiers des personnes de 40 ans qui n'ont pas mal au dos ont pourtant une hernie discale (Brinjikji 2015). 

Est-ce que cela les prédispose à avoir mal plus tard ? Il semble que non. (Jarvik 2005)

Qu'est-ce que cela signifie ?

Cela veut dire que votre hernie discale n'a pas besoin de disparaître pour que les douleurs cessent. Il est possible de ne pas avoir mal en ayant une hernie discale. Même si elle peut participer à la douleur, il ne s'agit que d'une pièce d'un grand puzzle. De nombreux facteurs entrent en jeu,  alors autant se focaliser sur ceux que l'on peut modifier.

​10) Quels sont les mouvements à éviter ?

​Il est fréquemment conseillé d'éviter les mouvements de flexion et de rotation. L'explication fournie est que ces mouvements aggraveraient la hernie discale et contribueraient à fragiliser davantage le disque.

En réalité, ce n'est pas aussi simple que cela (et c'est tant mieux). Votre disque n'est pas un beignet fourré à la confiture, et la "confiture" ne sort pas à chaque fois que la pression augmente sur le disque. Cette image ne correspond pas à la réalité.

​Aucun mouvement n'est mauvais en soi pour le rachis. Votre dos est fait pour bouger dans les trois dimensions, et il est parfaitement capable de tolérer ces mouvements.

Certains mouvements peuvent être douloureux, bien entendu. Si vous vous rendez compte que bouger dans un sens vous soulage, alors que bouger dans l'autre augmente la douleur, il peut être intéressant de bouger davantage dans le sens qui soulage, et moins dans l'autre. Attention, il ne s'agit que d'un changement temporaire !

Un dosage différent des mouvements pour permettre au corps de se désensibiliser. En aucun cas il ne s'agit d'éviter un mouvement parce qu'il abîmerait le corps.

Le kinésithérapeute est votre interlocuteur privilégié pour faire des choix pertinents.

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​11) Qu'est-ce qui provoque les hernies discales ?

Une étude publiée en 2009 dans The Spine Journal s'est intéressée aux facteurs qui influencent la dégénérescence des disques intervertébraux. Pour cela, ils ont recruté de nombreux jumeaux (partageant donc des gènes similaires à la naissance) et les ont suivi au fil des années.

La croyance communément admise à ce sujet est que les contraintes mécaniques du quotidien (notamment se pencher en avant, ramasser quelque chose,...) sont les principales causes de la dégradation de l'état des disques.


Quels sont les résultats de cette étude ?

Les contraintes et les efforts du quotidien (en rouge sur le graphique) n'expliqueraient qu'un faible pourcentage de la dégradation des disques.


Le facteur le plus important est l'influence génétique (représentée en vert).

L'âge influence également significativement la dégénérescence discale.

Le tabagisme semble avoir un léger effet délétère.


​Enfin, un pourcentage non négligeable est attribué à des facteurs encore inconnus, notamment au niveau L4-L5-S1.

12) ​Dois-je arrêter le sport ?

​Il est conseillé de poursuivre ses activités autant que possible. 

Ne pas faire de sport pendant quelques jours n'est pas un drame, mais ne pas en faire pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois devient problématique.

Bien entendu, cela peut être difficile lorsque les douleurs sont présentes. Dans ce cas, modifier temporairement l'activité peut permettre de la continuer.

Le changement peut avoir lieu au niveau de l'intensité, de la durée, du rythme, du contexte, etc. Vous pouvez également utiliser des techniques de modulation de la douleur, ou modifier votre technique (spécifique au sport).

​Il reste ensuite la question suivante : "Quel sport puis-je faire ?". Il ne devrait pas y avoir de sport interdit. Je vous réponds avec une autre question : "Quel(s) sport(s) aimeriez-vous faire ?".  

Certains seront plus accessibles, certains demanderont plus de temps et de travail, mais dans l'absolu je vous encourage à progresser vers vos sports préférés.

Si vous avez des douleurs intenses, il est important de reprendre avec une activité peu intense et régulière, pour permettre à votre corps de s'y habituer.

​13) Est-ce que les infiltrations sont efficaces ?

​L'efficacité des infiltrations en cas de hernie discale étant controversée, je mettrai la référence des études citées entre parenthèses.

​Actuellement, il existe autant d'études qui mettent en évidence un bénéfice avec des infiltrations, que d'études qui montrent une absence de bénéfice.

Les infiltrations semblent apporter une amélioration modeste à court et moyen terme, uniquement en cas de sciatique/cruralgie associée, et chez environ une personne sur deux (Staal 2009).  Au long terme, il ne semble plus y avoir de bénéfice (Choi 2013).

​L'efficacité est donc incertaine. En cas de hernie discale sans sciatique, de discopathie dégénérative ou encore de canal lombaire étroit, les infiltrations semblent inefficaces et sont déconseillées (Carreon 2018).

​Lorsqu'elles sont réalisées dans les règles de l'art, les infiltrations entraînent très peu de complications majeures. Les complications mineures surviennent dans 11.5% des cas, la plus fréquente étant simplement un malaise vagal (Karaman 2011).

​14) Est-ce que j'ai une hernie parce que je ne suis pas assez musclé du dos ?

​À l'heure actuelle, nous n'avons pas de raison de penser qu'une hernie discale survient à cause d'un déficit musculaire. 

​On retrouve des hernies parmi des personnes sédentaires, mais également chez des sportifs de haut niveau qui n'ont aucun "déficit" au niveau musculaire.

Comme dit précédemment, la grande majorité des hernies discales ne semble pas liée à l'activité physique.

Le mal de dos, lui, est corrélé dans plusieurs études à un style de vie sédentaire, mais n'oubliez pas que hernie et mal de dos sont mal corrélés.

​15) Dois-je me muscler le dos pour régler le problème ?

​Oui, car faire des exercices de renforcement musculaire vous permet de:

  • ​bouger
  • ​habituer progressivement votre corps à tolérer différents efforts
  • ​être en meilleure santé grâce aux bénéfices du renforcement musculaire

​Non, si vous le faites pour les mauvaises raisons.

Je m'explique : beaucoup de personnes vous diront qu'il faut renforcer son dos pour le "stabiliser", pour le rendre moins "fragile".

Ce n'est pas vrai. Votre dos est déjà stable et solide, même si vous n'êtes pas musclés, et même si vous avez une hernie discale.

​L'activité physique et les exercices comptent parmi les meilleurs traitements disponibles aujourd'hui contre le mal de dos. Seulement, lorsque ces exercices sont associés à des croyances négatives sur le corps ("Mon dos est fragile", "Mon dos doit être protégé"), le bénéfice peut être réduit à néant.

​16) L'acupuncture est-elle efficace ?

​Cette question mériterait un article à elle seule.

Globalement, les études montrent un léger bénéfice de l'acupuncture par rapport à l'absence de traitement. Lorsque l'on compare l'acupuncture à une "fausse acupuncture" (pour simuler un placebo), la différence est déjà beaucoup plus mince. Par ailleurs, plus les études sont rigoureuses, plus ce bénéfice est faible et incertain.

Il est probable que les effets observés après une séance d'acupuncture soient dus à un mélange d'effets contextuels et d'effets physiologiques non spécifiques.

Les effets contextuels sont globalement liés aux attentes de la personne qui consulte, au fait de recevoir un traitement que l'on pense efficace, à l'originalité et à l'exotisme de la technique, etc.

Les effets physiologiques mettent probablement en jeu des mécanismes de diminution de la douleur présents dans le système nerveux, mais ils sont non spécifiques car il existe beaucoup d'autres manières de les utiliser.

Actuellement, l'acupuncture est déconseillée par les recommandations internationales (NICE Guidelines 2016).

​17) Quels sont les médicaments efficaces ?

Voilà ce qui ressort des études sur l'efficacité des principaux médicaments pour les lombalgiques aiguës et chroniques.

Le paracétamol ne semble pas plus efficace qu'un placebo pour les lombalgies aiguës. Peu de données sont disponibles pour les lombalgies chroniques.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent apporter un bénéfice, surtout au court terme. Les effets secondaires sont importants et rendent difficile la prise de ces médicaments au long terme.

Les antalgiques opioïdes (Tramadol®, Lamaline® et autres dérivés morphiniques) peuvent apporter un bénéfice, surtout au court terme. Les effets secondaires sont encore plus problématiques, notamment au niveau digestif et au niveau de la fatigue.

Plusieurs études ont également montré que les dérivés morphiniques pris au long terme pouvaient aggraver la douleur plutôt que de la soulager.

​Le consensus actuel est que les médicaments devraient être utilisés avec modération, pendant une période limitée, afin de permettre à la personne de poursuivre ses activités et d'accéder à d'autres traitements non médicamenteux plus efficaces au long terme.

​18) Est-ce que je peux finir en fauteuil roulant à cause de cela ?

​Les personnes qui se voient forcées d'utiliser un fauteuil roulant à cause d'une hernie discale constituent un pourcentage infime de la population.

 Ces cas existent, et la situation de ces personnes est dramatique.

 Toutefois, de la même manière qu'il n'y a pas de raison d'avoir peur d'une tumeur ou d'une infection sans signe particulier, il n'y a pas de raison de s'inquiéter outre mesure à propos de cette éventualité.

Il est rare que les déficits moteurs continuent à s'aggraver à distance de leur apparition (Grundnes 2017), et les professionnels de santé peuvent détecter ce genre de problème.

19) Faut-il arrêter de courir ?

​La course est souvent décriée car elle provoquerait trop d'impacts sur la colonne vertébrale. Les à-coups seraient mauvais pour les disques, et on entend même dire que cela aggraverait les hernies discales.

Aucune étude sur les coureurs n'a montré que leurs disques étaient en plus​​​​ mauvais état. Ah, attendez.. on me dit dans l'oreillette que cela pourrait être le contraire !

Une étude récente (Belavý 2017) montre que les coureurs réguliers ont des disques intervertébraux en meilleur état : plus solides, plus épais, mieux hydratés !

Comment est-ce possible ?

Il semble nécessaire de changer de paradigme. Habituellement, le raisonnement est le suivant : utiliser une partie du corps risque de l'user jusqu'à la casse.

Nous nous rendons de plus en plus compte que c'est faux. Vous n'êtes pas une voiture avec des pièces qui se détériorent jusqu'à l'usure complète. Vous êtes un organisme vivant capable d'adaptation et d'auto-réparation. Dans des conditions adaptées, utiliser son corps LE RENFORCE !

​20) Dois-je perdre du poids pour aller mieux ?

Être en surpoids semble favoriser l'apparition du mal de dos, mais le lien est beaucoup complexe que l'on ne le pense. 

Le poids rajouté sur la colonne ne semble pas expliquer ce lien, bien qu'il s'agisse de l'explication la plus répandue (car la plus intuitive).

​Toutefois, cela ne signifie pas que perte du poids est inutile ! Si vous avez actuellement quelques kilos en trop, cela peut vous permettre de :

  • bénéficier des nombreux avantages qu'offre l'activité physique (et qu'aucun médicament ne peut offrir).
  • diminuer la graisse abdominale qui participe à l'inflammation systémique et qui rend plus sensibles vos nerfs.
  • vous donner l'occasion de vous dépasser et d'accomplir quelque chose pour vous.
  • check
    vous engager dans de nouvelles activités, de nouvelles interactions sociales et d'apprendre de nouvelles choses.

​Un article complet sur le sujet est disponible ici : Comment le surpoids influence-t-il votre mal de dos ?

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​21) L'hydrotomie percutanée peut-elle m'aider ?

​Un article entier est dédié à cette thérapie alternative : Hydrotomie percutanée et lombalgie chronique : ce que vous devriez savoir .

​L'hydrotomie percutanée, par ses principes et par son absence de validité scientifique, me parait incompatible avec une prise en charge moderne de la douleur chronique. Aucune étude sérieuse n'est réalisée ni sur l'efficacité ni sur la sécurité.

Je la déconseille donc personnellement.

​22) Est-ce qu'une manipulation peut faire re-rentrer la hernie ?

​Il existe beaucoup de thérapeutes manuels, qu'ils soient professionnels de santé (kiné) ou thérapeutes alternatifs (chiro, étiopathes,etc). 

Les manipulations réalisées par certains d'entre eux donnent parfois l'impression d'une action mécanique, notamment grâce au craquement qui retentit lors de la manœuvre.

Nous savons aujourd'hui que cette action n'est pas une "remise en place" au sens où on l'entend habituellement.

De la même manière qu'il est impossible de replacer ou remettre une vertèbre, il est impossible de "corriger" la hernie discale avec une manipulation.  Soyez dubitatifs si jamais quelqu'un vous affirme en être capable.

Si une manipulation soulage temporairement quelqu'un, cela ne s'explique pas par une modification au niveau de la hernie, mais plutôt par des effets physiologiques au niveau du système nerveux central.

​Petite mention concernant la traction lombaire

Les machines de traction lombaires fleurissent sur le marché (je pense notamment au succès commercial du Nubax). Il n'existe aucune preuve que ces appareils ait une action au niveau de la hernie. 

L'idée d'une décompression entre deux vertèbres qui permet à la hernie d'être ré-absorbée est trèèès séduisante, mais sans aucun fondement scientifique. Un article plus détaillé sur le sujet sera peut-être écrit, si cela vous intéresse.

​23) Dois-je repasser une IRM pour voir l'évolution ?

​Une IRM de contrôle devrait respecter les mêmes indications qu'une IRM tout court. Ces indications sont décrites plus longuement dans cet article : Quand faut-il passer une IRM pour le dos ?

​Ces indications sont soit un déficit neurologique sévère et/ou évolutif, soit la suspicion d'une pathologie grave.

​Dans le cas d'une douleur intense sans déficit neurologique et sans suspicion de pathologie grave, il est recommandé d'éviter de passer une IRM.

Cela peut être frustrant pour celui ou celle qui veut désespérément savoir d'où vient cette satanée douleur, je suis d'accord.  Cependant, une IRM non indiquée peut faire plus de mal que de bien (voir l'article cité ci-dessus).

​24) Faut-il porter une ceinture lombaire ? 

​Les ceintures lombaires sont très souvent utilisées par les personnes ayant mal au dos. Le principe est le suivant : la ceinture lombaire est censée stabiliser davantage le dos en limitant les mouvements et en assistant les muscles.

Le résultat donne une impression de "protection" du dos, ce qui contribue très probablement au bénéfice observé à court terme.

Bien que cela puisse apporter un bénéfice au court terme, aucune preuve solide ne supporte l'utilisation d'une ceinture lombaire au moyen et au long terme. En réalité, il y a même des raisons de déconseiller cela. Pourquoi ?

  • ​La ceinture lombaire vous empêche de bouger normalement.
  • ​Cela renforce en vous l'idée que votre dos a besoin d'être protégé, car il serait "abîmé" et "fragile".  
  • ​Ces croyances négatives sont très néfastes et contribuent à alimenter la douleur et l'incapacité qui en découle
  • Cela favorise une peur de bouger, et vous êtes inquiet à l'idée d'arrêter de porter cette ceinture lombaire : il se crée une forme de dépendance.

​Mon avis est que la ceinture lombaire ne devrait être utilisée qu'à très court terme (quelques jours grand maximum) UNIQUEMENT si elle vous soulage et vous permet de poursuivre vos activités.

​25) Comment faire pour mieux supporter la position assise ?

​La position assise n'est pas mauvaise en soi, mais plusieurs choses peuvent la rendre difficile à supporter.

D'une part, la position assise implique souvent une flexion lombaire, et il s'agit peut-être d'une position qui génère de la douleur chez vous.

D'autre part, il s'agit souvent d'une position prolongée. Vous finissez par ressentir le manque de mouvement au niveau du bas du dos, et ce d'autant plus rapidement que le système nerveux est sensibilisé (par l'inflammation et d'autres facteurs).

Que pouvez-vous faire ?

Trouver des mouvements faciles à faire en position assise semble pertinent.

Je propose très régulièrement aux patients d'apprendre à mobiliser leur bassin dans différentes positions. Cela permet de faire des mouvements sans avoir à changer de position, et sans avoir à arrêter ce qu'on est en train de faire (difficile d'arrêter le travail pour faire des étirements au sol au bureau 😉 ).

Si vous le souhaitez, vous pouvez découvrir ces mouvements dans la première vidéo que je propose aux inscrits. Vous pouvez vous inscrire rapidement et gratuitement sur la page d'accueil .

​26) Existe-t-il une position idéale pour dormir ?

La position idéale pour dormir est celle dans laquelle vous vous sentez bien. Tout simplement.

La position allongé(e) sur le dos avec les jambes tendues peut être assez désagréable, surtout si vous supportez mal le creux au niveau du bas du dos.

Plusieurs modifications peuvent être apportées à cette position :

  • Placer un coussin sous les genoux crée une petite flexion de hanche et peut améliorer le confort au niveau des lombaires.
  • Plier légèrement la jambe et la laisser retomber sur le côté. Le fait d'avoir la jambe légèrement écartée et tournée vers l'extérieur permet de détendre le nerf sciatique et le muscle piriforme, ce qui est intéressant en cas de sciatique associée.
  • Placer un coussin sous le bas du dos pour épouser et supporter la lordose lombaire.

La position allongé(e) sur le côté avec les jambes repliées est adoptée spontanément par nombre d'entre vous. Ce qui peut être modifié :

  • Faire varier le degré de flexion des jambes : plus vous repliez les jambes, plus vous êtes en position de flexion lombaire, ce qui peut soulager certains d'entre vous. Si vous gardez les jambes dans le prolongement de votre tronc, vous détendez certaines structures et vous restez en position neutre au niveau lombaire.
  • Lorsque vos jambes sont pliées, essayez de placer un coussin entre vos genoux. Plus le coussin est gros, plus votre jambe côté plafond est écartée. Cela permet de détendre le piriforme et le nerf sciatique, ce qui peut vous soulager.

​La position allongé(e) sur le ventre peut également faire l'affaire, si vous en avez l'habitude. Vous pouvez aussi tenter de replier légèrement une jambe sur le côté, un peu à la manière d'une grenouille ;).

​Choisissez la position que vous préférez, peu importe si elle vous paraît conventionnelle ou non. Si vous dormez mieux en étant un peu tordu et que cela ne vous pose pas de problème, amen !

​27) Quel est le métier idéal pour ne pas avoir de hernie discale ?

​Nous avons vu précédemment que les hernies discales sont majoritairement dus à d'autres facteurs que l'activité physique et le métier d'une personne. La question serait donc plutôt : Quel est le métier idéal pour ne pas avoir mal au dos ?

Malheureusement, aucun métier n'est connu pour épargner du mal de dos. Les travailleurs avec un poste "sédentaire", les ouvriers sur un chantier, les sportifs, tout le monde est concerné par le mal de dos.

Les études sur le sujet ont du mal à se mettre d'accord sur les facteurs qui prédisposent au mal de dos. Il me semble que deux notions-clés ressortent :

  • ​Le métier doit "correspondre" à la personne qui le pratique. Prenons pour exemple un métier qui comprend de la manutention et des efforts physiques. Soulever et déplacer des objets ne sont pas des activités problématiques en soi, mais elles peuvent le devenir si la personne n'est pas préparée à le faire. Lorsque le corps est habitué à être sollicité et éprouvé, il supporte mieux les contraintes que s'il n'y est pas habitué du tout.
  • ​Apprécier son métier et s'y épanouir semble également important. Cela peut sembler bateau, mais l'insatisfaction au travail et le stress sont deux facteurs liés au mal de dos (et à la douleur en général).

​28) Peut-on rester définitivement paralysé après une hernie discale ?

​Une paralysie plus ou moins importante peut s'installer lorsqu'un nerf est atteint. Cependant, lorsque la cause de l'atteinte du nerf est supprimée à temps, le nerf peut de nouveau retrouver ses différentes fonctions : principalement la sensibilité et la motricité.

​​Lorsque l'atteinte du nerf est importante, les neurones qui le constituent se dégradent, et ils doivent se renouveler pour pouvoir de nouveau transmettre efficacement les informations.

Ce renouvellement se fait du centre vers la périphérie à un rythme assez lent, ce qui explique les longues durées de guérison. La temps de récupération peut se compter en années dans les cas les plus sévères.

Votre corps est capable d'adaptation et d'évolution même après des atteintes importantes. Il semble hélas que les déficits moteurs sévères récupèrent mal (Grundnes 2017).

Les cas de paralysie sans aucune évolution sont rares, et font plutôt suite à une prise en charge tardive d'une urgence chirurgicale (telle que le syndrome de la queue de cheval).

​29) Puis-je avoir des rapports sexuels avec une hernie discale ?

​Il n'y a aucune contre-indication à avoir des rapports sexuels en cas de hernie discale. Cela a même des effets anti-douleurs très intéressants grâce à la sécrétion d'endorphines !  

Les points qui peuvent poser problème sont notamment la position, les mouvements,ainsi que le maintien et la gestion de l'excitation lors des moments douloureux.

Un article dédié est en cours d'écriture.

​30) Que puis-je faire pour ne pas aggraver la hernie ?

​J'aimerais organiser cette réponse en deux parties.

​D'une part, il est important de se souvenir que la santé de nos disques ne dépend pas beaucoup de ce qu'on fait. En tout cas, c'est loin d'être le facteur le plus important, par rapport à l'aspect génétique. Comme dit précédemment, s'interdire certains mouvements a souvent plus d'effets négatifs que positifs.

D'autre part, il semble néanmoins que les disques puissent être ​renforcés par les mouvements et les efforts que nous faisons.

Appliquer des contraintes répétées, bien dosées et progressives semble pouvoir améliorer la qualité et les capacités de vos disques, de la même manière que l'on applique des contraintes sur le reste du corps pour améliorer ses capacités.

En définitive, la question serait plutôt "Que puis-je faire pour me sentir mieux ?". J'espère avoir été clair sur le fait que la présence d'une hernie n'est pas forcément associée à de la douleur, et que l'évolution de la hernie est indépendante de l'évolution de la douleur.

​Il existe de très nombreuses choses que vous pouvez faire pour vous sentir mieux. La plupart n'ont pourtant pas d'action directe sur la hernie.

Vous pouvez jeter un oeil à cet article pour avoir quelques idées : 10 choses que vous avez peut-être besoin de changer pour avoir moins mal au dos .

J'espère que le reste des articles/vidéos de Comprendre Son Dos vous aideront à reprendre le contrôle. Chacun d'entre vous a la capacité d'évoluer et de progresser vers la guérison.

​N'hésitez pas à poser des questions et à discuter du contenu de l'article.

​Prenez soin de vous et n'oubliez pas de vous faire plaisir !

Eric

La douleur, une ennemie qui vous veut du bien ?

​J'ai assisté aux conférences de la Paincloud Convention à Oslo les 21 et 22 avril 2018.

J'ai eu le plaisir d'échanger avec plusieurs intervenants, et deux d'entre eux ont accepté de vous transmettre un petit message.

Aujourd'hui, je vous partage le message de Tasha Stanton, une chercheuse australienne qui s'intéresse notamment à la douleur chronique. Encore merci à elle ! 🙂

​À bientôt pour une deuxième vidéo basée sur ces conférences ! 😉

Eric

Comment le surpoids influence-t-il votre mal de dos ?

​On entend fréquemment les personnes qui ont mal au dos dire "J'ai pris du poids depuis quelques temps, cela ne doit pas aider...". Le surpoids est souvent associé au mal de dos dans notre esprit. Dans 99% des cas, nous nous représentons la surcharge pondérale comme un fardeau supplémentaire pour le dos, ce qui reflète une vision très mécanique de notre douleur.

​Cet article s'intéresse au lien entre surpoids et mal de dos. L'objectif n'est pas d'apporter des solutions au surpoids. C'est d'ailleurs hors de mon champ de compétence : un(e) médecin nutritionniste et un(e) diététicien(ne) sont les professionnels à consulter si vous recherchez de l'aide.

​Comment définit-on une surcharge pondérale ?

​Massivement utilisé dans les bilans médicaux et par les compagnies d'assurances​, l'Indice de Masse Corporelle n'est plus à présenter.

Tout le monde (ou presque) a déjà calculé son IMC en utilisant la formule (Poids en kg)/(Taille en cm)² . Si ce n'est pas le cas, vous pouvez le faire maintenant sur le site IMC.fr .

​Un IMC normal est compris entre 18.5 et 25. Entre 25 et 30, on parle de surcharge pondérale ou de surpoids. À partir de 30, on parle d'obésité (avec différents stades de gravité qui ne sont pas le sujet de cet article).

​L'indice de masse corporelle présente toutefois plusieurs défauts. L'un des plus gênants est le fait qu'il y a aucune distinction entre masse musculaire et masse grasse. ​Un rubgyman aura un IMC élevé, mais il ne sera pas en mauvaise santé pour autant.​​​

​Il reste très utilisé car facile et rapide à calculer, sans outil à manipuler et évidemment très fiable d'une mesure à l'autre.

​J'en profite pour citer un élément qui vient compléter tout examen lié au poids : le périmètre abdominal. Cette mesure reflète la graisse viscérale, c'est-à-dire autour des organes. La présence de cette graisse dite "blanche" est un facteur de risque cardiovasculaire. 

Comment mesurer son périmètre abdominal ? C'est très simple : prenez un mètre de couturier, faites le tour de votre ventre au niveau du nombril  en gardant le ruban horizontal et appliquez le ruban sans trop serrer (et sans rentrer le ventre bien sûr !).  Le résultat doit être inférieur à 88 cm pour les femmes, et 102 cm pour les hommes. Au delà de ces valeurs, on considère qu'il y a une prédisposition aux troubles cardio-vasculaires (pour les intéressés, se renseigner sur le syndrome métabolique).

​Rondeur = douleur ?

​Le lien entre surpoids et lombalgie est étonnement obscur et controversé (pour changer).

​La plupart des études ​concluent que le surpoids est un facteur de risque pour la lombalgie chronique. C'est-à-dire que les personnes obèses ou en surpoids ont statistiquement plus de risque d'avoir mal au dos que les personnes ayant un poids normal. L'importance du lien varie en fonction des articles, mais il tend tout de même à être assez faible.

Les personnes obèses (IMC>30) auraient encore plus souvent mal au dos que les personnes en surpoids (IMC entre 25 et 30)​, et ce lien semble encore plus vrai chez les femmes.

"Donc être en surpoids favorise le mal de dos ?" Doucement, malheureux...

Une étude parue en 2017 a suivi 1098 jumeaux, initialement sans douleur au dos, pour évaluer la relation entre le poids (masse graisseuse, périmètre abdominal, etc) et le mal de dos (intensité, impact au quotidien). L'analyse tient compte des facteurs génétiques car les jumeaux sont également comparés entre eux.

Le résultat ? Les facteurs de surpoids n'augmentent pas le risque de développer une lombalgie chronique.

J'avoue avoir été moi-même déçu en lisant cet article car il ne retrouve même pas de lien... Malgré la qualité de l'étude, ce n'est pas une réponse catégorique et définitive à notre question. Toutefois, cela ​apporte quand même une sacrée nuance aux conclusions précédentes.

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​​S'il y a un lien, comment le surpoids influence-t-il le mal de dos ?

​Je pense qu'il est sage de dire que s'il y a un lien, il n'est probablement pas celui auquel on pense habituellement.

L'hypothèse que le surpoids augmente la charge sur la colonne vertébrale ne semble pas expliquer à elle seule une augmentation du risque d'avoir mal au dos. C'est l'explication la plus simple, celle qui vient en tête en premier, et pourtant d'autres facteurs semblent encore plus importants.


La masse graisseuse (ou adipeuse) semble être un facteur déterminant dans l'apparition de douleurs à différents endroits du corps, pas uniquement au dos ! Nous savons maintenant que le tissu adipeux présent au niveau du tronc, et particulièrement au niveau abdominal et péri-viscéral, produit de nombreuses substances pro-inflammatoires. C'est l'essence même du syndrome métabolique, cité plus haut.

​Un excès de masse adipeuse au niveau de l'abdomen participe donc à un état d'inflammation systémique. Il est maintenant reconnu qu'une inflammation systémique module l'action du système nerveux, parfois drastiquement, en facilitant le déclenchement des neurones par exemple.

​Ceci n'est pas une inflammation systémique.


C'est comme si vous décidiez d'étaler du beurre partout dans vos escaliers. Les malheureux qui arriveront près de l'escalier vont être précipités dedans, descendre bien plus vite qu'à leur habitude et arriver en bas avec fracas, la tête à l'envers. Certains curieux alertés par le bruit vont s'approcher, et peut-être eux-aussi tomber à la renverse.

Pour votre système nerveux, c'est pareil ! Avec de l'inflammation, les informations vont voyager beaaaaucoup plus vite,​ et débouler dans le système nerveux central avec une force qu'elles n'auraient pas eu autrement. De petites stimulations qui ne créent pas d'influx nerveux habituellement vont commencer à en créer, et peut-être même que les neurones d'à-côté vont se laisser entraîner par tant d'enthousiasme neuronal.

​Que retenir ?

  • ​L'IMC est facile et rapide à utiliser, mais vous pouvez mesurer votre périmètre abdominal pour vérifier si vous êtes sujet au syndrome métabolique, un facteur de risque cardio-vasculaire.
  • Être en surpoids semble favoriser l'apparition du mal de dos, mais le lien est beaucoup complexe que l'on ne le pense.
  • Le poids rajouté sur la colonne ne semble pas expliquer ce lien.
  • check
    La masse graisseuse au niveau abdominal produit de nombreuses substances pro-inflammatoires, ce qui contribue à un état d'inflammation systémique.
  • check
    L'inflammation systémique sensibilise le système nerveux et augmente le risque de ressentir de la douleur de manière générale.
  • check
    ​Le lien entre surpoids et mal de dos est très probablement influencé par de nombreux facteurs biologiques (inflammation, contraintes mécaniques, sensibilisation du système nerveux,etc), psychologiques (anxiété, dépression..) et sociaux (activités sociales, discrimination..).
  • check
    Perdre du poids pourrait faire partie des choses que vous pouvez changer pour avoir moins mal au dos , si vous êtes en surpoids.

​Quelques sources pour les curieux

​Sur le périmètre abdominal : Périmètre abdominal augmenté et facteurs de risque cardio-vasculaires, Revue Médicale Suisse 2009

​Quelques études qui retrouvent un lien entre surpoids et mal de dos : ici, ici et ici

​L'étude de 2017 qui ne retrouve pas de lien ici

​Sur les liens entre mal de dos, obésité et inflammation : ici et ici

​N'hésitez pas à commenter et à partager cet article si vous l'avez trouvé intéressant.

À bientôt.


Arthrose et lombalgie

​​Il suffit de feuilleter un magazine sur la santé pour voir apparaître son nom. L'arthrose fait partie des bêtes noires du 21e siècle, et elle est fréquemment accusée de provoquer des douleurs et des raideurs partout où elle apparaît. La lombalgie est évidemment inclue dans le lot.

​Est-ce vraiment le cas ? Quel est le vrai lien entre arthrose et lombalgie ?

​L'arthrose est-elle forcément responsable de douleurs à cet endroit ?

Comme toujours, embarquons pour un petit état des lieux de la science à ce sujet.

​DISCLAIMER: Ceci n'est pas un article sur l'arthrose en général. Il ne sera pas exhaustif à ce sujet. Néanmoins, vous pouvez tout à fait poser des questions dans les commentaires ! 🙂

​Qu'est-ce que l'arthrose ?

​La plupart de nos articulations sont recouvertes d'un revêtement appelé cartilage hyalin. Il est lisse et permet aux articulations de bouger avec le moins de forces de frottement possible. 

Au fil des années, le cartilage peut se dégrader et l'on peut voir apparaître quelques défauts dans sa structure. Par exemple, il peut s'amincir, ou avoir une surface plus irrégulière qu'à l'origine. C'est l'arthrose (arthron : articulation, osis: dégénérescence).

En fonction de nombreux facteurs, dont des facteurs génétiques, endocriniens et environnementaux, cette évolution est plus ou moins rapide.

Des marathoniens qui n'ont pas plus d'arthrose que les autres

​Pourquoi l'arthrose peut contribuer à la douleur

L'arthrose peut contribuer à la douleur de plusieurs manières. Le cartilage n'étant pas innervé, ce sont surtout les conséquences sur les structures adjacentes qui peuvent créer des symptômes.

Lorsque les contraintes ne sont plus assez absorbées par le cartilage, elles sont transmises à l'os sous-chondral (c'est-à-dire, l'os sur lequel repose le cartilage), qui est innervé. Un excès de contraintes peut donc produire de la nociception (c'est-à-dire des messages de danger envoyés vers le cerveau) de cette manière.

L'arthrose peut s'accompagner d'épisodes inflammatoires temporaires, pendant lesquels les petits nerfs qui se trouvent dans la membrane de l'articulation sont sensibilisés.

​Il est important de comprendre que l'arthrose est un processus NORMAL qui survient chez tout le monde, de façon plus ou moins prononcée. Et ce n'est très certainement pas une fatalité.

Quel est le lien entre arthrose et mal de dos ?

L'arthrose lombaire concerne soit les articulations entre les corps vertébraux (par l'intermédiaire du disque intervertébral), soit les articulations zygapophysaires (voir ci-dessous). 

​Plusieurs études épidémiologiques se sont intéressées au lien entre arthrose lombaire et lombalgie. Ces études recrutent un certain nombre de participants et leur font passer des questionnaires ainsi que des examens complémentaires.

La majorité arrivent à la conclusion qu'il n'existe pas de corrélation satisfaisante entre les deux.

La sévérité des modifications repérées à l'imagerie n'est pas proportionnelle à l'intensité de la douleur ! Autrement dit, vous pouvez avoir une douleur intense sans aucune arthrose, tout comme vous pouvez n'avoir aucun symptôme alors que vous présentez une arthrose importante.

​La fameuse Imagerie Par Résonance Magnétique

Nous savons également que les personnes qui n'ont pas mal au dos ont pourtant des "anomalies" lorsqu'on leur fait passer un IRM.

Par exemple, 1 personne de 50 ans sur 3  qui n'ont pas mal au dos présente de l'arthrose au niveau des articulations zygapophysaires. 

À 60 ans, cela passe à 1 personne sur 2 !

Ces personnes n'ont pas de douleur alors que leur IRM montre des anomalies, et elle n'ont pas plus de chance de développer une lombalgie que les autres

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​Donc l'arthrose ne fait pas mal ?

​Ce n'est pas tout à fait cela.

L'arthrose peut parfaitement participer aux symptômes que vous ressentez. Cependant, nous avons de nombreuses raisons de penser que le lien n'est pas aussi clair et direct que nous le pensions.

​Les changements observés à la radio ou à l'IRM (tels que l'arthrose) doivent évidemment être pris en compte, mais ils ne représentent qu'une seule pièce d'un grand puzzle. Rappelez-vous que plus la douleur persiste, moins elle est liée à un problème unique.  En cas d'arthrose sévère, des ostéophytes peuvent irriter certaines racines nerveuses et participer aux symptômes.

​Il existe des moyens de savoir si votre arthrose contribue ou non à vos symptômes. Un bilan par un professionnel de santé permet d'évaluer les facteurs qui sont à l’œuvre dans votre cas. ​

Si vous en avez et si elle contribue effectivement à vos symptômes, il existe de nombreuses choses à mettre en place pour se sentir mieux.

Celles et ceux qui adaptent leur style de vie, leur activité physique, et même leur gestion du stress, voient leur douleur et leur raideur diminuer efficacement. Pourtant, rien n'a changé au niveau du cartilage...

​Votre corps est résiliant et adaptable

​Je ne le répéterai jamais assez.

Votre corps n'est pas une machine qui s'use progressivement jusqu'à partir à la casse ! C'est un organisme vivant qui s'adapte à son environnement et qui possède des capacités d'auto-guérison étonnantes.

​Votre corps n'est pas une machine...

​Les modifications arthrosiques sont une marque du temps et des contraintes qui sont passées par là. Elles peuvent même être utiles : les ostéophytes qui se développent parfois aident à répartir les contraintes au niveau des vertèbres.

​Greg Lehman compare les changements tels que l'arthrose à des "rides de l'intérieur". Notre visage se ride en vieillissant. Devient-il pour autant douloureux ? Faut-il arrêter de sourire ? 🙂

​... c'est un jardin

​Quelques sources

P. Goode, S. Carey, M. Jordan, Low Back Pain and Lumbar Spine Osteoarthritis : how are they related ? Curr Rheumatol Rep. 2013 February ; 15(2): 305

Videman T, et al. Associations between back pain history and lumbar MRI findings. Spine. 2003.

Kalichman L, et al. ​Facet joint osteoarthritis and low back pain in the community-based population, Spine 2008

Brinjikji W & al. Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations. American Journal of Neuroradiology 2015, 36 :811–816

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30 questions/réponses sur la sciatique et la cruralgie

​Au programme

​1) Qu'est-ce que la sciatique ?

2) Qu'est-ce que la cruralgie ?

3) Qu'est-ce qui peut provoquer ces symptômes ?

4) Dois-je me faire opérer ?

​5) Dois-je passer une radio ou un IRM ?

6) Je me suis déjà fait opérer et j'ai toujours ces douleurs , pourquoi ?

7) Combien de temps cela peut-il prendre pour disparaitre ?

​8) Pourquoi la douleur descend-elle plus ou moins bas en fonction des jours ?

9) Pourquoi la douleur irradie-t-elle dans des nouveaux endroits ?

10) Quels mouvements dois-je éviter ?

11) Quelle activité physique puis-je faire ?

12) Que puis-je faire pour diminuer la sensibilité du nerf ?

13) J'ai mal depuis longtemps et de plus en plus : ma colonne vertébrale s'abime-t-elle de plus en plus ?

14) Est-ce que ma sciatique/cruralgie dépend du stress ?

15) Devrais-je essayer des thérapies alternatives ?

​16) Que peut faire mon kinésithérapeute ?

​17) Dois-je prendre des médicaments ?

​18) Faut-il faire craquer mon dos ?

19) Dans quelle position dormir ?

20) Pourquoi est-ce que je ressens des fourmillements/picotements/décharges même sans bouger ?

​21) Dois-je me tenir droit pour avoir moins mal ?

​22) Est-ce que la marche est utile pour diminuer la douleur ?

​23) Dois-je mettre du chaud ou du froid ?

​24) Est-ce que cela peut être grave ?

25) Est-ce que les infiltrations sont efficaces ?

26) Peut-on avoir une sciatique des deux côtés ?

27) Est-ce que j'ai une sciatique/cruralgie a cause de mon hyperlordose/scoliose ?

28) ​Est-ce qu'aller à la piscine est utile pour avoir moins mal ?

29) Est-ce que le nerf sciatique ou crural peut se coincer ?

30) Est-ce qu'un surpoids participe au problème ?

​1) Qu'est-ce que la sciatique ?

Le terme de "sciatique" n'est pas un terme médical, et il est utilisé à tort et à travers. Sciatique est le nom d'un nerf, rien de plus.

Ce que l'on désigne habituellement par "sciatique" est une douleur provoquée par une sensibilisation du nerf sciatique. Ce nerf est issu des racines nerveuses L4, L5, S1 et S2.

Le terme correct est "sciatalgie".  Elle peut suivre différents trajets qui ont en commun de descendre plutôt derrière la fesse et le long de la jambe, parfois jusqu'au pied. Vous pouvez également n'avoir mal que sur une partie de ce fameux trajet (on parle alors de sciatique tronquée).

Il existe une autre entité qui s'abrite parfois sous ce terme parapluie : la radiculopathie. Lorsque le nerf sciatique est comprimé, la transmission des influx nerveux peut être altérée, et la fonction du nerf est dégradée. Il en résulte dans un premier temps une perte de sensibilité cutanée dans les zones innervées par ce nerf . Dans un second temps, on observe une perte de force musculaire au niveau de certains muscles : les muscles releveurs du pied lorsque l'atteinte porte sur les fibres nerveuses issues de l'étage L4-L5 (d'où le "pied tombant"), ou le muscle triceps sural alias le mollet, lorsqu'il s'agit de S1 (impossible alors de monter sur la pointe du pied).

La radiculopathie est différente de la sciatalgie, même si les deux peuvent coexister !

2) Qu'est-ce que la cruralgie ?

​La cruralgie est une douleur provoquée par une sensibilisation du nerf fémoral (anciennement appelé nerf crural, d'où le nom). Le nerf fémoral naît des racines nerveuses L2, L3 et L4.

Cette fois-ci, le trajet de la douleur se dirige en avant de la hanche pour descendre le long de la face antérieure de la cuisse, ​parfois légèrement vers l'intérieur de la cuisse. La douleur ne descend pas plus bas que le genou dans la grande majorité des cas.

Il existe également la radiculopathie L2, L3 ou L4, qui provoque des déficits sensitifs et moteurs.

3) Qu'est-ce qui peut provoquer ces symptômes ?

​Dans la plupart des articles, il est fait un lien direct entre ces douleurs et une compression nerveuse par une hernie discale au niveau de la colonne vertébrale. Sachez que cette compression nerveuse n'est ​qu'un facteur parmi d'autres.

​Une compression de la racine nerveuse par une hernie discale peut participer à la douleur, SURTOUT s'il y  a inflammation.  Sans inflammation, la compression peut être asymptomatique.

​En cas d'arthrose, des ostéophytes (sortes d'excroissances osseuses que le corps développe pour mieux répartir les contraintes) peuvent également irriter les racines nerveuses.

Des mouvements répétitifs peuvent ​générer des contraintes de manière répétée sur le système nerveux, ce qui peut également le rendre plus sensible. Par exemple, des flexions de hanche répétée de grande amplitude peuvent sensibiliser le nerf sciatique qui est mis en tension à chaque fois, surtout s'il n'en a pas l'habitude.

​Les nerfs ont des rapports assez étroits avec certains muscles. Des contractions intenses et/ou répétées de certains muscles peuvent donc​ participer à la sensibilisation. Le lien le plus connu et cité est évidemment la proximité entre le nerf sciatique et le muscle piriforme, au milieu de la fesse. 

D'autres causes en pagaille : piqûre dans la fesse qui touche le nerf sciatique, compression par la tête du foetus lors de la grossesse, tumeur du plancher pelvien (très très rare, je ne fais que le citer).

​Dans tous les cas, n'oubliez pas que ce ne sont que des facteurs parmi d'autres, et qu'il est possible de ne plus avoir mal même s'il y a toujours un contact entre une structure et le système nerveux !

4) Dois-je me faire opérer ?

​​​​La chirurgie en cas de sciatalgie/cruralgie est la dernière option, quand tous les traitements pertinents ont été essayés et se sont soldés par un échec au bout de plusieurs mois.

Il n'y a normalement que deux indications à la chirurgie :  

- Perte de force musculaire importante et/ou progressive : cela témoigne d'une compression sévère et évolutive du système nerveux, dans ce cas pas de temps à perdre.

- Syndrome de la queue de cheval : cela témoigne également d'une compression sévère, cette fois-ci des racines nerveuses descendant dans le canal vertébral (au centre des vertèbres puis du sacrum). Les signes sont évocateurs : anesthésie de la région génitale, incontinence ou au contraire difficulté à uriner/déféquer, perte de force importante,... L'une des rares urgences chirurgicales.

​La troisième indication, discutée et à ne pas prendre à la légère, est donc l'échec des autres traitements au bout de plusieurs mois de prise en charge adaptée.

5) Dois-je passer une radio ou un IRM ?

​Je vous invite à lire l'article sur le sujet pour avoir la réponse détaillée. 

En résumé, il est probable que vous n'ayez pas besoin de radio ou d'IRM.

Les examens complémentaires devraient être utilisés quand:

- vous présentez des signes de compression sévère du système nerveux (cités dans la réponse précédente).

- vous présentez des signes pouvant évoquer une pathologie nécessitant un traitement spécifique (fracture, infection, cancer,..).

Cela parait contre-intuitif, mais le fait de faire des examens complémentaires de façon injustifiée peut avoir des effets néfastes, à cause de l'effet nocebo induit par les résultats.

6) Je me suis déjà fait opérer et j'ai toujours ces douleurs , pourquoi ?

​L'opération permet d'enlever la compression de la racine nerveuse, mais comme dit précédemment ce n'est qu'un facteur parmi tant d'autres. Le nerf sciatique ou le nerf fémoral peuvent rester sensibilisés par d'autres facteurs tels que ceux cités dans la question 4, le stress, l'anxiété, la sédentarité,...

Il faut savoir que si la douleur est présente depuis longtemps (plusieurs mois/années), alors elle ne disparait pas du jour au lendemain. C'est probablement le cas si vous vous êtes fait opéré.

Votre système nerveux est devenu de plus en plus fort pour créer cette même douleur, et maintenant il lui faut du temps pour dés-apprendre tout cela.  Cela reste POSSIBLE, vous n'avez pas à vous coltiner cela toute votre vie.

7) Combien de temps cela peut-il prendre pour disparaitre ?

​Cette durée est différente pour chaque personne, car elle dépend de l'ensemble des facteurs qui contribuent à votre douleur.

S'il s'agit d'une douleur aigüe (quelques semaines tout au plus), alors les études suggèrent qu'elle disparaitra rapidement dans la majorité des cas ! Bonne nouvelle !

​En cas de douleur chronique (plus de trois mois), le système nerveux s'est adapté et cela prend un peu plus de temps pour qu'il revienne à son état antérieur. Globalement, plus la douleur est ancienne, plus elle mettra du temps à partir.

Le plus important à retenir est que votre corps reste capable de s'adapter et de se modifier même si vous avez mal depuis des années : c'est la bioplasticité.

 Une progression lente n'est pas un signe d'échec ! Pour ce genre de souci, il n'existe malheureusement pas de solution miracle.  Plusieurs mois, un an, deux ans,... sont parfois nécessaires pour se débarrasser d'uns sciatalgie/cruralgie tenace.

8) Pourquoi la douleur descend-elle plus ou moins bas en fonction des jours ?

​Vous avez peut-être remarqué que la douleur descend plus ou moins bas dans la jambe certains jours. Peut-être même en fonction des mouvements (c'est l'un des critères d'évaluation de la méthode McKenzie).

Nous savons maintenant que plus la douleur descend bas, plus le nerf est irrité.  A contrario, moins le nerf est irrité, plus la douleur se rapproche de la colonne (on dit qu'elle se centralise).  Ce phénomène peut être assez déroutant car il dépend de nombreux facteurs, pas uniquement de la compression.

Si vous passez une sale journée, pleine d'anxiété et de stress, vous remarquerez peut-être que la douleur s'aventure plus loin que d'habitude. Rien n'aura changé au niveau de la compression du tissu nerveux.

9) Pourquoi la douleur irradie dans de nouveaux endroits ?

​Un autre phénomène très déroutant, dont peu de monde parle dans les articles.

Lorsqu'une douleur telle qu'une sciatalgie ou une cruralgie persiste dans le temps, il est possible que la douleur s'étende à des territoires qui n'appartiennent pourtant pas au nerf irrité. Il est tentant de se dire : "J'ai aggravé mon cas, je me suis fait une autre blessure, etc", pourtant ce n'est probablement pas le cas. 

​Les messages qui transitent par les nerfs sciatiques et fémoraux pénètrent la moelle épinière avant de remonter vers le cerveau. Lors de cette entrée dans la moelle épinière, ils côtoient d'autres neurones qui sont responsables d'une autre partie de la jambe, et qui n'ont rien demandé !

L'excitation constante d'un groupe de neurones peut finir par sensibiliser les neurones adjacents. De plus, votre cerveau finit par s'intéresser de plus près à ce qu'il se passe en bas, et décide de réveiller toute cette section de la moelle épinière.  

Vous pouvez alors ressentir des symptômes dans une partie de la jambe qui ne correspond pas au nerf initialement irrité.

10) Quels mouvements dois-je éviter ?

​En soi, très peu de mouvements sont mauvais pour la colonne vertébrale. Un ​geste ne devient néfaste que lorsque son intensité, son amplitude, ou sa fréquence excède ce que vous pouvez supporter à un instant t.

Néanmoins, si vous souffrez de sciatalgie ou de cruralgie, force est de constater que votre système nerveux vous rappelle à l'ordre dès que vous tentez de bouger librement. Je distingue deux stratégies principales :

- La première est celle de l'exposition graduelle. Vous ne supportez plus tel ou tel mouvement, alors vous vous y ré-exposez très progressivement, pour permettre à votre corps de mieux le supporter.

De la même manière que l'on traite une allergie par exposition graduelle à l'élément allergène, il est possible d'améliorer la tolérance du corps à un mouvement en le ré-introduisant suffisamment progressivement.

- La deuxième est d'éviter temporairement les mouvements et les positions douloureuses. Parfois, il est préférable de faire un pas en arrière, pour mieux pouvoir avancer ensuite. L'idée est retourner ensuite à la première stratégie.

​Une prise en charge avec un professionnel de santé spécialisé (un kinésithérapeute formé) vous permet de faire les bons choix et de mettre toutes les chances de votre côté.

11) Quelle activité physique puis-je faire ?

​L'activité physique possède une myriade d'effets bénéfiques pour le corps qu'aucun médicament ne peut apporter.

La durée et la fréquence importent beaucoup plus que le type d'activité physique. L'idéal est de pouvoir réaliser une activité physique qui vous plaît, car vous aurez beaucoup plus de motivation pour la pratiquer ! Ce n'est malheureusement pas toujours possible, alors voilà quelques propositions en fonction des positions que vous supportez:

- Si vous préférez la flexion (avoir le bas du dos arrondi), le vélo est une possibilité intéressante.

-Si vous préférez l'extension (avoir le bas du dos bien droit), vous pouvez essayer la marche, la natation ou encore le vélo elliptique.

Là encore, un professionnel de santé sera plus à même de vous conseiller de manière personnelle. Vous avez peut-être un sport ou une activité favorite qui n'est ni la marche, le vélo ou la natation, et vous voulez savoir si vous pouvez continuer à le/la pratiquer. Vous avez tout à fait raison ! Demandez conseil à un professionnel de santé formé à ce sujet.


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Faut-il ignorer complètement le mal de dos ?

​No pain no gain ?

​Intéressons-nous maintenant à l'autre extrême. Par "no pain no gain", j'entends "la douleur est un critère de réussite, et plus ça fait mal, plus c'est efficace". Le (seul ?) point positif de cet adage est que cela vous encourage à rester actif et à ne pas accorder trop d'importance à la douleur. Cependant, ce mode de pensée n'est pas assez nuancé et possède plusieurs faiblesses.

Too much, too young, too fast : le risque de surcharge

Négliger complètement la douleur peut mener à un surentraînement et à des blessures diverses et variées chez un individu lambda (non douloureux chronique).

Intéressons-nous à deux éléments qui diffèrent dans le cas d'une personne souffrant de douleurs chroniques :

Le système nerveux est sensibilisé..

​​Lorsque votre cerveau ainsi que le reste de votre système nerveux réalise une tâche particulière à plusieurs reprises (en l'occurrence, créer une douleur), il devient meilleur à cette tâche.

Cela signifie qu'il va transmettre les informations provenant de la zone douloureuse beaucoup plus rapidement et en les amplifiant.

Vous pouvez imaginer cela comme un amplificateur qui se situerait entre la zone endolorie et le cerveau. Plus la douleur perdure, plus les messages sont amplifiés. Vous comprenez donc que lorsque la douleur persiste, le message reçu par le cerveau n'est plus du tout celui émis par votre corps.

 Voilà l'une des raisons pour lesquelles votre cerveau peut croire qu'une partie du corps est en danger, alors qu'elle n'est pas abîmée. Cela favorise une augmentation de la douleur.

Heureusement, cela n'est pas une fatalité car il existe plusieurs moyens de diminuer cet "amplificateur" et d'apprendre au cerveau à réagir différemment.

Pourquoi est-ce que je vous explique tout cela ? Le système nerveux d'un individu lambda et celui d'une personne douloureuse chronique ne vont pas réagir de la même manière à un excès de stimulation.

​Si la personne dont le système nerveux est sensibilisé se pousse bien au delà de ses limites, elle risque de voir son état s'empirer au lieu de s'améliorer. On appelle cela " flamber". Pire encore, elle risque d'attribuer cette détérioration au fait d'avoir fait de l'exercice, et abandonnera peut-être ce moyen pourtant si efficace.  Il ne suffit pas de recommencer une activité à fond, sans tenir compte du contexte.

Attention, la volonté de chercher à se dépasser et à repousser ses limites doit être valorisée. Cependant, la progressivité est la clé pour retrouver de meilleures capacités. Nous parlerons d'un concept essentiel dans le troisième article de cette série.

​Les capacités cardio-pulmonaires et musculaires ont diminué

​Il ne faut pas négliger le déconditionnement musculaire et cardio-pulmonaire, parfois important dans un contexte chronique. 

Tout entrainement se doit d'être progressif pour laisser le temps  à l'organisme de s'adapter à l'augmentation régulière des contraintes. 

On n'imagine pas un individu lambda, sportif du dimanche, suivre soudainement l'entrainement d'un marathonien. S'il tente à tout prix de le faire, on peut s'attendre à des pathologies du type tendinopathies, car son appareil locomoteur n'est pas habitué à tant de contraintes.

​Par conséquent, il n'est pas raisonnable de vouloir (s')imposer un entrainement d'une intensité trop élevée dès le début. Le risque de blessure est plus élevé à cause de ce déconditionnement.

Il est normal de vouloir suivre des entraînements d'un certain niveau, car ils correspondent à nos idéaux sportifs. Certaines personnes peuvent le faire, d'autres pas tout de suite.

Ces objectifs sont tous atteignables mais requièrent une organisation et un entraînement adapté à chaque personne, en fonction des capacités initiales.

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La douleur est-elle un critère d'efficacité ?

Ce slogan (No pain no gain) implique que la douleur est une condition nécessaire à l'efficacité d'un exercice ou d'un entrainement. La douleur devient alors un critère principal d'efficacité.

Il est vrai qu'un exercice "efficace" est souvent inconfortable, étant donné qu'il s'agit d'en demander toujours un peu plus à l'organisme pour lui demander de s'adapter. D'autres cas de figure sont néanmoins à envisager.

​Est-ce qu'une activité non douloureuse est forcément inutile ?

​Tout dépend ce que l'on entend par "utile". Si on ne se focalise pas sur la performance mais sur ce que représente l'activité pour vous, alors il existe de nombreuses situations peu ou pas douloureuses qui vous font progresser vers la récupération.

​Lorsque vous reprenez une activité ou un sport qui compte réellement pour vous en l'adaptant, vous ne ressentez pas nécessairement plus de douleur que d'habitude. Pourtant, en agissant ainsi vous bénéficiez des effets de l'activité physique, vous abaissez la sensibilité de votre système nerveux, vous êtes plus heureux et moins stressés...

Les mêmes mouvements réalisés isolément auraient peut-être augmenté votre douleur (car cette dernière dépend TOUJOURS du CONTEXTE) en produisant un moindre bénéfice.

​Est-ce qu'une activité douloureuse est toujours utile ?

Si l'on pense "No pain = no gain" (pas de douleur => pas de bénéfice), on a tendance à penser également que "Pain = Gain" (douleur => bénéfice). Or ce lien est complètement faux, en particulier en cas de douleurs chroniques.

Lorsque vous faites un exercice ou une activité qui s'avère trop intense pour vos capacités du moment, vous risquez de "flamber" a posteriori, c'est-à-dire d'aggraver temporairement vos symptômes. À chaque fois que cela se produit, vous renforcez deux systèmes complémentaires :

  • Tout comme vous, votre système nerveux apprend de ses expériences, et plus il crée votre douleur, meilleur il devient pour le faire. Tous les circuits neuronaux qui participent à la création de vos symptômes sont renforcés à chaque fois qu'ils sont utilisés. D'où l'intérêt de ne pas les provoquer inutilement.
  • Au niveau psychologique, vous apprenez à associer telle ou telle activité à de la douleur et à toutes les émotions négatives qui y sont liées. Ce lien, comme le précédent, se renforce également au fil des expériences, car chacune vient confirmer les conclusions tirées des précédentes.

Cela ne veut pas dire qu'il faut éviter la douleur. Cela veut dire qu'il faut se ré-exposer progressivement aux activités douloureuses, comme nous le verrons dans la dernière partie. Quelques augmentations de douleur sont quasi-inévitables, mais il ne faut pas chercher à en provoquer plus que nécessaire.

​En somme, douleur et progrès sont probablement corrélés (quand l'un est présent, l'autre est souvent présent), mais il n'existe pas de lien de causalité entre eux (l'un ne produit pas l'autre). La douleur et l'inconfort sont souvent des conséquences et non des objectifs.

Nous arrivons à la fin de cette deuxième partie. Dans la troisième et dernière partie, nous tenterons d'établir un autre modèle de compréhension de la douleur : dans quelle mesure doit-on la prendre en compte ? Quelle place devrait-on lui accorder ? Comment gérer la douleur lorsqu'on veut recommencer une activité favorite ?

​Et vous, quelle place accordez-vous à la douleur dans vos activités ?

Faut-il arrêter les activités qui vous font mal au dos ?

​Avant tout chose, j'ai écrit cet article en considérant que les causes de douleur nécessitant un traitement spécifique ont été écartées (voir cet article si cela ne vous rappelle rien).

​Introduction

​Vous êtes en train de faire quelque chose (du sport, une tâche ménagère, des travaux, etc..) et vous ressentez progressivement une douleur dans le dos.

Autre situation : vous avez mal au dos depuis un certain temps, et la douleur est présente lorsque vous faites une activité en particulier.

Devez-vous arrêter cette activité ? Avez-vous peur d'aggraver quelque chose si vous persistez ? Vous a-t-on dit qu'il valait mieux se reposer lorsqu'on se fait mal, le temps que la douleur disparaisse ? Ou au contraire, choisissez-vous d'ignorer la douleur coûte que coûte ?

Quelle stratégie vous apportera le plus de bénéfices ?

​L'éventail des explications : un flou artistique

Les conseils diffusés par les professionnels et par le grand public sont extrêmement variés et parfois totalement contradictoires. Si l'on jette un coup d’œil aux deux extrémités de ce spectre, voilà ce qu'on y trouve :

  • Toute activité qui provoque une douleur doit être arrêtée, et il faut se reposer le temps que la douleur cesse. Ce mode de pensée est fréquemment associé à une vision très structurale de la douleur : la douleur proviendrait d'un tissu (muscle, tendon, ligament, nerf...) abîmé, et il faudrait attendre que ce dernier se répare avant de le réutiliser (..ce qui est faux).
  • Il ne faut pas tenir compte de la douleur, peu importe son intensité. De toute façon, la douleur c'est dans la tête, n'est-ce pas ?  Comme diraient certains, NO PAIN NO GAIN !

Comment se fait-il que deux professionnels de santé puissent prodiguer des conseils si radicalement opposés ?

Que dit la science sur le sujet ?

Une fois n'est pas coutume, la vérité se trouve quelque part entre ces deux positions.

​Les effets dévastateurs du repos complet

Se reposer et arrêter une activité pour que la douleur disparaisse paraît intuitif et logique. Peut-être avez-vous été interloqués par le titre de cette sous-partie. Pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, nous savons aujourd'hui que le repos excessif a de nombreux effets délétères sur le corps humain.

Être trop inactif est tout aussi nocif que de trop en faire. En réalité, ce principe est connu depuis longtemps, mais la notion de repos excessif est évidemment subjective. Excessif par rapport à quoi ? Comment doser le repos ?

​Mise à jour : Lorsque je parle de repos, je parle de repos POUR une activité donnée. Vous pouvez arrêter le sport et continuer le reste de vos activités quotidiennes, par exemple.

​Progressivement, le repos recommandé est de plus en plus court et relatif, au fur et à mesure que notre compréhension des mécanismes physiopathologiques s'améliore. Ce que j'appellerai ici repos excessif ou prolongé est l'arrêt de certaines activités alors que les données scientifiques suggèrent de reprendre ces activités pour favoriser la guérison.

​Dommage !

​Ce qui est sûr, c'est que quasiment aucune pathologie ne nécessite un repos absolu. 

​Que se passe-t-il au niveau physiologique ?

​​Le corps humain s'adapte aux contraintes que vous lui imposez. Le principe de tout entraînement physique est d'augmenter progressivement les contraintes pour demander au corps de s'adapter.

L'inverse est également vrai : moins vous en demandez à votre corps, plus ses capacités diminuent.  Use it or lose it disent les anglais ("Utilisez-le ou perdez-le" pour les non-anglophones).

Quelles sont les conséquences d'un repos prolongé ?

  • Perte de force musculaire, d'endurance et de souplesse
  • Moindre adaptation cardiaque et pulmonaire à l'effort -> essoufflement précoce
  • Plus grand risque de se blesser

​Tous ces changements appartiennent à une entité appelée le déconditionnement.  Nous venons d'en aborder l'aspect le plus évident, l'aspect physiologique. Cependant, de nombreuses modifications ont également lieu au niveau psychologique.

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​Que se passe-t-il au niveau psychologique ?

Lorsque vous arrêtez une activité parce qu'elle est douloureuse, que ce soit votre propre décision ou le conseil d'un professionnel de santé, un cercle vicieux s'engage :

  • Votre cerveau considère l'activité en question comme dangereuse (pour plusieurs raisons, y compris la douleur que vous ressentez)
  • Par conséquent, il génèrera plus facilement de la douleur à chaque fois que vous allez ré-essayer cette activité, afin de vous protéger.
  • Cela créé un renforcement négatif : chaque fois que cela se produit, la douleur apparaît encore plus facilement, ce qui vous conforte dans l'idée que l'activité en question est dangereuse pour vous.
  • En parallèle, vous portez de plus en plus d'attention à la douleur et guettez son apparition beaucoup plus qu'avant. Vous développez une peur de la douleur.
  • Cette peur de la douleur s'accompagne progressivement d'une peur de bouger.

​Vous visualisez maintenant le cercle vicieux qui se déploie chez de nombreuses personnes douloureuses chroniques.

Quelles en sont les conséquences ?

  • De la colère et de la frustration : Vous ne comprenez pas pourquoi vous avez toujours mal alors que vous suivez les conseils qu'on vous donne et que vous vous reposez. Vous en avez marre de vivre "handicapé", de ne pas pouvoir faire votre activité ou votre sport favori. Vous vous sentez cassé et vous avez l'impression d'avoir pris 20 ans à cause de cette fichue douleur.
  • L'anxiété et la dépression : Vous avez peur d'avoir un problème sérieux, et de finir handicapé pour le reste de votre vie. Vous ruminez à propos de votre douleur de plus en plus, et n'appréciez plus les bonnes choses de la vie comme avant. Vous ne voyez pas comment votre situation peut s'arranger et vous vous en inquiétez.

Une remarque anodine d'un proche ou d'un médecin ("Vous devriez éviter de faire cela tant que vous avez mal", ou "Soyez prudent pour ne pas abîmer vos dos") peut donc entraîner une cascade de changements physiologiques et psychologiques négatifs qui risquent fortement de chroniciser (rendre chronique) la douleur.

Il ne faut donc pas arrêter totalement une activité douloureuse, mais l'adapter (ce que nous verrons dans la troisième partie).

La douleur, c’est dans la tête ?

​Nous cherchons tous à comprendre pourquoi nous ressentons de la douleur. ​Les explications que l'on trouve à propos de la cause de la douleur sont variées, et l'on distingue deux positions extrêmes.

La première est de considérer que toute douleur est due à une lésion physique. Autrement dit : si vous avez mal, c'est qu'il y a forcément quelque chose qui ne tourne pas rond là où vous avez mal.

La seconde est de considérer que la douleur, c'est dans la tête. Cela n'existerait pas réellement, et il suffirait de volonté et de self-control pour s'en débarrasser. On entend aussi parler de douleur "psychologique".

Sommes-nous réduits à ces deux points de vue diamétralement opposés ?

​Ces propositions ne sont ni satisfaisantes, ni en phase avec les connaissances scientifiques actuelles.

Aujourd'hui nous déconstruisons une idée reçue néfaste et périmée : la douleur, ce n'est pas "dans la tête" !

Messages-clés (pour les pressés)

  • La douleur est toujours réelle, car vous la ressentez. Personne ne peut affirmer le contraire.
  • La douleur est créée par le cerveau dans 100% des cas, néanmoins cela ne signifie pas du tout que c'est "dans la tête" comme on l'entend habituellement.
  • L'apparition et l'intensité de la douleur sont modulées par ​de nombreux facteurs tels que le contexte, vos pensées, vos croyances, vos expériences, etc... ce qui explique pourquoi une même "blessure" peut être vécue très différemment d'une personne à une autre.
  • Ces facteurs sont modifiables et peuvent vous permettre d'avoir moins mal.
  • play
    Travailler uniquement sur ses croyances et ses représentations ne permet pas de régler un problème de douleur chronique, mais c'est un outil pertinent et efficace au sein d'un plan d'action global dont vous êtes l'acteur.

​Est-ce que la douleur peut-être psychologique ?

​Pour répondre à cette question, ​le plus simple me semble de passer par plusieurs questions intermédiaires.​

D'où vient la douleur ?

La douleur est produite par le cerveau dans 100% des cas. Cela ne signifie pas que c'est imaginaire !

​À quoi sert la douleur ?

​C'est une réaction de protection de l'organisme. La douleur est très utile dans la vie de tous les jours, bien que parfois elle dysfonctionne.

​Comment le cerveau prend-il la décision de créer ou non de la douleur ?

​Votre cerveau reçoit en permanence de nombreuses informations et il les interprète en fonction de ce qu'il sait déjà. Les informations qui remontent du corps sont évidemment ​importantes, mais elles sont analysées par votre cerveau à la lumière du contexte, de l'environnement, de vos pensées, de vos expériences passées,... S'il décide que vous êtes en danger et qu'il faut vous protéger, il enclenchera divers mécanismes de protection dont la douleur.

​Pourquoi je n'aime pas le terme de "douleur psychologique"

Les pensées, les peurs et les croyances ont toujours une influence sur le fonctionnement de l'organisme, car elles sont elles-mêmes sous-tendues par des réactions biochimiques.​ La douleur est toujours plus ou moins influencée par des informations autres que celles qui remontent du corps.

Vous vous souvenez probablement de situations dans lesquelles l'intensité de la douleur ne correspondait pas à la menace réelle qui pesait sur vous.  Par exemple, avez-vous déjà retiré vivement la main de l'eau ou du robinet en pensant qu'il/elle était brûlant(e), alors que c'était froid ?

​Les facteurs psychologiques "négatifs" (stress, peur de se faire mal, informations médicales anxiogènes,...) vont favoriser la mise en place de réactions de protection, qui vont entre autres rendre plus sensible à la douleur, et ainsi former un cercle vicieux.​​​​

​Les facteurs psychologiques "positifs" (gestion de l'anxiété, soutien affectif, dédramatisation, incitation à bouger,...) vous aident à être actif et vous permettent d'exploiter au maximum votre potentiel de récupération​.


Il est important de noter que ce ne sont pas des choix conscients ! La plupart de ces interactions entre le corps et la cognition se déroulent sous le seuil de notre conscience. Il ne s'agit pas de "faire semblant" ou " d'exagérer " sa douleur. Tous les systèmes du corps humain sont à l’œuvre lors de la réponse à un stimulus, que vous soyez lombalgique chronique ou non, que vous soyez parfaitement équilibré(e) ou non.

La douleur est une expérience éminemment subjective. Personne n'est en mesure de ressentir ce que vous ressentez, et encore moins d'affirmer que vous inventez vos sensations. Nous répondons tous différemment à une même situation.​

Enfin, je trouve l'adage "La douleur est dans votre tête" assez condescendant et empreint de jugement.

La douleur est toujours réelle, quelques soient les différents facteurs biologiques, psychologiques et sociaux qui ont mené à son apparition.

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L'exemple de Monsieur K

Monsieur K est un homme de 50 ans, vivant avec sa femme et ses deux adolescents dans une jolie maison de plein pied (achetée grâce à Stéphane Plaza, mais nous nous égarons). Son travail n'est pas particulièrement physique, et il aime faire du vélo avec son fils le week-end. Il s'occupe également des travaux dans la maison.

Un jour, alors qu'il retourne la terre dans le jardin, il ressent une violente douleur dans le bas du dos, un éclair qui le paralyse sur place et qui lui arrache un cri de douleur. Il arrête immédiatement son activité et marche légèrement courbé le reste de la journée, en croisant les doigts pour que la douleur s'estompe.

Ce n'est pas la première fois qu'il se fait mal au dos, comme tout le monde, et il pense que cela va disparaitre. Les jours suivants, il se ménage et fait attention à son dos pour ne pas se blesser davantage. Toutefois, au bout d'une semaine, la douleur est quasiment toujours autant intense... Il s'arrange pour obtenir un rendez-vous chez le médecin dès le lendemain.

​À partir de maintenant, nous allons plier l'espace et le temps (oui oui) pour imaginer deux scénarios différents à partir de ce moment de l'histoire. Ils seront volontairement caricaturaux (bien que certaines personnes vivent réellement le scénario n°1), afin de mettre en évidence l'influence des facteurs psychologiques sur l'évolution de la douleur, chez une personne lambda.

Scénario n°1

Lors de la consultation, le médecin examine M. K puis lui donne son avis sur la situation : " Vous vous êtes probablement fait une petite hernie. Faites attention pendant les prochains jours !". En complément, le médecin lui prescrit des antalgiques, des anti-inflammatoires, et des décontractants musculaires.   En ressortant de la consultation, M. K se dit "Si je dois faire attention, c'est qu'il y a un risque que j'aggrave mon problème !".

Dans les deux semaines qui suivent, M. K s'efforce de "faire attention", sans savoir réellement ce que cela signifie. Il évite toute activité physique contraignante pour ne pas abîmer son dos. Pourtant, force est de constater que la douleur est toujours aussi présente. Parfois même, il lui semble qu'elle commence à irradier vers le bas de la fesse droite... M. K s'inquiète. Il a pourtant bien suivi les conseils et la prescription médicale. Au bout d'un mois, il reprend rendez-vous chez le médecin.

Lors de cette seconde consultation, le médecin a l'air plus inquiet. Il prescrit une IRM pour "voir ce qu'il se passe là-dedans", et écrit une lettre de recommandation pour un rhumatologue.  La dernière fois que M. K a entendu parler d'un rhumatologue, c'était pour une connaissance atteinte d'une maladie grave... Il part faire son IRM la boule au ventre.

M. K est assis devant le bureau du rhumatologue, et patiente pendant que celui-ci lit le compte-rendu de l'IRM.

Son regard s'attarde sur un empilement de vertèbres et de disques en résine. Un disque a l'air sacrément amoché, et un autre est carrément posé à côté de la maquette comme s'il avait été éjecté.

​Avez-vous déjà vu ceci ?

​Le verdict tombe : "Vous avez deux disques dégénérés, une hernie et de l'arthrose au niveau des vertèbres... Vous devriez vous arrêter de travailler quelques jours pour vous reposer. Je vous fait également une prescription de kiné si cela ne s'arrange pas dans les semaines qui viennent".

M. K repart de la consultation complètement découragé et épuisé. Il se voit déjà handicapé pour le reste de sa vie, voire en fauteuil roulant. Comment pourrait-il reprendre ses activités alors que son dos est dans un état pareil ?

En arrêt de travail, M.K ne fait pas grand chose pour ne pas abîmer davantage son dos. Il tente de s'occuper des tâches ménagères dans la maison, mais il se fait mal, se décourage et abandonne. Cela créé des tensions au sein de son couple.

​Après chaque dispute conjugale, il sent la douleur s'intensifier et descendre vers sa cuisse.  Cette situation est très dure moralement pour lui.

Il se sent complètement handicapé par la douleur, son couple et sa relation avec ses enfants en pâtissent... De plus, son patron risque de se débarrasser de lui s'il continue à prolonger son arrêt de travail ! Tout ce stress et cette anxiété parasitent son sommeil, ce qui a pour conséquence de le rendre encore plus fatigué, découragé et démuni face à la douleur...

Je pourrais continuer encore et encore, mais je pense que vous avez une bonne idée de la spirale infernale que représente le scénario n°1.

Scénario n°2

Lors de la consultation, le médecin examine M. K et lui donne son avis: "Je ne pense pas que cela soit grave. Il est normal que vous ayez mal temporairement si vous avez fait une activité trop intense. La grande majorité des lombalgies comme la votre se résolvent en moins d'un mois. ". Il lui conseille de reprendre autant que possible ses activités, et lui prescrit un antalgique pour faciliter sa reprise de l'activité physique.  M. K a toujours mal en ressortant du cabinet médical, mais il ne s'en inquiète pas.

Au cours des deux semaines suivantes, la douleur est toujours présente. M. K continue, comme conseillé, à travailler et à faire ses activités autant que possible.

Il va quand même faire du vélo avec son fils, même s'ils partent moins longtemps que d'habitude. M. K a l'impression que sa douleur l'handicape de moins en moins et qu'il réussit quasiment à faire toutes ses activités.  Sa femme et ses enfants le soutiennent et l'encouragent dans ses efforts.  Au fil des semaines, la douleur s'efface progressivement, pour laisser placer à une gêne de plus en plus faible. Un mois plus tard, cet épisode n'est plus qu'un mauvais souvenir pour M. K.

Le scénario est nécessairement plus court, vu que M. K récupère beaucoup plus vite.

M. K est-il fou ?

Dans le scénario 1, la douleur de M. K est visiblement influencée (négativement) par des facteurs psychologiques.

Que doit-on en conclure ?

Sa douleur est-elle "psychologique" ? Dans sa tête ?

Est-il fou, instable émotionnellement, faible, ou dépressif ?

NON ! (et pourtant ce sont des étiquettes qui pourraient lui être collées si on le retrouvait six mois plus tard).

​Est-ce également vrai pour les douleurs chroniques et inflammatoires ?

​Si vous souffrez de douleurs chroniques et/ou inflammatoires, vous menez probablement un combat quotidien pour avoir une vie normale. Les pathologies telles que la spondylarthrite, la fibromyalgie, ou encore les conséquences d'un coup du lapin modifient profondément le style de vie.

Les situations comme celles-ci sont très complexes, et le sujet de cet article est certainement sensible pour vous, étant donné les choses qu'on a pu vous dire auparavant.

On pourrait penser que l'exemple précédent ne concerne que les problèmes ponctuels, aussi appelés "aigus".

Est-ce vraiment le cas ?

​Qu'est-ce qui change en cas de douleur chronique ?

Au niveau du système nerveux

​​Si vous avez une douleur importante depuis des mois ou des années, alors votre système nerveux a évolué et génère beaucoup plus facilement cette douleur.  Il est sensibilisé à plusieurs endroits. ​Cela signifie qu'il envoie des messages de danger au cerveau pour des stimulations beaucoup plus basses que la normale.

Ces messages sont également accentués, comme s'il y avait un amplificateur entre la partie de votre corps dans laquelle vous ressentez la douleur et votre cerveau​. Les messages que votre cerveau reçoit et analyse ne correspondent donc pas forcément à ce qu'il se passe en réalité dans votre corps

Si vous êtes atteint(e) de pathologie rhumatismale inflammatoire, alors l'inflammation systémique présente dans votre organisme participe à augmenter à la sensibilité du système nerveux.

Au niveau des autres systèmes

​De nombreux changements s'opèrent dans les différents systèmes de votre corps. Comprenez bien que toutes les modifications dont je parle ici sont utiles en cas de danger, mais qu'elles deviennent inadaptées et néfastes lorsqu'elles se prolongent dans le temps !

  • check
    Globalement, votre système nerveux sympathique augmente son activité et prend le pas sur son collègue, le système nerveux parasympathique. Cela fait passer votre corps en mode "alerte" et il se prépare alors à faire face à des menaces qui n'existent pas forcément.
  • check
    Votre système endocrinien modifie son activité, et se met à sécréter plus de cortisol (participant au stress) et de molécules pro-inflammatoires.
  • check
    ​Votre respiration se modifie subtilement, ce qui peut avoir des conséquences sur l'oxygénation de vos tissus.
  • check
    ​Votre système digestif ne fonctionne plus de manière optimale et cela peut entraîner quelques troubles fonctionnels sur lesquels certains posent l'étiquette de " syndrome du colon irritable".
  • check
    Le fonctionnement cérébral peut également être influencé par tout cela : anxiété, modifications de l'humeur, difficultés à se concentrer,...

Dans tous les cas, les principes de base restent les mêmes.

La douleur est toujours une réaction de protection générée par le cerveau en réponse à une menace réelle ou perçue.

Les mécanismes, toutefois, évoluent, et la situation s'enrichit de nouveaux symptômes et se complexifie​. 

​Que peut-on y faire ?

Si vous êtes dans une situation similaire à M. K, sachez qu'il existe des moyens d'améliorer ce genre de situation. Même si vous avez commencé à emprunter le scénario n°1, cela ne signifie absolument pas que c'est "trop tard", ou qu'il n'y a plus rien à faire.

C'est un cercle vicieux, mais il est possible d'en sortir ! Votre organisme reste capable d'adaptation et de changement, même si vous ressentez quelque chose depuis plusieurs années.

La douleur est multifactorielle, et on ne règle pas ce genre de souci uniquement par la pensée, en changeant ses croyances et ses représentations. Ce n'est PAS une solution miracle, mais un outil faisant partie d'une prise en charge globale.

Travailler seul, ou avec un professionnel de santé formé, peut vous permettre d'identifier les facteurs qui vous freinent ou qui au contraire vous aident. Tout l'enjeu est ensuite de favoriser les facteurs positifs et d'éliminer autant de facteurs négatifs que possible.

​N'hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous, et à partager cet article s'il vous a plu ! 

Pour découvrir d'autres idées reçues sur le mal de dos,  je vous invite à lire l'article 5 idées reçues sur la lombalgie chronique .

À bientôt

Eric

Une approche moderne de la douleur : pour qui, pourquoi et comment ?

Bienvenue dans cet article d’introduction à la catégorie « L’origine de la douleur ».

Je dois avouer que cette section sera probablement celle qui me tiendra le plus à cœur. En effet, je me spécialise au quotidien à la gestion de la douleur, et j’ai créé ce blog en particulier pour tenter de vous aider à reprendre le contrôle sur celle-ci.

Les deux approches en médecine

Pour replacer les choses dans leur contexte, il existe grosso modo deux types d’approches en médecine : l’approche biomédicale, et l’approche biopsychosociale (ou globale).

Jean-François d’Ivernois et Rémi Gagnayre, deux professeurs de Sciences de l’Éducation, fers de lance de l’Éducation Thérapeutique du Patient, les décrivent ainsi :

Le premier, appelé modèle biomédical, infère que la maladie provient principalement d’un problème organique. Il véhicule l’idée selon laquelle toute maladie a une cause qui peut être guérie.

Autrement dit, si on applique ce modèle à la douleur, cela correspond à : « Votre douleur est nécessairement due à un problème physique (blessure, blocage, etc) qui a besoin d’être réglé pour que vous n’ayez plus mal  »

Le second modèle, appelé couramment modèle global, tente de montrer que la maladie résulte d’un ensemble complexe de facteurs organiques, psychosociaux et environnementaux.

Les preuves s’accumulent en faveur de ce second modèle, et il s’agit par conséquent du modèle que nous suivrons ici.

La transition du modèle biomédical vers le modèle global se réalise lentement mais sûrement. Aujourd’hui, l’approche biomédicale est encore omniprésente. Combien de fois avez-vous entendu à propos de vous ou d’une connaissance : « Vous avez mal au dos parce que vos disques sont abîmés » ? Ou encore : « Votre bassin/hanche/dos/épaule/etc est bloqué(e)/déplacé(e)/mal aligné(e), c’est pour cela que vous avez mal » ?

Le fardeau de la douleur chronique

Une prévalence grandissante

On estime à 25% la proportion de la population des pays développés qui vivent au quotidien avec une douleur chronique. Faites-vous partie de ces 25% ?

La recherche d’explication à votre souffrance vous a peut-être conduit à consulter plusieurs thérapeutes. Chacun de ces thérapeutes vous a probablement gratifié d’une explication différente, et proposé un remède en conséquence. Enfin, si vous lisez cet article, il est certain que vous n’êtes pas encore libéré du mal de dos.

Dans ces conditions, il est facile de perdre espoir, de se penser « incurable » et de s’imaginer passer le restant de sa vie handicapé par la douleur.

Une lueur d’espoir

Des avancées gigantesques ont été faites dans la compréhension de la douleur. Pourtant, les croyances à propos de celle-ci évoluent très lentement. Nous sommes tous responsables de la lenteur de cette évolution, pour plusieurs raisons.

Le cerveau humain déteste le changement et préfère amplement rester dans sa zone de confort. Chaque nouvelle idée est jugée plus durement que celles qui s’y sont déjà nichées (et plus cela fait longtemps qu’elle y est, plus il est dur de l’en déloger..).  Changer d’avis est parfois une mission périlleuse, notamment lorsqu’il s’agit d’opinions ou de croyances chères à la personne, responsables de choix et d’engagements dans la vie de celle-ci.

Après ce constat quelque peu pessimiste, abordons le côté positif ! Quelque soit la difficulté, le cerveau est capable de modifier son fonctionnement, ses circuits et ses connexions de manière extraordinaire, afin de faire face à de nouvelles situations.

Le corps humain est également en mesure de s’adapter afin de répondre à des demandes fonctionnelles colossales (pour le constater, il suffira d’admirer les exploits des sportifs de niveau olympique, les fantastiques compensations développées par les sportifs paralympiques, ou encore cette grand-mère de 91 ans qui vous met la misère en gymnastique ).

La douleur est une expérience individuelle

Comment faire pour sortir de la spirale infernale de la douleur chronique ?  Qu’est-ce qui fait que pour une même blessure, une personne récupèrera sans problème et retrouvera une vie normale au bout de quelques semaines, tandis que l’autre verra au contraire la douleur et le handicap grandir au fil du temps, rempli d’un sentiment d’impuissance ?

Une phrase que l’on m’a dite plusieurs fois au cabinet est restée gravée dans mon esprit. Au détour d’une question innocente, ou même de manière spontanée, voici ce que certains patients m’ont déclaré :

« Ah mais de toute façon.. je sais que la douleur ne disparaitra pas. »

C’est-à-dire :  peu importe ce que je ferais ou ce que vous ferez, j’aurai toujours mal. Au delà du fait que cette phrase est révélatrice d’un profond découragement, il est maintenant prouvé que les pensées négatives qu’une personne possède à propos de sa douleur figurent parmi les plus grands facteurs de chronicisation qui existent.

Autrement dit : si vous pensez que vous n’allez pas vous en sortir, vous continuez à avoir mal. C’est aussi simple que cela. Ne serait-il pas génial de pouvoir changer d’état d’esprit, et ainsi de reprendre le dessus sur sa douleur ?

Ce que je vous propose

Parmi les moyens modernes proposés pour sortir de ce cercle vicieux se trouve l’Éducation Thérapeutique aux Neurosciences (ETN). Derrière ce nom (pompeux) se cache un objectif : améliorer votre compréhension du phénomène douloureux, afin de favoriser une reprise de contrôle, et une participation plus éclairée votre prise en charge.

Concrètement, à quoi ressembleront ces articles ? Afin de garder les articles les plus clairs et concis possible, chaque article traitera d’un ou deux points maximum. Il y aura éventuellement un questionnaire à la fin de chaque article. Les notions seront abordées dans un ordre croissant de complexité, pour être sûr que vous disposez des pré-requis nécessaires à la compréhension de certains points.

La meilleure manière de bénéficier de ces conseils est de prendre le temps de les assimiler et de les appliquer à soi-même au quotidien.

Avertissement

Ces changements prennent du temps, et s’inscrivent dans une transformation profonde du style de vie. Il ne s’agit PAS d’une méthode miracle. Je le répète, la simple lecture de ce genre d’article (ou de n’importe quel autre article) ne règlera probablement pas votre problème de douleur chronique.

Soit-dit en passant, toute personne qui met en avant une technique unique pour régler un problème complexe tel qu’une douleur chronique devrait éveiller vos soupçons.

Ceci étant dit, je m’engage à vous donner autant de conseils que possible pour maitriser la douleur et accomplir vos projets de vie.

Les sources

Pour les curieux, et pour les quelques professionnels qui passeraient par ici, je me base essentiellement sur les travaux de Lorimer Moseley, Adriaan Louw, Emilio Puentedura, Greg Lehman et Peter O’Sullivan, qui me passionnent et m’inspirent au quotidien.

Discussion

Cette section devra être la plus pédagogique possible, ce qui représente un défi de taille pour moi. J’aurai comme toujours besoin de vos commentaires et de vos questions pour la faire évoluer.

À bientôt !