Hydrotomie percutanée et lombalgie chronique : ce que vous devriez savoir

Aujourd'hui, nous nous intéressons à une thérapie alternative fréquemment citée sur les réseaux sociaux : l'hydrotomie percutanée.

Quelques précisions avant de commencer : 

  • Je m'intéresse surtout à l'application de l'hydrotomie percutanée au mal de dos.
  • ​Chacun est libre de décider ce qu'il veut pour sa santé. Je souhaite simplement que ce choix soit éclairé, et cela me paraît important au vu des campagnes de publicité parfois insistantes des pratiquants de la méthode.
  • ​​Je n'ai pas de conflit d'intérêt en faveur ou contre l'hydrotomie percutanée.

Histoire de la thérapie et techniques utilisées

​L'hydrotomie percutanée (HP) est née à la fin des années 80, en empruntant à plusieurs thérapies pré-existantes. La mésothérapie, en particulier, semble avoir influencé fortement les concepts de l'hydrotomie, au point que l'HP est considérée comme "une technique de mésothérapie très diluée" par la Société Internationale d'Hydrotomie Percutanée.

​Son inventeur est un médecin niçois, le Dr Bernard Guez.

La thérapie comprend, d'après le site officiel, trois techniques différentes :

La mésoperfusion

Cette technique consiste en l'injection sous-cutanée ou intra-dermique d'une solution saline physiologique, associée ou non à d'autres molécules diverses et variées : vitamines, minéraux, anti-inflammatoires, antalgiques,vasodilatateurs, etc...

Nous nous intéresserons surtout à celle-ci car elle semble la plus répandue dans le traitement du mal de dos.

​La mésochélation

 Il s'agit d'une mésoperfusion dans laquelle on a rajouté un autre produit nommé EDTA. Ce dernier est censé lutter contre les pathologies dégénératives comme l'arthrose par une action sur le calcium. Une courte recherche nous montre que l'EDTA est surtout utilisé à d'autres fins (lien Wikipédia).

​La mésovaccination

​Il s'agit de stimuler les "muqueuses" avec de petites quantités de vaccins non-spécifiques pour réinitialiser leur fonctionnement et améliorer leurs défenses immunitaires. Si vous comprenez ce que cela signifie, prévenez-moi.

​Maintenant que les bases sont posées, nous pouvons commencer. ​

Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves solides

​Si je vous dis que j'ai un chat, vous n'allez pas me demander de vous le montrer en vrai pour me croire. Une simple ​parole suffit.

En revanche, si je vous dis que j'ai un chat qui m'accompagne à la batterie lorsque je joue de la basse, vous allez probablement me demander des preuves solides. A priori, le consensus actuel est que les chats ne jouent pas de la batterie, donc il est normal que vous ne me croyiez pas sur parole.

​De la même manière, j'aimerais avoir plus de preuves scientifiques pour adhérer aux explications fournies par les praticiens en hydrotomie percutanée. Prenons le cas du traitement d'une hernie discale.

​Le principe de base est apparemment d'injecter une dose importante de sérum physiologique sous la peau, pour qu'elle diffuse jusqu'aux disques intervertébraux, puis qu'elle les ré-hydrate, pour leur donner leurs qualités initiales afin de faire disparaître la douleur.

Quelles questions peut-on se poser ?

  • Est-ce que le produit diffuse réellement jusqu'aux disques ? C'est très, trèèèès profond et il y a une tonne d'éléments interposés entre la peau et les disques intervertébraux (y compris ​votre moelle épinière et une partie de vos vertèbres !), et une tonne de vaisseaux sanguins prêts à ré-absorber cet oedème sur le trajet.
  • Est-ce que les disques intervertébraux se "ré-hydratent" et se "réparent" réellement au contact du produit ? Le disque adore l'eau (comme Jean-Claude Van Damme) et son environnement en contient déjà beaucoup, alors est-ce qu'un rajout d'eau change quelque chose ?
  • Est-ce que la "guérison" du disque est forcément associée à une disparition de la douleur ? Il existe de nombreuses lombalgies et radiculalgies sans anomalie au niveau du disque, et, si vous lisez le blog régulièrement, vous savez que beaucoup d'autres facteurs interviennent.

​Chacune de ces questions est vérifiable et mérite une réponse scientifique.

Pourtant, impossible d'en trouver, que ce soit sur les sites web ou dans les vidéos. On trouve en revanche beaucoup de témoignages de patients et de thérapeutes, ainsi que des remarques sur l'expérience des praticiens. Malheureusement, ces derniers éléments n'ont que très peu de valeur scientifique.

​Tant qu'aucune étude sérieuse ne sera réalisée, ces mécanismes relèvent de la pensée magique.

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​Une thérapie doit être évaluée avant d'être dite "efficace"

​Certaines thérapies ont fait leurs preuves avant que leurs mécanismes d'action soient expliqués. Je me permets donc de rajouter cette section.

L'absence d'essai clinique

Les affirmations sur l'efficacité, sur la longue durée des effets et sur l'absence d'effets secondaires sont infondées, dans la mesure où aucun essai clinique sérieux n'a été réalisé. Si les fondateurs pensent que cela marche, cela ne les dispense en aucun cas de tester ces hypothèses.

L'hydrotomie percutanée est complètement absente des plus grandes bases de recherche scientifiques françaises et internationales (les sites sur lesquels sont référencées les études scientifiques publiées). Aucun essai clinique n'est disponible, à ma connaissance, sur Internet.

Dans ce cas, sommes-nous obligés de croire sur parole les affirmations des promoteurs de cette technique ?

Que nous propose-t-on comme preuve ?

Les références "scientifiques" listées sur le site officiel sont soit des mémoires de diplôme de mésothérapie, soit des communications lors de congrès d'hydrotomie percutanée ou de mésothérapie.

Quel est le souci ? Ces références ne sont lues et vérifiées que par d'autres adeptes de ces thérapies, déjà convaincus de leur valeur.  La vérification d'une publication par des pairs neutres est pourtant un critère de qualité nécessaire. Si quelqu'un défend l'idée que la Terre est plate, et que toutes les "preuves" qu'il vous donne proviennent de l'Association Internationale des Platistes, vous allez probablement douter de la validité de ses preuves.

​Vérifier d'où provient l'information est essentiel pour pouvoir l'interpréter correctement.

Enfin, ce sont soit des communications lors de congrès (qui sont intéressantes pour partager des idées avec d'autres confrères, sans pour autant constituer une preuve), soit des études de cas (qui permettent tout au plus de dire "Il y a quelque chose à étudier ici").

​Avoir une démarche scientifique, c'est bien. Se faire passer pour un scientifique, c'est mal.

​Les promoteurs véhiculent l'idée que la thérapie est scientifiquement fondée, validée et éprouvée, et en accord avec le reste des thérapies "conventionnelles".

​Jouer sur les mots ?

Par exemple, vous apprenez sur le site officiel que la solution saline physiologique est " en accord avec l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM)". S'agissant du sérum physiologique que l'on retrouve dans la majorité des perfusions classiques, ce n'est pas surprenant.

De la même manière, les médicaments délivrés ont des "propriétés pharmacodynamiques établies scientifiquement". Ces médicaments ont en effet des propriétés lorsqu'ils sont administrés de manière habituelle, mais impossible de définir leur action dans cette procédure là, d'autant plus qu'ils sont apparemment fortement dilués.

​Trop de jargon tue le jargon

​Les pages du site officiel (sur lesquelles sont dirigées beaucoup de personnes en quête d'information) sont parsemées de jargon technique, souvent à outrance (du moins c'est mon avis). ​Je conçois que le site puisse être destiné aussi bien aux patients qu'aux professionnels, mais je le ressens comme une volonté d’impressionner les lecteurs et, encore une fois, de se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas. 

​Le pouvoir de la blouse blanche

​Le fait que ces soins soient réalisés par un professionnel de santé en blouse blanche, stéthoscope autour du cou, leur confère une crédibilité et une légitimité qui n'est pas forcément méritée.

Des infirmiers et des médecins peuvent réaliser ces techniques, en effet, mais cela ne rend ni les affirmations plus vraies ni les soins plus efficaces. Si les diplômes immunisaient leurs détenteurs des erreurs, je pense que cela se saurait. Pourtant, cela sème la confusion dans l'esprit des patients, notamment quand certaines thérapies sont partiellement prises en charge par la sécu !

Rajoutez à tout cela les promotions régulières de ce traitement lorsque des personnes vulnérables recherchent de l'aide sur les réseaux sociaux, et vous obtenez la raison de cet article aujourd'hui.

"​Traiter la cause et non le symptôme"

​Comme l'intégralité des thérapies alternatives, l'hydrotomie percutanée prétend traiter la cause de la douleur, et non le symptôme.

​Vraiment ?

​Imaginons que l'HP permette effectivement de redonner aux disques intervertébraux leur forme et leur état initial (une grosse hypothèse, oui). Pour que cette affirmation soit vraie, il faut être en mesure de montrer que l'état des disques est effectivement LA cause de la douleur.

Nous savons maintenant que de très nombreuses personnes ​sans douleur ont des disques dégénérés, des protrusions, des hernies, de l'arthrose, etc.. et que la présence de ces "anomalies" ne les rend pas plus vulnérables par la suite. (Brinjikji 2015, Jarvik 2005, Steffens 2014). 

​On retrouve de très nombreuses "anomalies" au niveau des disques intervertébraux des personnes qui n'ont pas mal. Peut-être n'est-ce pas là le plus important ?

​La lombalgie chronique n'est pas qu'une affaire de disque.

​Que l'on me corrige si je me trompe, mais il me semble que l'hydrotomie percutanée est notamment destinée aux personnes souffrant de lombalgies et de radiculalgies sévères, chroniques et handicapantes. Des personnes qui ont souvent déjà tenté plusieurs traitements sans succès. Or, il est très clair aujourd'hui que, dans ces situations-là, la douleur n'est pas due à un seul facteur anatomique !

La douleur est le fruit d'une interaction complexe entre de nombreux facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Ces liens sont différents d'une personne à l'autre, et même au sein d'une seule personne en fonction du temps.

Une thérapie telle que l'hydrotomie percutanée me paraît complètement incompatible avec les données scientifiques actuelles.

​Une thérapie sans aucun effet secondaire ?

​L'un des arguments mis en avant pour promouvoir l'HP est l'absence supposée d'effets secondaires.

Il s'agit d'une procédure invasive : on pénètre la barrière de la peau et on y injecte une ou plusieurs substances. ​Il y a dès lors, au minimum, un risque potentiel d'infection au niveau des points d'injection. Aucune mention n'en est faite et je trouve cela dommage.

Que trouve-t-on à ce propos sur le site officiel ?

"Après une séance, vous pouvez avoir une réaction avec douleur, chaleur, rougeur pendant quelques heures. Ces réactions n'ont rien d'inquiétant; au contraire, c'est l'effet thérapeutique."

​Pour rappel : la douleur, la chaleur, la rougeur et le gonflement sont les 4 signes typiques de l'inflammation. Est-ce que l'inflammation est l'objectif de l'hydrotomie percutanée ? Je ne crois pas. Cette propension à considérer les effets secondaires comme un signe d'efficacité de la technique est pour moi dangereuse.

C'est un autre signe qui devrait éveiller vos soupçons à propos d'une thérapie : l'irréfutabilité. Lorsqu'une thérapie ne peut pas être mise en défaut, lorsqu'elle ne peut pas avoir tort.

Imaginons que vous fassiez des séances d'hydrotomie.

Vous avez mal ? C'est un signe d'efficacité.

Vous n'avez pas mal ? C'est aussi un signe d'efficacité. 

Dans tous les cas, la théorie est validée, peu importe les faits : c'est une caractéristique des pseudosciences.

​Quelques effets secondaires auxquels on ne pense pas

​Dernière remarque à ce sujet : l'hydrotomie percutanée persuade les patients qu'ils ont mal parce que leurs disques sont abîmés et déshydratés.

Double conséquence.

D'une part, ce genre de croyances est associé à plus de douleurs et d'incapacités : votre organisme vous protège d'autant plus s'il sait que votre dos est potentiellement abîmé.

D'autre part, vous avez alors besoin des services de l'hydrotomie percutanée, qui elle-seule peut "réhydrater" vos disques. Il s'instaure alors une forme de dépendance au thérapeute, là où on aimerait trouver une relation de coopération. Peut-on parler d'effet secondaire ?

​Mais alors, pourquoi est-ce que ça marche pour certaines personnes ?

​L'une des réactions que je m'attends à recevoir est la suivante :

"Si vous voulez, mais dans ce cas, pourquoi y a-t-il tant de témoignages positifs de patients qui ont été guéris par cette méthode ?"

C'est une très bonne question !

L'une des difficultés que l'on rencontre lorsqu'on cherche à déterminer l'efficacité d'un traitement est de parvenir à éliminer autant de biais que possible. Éliminer les biais (c'est-à-dire les erreurs de jugement, de raisonnement), c'est arriver à isoler l'efficacité spécifique du traitement, en enlevant par exemple les effets contextuels (tels que l'effet placebo).

​Or, les témoignages (ou une simple expérience personnelle) possèdent malheureusement trop de biais pour servir de preuves. Il existe en effet plusieurs facteurs qui nous trompent très souvent lorsqu'on cherche à interpréter ce qui nous arrive. En voici quelques exemples.

La régression à la moyenne

Si vous souffrez de douleurs chroniques, il est probable que la douleur oscille au fil du temps, avec des périodes plus douloureuses jusqu'à des pics, et des périodes moins douloureuses. Quand consultez-vous un médecin ? Et surtout, quand seriez-vous prêts à vous engager dans une thérapie comme l'hydrotomie percutanée ? Certainement lors d'un pic de douleur. Il est alors très probable que la douleur diminue après le traitement, indépendamment de son efficacité... 

Cliquer pour agrandir

​Gardez à l'esprit qu'il s'agit d'un schéma : les variations de douleur ne sont pas forcément aussi grandes, et l'échelle de temps peut s'étaler sur plusieurs mois ! Cliquez sur l'image pour l'agrandir

​Les effets contextuels

Ce sont tous les changements que l'on observe lors d'une prise en charge, mais qui ne sont pas dus à l'efficacité spécifique du traitement utilisé. L'effet placebo en fait évidemment partie.

Soyons clairs : tous les traitements possèdent une part d'effets contextuels/placebo, comme une cerise sur le gâteau. Ces effets agissent comme un bonus en plus de l'effet propre du traitement. Tout le monde y est sensible (autant vous que moi), et l'intelligence n'a rien à voir là-dedans.

Il faut simplement en être conscient, et s'assurer que l'on n'est pas en train de vous proposer une cerise sans gâteau.

Quels sont les facteurs qui peuvent contribuer à l'amélioration des douleurs (indépendamment de l'efficacité de la technique) ?​

  • ​La technique est impressionnante : on vous pique à de nombreux endroits pour vous injecter un liquide spécialement préparé pour vous, le tout pile poil à l'endroit qui pose problème !
  • ​On vous a expliqué que le traitement visait la cause exacte de votre problème, avec de longues explications sur les mécanismes de cette thérapie.
  • ​La technique est réalisée par des professionnels de santé en blouse blanche et en qui vous avez confiance. Un proche ou une autre personne vous a peut-être conseillé tel praticien pour ses compétences.
  • Vous vous êtes engagés pour plusieurs séances, vous payez au moins une partie de vos séances de votre poche, et vous avez peut-être du attendre avoir de pouvoir les commencer.
  • Vous avez un bon contact avec le professionnel qui réalise la technique : il vous écoute attentivement et vous vous sentez compris(e).

​ATTENTION : ​Même si certains points peuvent paraître farfelus, ce sont effectivement des facteurs qui peuvent moduler l'évolution de la douleur. Et ce n'est pas une question de faiblesse d'esprit, ou de crédulité, nous sommes tous sujets aux effets contextuels ! 

​Le recueil des témoignages et leur sélection

Selon vous, pour quelles raisons un témoignage ne peut pas servir de preuve d'efficacité ? Si vous le souhaitez, vous pouvez arrêtez quelques secondes votre lecture pour chercher quelques éléments de réponse... 

Imaginez un laboratoire de cosmétique qui chercherait à prouver l'efficacité d'une crème anti-rides. L'un des représentants part interroger 100 personnes qui utilisent la crème pour obtenir des témoignages. À la fin, il est embarrassé : 50 témoignages sont positifs, et 50 sont négatifs. Il est très tentant de ne prendre et ne diffuser que les témoignages positifs. Au final, on peut très facilement retrouver une publicité avec uniquement des témoignages positifs,  alors les acheteurs ne semblent satisfaits qu'une fois sur deux (autrement dit vous avez autant de chance de viser juste à pile ou face que d'être satisfait par cette crème).  

​Pourquoi les témoignages ne sont pas une preuve d'efficacité

Cela nous amène au point suivant : les témoignages reflètent la satisfaction d'une personne, pas l'efficacité de la thérapie. La satisfaction et le ressenti de la personne sont importants, bien entendu, mais ces critères sont insuffisants pour affirmer que quelque chose "marche".

D'une part, on ne peut pas prendre un ou plusieurs cas et en faire une généralité.  D'autre part, il est impossible pour la personne qui témoigne de savoir si les bénéfices qu'elle ressent sont dus à la thérapie en elle-même, ou bien aux effets contextuels, à l'évolution naturelle de la douleur, ou à d'autres choses dans sa vie.

​Non, les personnes qui ressentent un bénéfice avec cette technique ne sont pas folles.

​Ce n'est pas une question d'honnêteté, de crédulité ou d'intelligence ! Les personnes qui témoignent positivement avec plusieurs semaines d'hydrotomie percutanée sont souvent persuadées que c'est bien​ cette technique qui leur a apporté un bénéfice, et pas un autre facteur. ​Cela paraît tout à fait logique, mais hélas, rien n'est moins sûr pour les raisons citées plus haut. C'est là l'intérêt des études scientifiques..​

​Points-clés de l'article

  • Les principes de l'hydrotomie percutanée sont peu plausibles compte-tenu des connaissances scientifiques actuelles, et aucune étude sérieuse n'est proposée par les praticiens pour vérifier ces hypothèses.
  • ​La thérapie est proclamée "efficace" par les fondateurs sans aucune preuve.
  • ​Plusieurs éléments rapprochent l'hydrotomie d'une pseudoscience. Par exemple, les explications sont remplies de jargon scientifique, et tout est fait pour "paraître" scientifique et cohérent avec le reste du système de santé.
  • La technique repose sur une croyance  dépassée selon laquelle la cause de la douleur est toujours un défaut du disque intervertébral (ou d'un autre élément), et qu'il suffit de "réparer" cet élément grâce à l'hydrotomie percutanée pour voir les symptômes disparaître. Ce genre d'explications, cohérentes à la fin des années 80, n'a plus raison d'être en 2018.
  • ​Cette technique n'est pas sans effet secondaire.
  • Les témoignages ne permettent pas  de statuer sur l'efficacité d'une technique.

​Conclusion

L'hydrotomie percutanée présente un certain nombre de défauts qui ne la rendent pas crédible selon moi, et elle n'a pas sa place dans une prise en charge moderne de la lombalgie chronique.

L'hydrotomie percutanée n'est pas encore évaluée scientifiquement, et elle n'est pour l'instant pas plausible.

J'ai choisi de vous exposer les points les plus importants dans cet article. La discussion reste ouverte, et il existe encore d'autres aspects à aborder.

​Si vous découvrez le blog au travers de cet article, sachez qu'il existe d'autres articles qui répondront, je l'espère, à vos questions. Autrement, vous pouvez facilement me proposer des améliorations ou un sujet d'article avec la fonction Faire une suggestion .

Voilà quelques propositions :

​Si vous le souhaitez, vous pouvez recevoir 5 vidéos sur le mal de dos (près d'une heure de contenu) pour mieux comprendre cette fichue douleur et passer à l'action avec plusieurs exercices concrets. Pour cela, il vous suffit de laisser votre nom et votre adresse e-mail ci-dessous. 

​Sources

​Le site officiel disponible ici

​Vidéos d'informations et reportages sur Youtube

​Bases de recherche explorées en vain : PubMed, Google Scholar, PEDro

Trois fausses idées reçues sur la kinésithérapie pour la lombalgie chronique

J'aimerais maintenant vous montrer ce que la kinésithérapie N'EST PAS.

Que ce soit dans les journaux, sur Internet ou à la télévision, certaines idées reçues refont régulièrement surface, à la manière d'un canard en plastique qui resurgit inlassablement à chaque fois qu'on le fait couler dans le bain (je fais appel à vos souvenirs d'enfance). 

​Avant de déconstruire trois idées reçues fréquemment entendues, je voudrais éveiller votre curiosité et votre esprit critique. Qui propage ces idées reçues réductrices et négatives à propos de la kinésithérapie ? 

​Numéro 1 : Le kiné reste focalisé sur la zone douloureuse

​C'est faux. Le kiné a une vision d'ensemble du corps humain, et prend en charge chaque patient dans sa globalité. 

Grâce à son raisonnement clinique et à son diagnostic kinésithérapique, il détermine les éventuels liens entre les symptômes que vous ressentez, évalue ce qu'il faut faire en priorité, et propose un plan de traitement réfléchi.  

S'il faut agir en priorité sur la zone douloureuse, il le fait. S'il faut aller voir ailleurs, il le fait.

Petite pique en passant : se ruer sur une entorse de cheville vieille de 10 ans parce que ce serait la cause de votre lombalgie chronique, ce n'est pas une prise en charge en globalité. 😉

​Numéro 2 : Le kiné ne traite que le symptôme​

​...habituellement complété par " tandis que le chiropracteur/ostéopathe/étiopathe/[insérez la profession de celui qui est en train de parler]  identifie et traite les causes des problèmes ". 

​Depuis plusieurs dizaines d'années, les kinésithérapeutes recherchent également les causes des problèmes de leurs patients, afin de pouvoir leur apporter des bénéfices durables. Outre la condescendance qui émane de ce genre d'affirmations, c'est très mal connaitre la kinésithérapie.

Le diagnostic kinésithérapique est effectué à chaque début de traitement pour comprendre au mieux les différents facteurs qui contribuent à votre situation.

​Numéro 3 : Le kiné ne fait que des ultrasons/chaleur/massage

​Avec l'article précédent, j'espère vous avoir donné un aperçu de la richesse des moyens dont dispose le kiné. Je n'y ai même pas cité ce qu'on appelle la physiothérapie (chaud, froid, électrothérapie, différents rayonnements, etc).

​Vous avez peut-être eu une expérience décevante chez un kinésithérapeute. Si vous avez reçu 10 séances de massages et de chaleur infrarouge, je peux le comprendre. Je ne suis pas là pour critiquer qui que ce soit. Je souhaite simplement rappeler que cela n'est pas représentatif de la kinésithérapie.

​Si vous allez voir un film au cinéma et que vous le trouvez mauvais, est-ce que vous en déduisez que le cinéma n'est pas pour vous ?

​Ces mythes sont le plus souvent dus à une mauvaise connaissance de la kinésithérapie. ​Nous sommes en partie responsables, car nous ne communiquons pas assez sur nos compétences et notre rôle. J'espère que ces articles auront rafraîchi votre vision de mon métier ! 🙂

​N'hésitez pas à commenter et à partager si vous avez trouvé cela intéressant.

On se retrouve dans le prochain article. D'ici là, portez-vous bien.

Eric.

Les moyens du kinésithérapeute dans la lombalgie chronique

​​La kinésithérapie n'est ni une technique, ni un ensemble de techniques. La plupart des moyens utilisés (exercice, manipulations, utilisation d'outils, etc) ne sont pas spécifiques au kiné, et sont utilisés par d'autres professionnels (de manière plus ou moins justifiée, voire carrément illégale).

Ce qui fait la différence, c'est que les kinésithérapeutes utilisent un raisonnement clinique sérieux, reposant sur des bases solides et sur une expertise qui recouvre de très nombreux champs de la médecine. Nous avons une formation initiale universitaire, dense et exigeante, nous permettant de comprendre en profondeur la globalité de chaque individu. De très nombreux kinés font l'effort de se tenir à jour de la littérature scientifique​ et de maintenir un esprit critique vif pour tenir les patients à l'écart des pseudo-médecines qui pullulent aujourd'hui.

​Du mouvement sous toutes ses formes

​​Avec une partie du corps aussi complexe, centrale et sollicitée que le dos, les possibilités de mouvement sont tout simplement illimitées. Voilà une liste non-exhaustive de ce que le kinésithérapeute peut utiliser avec vous :

Des mouvements "actifs" (c'est-à-dire que c'est vous qui les réalisez) du dos.  
Ces mouvements peuvent ​être très simples (se pencher en avant, en arrière, sur les côtés, se tourner, en sont les exemples les plus basiques), ou être de plus en plus complexes (reproduction d'un geste sportif ou professionnel, contrôler différentes parties du corps dans différents plans).  

​Quelque chose de simple 😉


Chaque mouvement peut lui-même être décliné en​ plusieurs variations, en fonction de la position, de la vitesse, de la durée, de l'amplitude,de la précision, etc. C'est la beauté de la variabilité humaine ! 😉

C'est une première étape vers les mouvements actifs. Les manipulations, celles qui vont vite et qui provoquent souvent un "craquement", ont le même objectif : offrir un soulagement temporaire, permettant de recommencer à bouger un peu plus (et de profiter des effets plus durables de l'activité physique).

Des mobilisations "passives" et des manipulations.

Cette fois-ci c'est le thérapeute qui bosse, profitez-en.  Cela peut être un bon moyen d'apprendre à se relâcher pendant le mouvement, avant de le faire soi-même.

​ Cela reste un traitement de seconde intention car ce n'est pas le plus efficace en cas de lombalgie chronique.

Dans certains cas, le mouvement est trop douloureux pour être fait dans un premier temps. Des techniques d'imagerie motrice sont parfois utilisées pour activer le cerveau de la même manière que si vous étiez réellement en train de faire le mouvement.

L'imagerie motrice est un ensemble de techniques, peut-être en avez-vous déjà fait sans le savoir. L'une d'entre elles, par exemple, consiste à imaginer un mouvement, en se focalisant sur différentes sensations et avec le guidage du kinésithérapeute.

À l'inverse, lorsque la situation le permet, des exercices plus intenses tels que du renforcement peuvent être utilisés. Le kinésithérapeute adapte la progression des exercices en fonction de vos capacités, de vos objectifs et d'autres caractéristiques personnelles. Cela peut être un moyen d'aider votre corps à mieux tolérer les activités quotidiennes, une position en particulier, ou encore un sport.

​Une prise de conscience du corps

​Grâce à tous ces mouvements, le kinésithérapeute aide chaque personne à ressentir différemment son corps. Beaucoup de personnes (lombalgiques ou non) semblent déconnectées de leur corps. Travailler sur la prise de conscience corporelle est l'un des plus grands outils du kinésithérapeute. En voilà quelques aspects.

​Le feedback

C'est le fait d'obtenir des informations sur ce que l'on vient de faire, ce qui nous permet d'ajuster notre action si besoin. Le simple fait de regarder ce que l'on fait est un feedback visuel : si vous voyez que vous versez du café à côté de votre tasse, vous corrigez cela (​enfin j'espère).

Plusieurs types de feedback peuvent être utilisés en kinésithérapie, tels que :

Le guidage manuel : le kinésithérapeute peut utiliser ses mains pour guider vos mouvements, et vous aider à mieux les ressentir. Le cas qui me vient en tête est le guidage lors des mouvements de bassin (vidéo n°1 pour les abonnés au blog).  Le kinésithérapeute utilise également le toucher pour ressentir votre état de contraction, et éventuellement vous asséner le fameux "Relâchez-vous" ;).

​Si votre kiné vous dit que vous êtes tendu(e)...

Une surface plane : c'est le mot savant que j'ai trouvé pour désigner une table ou un mur. Lorsque vous êtes allongé sur le dos, les points d'appui de votre corps sur la table sont de bons points de départ pour se concentrer sur vos sensations.

 Le kinésithérapeute peut guider cette introspection, et vous proposer différents mouvements subtils pour faire varier ces points d'appui. Cela permet de rafraichir la représentation de votre dos dans votre cerveau. Le contact avec une table, un tapis ou un mur aide également à reproduire certains mouvements du dos et du bassin.

​Cela marche aussi sur l'herbe, sur le sable.. Tous les prétextes sont bons pour se concentrer sur ses sensations !

Des outils plus ou moins élaborés : du manche à balai à la plateforme multi-fonction dernier cri, la panoplie technique du kinésithérapeute est vaste. Je pense qu'il n'y a pas de bon ou de mauvais outil : chacun d'entre eux permet de découvrir différents mouvements !

Le feedback visuel est plus compliqué pour le dos (vu que.. c'est dans votre dos), mais pas impossible. Un jeu de miroir peut faire l'affaire, et peut vous permettre de réaliser plusieurs mouvements avec une vue directe sur votre dos.

Le feedback verbal : certains exercices sur la sensibilité tactile consiste à reconnaître des chiffres ou des lettres tracées sur la peau, pour mettre à l'épreuve les sensations que la personne possède dans cette zone. Le kiné peut donc dans un premier temps dire quelle lettre/chiffre il trace, puis procéder à l'exercice, en donnant la bonne réponse si la personne se trompe.

​La respiration

​Difficile de faire rentrer la respiration dans une case, tant elle influence beaucoup de paramètres. Voilà quelques liens entre respiration, mal de dos et kinésithérapie.

​En cas de lombalgie chronique, la respiration est souvent altérée. D'une part, les douleurs tendent à rendre la respiration plus courte, plus superficielle et plus rapide. D'autre part, certains mouvements se font avec plus de contractions musculaires au niveau des abdominaux, ce qui gène également la respiration. 

​Le kinésithérapeute vous aide à adopter différents types de respiration, au travers d'une prise de conscience des différents niveaux de ventilation (thoracique haut et bas et abdominal notamment).

Il peut vous proposer des exercices afin de vous apprendre à utiliser la respiration pour vous détendre et soulager la douleur ainsi que le stress. Il vous aide aussi à associer la respiration aux différents mouvements.

Lorsque c'est nécessaire, différents exercices, étirements, mobilisations ou autres peuvent être utilisés pour améliorer la ventilation.

​Proposer des changements dans le style de vie

​Comme je l'ai dit dans la partie sur les objectifs, les 23h30 passées hors de la séance comptent plus que les 30 minutes de séance (du moins c'est mon opinion). 

Le style de vie, c'est-à-dire l'activité physique, l'alimentation, le sommeil, les activités sociales, le stress et l'anxiété (et probablement d'autres encore), a une influence considérable sur l'apparition ou non de douleurs.

​Le kinésithérapeute, à partir des éléments que vous lui fournissez, peut vous proposer des pistes de changement sur ces différents éléments. Si besoin, il pourra vous conseiller de consulter un autre professionnel plus spécialisé dans l'un de ces domaines.

​Donner du sens à la douleur

​Les kinésithérapeutes se forment de plus en plus à la prise en charge de la douleur, pour offrir les meilleures explications possibles aux patients souffrant de lombalgie chronique.


Afin d'aider chaque personne à comprendre les mécanismes et les facteurs en jeu, le kiné propose une explication claire et adaptée à l'histoire du patient.

Ensemble, ils réfléchissent pour trouver les différents éléments dans la vie du patient qui favorisent l'apparition de la douleur, et ils trouvent des moyens à mettre en place pour changer certains d'entre eux.

​Encourager le retour aux activités favorites

​Le kinésithérapeute vous accompagne tout au long du retour aux activités favorites (si vous aviez arrêté de faire certaines choses à cause du mal de dos). Plusieurs idées en vrac sur le sujet :

​Il construit avec vous un programme d'exercices en autonomie pour que vous puissiez continuer de faire certains exercices entre les séances. Certains exercices ne se font souvent qu'une seule fois par jour, comme les exercices au sol ou allongé sur le lit, et certains peuvent être faits plusieurs fois dans la journée, comme les mouvements de bassin en position assise. Cela permet de rendre ces exercices bien plus efficaces, et de vous rapprocher de vos objectifs.

​Il vous aide à planifier le retour à certaines activités jusqu'à présent douloureuses. Par exemple, vous souhaitez reprendre le footing, le vélo (ou un autre sport), mais vos tentatives échouent car la douleur reprend le dessus à chaque fois ?​

Le kinésithérapeute est là pour vous apprendre à doser votre effort, et à identifier certains points à améliorer si besoin (force, souplesse, etc).  Il est également le mieux placé pour découvrir avec vous plusieurs manières de diminuer la douleur avant, pendant ou après l'activité.

 Vous pouvez ensuite utiliser ces astuces pour pratiquer votre activité physique de façon plus sereine.

​Engager et maintenir une relation de qualité avec vous

​Une relation thérapeutique solide est un outil indispensable pour le kinésithérapeute. Voici quelques piliers de cette relation : l'écoute, la confiance, le partage d'expertise (le kiné est un expert du corps humain et du mouvement, vous êtes un expert de vous-même) et l'individualisation du traitement.

​Il y a beaucoup à dire sur cette partie, mais ce n'est probablement pas la partie qui vous intéresse le plus. C'est ouvert à la discussion, si vous le souhaitez. 🙂

​Le kinésithérapeute possède donc de très nombreux moyens pour aider les personnes souffrant de lombalgie chronique (exercices, mobilisations, massage, étirements, éducation à la douleur, programmes d'auto-prise en charge, conseils sur le style de vie, techniques de modifications des symptômes, et bien d'autres). La prise en charge est globale et personnalisée, pour vous permettre d'améliorer votre qualité de vie, de réussir vos objectifs et d'en ressortir plus autonome.

Le rôle du kinésithérapeute dans la lombalgie chronique

​Je suis kinésithérapeute et, parfois, j'ai mal à ma profession.

​Tout particulièrement lorsque je surfe sur Internet (c'est-à-dire tout le temps), et que je lis des choses plus ou moins fausses sur le rôle du kiné dans le mal de dos, sur ce qu'il est censé apporter ou ne pas apporter.

Certaines discussions sur les réseaux sociaux (ainsi que le contexte actuel de ma profession) m'ont donné envie de partager mon point de vue (nécessairement subjectif) sur cette question, et de présenter une kinésithérapie que j'espère "moderne".  Je me focaliserai sur la lombalgie chronique, mais la plupart des réflexions seront probablement valables pour d'autres situations. 

Afin de ne pas vous perdre au cours de cette introspection, je vais tâcher d'aller à l'essentiel pour chacun des points. Ces derniers sont tous ouverts à la discussion et au débat.

Nous commencerons par l​es objectifs de la kinésithérapie, ses différents moyens, puis nous finirons par déconstruire un certain nombre de mythes (une section un tantinet plus polémique, soyez prévenus 😉 ).

​L​es objectifs de la kinésithérapie

​La kinésithérapie, étymologiquement, c'est le soin par le mouvement. Boris Dolto disait même que c'était le soin ​du​ mouvement. C'est donc la pierre angulaire de tout traitement kinésithérapique. ​​​ Au vu des innombrables études scientifiques qui en montrent les bienfaits, je rajouterais même :

"Le mouvement est un médicament"

​Je pense discerner trois grands objectifs en ce qui concerne le mal de dos chronique. Les voici :

​1) Aider la personne à atteindre ses objectifs

​Le plus évident de tous.

La plupart du temps il s'agit d'apaiser la douleur, qui est plus ou moins intense et invalidante au quotidien. L'objectif est alors de diminuer progressivement cette douleur grâce à différents moyens.  Cependant, certains d'entre vous ont d'autres objectifs, tels que :

- Pouvoir refaire une activité en particulier, même si cela fait quand même un peu mal

- Pouvoir (re)trouver une vie sociale épanouissante

- Améliorer leurs performances sportives

- Éviter une opération

- Pouvoir être présent au maximum pour leurs enfants

- ​...

​Les objectifs peuvent être très différents d'une personne lombalgique à une autre, et la kinésithérapie a plus d'une corde à son arc pour aider chacune d'entre elles.

​2) Aider la personne à comprendre ce qu'il se passe

​​La lombalgie chronique est associée à plusieurs émotions négatives : la frustration de ne pas/plus réussir à faire certaines choses, l'incompréhension, la peur, l'inquiétude, etc...

Je considère que l'un des rôles du kinésithérapeute est d'aider chaque personne à comprendre sa situation, avec des explications claires, personnalisées et basées sur les données actuelles de la science. À comprendre quels sont les facteurs qui interagissent pour provoquer la douleur chronique dont elle souffre.

C'est très délicat, et j'ai parfois l'impression de jouer au funambule lorsque je le fais, mais c'est nécessaire pour parvenir au troisième objectif.

​3) Aider la personne à devenir plus autonome

​Peut-être  un point plus controversé ?

Dans la lombalgie chronique, les vrais progrès ne sont pas faits pendant les 30 minutes de séance, mais plutôt pendant les 23h30 que le patient passe en dehors de la séance, dans sa vie quotidienne.

Pendant la séance, les moyens utilisés peuvent avoir un effet immédiat, bien sûr. Mais c'est surtout l'influence de ce qui est vu en séance (mouvements, techniques, informations, etc) sur le quotidien de la personne qui va avoir un effet plus durable.

Le fait de réaliser à nouveau certains mouvements de son côté. De refaire cette technique de respiration, de relaxation. D'appliquer le programme de retour au sport. De repenser à certaines informations et discussions sur la douleur. D'expérimenter.

​Cela n'est possible que si le thérapeute vous a donné des clés pour vous débrouiller tout seul. Des moyens de faire face à différentes situations (comme une augmentation temporaire des douleurs), ou simplement de doser votre effort si vous voulez reprendre le footing ou le vélo.

​Attention, il ne s'agit pas de transformer les gens en médecins, kinés ou autre : les professionnels de santé seront toujours indispensables. Cependant, est-ce que vous préférez devoir consulter un professionnel au moindre petit pépin car lui seul est capable de vous apporter la solution, ou bien être capable de gérer les petits imprévus et vous sentir autonome et confiant ?

Quand faut-il passer un IRM du dos ?

​"L'Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) est une technique d'imagerie médicale permettant d'obtenir des vues en deux ou en trois dimensions de l'intérieur du corps de façon non invasive avec une résolution en contraste relativement élevée."

​Amélioré et démocratisé dans les années 80, l'IRM permet d'étudier avec une précision impressionnante les différents tissus du corps humain.

​Il semble alors naturel de vouloir l'utiliser dès qu'une douleur se présente, pour identifier la cause de la douleur, non ?  Qu'en pensez-vous ?


​Pourquoi l'IRM est inutile dans la majorité des cas

​Si vous suivez le blog depuis quelques temps, vous savez probablement déjà que le mal de dos n'est que pauvrement corrélé à la présence d'une lésion dans la zone douloureuse, et ce d'autant plus que la douleur persiste.

​En réalité, on estime que le mal de dos n'est clairement relié à une "anomalie" (telle qu'une hernie, de l'arthrose, etc) que dans environ 10% des cas. On parle alors de lombalgie spécifique

Les problèmes sérieux comme une tumeur ou une infection n'excèdent pas 1% à 2% des cas.

Dans 9 cas sur 10, on ne peut établir un diagnostic fiable grâce à l'imagerie médicale. On parle alors de lombalgie non spécifique, ou idiopathique.

Quel est le problème ?

​Nos appareils d'imagerie tels que l'IRM sont tellement sensibles et précis qu'ils détectent des soit-disant "anomalies" dans la majorité de la population !

Si vous prenez 100 personnes de 50 ans qui n'ont pas mal au dos, 80% présentent au moins un disque dégénéré, 60% ont une protrusion discale et un tiers ont de l'arthrose au niveau des articulations zygapophysaires. Et ils n'ont pas mal !

Voilà le tableau complet des résultats d'une étude emblématique. Repérez la colonne qui correspond à votre âge, et découvrez quelles "anomalies" on retrouve chez des gens de votre génération qui n'ont pourtant pas de douleur.

​Brinjikji & al, Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations, AJNR 2015

​Disk degeneration = dégénérescence discale

​Disk signal loss = perte de signal discal

Disk heigh loss = affaissement du disque

Disk bulge = bombement discal​

Disk protrusion = protrusion discale

Annular fissure = fissure annulaire

Facet degeneration = arthrose zygapophysaire

​Spondylolisthésis = pareil en français

​Ainsi, pour diagnostiquer les 10% de patients dont la douleur est réellement liée à une lésion, nous usons et abusons de ces examens complémentaires. Quelle est la conséquence ?

Nous avons créé et propagé parmi les 90% restants la croyance selon laquelle le mal de dos est dû à ces résultats d'IRM.

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​​Vous y découvrirez plusieurs ​exercices faciles à faire au quotidien​​, ainsi que leurs explications. Ma priorité est d'augmenter considérablement votre compréhension du mal de dos pour vous permettre de vous en libérer.

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Quelles sont les vraies indications à un IRM du dos ?

Les recommandations de la Société Américaine de la Douleur, basées sur une analyse de la littérature scientifique, sont très claires.​

  • Les médecins ne devraient pas prescrire d'imagerie de façon routinière aux patients souffrant de lombalgie non spécifique.
  • ​​Les médecins devraient effectuer des examens complémentaires d'imagerie chez les patients lombalgiques si des déficits neurologiques sévères ou évolutifs sont présents, ou quand une pathologie sérieuse est suspectée.

​Il convient également de patienter un ou deux mois dans certains cas,​​​​ lorsque l'évolution naturelle de la pathologie est susceptible de régler le problème sans intervention.

​Un déficit neurologique sévère est une altération importante de la sensibilité (perte de la sensation du toucher, possibilité de picotements/fourmillements) ET de la motricité (perte de force musculaire au niveau d'une jambe).

Le déficit est évolutif si, comme son nom l'indique, il s'aggrave au fil du temps.

​Une pathologie sérieuse peut être un syndrome de la queue de cheval (compression sévère des racines nerveuses les plus basses), une infection, une tumeur, une fracture, etc. Votre professionnel de santé peut suspecter ce genre de pathologie en fonction de l'histoire de vos symptômes et de l'examen clinique.

​Pourquoi l'IRM peut être ​NÉFASTE

​En plus d'être inutile dans la plupart des cas, et de représenter une dépense évitable pour la sécurité sociale, passer un IRM peut carrément diminuer vos chances de voir la douleur disparaître. Vraiment ?

On pourrait croire qu'il vaut mieux avoir quelques fausses alertes pour être sûrs de ne rien manquer, non ?

Voilà la raison : les résultats d'examen peuvent RÉELLEMENT faire peur à celui qui les reçoit.

Imaginez la situation suivante (peut-être même l'avez-vous déjà vécue). Vous avez mal au dos, vous ne savez pas pourquoi, et en lisant vos résultats d'IRM vous découvrez que vous avez deux disques "abîmés".  Êtes-vous rassurés ? Est-ce que cela vous encourage à faire confiance à votre dos ? C'est tout le contraire en réalité, bien évidemment.

De nombreuses personnes développent ainsi des croyances négatives, de la peur et de l'anxiété à cause de soit-disant anomalies, qui sont en fait une partie normale du vieillissement physiologiques et rarement responsables de la douleur !

Ces pensées sont de puissants messages de danger pour votre cerveau. Vous ne savez pas ce qu'est un message de danger ? Vous pouvez aller lire le bonus pour tout comprendre.

​Ce ne sont pas que des suppositions : une étude s'est justement penchée sur le sujet en 2013. Un IRM précoce en cas de lombalgie aigüe améliore-t-il l'évolution du patient ?

"L'IRM utilisé précocement et sans indication a un puissant effet IATROGÉNIQUE* en cas de lombalgie aigüe, qu'il y ait une radiculopathie ou non. Les professionnels et les patients devraient être informés que lorsqu'un IRM n'est pas indiqué, il n'apporte aucun bénéfice, et des résultats moins bons sont à attendre."

​*Iatrogéni​que : Se dit d'un trouble, d'une maladie provoqués par un acte médical ou par les médicaments, même en l'absence d'erreur du médecin. (Larousse)

​Est-ce que cela vous surprend ?

Avez-vous eu un IRM alors que votre situation ne correspondait pas aux critères cités dans cet article ?

​N'hésitez pas à partager votre histoire dans les commentaires !

Les accessoires correcteurs de posture : révolution ou effet de mode ? (La grande im-posture partie 2)

​De nombreuses personnes ont développé des produits pour tenter de résoudre l’énigme que représente le mal de dos (qu’il s’agisse des lombalgies ou des cervicalgies). Chacune de ces innovations reflète une vision particulière de ce problème : leur mode d’action met en évidence ce que le développeur considère comme étant la « cause » de la douleur.

​C’est ainsi que d’innombrables produits ont vu le jour : de l’appareil de traction à la ceinture lombale, en passant par les semelles d’acupression.  Bien entendu, certains peuvent vous soulager. Force est de constater cependant que le produit miracle n’a pas encore été trouvé.

​Compte-tenu de l’idée reçue selon laquelle il faut se tenir droit pour ne pas avoir mal, certaines entreprises se sont tout naturellement tournées vers cette voie. Des exemples récents en sont Upright (un petit boitier collé au dos) et Percko (un tee-shirt seconde peau). Ce dernier ayant été plutôt bien médiatisé en France, j’ai choisi de l’étudier dans le reste de l’article.

Que peut-on attendre de ces accessoires ?

Y a-t-il des preuves d’efficacité ?

​Ma démarche pour cet article

​L’objectif est d’analyser un accessoire correcteur de posture, le tee-shirt Percko, et de le confronter aux données actuelles de la science. Je ne possède aucun conflit d’intérêt envers cette entreprise et je n’ai aucun intérêt à critiquer négativement leurs produits. Le seul but est d’éclairer vos choix et d’améliorer votre compréhension du corps humain.

J’ai échangé avec l’équipe de Percko par mail et par téléphone avant d’écrire cet article, pour mieux comprendre leur raisonnement.

​Présentation du tee-shirt

​La page de présentation du produit remplit sa fonction mieux que je ne saurais le faire. Cet article n’a pas non plus pour vocation de détailler précisément les caractéristiques techniques du produit.

​Pour résumer, il s’agit d’un tee-shirt très fin, qui se porte sous les vêtements sans occasionner de gêne. Il est équipé de « tenseurs », qui sont en quelque sorte des élastiques intégrés dans la structure du tissu.

Lorsque le porteur du tee-shirt adopte une posture avachie ou penchée en avant, il ressent la tension de ces structures élastiques, et ces dernières l’aident à se redresser.  Cela permet de « prendre conscience de votre mauvaise posture ».  

Ces stimulations quotidiennes sont censées améliorer votre posture au long terme et diminuer votre douleur.

​Il est destiné à toutes les personnes souffrant de lombalgies, sauf celles atteintes de pathologies rhumatismales inflammatoires.  Il ne se substitue pas à une prise en charge thérapeutique, mais agit en complément.

​Parmi les conseils délivrés avec le produit, Percko suggère de ne pas porter le tee-shirt tous les jours.  Je trouve qu’il s’agit d’une bonne idée pour éviter de développer une dépendance au produit.

​L’étude réalisée par l’entreprise pour tester son produit est abondamment citée pour affirmer une « efficacité » de son produit. Or cette étude, comme nous allons le voir, ne permet en aucun cas de tenir un tel discours

​Explication du mode d'action par Percko

​Pour l’instant, laissez moi détailler objectivement le raisonnement des créateurs, sans critique de ma part. Percko a réalisé une étude (disponible ici) en collaboration avec une école d’ostéopathie, dans laquelle ils décrivent leur raisonnement.

​Le produit repose entièrement sur l’idée qu’une « mauvaise posture » (comprendre : une position penchée en avant)  est responsable de la plupart des maux de dos.

​Explication par Percko

Raisonnement simplifié : « Les lombalgiques ont une moins bonne posture, ce qui créé une hyper-activité musculaire à l’origine de leurs douleurs. Il faut donc corriger leur posture pour diminuer leur douleur ».

Conclusion simplifiée : « Le tee-shirt arrive à améliorer la posture, donc il est efficace sur la douleur ».

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​​Vous y découvrirez plusieurs ​exercices faciles à faire au quotidien​​, ainsi que leurs explications. Ma priorité est d'augmenter considérablement votre compréhension du mal de dos pour vous permettre de vous en libérer.

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  • ​L'accès au bonus pour comprendre les bases de la douleur

​​À propos de l'étude réalisée

Le positif : On peut saluer la démarche des créateurs qui ont cherché à tester leur produit. Il est déjà difficile de réaliser une étude de qualité en étant professionnel de santé chercheur, alors en étant commercial…

Le négatif : L’étude est très mauvaise, remplie d’incohérences, d’aberrations et démontrant un raisonnement douteux. Comme je l’ai dit plus haut, on ne pouvait pas s’attendre à un essai clinique phénoménal. Cependant les nombreuses failles du raisonnement n’ont pas de lien avec un manque de moyens.

​Ce qui m’embête le plus est que Percko cite cette étude pour affirmer l’efficacité de son produit, alors qu’elle ne permet pas du tout d’arriver à cette conclusion. La variable évaluée dans cette étude est la posture. Percko tire des conclusions sur la douleur. Il y a quelque chose qui coince !  C’est donc l’exploitation de l’étude plus que l’étude elle-même que je critique (on ne tire pas sur l’ambulance, comme on dit…).

​Pour une critique plus axée sur la méthodologie de recherche par un ostéopathe, voir cet article.

​À propos du raisonnement

Est-ce qu’une « mauvaise posture » génère forcément de la douleur ? Non, comme nous l’avons vu dans le précédent article. Pas besoin d’y revenir ici. La statistique diffusée par Percko dans leurs publicités (80% des maux de dos dus à une mauvaise posture) est absolument ​INFONDÉE.

Est-ce qu’une « mauvaise posture » entraine forcément une hyperactivité musculaire ? Non, vous pouvez être habitués à une posture atypique et réussir à vous détendre dans celle-ci. Par ailleurs, certaines postures jugées mauvaises sont en réalité des solutions très économiques en énergie musculaire (telles que la position des cueilleurs de riz, vue dans l’article précédent).

Est-ce qu’une hyperactivité musculaire est forcément douloureuse ? Non, vous pouvez avoir (et vous avez probablement en ce moment) des muscles dits « tendus », ou « contracturés » sans même le sentir. Néanmoins, ce point est encore sujet à débat, car nous ne comprenons pas encore tout à fait le rôle des fameux trigger points dans le mal de dos. Affaire à suivre !

En définitive, il est possible que certaines postures soient retrouvées chez les personnes qui ont mal, mais nous ne pouvons pas dire que l’un est CAUSÉ par l’autre !

​Les anglo-saxons disent « correlation does not imply causation » (Corrélation ne veut pas dire causalité). Sachez par exemple que le taux de divorce dans le Maine aux États-Unis est corrélé à la consommation par habitant de margarine. Peut-on en tirer quelque chose ? Non.

​Explication alternative

Pourquoi ne pas reprendre le raisonnement de Percko à l’envers ?

​La douleur tend à s'accompagner d'une hyperactivité musculaire pour protéger la zone concernée. Cette augmentation de l’activité musculaire peut tout à fait altérer la posture, augmenter la raideur du tronc et empêcher d’adopter certaines positions  Les liens de causalité non prouvés peuvent être renversés et tout chambouler.

Explication alternative plus plausible

​Ce second schéma n’est pas une vérité absolue, mais il est bien plus vraisemblable au vu des connaissances actuelles.

​Conclusion sur les promesses faites par Percko

Soyons bien clairs : je ne dis pas que le tee-shirt Percko est inutile ou qu’il n’est pas efficace. Je n’ai pas les moyens de faire une telle affirmation. Cependant, j’apporte plusieurs arguments qui viennent tempérer les promesses faites par l’entreprise. Le but n’est pas de dire « Cela ne marche pas« , mais plutôt « Ce n’est pas aussi simple que cela » et « Il y a sûrement mieux à proposer« .

​De la même manière, je ne vous conseille à aucun moment d’acheter ou de ne pas acheter ce produit. Comme toujours, le but est de vous informer pour que vous puissiez prendre une décision éclairée.

​Je pense qu’il faut absolument changer les discours à propos de la posture. Stigmatiser certaines postures comme étant « mauvaises » et inciter les gens à tendre vers la sacro-sainte rectitude est contre-productif. Cela renforce les croyances négatives et génère un effet nocebo.

​Pour rappel, cela signifie que pour une même posture, vous aurez plus mal si vous pensez que cette posture est mauvaise pour vous.  À une époque où de nombreuses personnes n’ont pas d’autre choix que d’être assis pour travailler, diffuser ce genre de message contribue réellement à la progression des pathologies liées au travail !

​Il existe bien d'autres moyens pour mieux supporter une position assise prolongée.

​En quoi le tee-shirt Percko peut-il quand même être utile ?

​Il ne serait toutefois pas honnête de conclure cet article en dépeignant ce tee-shirt comme le mal absolu. Il existe un point sur lequel je peux rejoindre les concepteurs de ce produit.

​Le rappel élastique peut faciliter une prise de conscience de plusieurs positions, notamment « avachie » et « redressée ». Mieux ressentir la partie du dos endolorie et savoir différencier plusieurs postures légèrement différentes a un effet positif prouvé sur la douleur chronique.

De nombreuses personnes traversent leur existence sans jamais se soucier de ce que leur corps leur communique. La sensibilité de leur dos passe complètement à la trappe, et la seule sensation qui leur provient de cette région est la douleur. On fait difficilement mieux en termes d’association négative.

​Ensuite, le fait de porter un tee-shirt « correcteur de posture » peut selon moi apporter une sensation de sécurité. Il est donc logique que cela influence le cerveau lorsqu’il décide ou non de créer de la douleur (rappelez-vous, le cerveau génère de la douleur lorsqu’il considère qu’une partie du corps est en danger). Qu’est-ce qui contribue à ces « messages de sécurité » ?

  • Le fait d’avoir une « seconde peau » protectrice
  • Le message de vente de l’entreprise, les promesses et les témoignages positifs de clients
  • Le prix payé
  • La sensation de se sentir plus droit
  • Les sensations tactiles liée au port du tee-shirt
  • ​Mon avis personnel

    ​En définitive, je pense que la balance avantages/inconvénients penche beaucoup trop du côté négatif pour que je puisse conseiller ce produit.

    Avez-vous déjà essayé un produit similaire ?

    N’hésitez pas à réagir et à partager ! À bientôt

    Ne recherchez plus de traitement miracle !

    Arrêtez tout, on a trouvé LA solution

    Une nouvelle thérapie révolutionnaire importée de Nouvelle-Zélande vient de faire son apparition en France et pourrait bien bouleverser la vie de nombreuses personnes. Elle permet de soulager efficacement et rapidement la plupart des cas de lombalgie chronique en quelques séances seulement. Le Dr Larnak, qui s’est inspiré des médecines orientales pour découvrir LA cause de nombreuses lombalgies. D’après ses découvertes, un muscle en particulier, le faisceau oblique supérieur du multifidus, est responsable de la plupart des maux de dos. Sa technique de traitement brevetée consiste en l’utilisation d’une machine à la pointe de la technologie, venant appliquer une ……..

    Ce paragraphe (construit de toutes pièces) contient un assortiment incroyable d’arguments fallacieux. Les repérez-vous tous ? Hélas, il n’est pas rare de lire de telles énormités dans certains magazines grand public ou sur certains sites web. J’aurais également pu vous ressortir le traitement de l’arthrose à base de bave d’escargot !

    À chaque fois une nouvelle cause de douleur est trouvée et/ou un traitement miracle adapté est bien évidemment proposé. L’addition est souvent salée.

    Comment expliquer la prolifération de ces thérapies ? Laquelle croire ?

    Du pessimisme au messianisme

    Lorsqu’ils sont confrontés à un patient souffrant de douleurs chroniques, les professionnels de santé se sentent souvent impuissants. Ils ont du mal à appréhender la complexité de la situation de cette personne et à construire une prise en charge solide en laquelle ils ont confiance. Certains finissent même par avouer leur impuissance, sans oublier bien entendu d’asséner quelques répliques bien senties telles que «Il va falloir vous y faire», «C’est dans la tête» ou «Il n’y a pas grand chose à faire, vous aurez cette douleur à vie».

    Le patient n’étant pas satisfait, voire carrément frustré, par ces pseudo-réponses, cherchera ailleurs la réponse aux questions qui le taraudent. Cela a deux conséquences :

    • Un rejet de la médecine « conventionnelle », associée aux médicaments, au manque d’humanisme et d’empathie de la relation thérapeutique, et à l’échec du traitement qui leur a été proposé.
    • Une attirance pour les médecines alternatives et étiopathiques, c’est-à-dire qui prétendent traiter la « cause » du problème.

    Cette lacune dans la prise en charge « conventionnelle » offre un boulevard à une flopée de thérapeutes, qui clament haut et fort trouver et traiter la cause.

    La solution proposée est habituellement un traitement passif (c’est-à-dire dans lequel vous n’avez pas besoin de participer, de bouger, de faire un quelconque effort). On peut citer par exemple les manipulations vertébrales, le massage ou l’acupuncture (comment ça ? vous osez critiquer l’acupuncture ? Article à venir.. un jour 🙂 ). Néanmoins, il existe aussi des traitements actifs qui rentrent dans le propos de cet article. Je pense notamment aux exercices de stabilisation lombale et/ou de contrôle moteur qui, bien que passionnants, ont une efficacité surestimée par les praticiens qui les utilisent (voir ici, ici et ici pour les professionnels qui passent par là).

    J’entends par traitement miracle tout traitement mis en avant comme une solution simple et efficace à un problème complexe tel qu’une douleur chronique, sans être soutenu par des preuves scientifiques tangibles.

    Pourquoi la fameuse cause ne peut pas être si évidente

    Un des principes qui sera répété encore et encore sur ce blog sera le suivant :

    La douleur est mal corrélée à la présence d’une lésion dans les tissus (muscles, ligaments, tendons, nerfs,…). Vous pouvez avoir mal alors que votre corps est en parfait état, et vous pouvez être blessé sans avoir mal.

    La façon dont le cerveau crée ou non de la douleur sera décrite très prochainement dans la catégorie L’origine de la douleur.

    La relation entre douleur et lésion est de plus en plus mauvaise au fil du temps. Plus la douleur perdure, plus les lésions qui étaient peut-être présentes ont cicatrisé. Il ne reste principalement que des problèmes liés à la sensibilité du système nerveux et des facteurs psychologiques.

    Considérer qu’une douleur chronique n’est due qu’à un muscle « tendu » ou à une articulation « usée », c’est passer complètement à côté de la complexité des neurosciences de la douleur.

    Beaucoup de thérapeutes passent leur temps à essayer d’agir sur des éléments du corps qui ne sont la plupart du temps même pas responsables de la douleur.

    Le message que je veux faire passer est qu’il n’existe pas UNE unique cause de douleur. La douleur chronique est le fruit d’une interaction complexe entre de nombreux facteurs.  En définitive, si quelqu’un prétend connaître LA cause précise de votre lombalgie ou cervicalgie chronique, cela doit éveiller vos soupçons.

    Un traitement passif ayant pour cible la soi-disant cause de votre problème n’a donc que très peu de chance de le régler. Je parle par exemple du massage (désolé…), des manipulations vertébrales pour corriger l’articulation « mal alignée », des étirements pour étirer LE muscle responsable de votre douleur, des techniques de trigger points pour éradiquer le centimètre carré de tissu contracté, etc …

    Attention : Je ne dis pas que ces moyens sont inutiles ! Ils peuvent être utiles lorsqu’il sont intégrés à une prise en charge ACTIVE et associés à une explication correcte. Ils ne le sont certainement pas lorsqu’ils sont présentés comme l’unique constituant du traitement et comme une condition au bon « fonctionnement » du corps.

    Nous allons maintenant voir, quitte à être légèrement subversif, comment les traitements passifs peuvent entraver votre récupération.

    Pourquoi les traitements passifs sont une barrière à la guérison

    Comme nous venons de le voir, les traitements passifs véhiculent une vision très basique de la douleur. Un tissu endommagé ou dysfonctionnel enverrait des « signaux de douleur » au cerveau, ce qui provoquerait la douleur ressentie. Ce modèle est erroné, et cela a des répercussions plus profondes que l’on n’ose l’imaginer.

    Tout d’abord, si on considère qu’une lésion est responsable de la douleur, alors vous ne pourrez pas être soulagés si vous ne vous débarrassez pas de cette lésion. Vous n’avez pas d’autre choix que de vous offrir les services DU thérapeute qui possède LA technique ou LE matériel nécessaire pour traiter LA cause. Personnellement, je ne trouve pas cela très louable.

    Toujours selon ce même modèle, vous ne devez pas reprendre vos activités favorites tant que le « problème » n’a pas été réglé, sous peine de l’aggraver. Cela favorise trois choses :

    • Une dépendance vis-à-vis d’une technique et/ou d’un thérapeute, car lui seul est alors capable de vous aider.
    • Une vision très pessimiste et contrefaite de votre corps : « Mon corps est fragile, tendu, mal aligné, mal foutu, et je dois aller régulièrement me faire traiter sinon j’aurai encore plus mal ». Ce genre de traitement dans un contexte chronique renforce vos croyances selon lesquelles votre corps a besoin d’un ajustement, d’une correction, d’une aide extérieure pour pouvoir bien fonctionner.
    • Un déconditionnement progressif (expliqué dans cet article). Autrement dit, pendant que l’on se focalise sur un élément probablement insignifiant, d’autres facteurs viennent s’entremêler aux facteurs initiaux et noircissent le tableau.

    Il existe de nombreuses choses que VOUS pouvez faire pour agir. Le terme d’auto-prise en charge regroupe toutes les décisions que vous prenez et tous les changements de style de vie que vous mettez en place. Avoir une démarche plus active est la meilleure chose que vous pouvez faire.

    Vous êtes le moteur de votre progression

    Casser le cercle vicieux de la douleur chronique nécessite du temps ainsi qu’un changement profond et durable du style de vie. Cela se traduit par une évolution des croyances et des comportements. Vous l’aurez compris, les principaux changements se font de votre côté, de votre initiative et avec votre motivation. Il ne s’agit pas là de reporter toute la responsabilité sur vous, bien entendu. Une question se dessine peut être en ce moment même sur vos lèvres :  » Mais à quoi vous servez alors ? ». Ou plus joliment dit :

    Quel est le vrai rôle des professionnels de santé ?

    Leur rôle est de vous guider et de vous accompagner vers l’indépendance. Ils vous permettent d’exploiter au maximum votre potentiel, grâce à de l’éducation thérapeutique, des exercices et des conseils d’hygiène de vie. En vous transmettant des connaissances, ils vous aident à mettre à jour vos croyances et vos représentations sur les problèmes que vous pouvez rencontrer.

    En créant un environnement favorable à la guérison (parfois à l’aide de traitements passifs !) et en vous donnant les moyens de vous prendre en charge, ils vous permettent d’accéder à l’autonomie. Par conséquent, vous êtes en mesure d’adapter votre style de vie et vos activités pour bénéficier de la meilleure récupération possible.

     

    L’exemple

    Il existe une citation de Voltaire qui, bien qu’ancienne, peut prendre du sens aujourd’hui :

    L’art de la médecine consiste à distraire le malade pendant que la nature le guérit.

    « Exactement ! »

    Ce que l’on peut en comprendre, c’est que bon nombre de traitements sophistiqués, pratiqués uniquement par certains thérapeutes formés, dont le mécanisme parait très clair et spécifique, ne sont pas toujours efficaces pour les raisons données.

     

    Prenons par exemple un traitement en thérapie manuelle par manipulation vertébrale. Vous vous rendez chez un thérapeute pour trouver une solution à votre lombalgie. L’explication donnée par le praticien peut être « Vous avez un blocage entre ces deux vertèbres, ce qui provoque votre douleur, et je vais corriger ce défaut grâce à une manipulation« . Dans les semaines qui suivent le traitement, votre état s’améliore.

    Doit-on alors prendre l’explication pour argent comptant ?

    Actuellement, les données scientifiques suggèrent que les praticiens sont en réalité peu fiables dans le repérage de l’étage soi-disant « bloqué », qu’ils ne peuvent pas cibler précisément l’étage qu’ils veulent manipuler, qu’aucun changement de position vertébrale n’est induit par les manipulations, et que la position des vertèbres les unes par rapport aux autres n’est que pauvrement corrélée à la douleur.

    Il est donc raisonnable de chercher une explication alternative. À la lumière des publications scientifiques sur le sujet, il est probable que vous ayez bénéficié d’une détente musculaire péri-articulaire ainsi que d’un effet neurovégétatif. Les effets des manipulations vertébrales n’existent uniquement qu’au court terme. Comment expliquer une amélioration sur plusieurs semaines ?

    On peut supposer que ces effets, couplés à l’effet placebo (impression d’avoir été « remis en place », bruit articulaire, réputation et tact du praticien, prix de la séance,..) vous ont incité à être plus actif et à plus faire confiance à votre dos. D’autres facteurs comme la régression à la moyenne et l’évolution naturelle de la maladie ont aussi une influence. Cela résulte en une augmentation de l’activité physique (et des bénéfices qui en découlent), une diminution du stress, un abaissement de la sensibilité du système nerveux, une reprise des activités favorites,etc…

    La manipulation en elle-même n’était donc qu’un « coup de pouce » (voire un leurre… même si je risque d’attiser la colère de certains 😉 ).

    Quel est le problème ? Après tout, vous vous sentez mieux, non ? Pouvons-nous améliorer quelque chose dans ce scénario ?

    Vers une relation thérapeutique moderne et humaniste

    Le modèle de direction-coopération

    Un modèle de relation thérapeutique s’est imposé depuis bien longtemps dans le monde médical : celui de la direction-coopération (Szasz & Hollender). Le professionnel de santé est en position d’autorité, prend toutes les décisions et donne des ordres. Le patient vient pour recevoir (voire subir) un traitement qu’il ne choisit pas, et doit se plier à la sacro-sainte prescription sous peine d’être étiqueté « mauvais patient ». Le professionnel dirige, le patient coopère. Ce type de relation directive et paternaliste est encore aujourd’hui accepté comme relation « par défaut », car profondément ancré dans nos mœurs.  Nous acceptons volontiers cet aspect autoritaire, du fait que cela correspond à notre image des professionnels de santé, médecins notamment.

    Dans ce cas, vous êtes passifs. Lors d’une pathologie aiguë, telle qu’une infection, cela ne pose pas problème.  Cependant, dans un contexte chronique, c’est à côté de la plaque.

    Pourquoi ?

    L’incompatibilité entre ce modèle et les pathologies chroniques

    Dans le cadre d’une pathologie chronique, que ce soit un diabète, une maladie cardio-vasculaire ou une douleur persistante, vous devez participer et vous impliquer dans votre prise en charge.

    ATTENTION : A partir de ce paragraphe, je vais mettre les douleurs chroniques dans le même « sac » que le diabète et d’autres maladies, car dans tous ces cas, le rôle des différents protagonistes change et le patient doit devenir un acteur de sa prise en charge. Cela ne signifie PAS que la douleur est incurable comme un diabète, ni que la douleur est une maladie grave. Ceci est une analogie au niveau de l’auto-prise en charge uniquement.

    Les diabétiques connaissent parfaitement leurs responsabilités : connaitre leur pathologie, reconnaître les signes d’hypo/hyperglycémie, technique de prise d’insuline, activité physique, alimentation, choses à surveiller,… Ils ont été parmi les premiers à bénéficier de l’Éducation Thérapeutique du Patient. Tout ceci leur permet d’améliorer grandement leur qualité de vie et de se sentir maîtres de la situation.

    Pourquoi en serait-il autrement dans le cas d’une douleur chronique ?

    Ce lot de responsabilités peut être perçu comme un fardeau, car nous sommes habitués à nous reposer sur le soignant. Au contraire, cela peut être vu comme une libération, comme une prise de contrôle ! Ce genre de prise de conscience peut prendre plus ou moins de temps en fonction des représentations de chacun.

    Vers quoi nous-dirigeons nous ? Une relation moins inégale où les deux partis apportent leur pierre à l’édifice ?

    Un changement de paradigme à opérer

    La prise en charge optimale d’une pathologie chronique nécessite une relation dite de participation mutuelle.

    D’un côté, le professionnel apporte son savoir théorique et pratique. De l’autre, le patient apporte son vécu, ses expériences et son ressenti. Le soignant transmet des connaissances et des compétences au patient afin de lui permettre de reprendre ses activités.

    Par exemple :

    • Connaître la signification de la douleur
    • Savoir doser l’intensité de ses activités
    • Trouver les exercices qui soulagent le plus au quotidien, et savoir quand les faire
    • Parvenir à refaire une activité qui vous plaît, même a minima, au lieu de tenter à tout prix d’imposer un sport qui ne vous plaît pas (exemple typique : la piscine !)

    Les objectifs doivent absolument être fixés par les deux protagonistes, pour une raison simple : une guérison ou un retour à la norme n’est pas envisageable au court terme. La « norme » n’a d’ailleurs plus de sens dans ce cas. Le patient doit donc participer à l’élaboration d’objectifs qui ont du sens pour lui et auxquels il adhèrera (ce qui n’est souvent pas le cas quand le professionnel impose sa vision des choses à l’autre). Ces objectifs évolueront au cours du temps, au fil des progrès réalisés. Par exemple :

    • Recommencer à courir 20 minutes trois fois par semaine (puis 30 minutes, etc…)
    • Pouvoir faire le ménage dans la maison ET profiter du reste de la journée
    • Pouvoir rejouer au foot avec mon fils pendant une demi-heure.

    Ces objectifs sont personnalisés, et n’ont pas été fixés par un professionnel qui tenterait à tout prix de faire correspondre le patient à une norme impersonnelle et aseptisée. A partir de là, les deux partis sont motivés à mettre en place les moyens nécessaires pour atteindre ces buts. Vous êtes davantage enclins à vous impliquer dans votre traitement, à faire des exercices, à changer vos représentations et vos comportements, quand l’objectif est d’améliorer concrètement votre qualité de vie.

    Une relation à double sens est possible et souhaitable. Nous devons passer d’une logique d’abandon (je laisse le médecin/kiné/… tout gérer et je me contente de suivre les consignes) à une logique de gestion (j’ai un rôle d’acteur, je participe aux prises de décisions et au déroulement de la prise en charge).

    Un chemin semé d’embuches

    Si les choses étaient aussi simples, nul doute que l’on aurait déjà optimisé toutes les prises en charge et qu’un certain nombre de problèmes seraient réglés. Il ne s’agit pas d’un jugement mais d’une critique (constructive, il me semble). On ne peut pas modifier les paramètres d’une relation thérapeutique comme on bidouillerait les boutons de l’autoradio pour trouver sa station préférée : un peu plus de ceci, un peu moins de cela, et le tour est joué ! Les êtres humains ne peuvent (heureusement) pas être contrôlés comme des machines.

    La relation de participation mutuelle est nettement plus complexe que la relation de direction-coopération, et sa mise en place rencontre des résistances de la part des deux partis:

    • Les professionnels de santé ne sont pas suffisamment formés à la pédagogie. Il s’agit d’un métier à part entière ! Transmettre des connaissances dans le contexte d’une douleur chronique est délicat. Les croyances et les représentations déjà ancrées dans l’esprit du patient sont autant de barrières et de pièges que devra franchir avec tact le soignant. Par ailleurs, il est parfois difficile d’abandonner la douce position du « chef ». Il est nettement plus confortable d’imposer ses choix et son raisonnement, mais nous avons vu que cela posait problème dans notre cas.  La démarche que je défends ici vous permet de vous autonomiser et ainsi de vous affranchir de notre « pouvoir » de thérapeute, ce qui rebute ceux qui y sont le plus attachés.
    • De votre côté, vous n’êtes pas habitués à occuper un rôle très actif dans vos prises en charge. Ce changement de rôle prend plus ou moins de temps selon les personnes, mais tout le monde en est capable.

    L’évolution vers ce nouveau modèle de relation thérapeutique se fait lentement mais sûrement, ce qui augure une amélioration de la prise en charge de tous les patients, notamment chroniques.

    L’exemple revisité

    Parce qu’on risquerait de m’accuser de critiquer sans rien proposer de concret, voilà l’exemple de tout à l’heure revisité à la sauce barbecue.

    Retrouvons M. K, dans une vie parallèle (mais toujours lombalgique ), qui se rend chez un thérapeute pour solutionner des maux de dos qui le tourmentent depuis trois mois.

    M. K explique minutieusement sa situation, guidé de temps en temps par le thérapeute. Ce dernier prend soin de vérifier que sa douleur n’est pas le signe d’une pathologie plus inquiétante. Il procède ensuite à un examen clinique, afin de déterminer quels sont les facteurs qui peuvent contribuer à la douleur. Tout au long de la séance, la discussion permet au thérapeute de comprendre quelles sont les croyances et les représentations du patient. Qu’attend-il de ces séances ? Qu’est-ce qui le dérange le plus actuellement, et que voudrait-il changer en priorité ? Qu’a-t-il déjà essayé avant de venir ici ?  Ils fixent tous les deux un premier objectif : Pouvoir réaliser ses trajets quotidiens en voiture sans douleur.

    Le thérapeute rassure M. K sur l’état de son dos et lui explique brièvement que la douleur n’est pas corrélée à l’état du corps. Le patient est prévenu que la douleur ne disparaitra probablement pas du jour au lendemain, mais qu’il a toutes les chances de voir sa douleur disparaître. Il l’encourage également à rester actif physiquement pour obtenir les bénéfices de l’activité physique sur la douleur.

    Comme premier geste de traitement, le thérapeute propose à M. K une manipulation vertébrale en lui expliquant les bénéfices attendus d’un tel geste. Il en profite également pour lui rappeler que les vertèbres ne se déplacent pas 🙂 . M. K comprend que ce traitement est une aide apportée par le thérapeute pour lui permettre d’augmenter son activité physique et de refaire certaines choses qu’il ne pouvait plus faire sans douleur.

    Et quand la douleur revient ?

    Dans le premier exemple, si le patient ressent à nouveau une douleur dans les semaines ou les mois qui suivent, il a toutes les chances de penser qu’il s’est « rebloqué » le dos, et qu’il faut retourner voir le thérapeute. Après tout, il avait réussi à le remettre en place la dernière fois, non ? De nombreuses personnes rendent ainsi visite de manière cyclique à leur ostéopathe ou à leur chiropracteur (notamment aux États-Unis) pour régler des problèmes créés par notre propre système de santé.

    Dans le second exemple, si M. K ressent à nouveau une douleur (ce qui est normal, je le rappelle, tout le monde traverse des épisodes douloureux de temps en temps), il sera bien plus capable de le gérer seul. Il saura déjà qu’il faut rester actif, connaitra quelques mouvements qui le soulagent, et sera capable de mieux comprendre ce qu’il ressent. Bien entendu, l’objectif n’est pas d’éliminer toute consultation médicale, loin de là. Les consultations médicales resteront toujours incontournables. Mais étant donné que nous sommes tous voués à ressentir de la douleur au niveau du dos au cours de notre vie, préférez-vous gérer seul la plupart de vos douleurs, ou devoir aller chercher de l’aide à la moindre gêne ?

    À quel saint se vouer ?

    Vous comprenez maintenant que cette modification profonde de vos rapports avec les professionnels de santé ne peut pas s’effectuer lorsqu’il persiste des croyances en un « traitement miracle ». De la confiance, de l’espoir et de l’implication sont indispensables pour parvenir à dompter la bête que représente la douleur chronique.

    Un thérapeute qui prétend détenir le traitement miracle se présente comme la source de la solution, alors qu’elle sommeille en vous. Je ne suis pas en train de dire vous n’avez besoin de personne, qu’il suffit d’y penser très fort et que tout s’arrange tout seul. Ce discours de gourou serait tout aussi dangereux que le crackothérapeute du coin qui veut vous réaligner le bassin.

    Si j’ai été suffisamment clair, vous avez compris qu’une prise en charge de douleur chronique représente un travail d’équipe entre vous et les professionnels de santé. Un travail d’équipe dans lequel vous êtes l’acteur central, qui participe aux prises de décisions, qui comprend ce qu’il se passe et quels sont les objectifs visés. Un acteur qui perçoit l’importance de chaque changement de style de vie qui lui est proposé, car il en comprend les mécanismes. Lorsque ces conditions sont réunies, vous n’êtes plus acteur mais auteur de votre prise en charge.

    N’hésitez pas à partager cet article et à réagir dans les commentaires !

    À bientôt.

     

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